INFLUBNCB DB LA RACE
infirmer la règle, et l'on ne parviendrait en les réunissant; et en les compai^ant à la masse €l'àomin>e$ distinguées qu'a renfermes dans tous les temps la race caucasien ne^ qu'àiùontrer combien cellçci est en général supérieure par les facultés de
Tes prit et la force de la pensée.
Je ne dis pas non plus que Les autres races > considérées dans leur ensemble, ne puissent pas s'élever à un ceftain degré de civilisation : les faits me feraient encore contraires. Oh peut citer, dans la race africaine, les noirs de Sàint*Do* mingue; dans la malaise, lesOtaïtiens; lesPéru-r vieds et les Mesticaios, dans l'américaine; et dans la mongole , les Japonais et surtout les Chinois qui sont parvenus , chacun à leur manière , à un degré de culture plus ou moins élevé. Cependant, quelle comparaison peut-on établir entre ces diverses civilisations et celle de la race européenne? Gombiéh nfe lui sont-elles pas inférieures en étendue, en intensité, en perfection? Celle des Chinois , la plus remarquable de toutes , pa- ' raît en être, sous beaucoup de rapports , à une distance infinie. Et d'ailleutvs , fût-elle actuellement plus parfaite, un seul de ses caractères suffirait avec le temps pour la rendre inférieure.
Je veu;s: parler de sôn immobilité. ElJe est.stationSaire depuis quarante siècles; elle ressemble à une sorte d'instinct : bien différente de la civilisation européenne, donele caractère essentiel est d'être à là fois mobile et progressive , c'est-î^dire , de se modifier sans cesse et de s'améliorer en se modifiant \
La race caucasienne se distingue des autres à§s
les premiers temps de son histoire. Aucun noonu-
^ ment^* aucune tradition pe la montrent dans un
état de dégradation et d'abrutissement pareil à
celui où l'on a surpris diverses tribus des a^itres
(i) Adelung dit,, en parlant de la Chine et des contrées voisines de ce vaste empire : « Les peuples de ces immenses régions retiennent encore dans leur langage toutes les iinpër^ fections d'une langue qui vient de naître. Comme les enfans, ils n^articulent que des monosyllabes. Ils parlent comme ils parlaient il y a plusieurs milliers d'années, quand Fespèce humaine était encore au berceau. Nulle division des mots en plusieurs classes , comme ceki a lieu dans toutes les langues ; confusion pleine et entière des personnes et des temp»; nulle inflexion des mots-; nulle distinction des cas et des nombres ; on forme le pluriel, ainsi que le forment les enfans, en répétant plusieurs fois le même nombre, comme trois et entore trois ^ trois et plusieurs autres, etc. {Mitliridate , p, 1$,). Un langajge aussi impai'fait, continue le même auteur, rend tout pix>grès impossible , et tant que les Chinois n^en parleront pas d'autre , ils feraient de vains efforts pour s'appropHèr les arts et lessciences de TEurope. » [lb,p. a8, cité par Law», p, 47*0
variétés. Il est permis de supposer qu'elle a commencé par être tout-à-fait sàuvag-e; mais Ton ne saurait assigner d'époque où elle l'ait été, et les plus anciens iiionumehs la représentent au moins dans l'état nomade. Xfcs Arabes de la Genèse, les Grecs d'Homère, les Germains de Tacite ne sont pas encore sans doute des peuples très avancés; njids qui pourrait nier que leur état ne soit très supérieur à celui dix l'on a trouvé les naturels de la Nouvelle- Hollande et plusieurs tribus de * l'Amérique?
Si les Caucasiens se distinguent des autres variétés à leur origine , ils s'en distingfient bien davantage dans les temps postérieurs. Plus on s'éloignedeleurpointdedépartetplus on les trouve efï avant des^autres races. Ils ne font pas des progrès ininterrompus : leut civilisation est irrégulière dans sa marche: elle s'arrête, elle rétrograde ; elle ne disparaît jamais entièrement : elle reparaît au contraire avec plusde'force; elle se répand sur des espaces plus étendus; de proche eii proche, elle a envahi ainsi toute l'Europe, et depuis plusieurs siècles, elle y fait des progrès soutenus et toujours plus généraux.
Dans le même temps , l'éducation des autres
races ne paraît pa» avoir fait dé progrès sensible. S^ parlais tout à l'heure de riïnmobUité des Asiatiques , on peut parler de celle des Africains. Ils restent plongés depuis deux mille ans dans leur barbarie originelle, elle nègre que nous coanaissons n'est pas supérieur à TEth jopien que les anciens ont connu. Quant aux naturels de rAmérjique et des îles du sud, on sait dans quel état ils ont été trouvés et dans quel état ils sont encore. Et il ne faut pas, comme on Ta fait, attribuer au
• climat le dé^eloppenaent de la race européenne. Toutes les races sont répandues sous des latitudes extrêmement variées. On sait quelle est l'étendue de l'Afrique ; l'Amérique toucl^e aux deux pôles; l'Asie embrasse les climats les plus divers : co aiment, dans des situations si prodigieusement différentes, les races obscures n'auraient-elles pas fait des progrès coriJparables à ceux de la race blanche, si elles n'étaient pas naturellement infér rieures? Les Européens se sont développés dans les climats les plus défavorables ; les autres races sont restées plus bu moips incultes dans tous les
* cViniats. Les Européens se st»nt civilisés dans les mêmes lieux où d'ai^tres races n'ont jamais pu cesser d'être sauvages. Quel arguaient la fl<vis-
78 TlfFLUBCTCB DE LA RICE
santé république des Elats-UiWs n'offre-t-^lle pas contre ceux qui veulent faire honneur an climai d'Earope de la civilisation des Européens?
Il né serait pas plus exact de dire que les Eu-^ ropéens sont redevables de leur civilisation à dé meilleurs gouvernemens^ à desiiisiitut^ons moins barbares*; car ces choses font partie de leur civî* lisatîon et sont précisément le fruit de leur m^ périorilé. Si les autres races en étaient naturelle* ment capables , pourquoi né les possèderaient* elles pas? Pourquoi n'auraient-el lestas aussi des * gouvernemens réguliers et des institutions raisonnables ? Les lois , les mœurs , les sciences , les arts, nndustrie de la race européenne ne sont pas des créations du ciel ; l'auteur des choses en avait déposé le germe en elle ; mais elle a le mérite de Favoir développé ; sa civilisation est son ouvrage; elle est l'effet et nx^h la cause de sa supériorité.
On n^expliquerait pas mieux la supériorité des Européens sur d'autres races , et jar exemple sur la noire, observée dans nos colonies, en disant que l'infériorité de cell^- ci lient à son état de serii- * tude. D'abord cette servitude est elle-même un phénomène assez étrange, et qui demanderait ex-
, SUR LA iil^BRTil. GfHAP. U. 7g
plica^^Oi). Pourquoi n'est-ce pas la race noire quf ^ Gommaade ? Pourquoi n'est-ce pas la blanche qui sert? Ensuite , la race noire ne soutiendrait peutêtre psts mieux la comparaison avec la blanche dans sonrpajs natal, où elle est libres que dans nos cdbBies, où elle est esclave. Enfin la race blancbe'a été vue aussi dans l'esclavage, et dans un esclavage pire que celui <Jes noirs. M. Jefferson , dans ses excdJentes notes sur laVirginie, observe avec raison que la condition des. -esclaves chez les Ronaains , paftioulièrement au siècle d'Auguste ,.étaifci»finimentplus dure q«e ne Test celle des nègres que nous avons réduits en esclavage. « Cependant y dit-il , malgré tous ces genres d'oppresii<w., et beaucoup d'autres circonstances décourageantes , les esclaves , chez les Romains , montraient fréqiiemment les plus grands talens. Plusieurs excellèrent dans les sciences; de sorte ' que leyrs maîtres leur confiaient conimunément l'éducation de leurs enfans»,Epictète, Phèdre et Térenee furent esclaves ; mais ces esclaves étaient 'de la race des blancs. Ce n'est donc pas , ajoutetr:il, l'esclavage, mais la pâture qui a mis entre les races une si grande différence * ».
(i) Notes sur la Virginie,* traduction française, p. sto&aaoS.
8o INFLU»*CE DE .LA HACE
• Non- seulement les races obscures ne sont pas développées, dé leur propre mouvement, au même degré que la race blanche; mais elles n'ont pas même su s'approprier sa civilisation. Depuis trois siècles que les naturels de TAmérique ont sous leu^s yeux le spectacle des arts de l'Europe , transplantés sur leur propre sol * leurs arts n'ont rien perdu de leur grossièreté native. Ils ont vu naître , grandir de puissantes colonies sans être tentés d'imiter aucun des travaux auxquels elles devaient leur prospérité croissante. L'exemple , Ja persuasion^ les encouragemens^ rien n'a pu. leur faire abandonner leur vie vagabonde et précaire pour l'agriculture et les arts.
Si l'on .pouvait mettre en doute la supériorité intellectuelle de la race blanche , if n'y aurait qu'à «onsidérer importance du rôle qu'elle joue sur notre planète , et l'étendue de la domination qu'elle y exerce. Elle occupé presque exclusivement l'Europe; elle est souveraine maîtresse de l'Amérique ; elle règne sur une portion considérable de l'Asie; elle a des colonies en Afrique et à la Nouvelle-Hollande; elle s'est répandue dans tovs les quartiers du globe; elle a des établissenlens partout, et ceà établissemens
SUB LA LIBSATÉ. CKAP. II. 8l
s'eteii<leDt sans cesse* Les autres races sont bieii loin d'avoir montré la même curiosîlé , la même audace^ la méine force expaosive. Ce ne soiM; p^ elles qui sont venues chercher les Européensj ce sout les Européens qui ont été au devant d'eUefb qni sont allés les découvrir y lès visiter, (ktns ie$ coins de la terre les plus retirés. Lemande^ a^s ' les Européens ^ ne saurait pas même leur eadstence^ et la plupart d'entre elles seraient ig^no* rées du reste du genre humain .
Enfin une dernière marque de Tiafériorité des races obscures ^ un fait dont il semblerait ré* sulter qu'elles ne sont que des dégenérations de la race blanche ^ c'est qu'elles tendent à revenil^ à sa couleur et à ses traits , tandis qu'elle ne prend leur couleur et leârs traits que fort di^siloment. Tel est du moins l'avis de Blumenbacb, adopté f»ar W. Lawrence , et que ces savans naturalistes appuient sur des observations faites dans les lies de la mer du Sud et dans plusieurs parties de l'Afrique ' .
Les faits semblent donc établir que les races obscures y inférieures à Ifi race européenne sous
(i) w. Law., ouvi^age cité, p. 554*
62 lirFIifTEKGE DE LA RAGE
^e rapport de rorgomsatian , iie loanifesteal pas la même force (intelligence , qu'elles n'ont pa3 le même fonds d'industrie, qu'elles ne sairent pas au même degré accroître jpar l'art leur puissance naturelle; qu'en un mot, :elles ne sont pas capables de faire de leurs forces un xisage aussi, in-génieux, aussi grand , aussi varié.
8. Il ne paraît pas noii plus qu'elles puissent en faire un usagç aussi moral, soit à l'égard d'elles-mêmes, soit dans leurs rapports d'homme à homme et de peuple à peuple.
Cela doit résulter, d'abord de l'infériorité de leur esprit. Il n'est pas possible que leiirs mœurs ne se ressentent pas aussi bien que leurs arts de ce qui peijil; leur manquer en intell^ence. Silamorale est une affaire de sentiment elle est surtout une affaire^ de sens; et, toutes choses d'ailleurs égales , il n'est pas douteux que , de deux races différentes, la plus capable d'acquérir des lur mières ne soit aussi la plus capable d'acquérir des vertus.
L'observation d'ailleurs confirme ma rémarque, et les faits paraissent montrer assez clairement que les races obscures, moins heureuse-
ment douées da côté de l'esprit > ont aussi une morale* moins parfaite.
Quelque peu avancées que soient encore les mceiurs de l'Europe^ il est deux maximes que ses peuplés adoptent universellement, au moins en spéculation 9 et dans lesquelles est renfermée toute la morale; La première^ qui est la base de la morale individuelle^ c'est que nous devons satisfaire nos Besoins avec une certaine mesure ; la seconde , qui comprend tous nos devoirs de relation, c'est que pous devons les satisfaire par des moyens qui n'offensent pas les autres hommes. Il i'én faut sans doute beaucoup que les na* tions de l'Europe conforment exactement leur conduite à ces préceptes 3 mais si Ton considère les mœurs des autres variétés du genre humain, on est forcé de reconnaître qu'elles s'en écartent bien davantage encore. - '
H ne semble pas douteux d'abord que , dans leurs habitudes personnelles^ les hommes de race nègre , ou mongole , ou malaise, ou américaine, ne se montrent en général moins prudens, moins modérés , moins délicats que les hommes dé couleur blanche. Ils paraissent plus soumis à l'instinct, plus esclaves de leurs appétits , moins ca-
pables de sacrifier uiie jouissance préi^eôte à la juste appréhension des maux futurs qu'elle est s^usceptible d'entraîner. Us paraissetit aussi mcÂns capables de mettre de la réfleidon et de la }Us*itice dans leurs relations avec leurs semblables* Il est une multitude d'actions impures ou yio** lentes qui ne leur inspireiit aucune aversion» L^infanticdde» la polygamie, là servitude da-«mestique sont des choses universellement ad*^ 9Ûs^s daos leii^rs codes de morale. On en peut dire à peu prçs autant de l'esclavage politique et civil partout où ces rac^,sont formées en corps de nation. Enfin la guerre ^t leur état habituel de peuplade à peuplade.
Il eçt bien vrai que ces excès peuvent venir et viennent en effet en partie de le^r genre de vie , de la Bannière dont qUe$ pourvoient générale^ mentà leur subsistance. Mais eat-^ilenleur pouvoir dechang^ d'état?N'est-il pas des vices qui tiennent à leur complexion ? de certains progrès qu'elles sont niatureUement incapables de faire? de cer^ t^inès vertus qu'il semble impossible de leur inculquer? 11 est plusieurs de ces races, ou du moins il est dans ces races plusieurs variétés qui paraissent absolument incapables de tempérance
SUfc LÀ LlBÉftTÉ. CHAP. il. 86
et de prévoyance, qui montrent nne insurmonfable aversion jjour le travail , sçnl moyen de satisfaire ses besoins sans faire violence aux adtres hommes» Les individus de ces variétés semblent donc soit dans leurs rapports avec eux-mèmeîJ, soit dans leurs mutuelles relations, moins susceptibles que les hommes de couleur blanche d'ap* prendre à faire un usage moral de leurs facultés.
9. La conséquence de tout ceci n'est pas sans doute que nous pouvons nous dispenser de jus^ tice envers les races obscures. De ce qu'elles auraient le malheur de nous être inférieures, je ne veux pas inférer qu'il faut les rendre encore plus misérables. Je ne prétends sûrement pas remettre en question si les Indiens sont des hommes, ni s*il faut nécessairement des bulles du pape pour les ti^aiter comme tels. Je n'entends excuser, je prie le lecteur de le croire, ni la traite et l'esclavage des Africains, ni le massacre des indigènes de l'Amérique, ni l'état de minorité perpétuelle auquel les Espagnols ont réduit le peu d'Indiens qu'ils n'avaient pas exterminés '. Assurément
(1) « Dans un siècle oii Fon^scuta formellement si les In-
si quelque chose pouvait rendre douteuse la supériorité de notre race , ce serait bien la conduite qu'elle a tenue envers ses parentes d'Afrique et d'Amérique / et la manière dout elle a prétendu justifier ses attentats ' .
diens étaient des êtres raisonnables , dit M. de Humboldt , on cnit leur accorder un bienfait en les traitant comme des mineurs, eu les mettant à pei^pétuité* sous la tutelle des blancs, et en déclarant nul tout acte signé par un natif de la race cuivrée/ toute obligation que ce natif contracterait au-dessus de la somme de i5 fr. Ces lois se maintiennent dans leur pleine, vigueur ; elles mettent des barrières insurmontables entre les Indiens et les autres castes dont le mélange est généralement prohibé. Des milliers d'faabitans ne peuvent faire des contrais valable^ {.no pueden tratarjr contratar). Condamnés à une minorité perpétuelle . ils deviennent à charge à eux-mêmes et à l'état dans lequel ils vivent. » {Essai polit, sur la Noui^elle-- Espagne^ t, I, p. 433.)
(i) Ce qui aurait dû exciter son humanité a servi de prétexte à ses barbaries. Une intelligence supérieure, une plus grande aptitude aux sciences et aux arts doivent être «nployés, comme Fobserve judicieusement Lawrence, à étendre les bienfaits de la civilisation, à multiplier les jouissances de la vie sociale , et non à accabler l'ignorant et le faible, et non à faire tomber dans un abîme encore plus profond de misère et d'abrutissement celui que la nature a déjà condamné à occuper les derniers rangs de la société humaine. Quand on voit aux prises deux hommes également vigoureux , également bien armés, il est possible de rester spectateur de la lutte et d'en attendre TissUe avec une sorte dlntérêt et de curiosité. Mais si le fort attaque le faible ; si un homme armé jusqu'aux dents assaille un homme sans défense ; si Ton voit l'adresse , Thabileté , la
. Tout. ce que je yeux induire dellûférîoxsté^' des races obscures c^est quMtant moins suscep*» tibles de culture, que la race bknclie elles sont moins susceptibles.de liberté. Je n'ai BulIe ea-> vie de flatter la yanité de celle-ci; enco(re' moins voudrais-je offenser la dignité de ceUes-*là. Mon» seul dessein est de constater une vérité dont la connaissance importe à toutes^ savoir que la liberté des hommes dépend, avant toutes choses^ de la perfection naturelle de leurs facultés. Or les faits rendent^ je crois , cette vérité manifeste», La civilisation supérieure de la race blanche n'est le produit 9 on vient de le voir, d'aucune circonstance extérieure ,' ni d'aucun hasard heareux; elle résulte donc de sa nature, elle vient de la supériorité de sa conformation. Par cela seul que cette race est douée d'organes plus par<faits /«lie peut tirer un plus grand parti de son intelligence; elle est, plus qu'une autre, capable'
science ; si Ton voit les armes et les arts supënem*s de TEnrope combinés. et mis e^n œavre pour. dépouiller un pauvre sauvage du seul bien qu^il possède, de la liberté , il n'y a pas moyen de soutenir la vue d'un tel spectacle ; il faut détourner les yeux avec un sentiment d'indignation et d^horreur. {Lectures ànjhe nat, histi ofman,).
88 iNFLiTEMac lyjs xa bxcm:
(TËOLercer une action utile et puissante sut la nahipre et sur elle-même, et de porter daos^taus Iies'lravaitx et cbas totites les foactkms de la so^ eîiéte les coonaissances scientifiques et leSfbàbi^ tudes inoralea qui peuvent en faciliter rete^ècice ^ le faire frotrtifier.
L'^erÎTaio dâs^tingué, qui , dans un ouvrage réoenl^ a para craindre pour les natioiis eiiiro-^ péfennes le.sort des^peuplets asiatiques ' p n'a' pas asBiejB tenu coixipte de. la différence des races« Qiî>e la Guzette impériit^h .çt le Bambou Q^^Vivernent les Tartares ou les Mongols de la Chine , ce {aEta-a rien»- je pensée qui nous doiyi^ beaucoup inquiéter. « JLes peuples qui. ont le fcont éci>asé 9 dit Lawrence , n'ont jamak mis ea doaie que des millions d'êtres humiÛBs ne pt^ssesil être la propriété d'un homme ^ n Mais nous ne sommes pas de race mongole; nous n'avons pus le crâne aplati des Galmoucks. Les peuples de notre race pe, professent point en général les maximes de ta servitude. Nous' avons pour té-
' \i) M. B» ^onstaiat, dans èm onvr^ige suries R&Ugiôns, (2) Ouy. cité, p. 4SS'--^I^es noÙYellcs récentes' de la Chiné
SVK I^A X.im£&Tâ« CHEAP. H. 89
lâok^ de là' digtiité de leur wature, el ies ànoîetines républiques dé la Grèce et de Rome, et }es républiques ikaliennes du moyen âge, ettîelles de la Suisse et de la Hollande, et celles du nord et du sud de F Amérique , et les monarchies plus ou moins limitées de TAngletérre et de la France, et tes magnanimes efforts que Fait sous nos yeux kl Grèce renaissante pour s'arracher à la* domination des Turcs, I! nous arriTe sans dout« fré-i queâtment de cédera la violence; mais nous la subissons sans la reconnaître; nous n'avons jamais consenti à regarder le despotisme comme
1ICH19 qnt fait ccmnaitre mt jugematt rendu en i^aS, par lequel un littérateur, nommé Whang-See-Heou , a été déclaré coupablé de liaute trahisou et condamné à être taillé en pièces pour s!étre penns d'abréger le grand dictiomiaire de Kang-Hi, et avoir osé écrire dans sa préface les petits noms, ou noms, primitifs de famille de Gonfucîus et de l'empereur. Le même jugement prononce en outre la peine de mort contre tous les parens et enfaàs du coupable âgés de plus de seize ans , et condamne les autres à être exilés ou donnés comme esclaves à des grands de la cour, a Qette sentence , dit le journal estimable où je puise ces dëtaih , a été gracieusement mitigée par l'empereur, qui , pour favoriser le condamné , a ordonné qu'il ne serait point taillé en pièces , mais seulement décolé. Ses parens ont reçu leur pardon , et ses enfans ont été réservés pour la grande exécution qui doit avoir lieu en automne. » Le Globe, du 3 septembre iSaS, n^ i55, p*794)* ^^s ^^i^s caractérisent assez bien l'état politique de la Chine. Et voilà, dit-on, le sort qui nous attend!
go GHAP. II. INF. PB LA AACB SVR LA LIB.
un état définiiif^ ni même comme un état durable. Nous différons autant des Chinois, en un mot» par notre caractère politique que par nos habi* tudes industrielles. Tandis que chez ce peuple le gouvernement est immobile comme l'industrie , chez nous il est mobile et progressif comme elle. Le gouvernement, en Europe, est un art soumis eoinme tous les autres au mouvement des idées et des mœurs; et à mesure que les populations deviennent à cet égard plus raisonnables, les dépositaires de leur puissance sont tout naturellement obligés de le devenir.
10. Il n'est donc pas douteux qu'il ne faille accorder beaucoup à la différence des races , et que la perfection de la liberté ne dépende avant tout de celle de nos facultés. Passons à de nouvelles remarques.
INF. ]>E LÀ GUjLTURB SUR LÀ LIB. 91
Que les peuples les plus cultivés sont les plus libres.
1. Si toutes les variétés de l'espèce humaine ne sont pas égaletnent aptes à devenir libres , chaque variété particulière n'est pas également libre dans toutes les situations. La liberté dont un. peuple est susceptible dépend des progrès qu'il est capable de faire; la liberté dont il jouit dépend des progrès qu'il a déjà faits. Chacun, daols la mesure de sa capacité naturelle , est plus ou moins libre selon qu'il occupe une place plus ou moins élevée dans l'échelle de la civilisation.
2 . J'ai déjà énoncé cette vérité dans mon premier chapitre^ et elle est si simple qu'elle ne devrait , à ce qu'il semble, sou£Prir aucune sorte de contradiction. Il en est peu cependant de plus contredite. On accuse la civilisation de ruiner les mœurs, d'avilir les caractères, de tendre à la dissolution de la société, que sais-je?
02 INFLUClfCE D£ LJL CULTURE
Examinez un peu Fidée que la plupart des hommes se font de la marche de leur espèce^ observée coUeclivemeQt. On teut que les aggrégâtions d'hommes, les sociétés, les nations aient, comme les individus, leurenfance, leur virilité, leur décrépitude; mais en même temps on croit que le progrès de Fâge produit sur elles des effets tout contraires à ceux qu'il a sur les individus. On pense qu'il n'est donné qu'aux individus de devenir plus sages en prenant des années. Quant aux nations, oh soutient qu'en vieillissant elles se dérangent, se gftteot; etchose singulière! c'est, dit-oâ, dans l'âge de la caducité qu'elles se laissent entraîner aux plus grands désordres; c'est atûrrs qu'elles deviennent turbulentes, débauchées, corrompues, tous excès auxquels il serait, 6t semble, plus naturel de supposer qu'elles se livrent dans la fougue de rage , que lorsqu'elles sont sur le retour et qu'elles touchent à leur fin. On avoue qu'en vieillissant elles se civilisent; mais on dit qu'en se civilisant elles s'énervcfnt, se dépravent , qu'elles dégénèrent, en un mot, et qu'elles dégénèrent d'autant plus qu'elles se civilisent davantage.
Ce procès à la civilisation n'est pas nouveau.
L'idée que notre espèce dégénère à. mesure qu'elle ayance en âge est presque aussi yieille que le monde. Pour en trouver rongine, il fau** drait au moins remonter au déluge , car le dé* luge fut déjà une punition infligée à Tliomnae pour avoir dégénéi'é \ Homère^ dans seschants, faU souvent à 'ses contemporains le reproche d'avoir perdu de la taille et de la force des héros de Troie. Pline assure que dans tout le genre huqiaio la stature de l'homme devient de jour en jour plus petite : Cuneto mortalium generi minorem in éUesjieri.
Si BOUS passons des anciens aux modernes, nous voyons les écrivains des opinions les plus opposées accuser la civilisation de corrompre > de faire dégénérer les hommes.
<c L'élévation et l'abaissement journalier des eaux de l'Océan y dit Rousseau , n'ont pas été plus -régulièrement assujettis au cours de l'astre
(i) Ce châtiment même ne fut pas le premier, et ce serait peu de remonter au déluge. Notre disposition à dégénérer date des premiers instans de notre origine ; et depuis la faute de notre premier père, nous n'ayons cessé d'aller en empirant. Telle est du moins, selon la foi , la manière dont il faut envisager Tëspèce humaine. Dans toutes lés religions, Fâge présent est le plus coiTompu. ,
g4 IirFLUENGE DE LA CULTURE
qui nous éclaire durant la nuit que le sort des mœurs et de la probité au progrès des sciences et des arts. On a vu la vertu s'enfuir à mesure que leur lumière s'élevait sur notre horizon ^ et le même phénomène s'est observé dans tous les temps et dans tous les lieux'. »
Cette opinion de Rousseau est déjà ancienne et fort connue. Voici des phrases beaucoup plus nouvelles et qui le sont moins.
(c Déjà une fois , dit M. de Constant, l'espèce humaine semblait plongée dans l'abtme. Alors, aussi une longue cisnlisation Valait énervée. ••.. Chaque fois, ajoute le même écrivain, que le genre humain arrive a une civilisation excèssive y il parait dégradé durant quelques générations*. »
« Nous ûe sommes pas , observe M. de Chateaubriand, de ces esprits chimériques qui veulent sans cesse améliorer, et le tout parce que la nature humaine, selon eux, marche vers un perfectionnement sans terme. Ce n'est pas cela. La providence a mis des bornes à ce perfection-
(i) Discours sur l'influence des sciences et des arts. (2) De la Religion , etc. , 1. 1 , p. i36 e't la note.
SUA LA LIBERTÉ. GHAP. III. q6
oement. Pour l'arrêter il a suffira celui qui nous a faits de mettre les mœurs de Thomme en contruste as^ecses lumières et d'opposer son cœur à son esprit \ »
J'ai sous les. yeux uo volumineux pamphlet sur l'état de l'Angleterre, dont on attribue généralement la publication au ministère britannique. L'auteur remarque que la grande masse de la nation russe n'est pas encore parvenue au même degré de civilisation que d'autres peuples de l'Europe, et la preuve qu'il en donne c'çst que ses mœurs ne sont pas aussi corrompues '. .
M. de Mont^osier écrivait textuellement en 18,18 que IdL premier^ chose que le gouvernement eût à faire f c'était de « marcher bien armé et « avec du gros canon ^ s'il était possible, contre «tout ce qui s'appelle accroissement des lumiè- « res et progrès de la civilisation ^ »
Un grave magistrat posait en fait quatre ans plus tard, que « les sociétés péris;sent par l'eîxcès
(i) Du Renouvellement intégral, broch. in-S», novembre
(2) De l'état de TAngleterre au commencement de 182a, p. l52«
(5) De la Monarchie française en 1816, p. 4^0.
Cf5 inFLUBNCB B£ LA GULTUnS
ce de la civilisation, de même que les corps hiiv a maiiis périssent d'excès d'embonpoint , et ce <f iart, disait-it, il le donnait comme pouvant seul ce expliquer les inconcevables agitations dont fc nous étions alors les témoins ' . »
Un autre écrivait que la France^ marchant la première à la tête de la cwilisation ^ courait na*tnrellement le risque d'arriver la première à ce rendez-vous de l^ abîme où tous les peuples aboutissent quand ils ont échangé les verius pour les connaissances^ et les mystères pour les décou^ vertes ^ c'est-à-dire quand ils sont 1res civilisés*. Ces paroles ont été traduites dans la plupart des journaux ministériels du cotitinent; et un puissant monarque les a trouvées si raisonnables et si belles qu'il a cru devoir, des extrémités de l'Europe, faire parvenir à Paris des félicitations à l'auteur ^.
Je ferais aisément des volumes de ce qu'on
(i) Réquisitoire de M. Bellart dans ralTaire de la Rochelle. Voir le Moniteur du 1 4 juin 1822.
(2) Réquisitoire de M. de Marchangy dans la même affaire. Voir les journaux de la fin d'août et des premiers> jours de septembre 1822.
(5) Voir les journaux du commencement de décembre 1822.
, SUn LA LlBÊflTÉ* GHAP. III. gj
écrit ainsi contre la civilisation. Et ce langage, comme on le voit, n'est pas seulement celui de quelques esprits moroses ou bizartes ; il est l'expression d'un préjugé populaire, qui est commun à beaucoup de beaux esprits, et qu'en plus d'un pays l'autorité partage. Personne iie nie que la civilisation ne nous rende plus ingénieux, plus sa vans , plus riches, plus polis ; mais on veut qu'elle nous déprave. Les uns raceosent de nous rendre ti^tbulens- et factieux; d'autres, faibles' et pusillanimes;, presque tout le monde, égoïste^ et sensuels. Or ce ne sont pas là des qualités bien propres à nous rendre libres; et s'il était vrai que la civilisatioû nous les donnât, ma thèse évidemment serait mauvaise; j'aurais tort de dire que les peuples lés plus libres ce sont les plus civilisés. Examinons donc un peu ce procès de tendance qu'on fait de toutes parts à la civiiisàtioit.
3. Il est essentiel d'abord de nous entendre sui^ les termes. Qu'est-ce que la civilisation?
Le mot de emlisation dérive visiblement de celui de cité^ditmkSi Ciié^Kf^t société. Civiliser lés iiomâies, c'est les rendre propres à la éité^ à la sociéié; et les rendre propres à la ^oc*e^e> qu'est^e
q8 imfLUEWCE DE LA CULTURE
faire? c'est éyidemnaent leur donner des idées et des habitudes sociales. La véritable propriété de lai cwilisation est donc , comme le mot IHndique , de nous inspirer des idées et des mœurs favo-^ râbles à la société. Une cwiliscUion qui prpduirait des effets antircivils ou anti-sociaux serait une civilisation qui n'en serait pas une; ce serait le contraire de là civilisation; et dire, comm^eon le fait, que la cii^ilisation tend à la ruine delà cité^ c'est, dire une chose contradictoire; cela est visible à la simple inspection des mots.
Mais , observe-t-on , le mot de civilisation est particubèrement et même exclusivement employé à désigner l'industrie, les arts , les sciences, la richesse ; et le propre de.la richesse et de tout ce qui l'engendre, ajoute-t-on, est d'introduire la corruption dans les ncKfiurs.
A cela , deux réponses bien simples :
La première, c'est que ceux qui emploient ainsi le mot de civilisation en font un mauvais usage; c'est qu'ils lui donnent un sens.beaucoup trop restreint; c'est qu'il signifie to^t ce qui nous rend propres à k cité, et non pas seulement une partie de ce qui nous rend sociables ; c'est qu'il comprend les mœurs en même temps, que
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la science, et qu'il est absurde de dire que lacivilisation nous façonne à la société, sans nous donner aucune bonne habitude sociale , ou même en dépravant nos habitudes , et en nous en imprimant de funestes à la cité. Aussi n'est-ce-point ain$i que l'entendent les personnes qui se piquent d'en avoir des idées justes et con;iplètes ; et quand elles donnent à une nation le titre éminent de nation civilisée , elles ne veulent pas dire seulement de cette nation qu'elle est riche, polie, • éclairée, industrieuse; elles veulent dire surtout qu'elle a de bonnes habitudes, qu'elle entend et pratique mieux la justice et la morale qu'une autre , et qu'elle sait mieux à quelles conditions il est possible aux hommes de bien vivre en société.
Ma seconde réponse , c'est qu'alors même que le mot de civilisation n'impliquerait pas immédiatement l'idée de morale , alors qu'on ne voudrait lui faire signifier que les arts et la richesse des peuples , il serait encore insensé de prétendre qu'elle tend à la corruption des mœurs.
Il est vrai que les arts adoucissent les niœurs; il p'est pas vrai qu'ils les corrompent. On leur reproche . d'amollir les courages, de détruire les
lOO IKFLUBNCE DE LA CUIiTUHE
vertus favorables à la guerre; ils font mieux que cela : ils détruisent la guert'e même. Ils tendent à rendre inutiles les vertus farouches des peuples conquérans; ils apprennent aux hommes le secret de prospérer simultanément sans se nuire; ils ïes placent dans une situation ou ils peuvent se conserver sans ces efforts surnaturels que des peuples guerriers s'imposaient autrefois la dure obligation de faire; efforts qui ne sont pas long-temps possibles à Thumanité, vertu qui s'use par les obstacles particuliers qu'elle rencontre , par les • reversauxquelselleexpose,surtoutpar les succès qu'elle obtient, par les profits qu'elle rapporte, par la dépravation qui suit toujours la fortune acquise dans le pillage, et qui, lorsqu'elle vient à s'éteindre , laisse le peuple de brigands à qui elle avait donné d'abord un faux air de grandeur et de noblesse, dans un état de dépravation et d'atilissement auquel rien ne se peut comparer. Les arts, dis-je, nuisent à la guerre; mais ils ne nuisentpas aux vertus guerrières. Ils n'offrent rien d'incompatible avec le courage ; ils changent seulement sa nature; ils lui donnent un meilleur mobile; au lieu de l'enflammer pour Je ■ brigandage, ils l'etiflamraent contre ïe brigan-r
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dage ; au lieu de lui montrer des biens à ravir , ils lui donnent des biens à conserver. Toute la question est de savoir si l'homme n'est pas aussi su6<^^ptible de s'ejçalter pour sa propre défense que pour )^ rqine d'autrui; s'il ne peut avoir d'ardeur quie pour l'/oppression, et n'en saurait éprouver contre l'injustice. Or cette question n'en est pas une assurément. L'histoire nous montre assez d'exemples de peuples laborieux et paci- JSques , de peuples d'artisans , de laboureurs , ^ marchands, poussés à la guerre parle besoin inirpérieux de la défense , et qui ont su faire bon^e contepance devant leurs oppresseur^, quoiqu'ils ne fussent pas soutenus comme eux par l'expérieDiçe des armes et rhabilude de la discipline. Loin qu^ les arts abâtardissent le courage,, il semble qu'ils le rendent et plus noble et pli^^s vif. Les Grecs ont plus d'industrie que les Turcs : de quel côté se montre-t-on plus intrépide? LesFrançais sont plus cultivés que les Espagnols : lequel de ces peuples a le plus de valeur militaire ? On l'a pu juger dans la dernière guerre; on l'a pu juger surtout à la déplorable affaire de Llers, où, des deux parts, les Français sont restés seuls sur le champ de bataille , et où ils se sont battus entre
eux pour un peuple qui, des deux côtés, avait fui. Si les arts nuisent au courage ^ les Anglais doivent être le peuple le moins brave de l'Europe ; car ils sont le plus riche et le plus industrieux. Cependant Tarmée anglaise qui fit la pre^ mière guerre d*Espagne , l'armée qui se présenta sous les murs de Toulouse, l'armée que nous rencontrâmes à Waterloo , cette armée que l'Angleterre tenait si abondamment pourvue de toutes choses n'était sûrement pas dépourvue de valeur. . Les arts n'empêchent donc pas le courage militaire; ils n'empêchent pas davantage le courage civil. Si les peuplés , à mesure qu'ils se civilisent, paraissent moins enclins à la résistance, ce n'est pas qu'ils soient plus disposés à supporter l'oppression , c^est que l'oppression devient moins insupportable; c'est que véritablement les personnes et les fortunes sont beaucoup plus respectées. Loin que la civilisation tende à diminuer lé courage civil , il est évident qu'elle doit l'accroître; car, nous donnant plus de lumières et de dignité, elle doit bous rendre plus sensibles à l'injure, plus impatiens de toute injuste domination. Nos ancêtres souffraient des choses que leursdescendans ne consentiraient sûrementpasà
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souffrir; nous en avons supporté que nos neveux trouveront, j'espère; intolérables. Si, à' des époques plus ou moins rapprochées de nous, pa a pu faire ^ sans nous émouvoir , tant de sottises et d^iniquités dont la moindre aurait dû exciter des réclamations universelles; ce n'est certainement pas que nous fussions trop civilisés ; c'est bien , au contraire, que nous manquions de culture; et la preuve, c'çst que les mêmes excès qui laissaient le gros du public indifférent, excitaient, au plus haut degré, l'indignation d^un petit nombre d'hommes qui avaient le sentiment éclairé du mal qu'on faisait à la France. Il y a donc lieu de croire que si leurs lumières avaient été plus générales , le public n'eût pas été aussi endurant. Au reste , pour achever de se rassurer sur las effets de 1%. civilisation relativement au courage civil, il sujQSt de considérer le reproche qu'on lui fait, d'un autre côté; de nous rendre ingouvernables : reproche , pour le dire en passant , qui n'est pas mieux fondé que le reproche inverse^ car rien, à coup sûr, ne ressemble moins à l'esprit de rébellion que la haine des brigandages politiques; et l'on peut dire que la société ne se montre jamais plus locale et plus
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fidèle que lorsque les progrès de la civilisation lui oat ^p.pri$ à défendpe son gouyerneoiont contre les ambitieux et les pervers qui ne cessant de le pousser à raal faire '
9|^iS} dit-on, les arts nous ont enrichis, et cçsl; ainsi qu'ils nous qqt corrompus ". Autre
(i) L'çxpression de société fi4^le à sçn gçuyernçfnent fpt une expression q^ui ne semble pas trop convenable. La société a sans doute le devoir à^ être Jidèle à la raison, à la justice ; mais il par^î^ choqu^iit dcLdire qu'elle doit fidélité à ses délégués , à ses gens , aux hommes .qu'elle charge d'une portion quelconque de ses affaires. Cependant, si l'on veut transporter ^ b SAciété une vertu qui est surtout le devoir de ses minis-r tres, je 'dirai, que les socijétés^/î^ié/i?^ ce ne sont pas celles qui approuvent tout ce que fait leur gouvernement, mais celles qui n'approuvent que ce qu^il fait de bien , qui l'empêchent coui'a-
fpiiUem^nl; de mal faire, qui s'efforcent de le soustraire à Tin-r uence des mauvais conseils.
Un gouvernement aurait l)eàu être animé des intentions les pl\is hono|abIes, si la luasse d«s bons citoyens restait indiffé-* rente à sa conduite, il serait presque impossible qu'il se çondHisît bien. La foule des ambitieux et des iutrigans ne s'endort pas en effet comme le public, l^oins le public se soucie de ses affaires et plqs les intriga^s les prennent à ç^i|r. Ils inveifliâseQt le gouvernement, l'envahissent, le subjuguent; ils s'en servent comme d'un instrument ; ils lui font entreprendre à leur profit les c})oses les plus condamnables ; ils le poussent , de violence en violence, jusqu'à lasser la patience universelle; et la société qui, par un respect mal entendu, n'avait pas voulu d'abord le contenir, se voit obligée à la fm d^ le détniire. (2) « En mêpie teiDps que les lois exkCQiiragerpnt le mouTt-
SUR 1*A LIBERTÉ. GHÂP. III. lo5
méprise. Je concevrais que Ton dît cela de Tart du pillage et des extorsions. Je crois bicQ en effet que les ^rts divers par lesquels le cpnquérsiQt , le voleur, Tintrigant» l'agioteur se procurent le bien d'autrui , peuvent contribuer à les pervertir alors jpaême qu'ils les enricjbissent. Mais com^lent oser attribuer le même effet aux arts utiles , aux arts vraiment producteurs? Gardonsnous de confondre les gens qui travaillent avec les gens qui intriguent, et les honip^ies industrieux avec les chevaliers d'industrie* Si, pour pî*ospérer , ceux-pi ont besoin de plu^ d^un vice , ceux-là pour réussir ne peuvent se passer des qualités morales qui constituent l'homme de bieu. Tandis que le courtisan puise, suivant Montesquieu , ses plus grands moyens de succès d^ns la bassesse , la flatterie, la trahison , la perfidie , l'abandon de ses engagemens , le mépris de ses devoirs sociaux , le véritable industrieux trouve ses meilleures chances de fortune dans le travail , l'activité , l'économie , la probité et la
ment des arts et de Findustrie ëomme principe de prbçp^ritié pour l'Etat, l'opinion s'empressera de le châtiçr comme source de dépravation pour les mœurs, » (Montlosier^ (le la Monar^ ckie française en i8i6, p. 5i4.)
pratique de toutes les vertus sociales. Les arts ^ bien loin de nous corrompre en nous enrichissant; contribuent donc à nous rendre meilleur^ en même temps qu'ils nous rendent plus riches. Ensuite , considérée en elle-même, et abstraction faite des moyens de l'acquérir, il s^en faut bien, sans doute, que la richesse soit une cause de dépravation. S'il y a, ordinairement, beaucoup de corruption dans les cours, c'est moins la faute des grandes fortunes dont on j jouit que celle de l'espèce particulière d'industrie par laquelle on y devient riche. Le courtisan, loin d'être rendu plus pervers par ses richesses , leur doit le peu qu'il a de bon. C'est à l'état où elles le mettent qu'il doit cette politesse , cette urbanité, cette bienséance qui, si elles ne sont pas des vertus , servent du moins de -masque à ses vices. De tous les moyens de réformer les mœurs, la richesse est peut-être le plus efficace : elle nous assure le bienfait d'une meilleure éducation; ello nous inspire des goûts et nous fait contracter des habitudes d'un ordre plus élevé; elle nous place dans une situation ou nous avons un plus grand intérêt à nous bien, conduire; elle nous donne un état et une considération à ménager;
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elle nous procure du Iqisiv enfin ^ et tous les moyens d*acquérir des lumières ; et loin que parlà elle tende^ comme on le dît^ à nous corrompre^ c'est par-là surtout qu'elle tend à nous réformer. Quelle apparence, en effet, que les lumières, qiii nous mettent en ëlat de mieux apercevoir les conséquences des mauvaises actions, soient pour nous un stimulant de plus à mal agir? Sans doute il ne suffit pas , pour faire le bien , de le connaître; il faut encore que les bonnes habitudes viennent à l'appui de la saine instruction : mais ce n'est que sur la saine instruction que peuvent se fonder les bonnes habitudes ^ et le commencement de toute sagesse est dans la science. Ainsi ne voulût-on voir sous le mot de civilisation que des idées d'arts, de sdences , de richesses , il serait encore impossible • évidemment de lui faire signifier , par induction , la corruption des mœurs. Encore une fois, ce qui déprave c'est la mianière de s'enrichir et non pas la richesse; ce soqt les arts qui la font seulement changer de mains, et non pas les arts qui la produisent. Loin que ces^ derniers , le f seuls qtie la cisnlisation avoue ^ nous conduisent par la fortune à la dépravation , il est clair comme le jour qu'en
lo8 INFLUENCE DP LA CULTUllE
accroissant H masse 4^s richesses^ ils sont la cause la plus active de la diffusion des lumières et du perfectioqneraent des naœurs.
4.. Mais si, desa pâture, la civilisation n'entraînje pas la ruine des moeurs et de la société, coinment, dira- 1- on, expliquer l'histoire? On n'y voit de nations fortes que les nations peu cultivées. Parvenus au faite de la cwilisation^ lesetn^ pire^ tombent et s^ écroulent. Voyez les Etats de V antiquité \
Il p'y a point dans l'hisloire ce qu'on prétend y voir. On n'y saurait découvrir de nations qui ' aién t péri pî^r excès de culture. Nous voulons que les peuples aient, comme les individus , leur année clinjiatérique , après laquelle ils commencent à décliner. Mais quelle est cette année? quel est cet âge de la civilisation auquel les sociétés humaines ne sauraient arriver sans commencer aussitôt à aller en décadence? Nos idées là-dessus sont si mal arrêtées, si peu faites, que nous ne savons pas même dans quel ordre il convient de classer les peuples ciyilisés. Nous appelons
(i) Réquisitoire déjà cité, de M. de Marchangy.
SUR LA LIBERTÉ. CHAP. III. lOQ
les premiers nés à la civilisation, les peuples etifaos, les peuples des premiers âges, des peuples anciens j et les peuples de nos jours, des peuples qui ont hérité de Texpérience et des lumières de quarante siècles , nous les appelons des peuples modernes. Nous appelons les nations de l'Europe des nations vieilles \ et les Américains des Etats-Unis, nous les appelons une nation yewne. Tout cela est à rebours de la vérité. Dans l'ordre de la civilisation, les Américains sont plus âgés que hous ' ; nous le sommes infiniment plus que les peuples soi-disant awdensi Dans l'ordre de la civilisation , c'est nous qui sommes les anciens, et non les peuples des premiers temps historiques. Si les sociétés humaines lie pouvaient, sans périr, dépasser un cer- .
(i) S'ils ne le sont pas sous le rapport des arts, ils le i^ont au moins sous celui des mœurs, et surtout des mœurs politiques. Rien^ à eoup sûr, n'annonce moins une société encore dans Tenfancê qiie la manière dont ils vivent politiquement^ Ge qui caractérise Tenfance des peuples, c'est le règne de la ruse, ou bien celui de la force et des passion^ brutales. Or, les Américains sont incontestablement de tous les peuples de la terre celui aux affaires de qui la violence et la fraude ont le moins de part. Un tel état est l'indice d'une civilisation achevée et non d'une civilififlitioti qui commence; c'est par-là que les peuples doivent finir, et non par-là qu'ils ont débuté.
tain degré de civilisation ^ il y a long-temps que nous aurions disparu de la scène du monde ^ car il y a long-temps que nous sommes plus civilisés que le furent jamais les peuples dits de l'antiquité. Cependant rien n'annooce assurément que notre fin soit très prochaine.
Il ne nous est guère possible de bieu savoir ce qui a causé la ruine des premiers peuplés civilisés* Mais si^ sur un fait aussi vaste, aussi compliqué^ aussi éloigné de nous, je voulais comme un autre hasarder une explication » je dirais qu'ils ont péri par défaut bien plus que par excès de culture; je dirais qu'ils ont péri parce qu'ils avaient voulu ^ivre par de mauvais moyens; parce qu'ils avaient fondé leur existence sur des principes destructifs de toute force réelle , contraires à tout véritable développement, savoir la guerre et l'esclavage ' ; je di-
(i) Je n'examine point si,. comme on Fa dit, la guerre et la servitude étaient une nécessité de Pépoque où vécurent les peuples anciens. Je crois qu'ils avaient été portés à adopter cette ma* iiière de vivre, moins par leur situation que par leurs mœurs, encore extrêmement imparfaites : je n'en veux pour preuve que le souverain mépiîs qu'ils avaient pour tons les arts utiles , mépris qui est partout le signe non équivoque de la barbarie. Au reste, que ce mode d'existence fût nécessaire ou volontaire, toujours est-il qu'il opposait les plus grands obstacles an déve-
rais qu'Us ont péri surtout parce que de leur temps il existait be^^ucoup de peuples qui n'étaient pas du tout civilisés. Ce ne fut pas la civilisation des Grecs qui causa leur ruine, ce fut la barbarie des Romains. Les Romains, à leur tour , ne furent pas détruits par leur civilisation , mais par la brutalité des Goths^ des Huns, des Vandales et de toutes ces hordes de barbares qui, durant plusieurs siècles, ne cessèrent de fondre sur eux. A l'époque où s'écroula leiir eippire, la barbarie sur la terre était encore beaucoup plus robuste et plus vivace que la civilisation. Ils lie pouvaient donc manquer de succomber. Combien de fois, depuis sa naissance, la civilisation n'a-t-elle pas éprouvé dé ces catastrophes ! On l'a vue expirer successivement en Égjpte , en Grèce, à Rome, à Constantinople. Mais , étouffée sur un point ^ elle ne tardait pas à renaître sur un autre; elle s'y développait avec plus d'énergie, elle se répandait sur de plus vastes espaces ; il n'est plus maintenant en Europe de nation qu'elle n'ait attachée au soi , qu'elle n'ait plus ou moins éclairée et
loppemenl de leurs forces. C'est ce qu on verra plus clairement ailleurs. ( Voy, plus loin , chap. 7-)
adoucie; et je cherche où seraient parmi* nous ou autour de nous les barbares assez puissans pour là détruire.
5. Ceux qui nous trouvent trop civilisés nous font un reproche qu'en vérité nous ne méritons guère. Nous périssons d*excès( de civilisation, disent-ils, et la civilisation, toute grande, toute ancienne qu'elle est, se trouve encore, sous bien des rapports, dans un véritable état d'enfance. La plupart de nos progrès sont d'hier; les plus essentiels soflt encore à faire; si nos arts sont avancés nos mœurs sont loin de Fétre , ou si nos mœurs privées le sont un peu , nos mœurs publiques ne le sont pas du tout.
Je totiche ici à la véritable cause de nos discordes. Si lô mondé est dans un continuel état d'agitation, si quelquefois il semble, comme on dit, menacer de se dissoudre, ce n'est pas. que la civilisation ait trop pénétré dans nos arts, dans nos goûts, dans nos usages , dans nos relations privées , c'est qu'elle n'a pas eûcore assez pénétré dans nos relations politiques.
Observez dans le commerce ordinaire de la vie l'élite des hommes qu'on appelle bien élevés :
sbR LA LIBBRTâ. GHAP. III. 1 13
TOjez*vous qu'ils s'injurient^ qu'ils* s'accusent , qu'ils s'attaquent, comme nousie faisons sans cesse de gouvernans à gouvernés ? Non sans doulé.
Et d'où vient entre eux cet état habituel de bonne intelligence? de ce qu'ils savent à quels égards , à quelLes règles de justice et de bienséante ils doivent mutuellement se soumettre pour rendre leurs relations sûres et l'aciles. Et d'où viennent entre nous, gouvernans 4t gouvernés, ces honteuses disseutions? de c,e que, dans les rapports que nous avons ensemble, nous ne voulons pas nous assujettir aux mêmes règles de convenance et d'équité. Gouvernans , nous sommes hautains et iniques ; gouvernés , nous sommes brouillons et mutins : faut-il s'étonner que nous ayons peine à nous entendre, et que nos querellés remplissent le lùonde de trouble et de confusion? Mais attendez que les temps et l'expérience nous aient enfin s^ppris à nous soumettre dans nos rapports publics aux mêmes règles de morale qu'observent les gens de bien dans leurs relations domestiques et civiles; attendez que la civilisation ait pénétré dans le gouvernement, seuleiKkent au degré où elle est entrée dans )a vie privée , et vous verrez bientôt cesser nos dis-
ftl4 INFLUENCE DE LA GULTUAB.
cordes. Le trouble et Fagitation qui régnent dans la société sont donc visiblement le sjmptôme d'un défaut et non pas d'un excès de civilisation.
6. En résumé la civilisation accroît sans cesse» on le reconnaît , la masse de nos idées , de nos découvertes, de nos richesses, de tous nos moyens d'action. Loin que par là elle nous corrompe, c'est par là surtout, nous venons de le voir, qu'elle tend à nous amender. Elle adoucit les mœurs, elle les épure et les élève; elle est favorable à la justice, à la dignité, au courage; elle implique les idées d'ordre et de morale aussi fortement que celles de richesse et d'industrie. Elle renferme donc en elle-même tous les élémens de la liberté , et j'ai raison de dire que les peuples les plus cultwés sont les plus libres. .
7. Je prie , avant de finir , qu'on prenne garde à la manière dont je m'explique. Je dis qu'un peuple est d'autant plus libre qu'il est plus civilisé, que plus il est civilisé et plus il est libre; mais j e ne dis pas que sa liberté soit nécessairement égale à sa civilisation» Cette proposition, en eiFet^^^
SUR LA LIBERTÉ. GHAP. III. . Il5
pourrait très bien li'êtrè pa^ exacte; et de vrai, il a'arrive presque jamais qu'elle le soit. *
La raisotf en est simple : c'est qu'un peuple n'est jamais parfaitement isolé ; c'est qu'il est entouré de populations plus ou moins civilisées
c(ue lui^ et dont la civilisation doit nécessaire-
meint modifier les effets de la sienne et influer en bien ou en mal sur la liberté. Une commune tient à son cbef-lieu ; les départemens se liçnt à la capitale; la France au reste de l'Europe ; l'Europe a des rapports avec l'Amérique , et là race européenne avec les nations de l'Afrique et de l'Asie ►
Dans cet état de conniycion universelle où presque tous les peuples sont entre eux, on pourrait dire sans doute que la liberté du genre humain est égale à sa civilisation; mais on ne peut sûrement pas répondre que la liberté de tel peuple en particulier soit exactement proportionnée à l'état de ses mœurs ^ de son industrie , de ses lumières. Il est en effet très possible et même très ordinaire que l'ignorance et les vices d'un peuple voisin ou même d'un peuple éloigné viennent contrarier le résultat de son instruction et de ses bonnes habitudes, et le rendre moins libre
Il6 . INFtUJBNCE D£ LA. GULTURB
qu'il ne le serait sans rinterpoaitioQ de cet élément étranger.
Ain«i, par exemple, il n'e&t pas douteuj^ que rétat arriéré de là plupart de nos départemens ne nuise beaucoup à la liberté de la capitale. On ne peut pas douter davantage que la liberté de la France ne souffre de Fétêt des pays environnàns qui sont moins avancés qu'elle* La Manche ne sQustrait pas complètement la liberté anglaise à rinâuence du continent ; ni même T Atlantique celle des Etals-Unis # ce qui r^^ste de barbarie
en Europe. Quand M. le président Monroë dit, dans son message , qu'à la distance où l!Ajmérique est de nous , sa: lî^rfé ne saurait être affectée de notre état politique % il est évident qu'il se trompe, et le fait même le prouve; car l'état de l'Europe oblige l'Amérique d'élever des fortifications sur son littoral , d'entretenir une forte marine, d'avoir, de nom}>reases milice» et une armée; et certes ces précautions dispendieuses et gênantes, que l'état imparfait de notre civilisation l'obligé de prendre, ne peuvent pas ne pas nuire beaucoup à sa liberté.
(i) yoy. dans les iouruauy français du commencement de iauvier iS^S, le message dont il est ici question.
SUR LA tIBBRTE. <:HAF. IU. lav
Cepeodant, qttdletfue soit cette influeiice réciproque que la plapaH des nations exetùeai liés unes sut les autres , il est certain qu'elle a des bornes, et qu'elle ne change qu'en partie lé^ ré* *^ sultats de la civilisation développée dans elKàqtie pa js . Ainsi , qu oique l'état moral et poli tiqm? dte rEurope nuise à h Uberté des Anglo-Améri^ cains , l'Amérique septentrionale , politiquement plus civilisée que l'Europe, a par ce seul fait, au moins sous ce rapport, beaucoup plus de liberté. Ainsi la France reste plut libre que des natîpns moins civilisées qu'elle, malgré les efforts que ces nations font pour l'abaisser à leur niveau. Ainsi la capitale , malgré la pernicieuse influence des départemens , a beaucoup plus de liberté qu'ils n'en possèdent, par cela seul qu'il j a dans son sein beaucoup plus d'intelligence, d'activité, d'industrie > de savoir, de richesse, de bonnes
habitudes , et en général d'élémens d^ordre et de force de toute espèce. La liberté n'est peutêtre nulle part exactement proportionnée à la civilisation; mais partout où la civilisation est plus avancée la liberté est plus grande, partout les populations deviennent plus libres à mesure qu'elles sont plus cultivées.
lJl8 IirV. DE LA GULT. SUR LA LIB. CB. III.
8. Au surpluç^ nous allons voir si Tétude des faits confirme ces remarques; et parcour^t^ Tun après l'autre y les principaux ét^ts par lesquels a passé la civilisation, depuis les plus informes jusqu'aux plus perfectionnés, nous examinerons quel est le degré de liberté compatible avec chacun de. ces degrés de oultuge.
LIBERTÉ DES PEUPLES SAUTA6BS. IIC^
T' i ri-riTriri->r>r1rr>rirr i Tr>T^~ i ^~'>'>*>V»'*nririr>rtT'V>r>'i i ^ i n'i i rtrir> i 'tr> i %"yv>'> « r^
Du degré de liberté qui est compatible avec la manière do
vivre <^ peuples sauvages*
1. S'il est vrai que lik liberté soit en raison de la civilisation^ les peuples qu'on appelle sauvages doivent être les mbius libres de tous les peuples; car ils sont précisément les moinç civilisés. A ce premier âge de la vie sociale , les homimes ne savent faire encore ni un usage étendu^ ùi un usage bien entendu de leurs forcées. Ils n'ont encore appris ni à pourvoir amplement à leurs besoins , ni à les satisfaire avec mesure > ni à les contenter sans se faire mutuellement de mal. Ils ne savent pas commeat il est possible à de nombreuses populations de subsister simultanément dans un même lieu sans se nuire; et lorsque les productions naturelles d'une contrée ne peuvent plus suffire aux be*
\%Ç> CHAP. |.y. IfIBBRTÉ
soins des tribus qui Thabitent^ le seul mojeii cp- elles €0»eoive«t d-aceroître letws î^esaouipèes c'est de s'exterminer les unes les autres^ et de réduire par la guerre le ndmhite des consonir mateurs. On peut dire que, dans cette enfance de la i^oeiété , les hcMxiixies ne se douteot nullement encore des condition* auxquelles il est possible d'être libre.'
2. Par quel singulier renversement d'idées, dés philosophes dm di^ipier siècle ost^^iis dpnc ciffecté de présenter cet état social comme Jie plus favorable à la. liberté? Plus ua peuple étdit incolteet plus ils le dédaraient libre* Un Fran^ «ais, un Ângkis, un homiue civilisé de leur temps était un esclave ' ; un Bx>main était un homtne. libre , à plus forte raison oi^ GectoMU ; à plus forte raison on Tartare, Un nomade; finalement le plus libre des^ honlmes à leurs yeux c'était un sauvaige^ un Algouqmn, unlroq^uHâ, -un Hup0i>éi .
« Quand on sait creîiSBPun canot, battre l'em-
(i) «Four yQM?) p^pp^es moderiii^s, vx>mb n'avez pa^ dV^cla,ves, mais vous Têtes,.. » (Rousseau, Contrat social , liy. 3, ch. i5.)
DSS PfiUJPLES SAUVAGES. Idl
Q^mi, construire litie cabane, vivre tle peu, faire cent Iteoes dans les forét«i ^ns antre guide que le vent et le soleil > sans autre provision qu'un arc et des flèches; c'est alors / dit Rajnal f qu'on est un homme '. »
« Tant que les hommes , dit Rousseau , se contentèrent de leurs cabanes rustiques ; tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes ; à se parer de plumes et de coquillages ; à se peindre le corps de diverses couliurs; à tailler avet des pierres tranchantes quelques canots de pécheurs ou qudques grossiers instrumens de musique; en un mot, tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire , et qu*à des arts qui n^avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres ^ sains, bons et heureux autant • qu'ils pouvaient l'être par leur nature.... *. » /
Ailleurs le même écrivain ajoute qu'il n'j a pas d'oppression possible parmi les sauvages. « Un hotdme, dit*il, pourra bien s'emparer des fruits
(i) Histoire philosophique et polit, des deux Indes , \iv, i5, p. 20.
(2) Discours sur l'origine de l'inégalité.
GHAP. lY. LIBBRTÉ
qu'un autre a cueillis > du gibier qu*il a tué 5 de Fautre qui lui servait d'asile; niais comment viendra-t-il jamais à bout de s'en faire obéir?. •• Si Ton me citasse d'un arbre , j'en suis quitte pour aller à un autre; si l'on me tourmente dans un lieu y qui m'empêchera de passer ailleurs ' ? >>
3. Ainsi» un sauvage est libre, suivant Rousseau^ par cela seul qu'il a la faculté > s'il est tracassé dans un lieu, de se réfugier dans un autre. Mais à ce compte» un homme civilisé est4l beaucoup moins libre qu'un sauvage? n^a-t-il pas aussi la faculté de fuir? Si on le tourmente dans un lieu> ne peut-il pas aller dans un autre? Et s'fl ne trouve de sûreté nulle part dans la société des bommes» n'aurà-t-il pas tou jours, comme le sauvage de Rousseau* , la faculté de s'enfoncer dans les bois et d'aller vivre avec les bêtes?
On dira sans doute que l'homme civUisé ne saurait prendre une résolution pareille ; qu'il tient à la société par trop de liens : mais faut-il donc ne tenir à rien pour être libre ? La liberté consiste-t-elle dans la nécessité d'étouffer tous
(1) Discours sur rorîgine de rinégalité.
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ses sentimeus, de réprimer toutes ses affecticfns? Est->ce être libre que d'être à tout moment contraint d'abaûdonner son fruit , son gibier^ son asile ? Qu'j aurait-il de pire à être serf?
Rousseau nous apprend comment nous pouvons être libres en consentant à ne rien pro* duire^ à ne rien posséder. N'ayez que des arbres pour abri; ne vous couvrez que de peaux d'animaux ; ne les attachez qu'avec des épines ; interdisez - vous toute industrie ; réduisez « vous à la condition de^ brutes > et vous serez libres, libres ! de quoi faire ? de vivre plus misérables que les bétes mêmes ? de périr de froid ou de faim? Est-ce à cela que vous réduisez la liberté humaine? Etrange manièreide nous procurer la liberté » que de commencer par interdire tout perfectionnement à nos forces, tout développement à nos plus belles facultés!
Les hommes ne sont pas libres en raison de leur puissance de souffrir, mais en raison de leur pouvoir de se satisfaire. La liberté ne consiste pas à savoir vivre d'abstinence \ mab à pou^ voir satisfaire ses besoins avec aisance y et à savoir les contenter avec modération. Elle ne consiste pas à pouvoir fuir, comme dit Rousseau ,
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OU à savoir battre reonemi, comme dit Ray lial ; mais à savoir diriger ses forces dé telle - styrte qu'il soit possible de vivre paisiblement eosem* ble; de telle sorte qu'on ne soit pas rédoit à se fuir ou à s'entre-tuer. La liberté, finalement, ne consiste pas à se faire béte , de peur de devenir un méchant bommë; mais à tâcher de. devenir autant que possible , un homme industrieux , raisonnable et morah
Quand on sait creuser un canot, construire une cabane, faire cent lieues dans lès forêts, c'est alors qu'on est un homme ! Oui , c'est alors qu'on est un homme sauvage; mais pour être véritablement un homme, il y faut bien d'autres £aiçons : il faut savoir faire un usage étendu et élevé de ses forces; il faut avoir développé s<xi intelligence ; et l'on est' d^antaat plus libre et d'autant plus homme qu'an sait mieulc tirer parti de toutes ses facultés. Gela résulte même des expressions de Rajnal ; car , si l'on est u n homme quand on sait creuser un canot, à plus forte raison doit*on l'être quand 00 sait construire uui navire; si, quand on peut édifier une cabane, à plus forte raison quand on sait élever de belles maisons; si enfin quand on peut faire cent lieues
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dans les forêts^ à plus forte raison ({uand on peut faire le tour de la terre?
4*. Les détracteurs de la vie civile trouvent donc , comme nous ^ qu'on est d^autant plus libre qu'on sait mieux user de ses force^. Mais alors sous quel rapport serait^il possible de sou* t^nir que l'homme encore sauvage esf plus libre que l'homme civilisé? L'emporte-t-il par la force du corps y par les facultés de l'esprit ^ par les habitudes privées et sociales? Comparons4es un peu sous ces divers points de vue.
5. On a long-temps présenté la vie sauvage comme la source de la vigueur physique» «Xe corp» de l'homme sauvage j dit Rousseau y étant le seul instrument qu'il connaisse , il l'emploie à divers usages dont^ par le défaut d'exercice^ les nôtres sont incapables ; et c'est notre industrie qui nous ôte la force et l'agilité que la nécessité l'oblige d'acquérir. S'il avait une hache j son poignet romprait-il de si fortes branches ? f^'il avait une fronde, lancerait-il de la main une pierre avec tant de roideur? S'il avait une échelle, grimperait-il si légèrement sur un arbre ? S'il avait un
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cheval, serait-il si vite à la course? Laissez à rhomme ciyilisé le temps de rassembler toutes ses machines autour de lui, on ne peut douter qu'il ne surmonte facilement Thomme sauvage ; mais si vous voulez voir un combat plus inégal encore , mettez - les nus et désarmés vis - à - vis l'un de l'autre, et vous reconnaîtrez bientôt quel est l'avantage d'avoir sans cesse ses forces à sa . disposition » d'être toujours prêt à tout événement , et de se porter, pour ainsi dire, toujours tout entier avec soi '. »
Voilà des idées admirablement exprimées sans dopte; mais ont-elles autant de justesse que d^éclat? Je ne nierai point que la vie sauvage ne paraisse propre , sous quelques rapports , à développer les forces physiques. Le sauvage est appelé par son état à un très grand exercice, et l'exercice est père de la vigueur. Mais si un exercice modéré fortifie, un exercice trop violent énerve; et le sauvage excède ordinairement son corps plutôt qu'il ne l'iexerce. Ajoutez que , si souvent il agit trop, plus souvent encore il se nourrit mal, et qu'il é'exténue doublement par la fatigue et par le jeûne.
(i) Discours sur Torigine de l'inégalité;
Vv,
DES PBUPIiES SAUYAOBS. I37
« Lesauvage^ dit Péron^ entraîné parle besoin impérieux de se procurer des alimens^ se livre pendant plusieurs jours à des courses longues et pénibles , ne prenant de repos que dans les in* stans où son corps tombe de fatigue et d'épuisement. Vient-il à trouver une pâture abondante? alors, étranger à tout mouvement autre que ceux qui lui sont indispensables pour assouvir sa voracité, il n'abandonne plus sa proie, il reste auprès d'elle jusqu'à ce que (ïe nouveaux besoins le rappellent à de nouvelles courses , à de nouvelles fatigues, non moins excessives que les précédentes. Or, quoi de plus contraire au développement régulier , à l'entretien harmonique des forces que ces alternatives de fatigue outrée, de repos automatique, de privations accablantes, d'excès et d'orgies. faméliques'. »
Joignez à cela ce que les relations des voyageurs rapportent de la saleté des peuples sauvages , de l'insalubrité de leurs àlimens , de la puan* teur de leurs habitations , de la manière dont ils s'j entassent quelquefois , des maladies, des infirmités auxquelles Tensemble de ce détestable
(i) Voyage de découvertes aux terres australes, tom. I, p. 464.
laS GHAP. lY. LIBERTÉ
régime les expose, et ^ous reconnaîtrezquéleur corps est presque toujours soumis à Tactioa d'un concours plus ou moins nombreux de causes essentiellement énervantes ^
Il paraît donc fort incertain que dans le com-
bat proposé par Rousseau , Pbomme sauvage eût sur rbomme cultivé autant d'avantage qu'il le suppose. Sans doute, si l'on affectait de mettre aux prises avec l'artisan lé plus chétif de nos cités ; un sauvage choisi chez l'un des peuples de l'Amérique ou des îles de la mer du Sud qui sont les plus remarquables par la taille , les proportions et la force du corps, il serait bien possible que le citadin ne sortît pas vainqueur de la lutte. Mais pour juger quelle est de la vie civile ou sauvage la plus favorable au développement de la vigueur physique, il ne faut pas faire combattre un colosse aveq un pygmée, un montagnard suisse oo écossais avec un Elskimau , un guerrier Cafre ou Carive avec le citoyen le moins robuste de Londres ou de Paris; il faut mettre en présence deux
(i) Voy* ce que dit là-dessus, d'après les relations des meilleurs voyageurs , Fauteur de TEssai sur les principes de la population, 1. 1, ch. 5 et 4.
DSS PEUPLES SAVyAGES. 129
hommes égaux sous le rapport de la race > et entre lesquels il n'y ait de différence que celle qu'y a pu mettre la manière de vivre et la civilisation. Or y si la lutte s'établit entre deux' hommes choisis de la sorte ^ on peut poser hardiment en fait que l'homme sauvage sera constamment battu par l'homme civil.
On trouve dans la relation du voyage de découvertes aux terres australes des preuves pé- -rèmptoires de ce que j'avance. Pérou a voulu juger sur les lieux ce grand procès de la supériorité de la nature brute sur la nature cultivée. Il a comparé les forces respectives des Européens et des naturels de la Nouvelle-Hollande. Il a vu lutter^ corps à corps, et à plusieurs reprises , des matelots de l'expédition avec des sauvages : ceuxqi ont toujours été culbutés. Il a éprouvé leurs forces respectives avec le dynamomètre, et les sauvages ont encore été vaincus. Péron , bien loin de trouver dans les faits la preuve de cette plus grande force musculaire qu'on a voulu attribuer aux peuples incultes, a été conduit par l'observation à penser que les hommes sont d'autant plus faibles qu'ils sont moins civilisés. Il a trouvé que les naturels de la Nouvelle-Hollande , un peu
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moins bruts et moins misérables que ceux de la terre de Diémen , étaient un peu plus vigou^ reux ; que ceux de Timor étaient plus forts que ceux de la Nouvelle-Hollande y et les Européens beaucoup plus forts que les habitans à demi ci* vilisés de Timor* Il a remarqué que la vigueur physique y dans cette échelle de la* civilisation ^ suivait la progression suivante : 5o, 5i , 58^ 69 '; c^ést-à-dire que les sauvages de la terre de Diémen n'avaient pu , terme moyen , faire marcher Taiguille de pression du dynamomètre que jusqu'à 5o degrés y ceux de la NouV'elle-Hollande à 5 1 9 et ceux de Timor à 58 ; tandis que les Français 9 malgré Faffaiblissement résultant pour eux des fatigues d'une navigation très longue et très pénible y l'avaient fait avancer jusqu'à 69 ^ ^ Il y a peut-être à reprocher à Péron de n'avoir
(i) Je néglige les û'actions.
(a) Dans ces épreuves , les Anglais établis au port Jackson fi« rent avancer raigoille du dynamomètre jusqu^à 71 degrés. Mais Péron observe que celle dii^ârence à Tavantage des Anglais pouvait tenir à celle de Fétat de santé où se troi^vaîent les individus des deux nations, dont les uns, établis dans leurs foyers et parfaitement dispos, jouissaient de la plénitude de leurs forces , tandis que les autres descendaient à peine de leurs vaisseaux , à la suite d'une navigation très longue et qui avait été excessivement fatigante.
DES PBtJiPLâS.SAUVAOBS. iSi
pas assez tenu compte dans ces expétietit^e^' dé là différence des races. Userait possible en'elPét que rittfériorité dés indigènes de la Nouvelle^ Hollande Tint en partie de leur mauvaisie <50pfôiv tnatiôn naturelle^ et qu'elle ne résultât pas tiïij^ quement de Fétat de leur civilisation. C*e$î iifè que j'ignore. Mais^ fallût-il accordé)? quelque chose à la différence des races , la coDséqpenoe générale tirée par Pérou de ses expériences a'eç resterait pas moins certaine. Elle serait mbdi* fiée , mais non pas détruite ; et il serait tou-^ jours vrai de dire que la civilisation est fâvorâ^ ble au développement des forces physiques '.
Un historien fort en crédit , M. Dolaure ^ m'en fournit une preuve curieuse dans son histoire de
Paris.
Cet écrivain, parlant des jeux auxquels seli-^ vraient au quinzième siècle les habitans de cette
(i) f^oy, 1. 1, p. 47^ à 4?^ ^ s^^ voyage, tout ce qu'il cité d'autorités à l'appui de cette assertion. « Si la nature de cet ouf vrage , dit-il en finissant , ne s'opposait pas trop à ce que je poursuivisse ces citations , il me serait facile de prouver qu^il n'est aucune partie du globe qui ne recèle des peuples plils 6« moins sauvages, qui, sous le double rapport de la perfection physique et du développerait des forces , sont cependant de beaucoup inférieurs aux grandes nations européennes, a
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bonne vUle, raconte que le i«' septembre 14^5, il &t plaftté dans la rue aux Ours> en face la rue Quincampoix , un mât de cocagne qui n'avait pas plus de trente«six pieds de haut, et il ajoute que^ dans tout le cours de la journée , il ne se trouva personne qui pût grimper jusqu'au fftîle et aller décrocher le prix qu'on y avait suspendu '• Si le fait est vrai^ et rbistorien ]e puise à bbnncr source , il faut convenir que les Parisiens de nos jours pourraient se moquer un peu de leurs robustes ancêtres* Est-il /en efFet^ rien de si commun dans nos fêtes publiques que de voir des gens du peuple grinïpet* lestement à la cime de mâts de cocagne , non pas de trentecinq pieds ; mais de plus de soixante?
Ce qui nous porte à croire que la civilisation tend à faire dégénérer l'homme physique , c'est la vue de ces individus faibles et chétifs, qui se trouvent toujours en plus ou moins grand Nombre dans des pays riches et très peuplés. Mais l'existence de ces individus est peut-être ce qui montre le mieux à quel point la civilisation est favorable à l'homme physique. Tous ces êtres
(i) H^st^ physique^ civile et morale de ?aris , t. II, p. 66i et 662*
DES PEUPLES SAuViLjGES. l33
en effet sont autant de forces que la cmlisation conserve, et qui, clans l'état de sauvage, se^ raient voués à une inévitable destruction. Il n'y a dans cet étal rigoureux que les individus nés avec une complexion très forte qui puissent se promettre de vivre. Tout le reste est condamné d'avance à périr.
Un Spartiate dirait peut-être que c'est un des mauvais effets de la civilisation de conserver ainsi des corps grêles, des avortons, des guenilles.^.
Guenille si Ton veut; ma guenille m'est chère,
répondrait-on avec Chrysale. Il n'est pas du tout besoin d'être taillé en Hercule pour trouver la vie douce et se féliciter d'en jouir :
Mécénas fut un galant homme.
Il a dit quelque part : qu^on me rende impotent, Cul-de-jatte, goutteux, manchot; pourvu qu'en somme « Je vive, c'est assez;, je suis plus que content.
D'ailleurs, il n'est ni impossible, ni rare quedes . épaules faibles portent une tête forte, qu'une aine énergique loge dans un corps fluet. Or les têtes fortes et les aniies énergiques ont bien aussi leur puissance peut-être. Il y a dans la tête de Nev^rton ou de Biaise Pascal mille fois plus de pouvoir que dans les bras d'Alcide. Permis à des sau-
3^34 GHAP. IV. LIBERTÉ '
v^e» de ne. tenir compte que de la vigueur de^ reins qu de l'énergie du jarret : les hommes cul- Ûvés savent que l'homme vaut surtout par le ^entimei^t et l'intelligence.
Ei^fin la question ici n'est pas de savoir si la civilisation a tort ou raison de conserver les êtres faiblement constitués; mais bien si elle est ou n'est pas favorable à la vigueur physique. Or f^^lfi se xnontre avec évidence non - seulement dans^xç qu'elle ajoute à la force des homme3 naturellement robustes; mais surtout dans ce qu'elle donne de vie et de santé à des corps naturéltement débiles; non -seulement dans ces millions d'êtres vigoureux qu'elle fait croître, mais surtout dans cette multitude de frêles existences qu'elle conserve : c'est dans ce qui la fait accuser d'être une cause de dépérissement et de mort que je la trouve particulièrement vivifiante.
Si une vérité si simple, et pourtant si longteibps méconnue^ avait besoin de nouvelles preu^ vas, imen trouverait de frappantes dans les curieuses recherches deM^ Villermé sur la popu* lation de Paris. Ce judicieux observateur nous a appris qu'à l'époque où nous vivons, la mortalité
DES PEUPLES SAUVAGES. l35
générale annuelle dans Paris n*est que d'un habitant sur trente-deux, tandis qu'au dix-septième siècle elle était d'un sur vingt^cinq ou vingt-six^ et au quatorzième d un sur seize ou dix-sept *. On peut juger par ce seul fait à quel point les progrès de la civilisation tendent à accroître la durée moyenne de la vie , et à quel point par cohséquent elle est favorable à la conservation des forcés physiques '.
Rbusseau s'est donc grandement abusé quand il a voulti établir que les hommeà sont d'autant plus vigoureux qu'ils' sont plus incultes. Cest justement le contraire qui est la vérité. Pourquoi d'ailleurs, en mettant aux prises un homme civilisé avec un sauvage, veut-il dépouiller le premier de ce qui fait son principal attribut; des forces artificielles qu'il a su ajouter aux siennes, des armes, des outils qu'il s'est appro-
(i) Mémoire lu à rAcadëmie des sciences le 129 uov. 1824* Ce mémoire est encore inédit.
(3) Pour ne pas laisser à q[uelque esprit de travers le plaisir de tiret d'une observation vraie une conséquence absurde qu'elle ne renferme pas , je fais remarquer qu'il s'agit ici de la dui'ée moyenne et non de la durée absolue de la vie. Assurément la civilisatîoti ne fera pas que nous vivions éternellement ; maiis elle peut jfairé que le commun des hommes approche un peu davantage du teime auquel il est donné à la vie humaine d'atteindre.
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priés et qui soDt devenus pour lui comme autant de nouveaux sens? Nu et désarmé, sa supériorité est déjà évidente ; mais elle sera immense si à ses forces naturelles vous ajoutez celles qu'il a su se procurer par son art.
6. La véritable puissance de l'homme civil est dans son intelligence. C'est à elle qu'il doit d'àbord sa plus grande vigueur de corps ; car il n'^st plus robuste que parce qu'il sait mieux entrele-joir sa santé, parce qu'il pourvoit mieux à tousses besoins phjsiques. Mais cette plus grande force corporelle dont il lui est redevable n'est rien en comparaison de celle qu'elle lui procure d'ailleurs. Elle plie à son usage toutes les puissances de la nature; elle ajoute aux forces qui lui sont propres celles des animaux, celles des métaux, celles de l'eau, du feu, du vent; elle élève son pouvoir de un à mille , à cent mille; elle l'étend d'une manière indéfinie.
L'homme cultivé, déjà plus libre que le sauvage dans l'usage de ses miembres, est donc infiniment plus libre que lui dans l'exercice de son entendement. Sous ce nouveau rapport il n'j a vraiment entre eux aucune comparaison possible. Le
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parti que rhomme civilisé tire des facultés de soo esprit est immense; Tusage qu'en fait l'I^omme sauvage n'est rien ; son intelligence commence à peine à luire; et Ton peut juger par ce qu'il nous a fallu de temps pour débrouiller un peu la nôtre , de ce qu'il devra s'écouler de siècles avant que la sienne brille de quelque éclat.
Non-seulement l'intelligence du sauvage n*est pas développée , mais il y a dans sa manière de vivre des obstacles presque insurmontables à ce qu'elle fasse aucun progrès sensible. Lesauvage^ chasseur et guerrier par état, épuise toute son activité dans les exercices violens auxquels sa condition le condamne; et quand il revient de la chasse ou de la guerre, il ne sent plus que le besoin de réparer ses forces par la nourriture et le sommeil. Il n'y a de place dans sa vie que pour l'action physique ;. il n'y en a point pour le travail de l'esprif. Pour qu'il devînt capable de réflexion , il faudrait que son existc^tce ne se partageât pas entre une activité désordonnée et un repos presque léthargique ; il faudrait qu'il pourvût à sa subsistance par des moyens qui requissent moins de force et plus de calcul; c'est-à-dire qu'il faudrait qu'il changeât de ma-
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nière de vivre ; mais tant quHl reste chasfseur et guerrier il parait impossible que son intelligence se forme , et Ton n^a pas vu de peuple dans cet état dont les idées ne fussent excessivement bornées.
Telle est Tignoraoce du sauvage y qu'il est incapable de pourvoir aux plus sinlples besoins de la vie. On sait dans quel état ont été récemment trouvés les naturels de la terre de Dié» men et de la Nouvelle-Hollande. Ils étaient, dit Péron, sans arts d'aucune espèce, sans aucune idée de l'agriculture , de l'usage des métaux, de l'asservissement des animaux; sans habitations fixes, sans autres retraites que d'obscurs souterrains ou de misérables abat*veuts d'écorce, sans autres armes que la sagaie et le casse-tête , toujours errans au sein des forêts ou sur le ri*vage de la mer '. Gook trouva les habitans de la Terre-de-Feu mourant de froid et de faim , couverts ^l'ordure et de vermine , et placés sous le climat le plus rude sans avoir su découvrir aucun moyen d'en adoucir la rigueur '. Le sau-
(i) Voyages de découvertes aux terres aui^trales^ 1. 1 , p. 4^5 et suiv.
(a) Second voyage, t. II , p. iS'j de Tëdit. angl.
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vage nef sait, en général ^ tirer de la terre qu,e ce qu'elle produit spontanémeut » et telle est quelquefois sa stupidité que pour cueillir lé fruit qui le nourrit > il coupe au pied l'arbre qui le lui donne \ Il reste exposé aux plus cruelles privations sur des terrains, qne fécondei^ait la culture la plus imparfaite , et il s'j nourrît des mets les plus dégoûtans » il y souffre des famines hideuses quand la moindre industrie pourrait Vy mettre à l'abri du besoin '• Il perd , faute de propreté , l'avantage d'occuper des régions étendues et naturellement saines , et quelque-* fois des bordés entières sont emportées par des épidémies que la moindre prudence aurait pu prévenir ^ Il ne reçoit enfin presque aucune aide de son intelligence ; elle le laisse à la merci de tous les élémeds et sous le joug d'une multitude de nécessités dont se jouerait parmi nous l'industrie la plus vulgaire.
Rousseau trouve que la liberté ne souffre pas
(i) Lettres édif. , citées par Montesquieu.
(2) To^. notamment ce que Péron et d^autres voyageurs racontent de la manière dont se nourrissent quelquefois les peuples de la Nouvelle-Hollande.
(3) f^o^. Maltbus etles voyageurs qu'il cite, Essai sur le principe de la pop, .^ liy. I, ch. 4»
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tant qu^on ne dépend ainsi que des choses '.
C'est se méprendre étrangement. Les choses, dans bien des cas , n'agissent pas sur nous avec moins de yiolence que les hommes , et il n'est pas plus doux de dépendre d'elles que d'être sous le joug des plus formidaibles tyrans. Non-seulement cela n'est pas plus dous;, mais cela n'est pas plus noble. Nous dépendons des choses au même titre que des hommes. Nous leur appartenons, comme aux despotes, par notre ignorance, notre incurie, notre lâcheté. Il estdes cas où un homme peut n'avoir pas à rougir de son indigence; mais pour un peuple, en général, être pauvre est tout aussi honteux qu'être esclave, et je sais tel pajs qui n'est pas moins flétri par sa misère que par le peu de sûi^eté dont on y jouit. Un pays est gueux parce qu'on y manque d'activité et de courage ; il est dans la servitude ou l'anarchie parce qu'on y manque de justice et d'équité. Tout cela provient des mêmes causes générales , c^est-à-dire du défaut de culture. Mais revenons à notre sujet.