‹ L'industrie et la morale considérées dans leurs rapports avec la libertéChapitre 4 sur 20 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

^ deleursfacultésunusageplusétendu^ plusmoral et plus raisonnable.

L'assemblée constituante définissait la liberté . le poupovr défaire ce qui ne nuit point u aur trui '. Cette définition était au moins incom* plète. Une des conditions de la liberté c'est bien sans doute que les hommes s'abstiennent réciproquement de se nuire; mais cette condition essen-tielle n'est pas la condition unique. Il ne nous suffirait pas pour être libres de savoir nous respecter les uns les autres ^ il faut encore que chacun de nous sache se respecter soi-même; il ne nous suffirait pas non plus d'être moraux , il faut aussi que nous sojons habiles. La liberté dépend de toutes ces conditions et non pas d'une seule; elle est d'autant plus grande qu'elles sont toutes plus pleiijement accomplies.

Un célèbre jurisconsulte anglais a sévèrement critiqué la définition de l'assemblée constituante. Il n'est pas vrai, suivant lui , que la liberté con-

(i) Déclaration des droits de rhomme et du citoyen, ar ticle 4*

QU*EST**CE,QtJE LA LIBERTÉ? ù^

siste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas. « Elle consiste^ dit-il, à pouvoir faire ce qu'on veut, le mal comme le bien ; et c'est pour cela même que les lois sont nécessaires pour la restreindre aux actes qui ne sont 'pas nuisibles » '. On n'est pas peu surpris de voir un philosophe aussi éminemment judicieux que Bentham placer ainsi la pleine liberté dans la licence, et trouver que les lois la restreignent en nous interdisant de faire le mal* Rien n'est assurément moins exact que cette proposition. Il n'est pas vrai que nous serions plus libres si les lois ne nous défendaient pas de nous faire mutuellement violence ; il est manifeste au contraire que nous le serions beaucoup moins; nous ne jouirions d'aucune sécurité ; nous vivrions dans de continuelles alarmes ; presque toutes nos facultés seraient paralysées. Les lois augmentent donc notre puissance d'agir, bien loin de la restreindre en nous interdisant

certaines actions ; et au lieu de dire y comme le fait Bentham, ce qu'on ne saurait empêcher les honimes dé se nuire qu'en retranchant de leur

(i) Bentham, Tactique des assemblées représentatives, t. !!> p. 343 , édition de 1 822 .

44 CHAPITRE PAEMIEB.

liberté \ » il faut dire qu'un des meilleurs mojeus d'étendre leur liberté, c'est de les eînpêcber de se nuire.

Au surplus l'erreur que je relève ici n'eist pas p^rticillière à Benthàitn :. c'est un préjugé de la N^ plupart des publicistes, que les hommes jouissent 4'une liberté plus étendue dans l'état sauvage, dans ce qu'ils appellent état de nature^ qu'au sein dé la société perfectionnée. « Dans l'état de nature ) 4isent*ils, les hommes jouissent d'une liberté illimitée, tandis que dans Vétat de société^ ils sont obligés ^e sacrifier une portion de leur liberté pour conserver l'autre. »

Tout cela me paraît très peu exact.

Observons d'abord qu'il n'existe point, en fait, d'état de nature différent de Tétat de société. La société est l'état naturel de Thomme. L'homme est en état de société dans la vie sauvage , dans la vie nomade, dans la vie agricole et sédentaire. Il est également en état de nature dans tous ces états ^ c'est-à-dire que tous ces états lui sont naturels , ou qu'il est dans sa nature de passer par tous. Si, dans Pinfinie diversité de ceux qu'il

(i) Tactique des assemblées représentatives, t. II, p. 285.

qu'est-ce que là ubbrté? 45

traverse pour arriver .à $on pleia développe-

meDt^ il en était quelqu'un qui méritât de pré-

férence le noni d'état de naturie y ce serait celui où il approche le plus de sa destination, l'état

de société perfectionnée, et non l'état imparfait

qu'on a désigné par le nom d'état sauvage.

Si l'état sauvage n'est pas celui qui mérite le mieux le nom d'état de nature, il n'est pas non plus celui où l'homme jouit de la liberté la plus étendue. \à liberté , bien loin d'y être illimité^ , y est beaucoup plus circonscrite que dans aucun autre état* J'en ai dit assez pour le faire comprendre, et je n'insiste 'pas, sur cette vérité qui sera d'ailleurs développée dans un autre chapitre»

Enfin il n'est pas vrai que dans l'état de société perfectionnée l'homme ne jouisse de la liberté qu'en en sacrifiant une parue. Ce qui est vrai, c'est que dans tous les états possibles l'homme ne peut être libre qu'en faisant le jsacrifice de son ignorance et de ses vices , de sa violence et de ^e!& faiblesses. Mais en faisant ce sacrifice à la liberté 9 ce n'est pas la liberté qu'il sacrifie^ c'est ce qui la détruit ou Tempêche de naître. Il ne borne pas sa puissance en s'interdisant le vol 1 le meurtre, la débauche, en s'ôtant la triste faculté

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