tonnes
Valeur : 759.446.911 pesetas.
Total 3 . 603 . 635 tonnes de marchandises diverses .
Valeur........ 1.484.516.181 pesetas.
Le nombre des tonnes de marchandises embarquées et débarquées dans les ports péninsulaires pour le commerce extérieur ayant été en 1897 de 14.917.627 tonnes, on peut voir que le commerce de cabotage est égal à environ 25 °/ du commerce maritime avec les nations étrangères.
L'INDUSTRIE ET LE COMMERCE DE L'ESPAGNE lU
Considérations générales. — Conseils au commerce français. — Nécessité des voyages, de l'action individuelle et personnelle des chefs d'industrie et des négociants. — Faire comme les Allemands. — Créer des représentante et agents espagnols ou des français parlant la langue et connaissant le pays. — L'œuvre de nos Consuls, des Chambres de commerce françaises. — Services rendue par X Office du Commerce extérieur. — Collections d'échantillons et Musées commerciaux. — L'importation des meubles, par exemple. — Complétez les renseignements par l'étude de visu et allez en Espagne. — Grand avenir de oe pays et avantages des étroites relations économi ques de la France et de l'Espagne.
Il faut conclure ; nous le ferons le plus brièvement possible- Une étude approfondie et consciencieuse ne peut manquer d'apporter d'utiles enseignements ; je désire cette fois que ce soit des enseignements pratiques.
Il ressort des chapitres précédents que l'Espagne possède d'immenses ressources, que sa situation économique n'est pas mauvaise, que c'est un pays appelé à un grand avenir commercial et industriel. Quels débouchés peut-elle offrir encore à nos industriels? Quelle part nos capitalistes peuvent-ils prendre dans le développement futur de ses industries et de son activité économique '?
Il ne s'agit pas de nous faire des illusions. Tôt ou tard, avec plus ou moins de rapidité, mais sûrement, les nations sont toutes appelées à devenir industrielles et à pourvoir ellesmêmes aux besoins de leur consommation intérieure en produits manufacturés. C'est presque une loi économique, conséquence du progrès, conséquence de la civilisation qui se répand, de. l'instruction qui rayonne de plus en plus.
Jadis, l'Espagne ne produisait presqu'aucun article manufacturé ; nous avions dans ce pays des débouchés bien supérieurs à
ceux d'aujourd'hui. Actuellement nous pouvons y trouver encore des débouchés pour beaucoup d'articles manufacturés, mais à la condition de lutter avec les Anglais et les Allemands, avec la production locale et l'industrie catalane principalement.
Que faut-il faire pour cela ? Il n'y a pas deux moyens de répondre, il n'y en a qu'un : il faut agir.
Qu'entend-on par ces mots : il faut agir ? Je vais l'expliquer.
L2 grand défaut de nos commerçants et de nos industriels a été jusqu'à ce jour de ne pas se remuer assez, de vouloir faire des affaires du fond de leurs cabinets et de leurs bureaux, d'attendre les clients dans leurs fauteuils et de se figurer que leurs produits devaient' s'imposer à tout le monde par ce seul fait qu'ils étaient français, faits avec bon goût, avec solidité, avec élégance.
Ils ont oublié que ces qualités, dont je ne veux déprécier en rien la valeur, ne pouvaient cependant plus, en face de la concurrence très active des étrangers, les dispenser de recourir aux mêmes moyens de vente que leurs rivaux.
11 est passé le temps où la supériorité incontestable et incontestée de l'industrie française affirmait sa suprématie, où de tous les points du globe les clients affiliaient chez nous et étaient trop heureux d'en passer par toutes les conditions de nos fabricants pour leur acheter les produits dont ils avaient besoin.
Aujourd'hui les industries étrangères produisent un peu moins bien peut-être que nous, mais avec des procédés tout aussi perfectionnés, si ce n'est plus, dans des conditions bien plus avantageuses do main-d'œuvre et de travail. Les industriels allemands et anglais vendent des marchandises relativement bonnes, qui ont de l'apparence - et parfois des étiquettes françaises — à meilleur marché que iiohn, selon les goûts des clients étrangers, en leur accordant les facilités de paiement qu'ils désirent, en acceptant tous leurs us et coutumes de commerce.
Et voilà ce qui nous perd, ce qui tuera notre industrie, si elle n'y pi end pas garde î
Il ne faut plus attendre les clients chez nous, il faut aller chez eux. Rien ne vaut le voVage du chef de maison, la tournée annuelle des directeurs de l'Usine ou de la fabrique. J'ai fait cent expériences à ce sujet ; elles ont toutes été concluantes et décisives. Il est impossible de se renseigner utilement de loin, il est impossible de faire des affaires sans sortir de chez soi.
Je ne me lasserai donc point de recommander à tous nos industriels et négociants la self-action» l'initiative individuelle anglaise et allemande.
Nos commerçants ne peuvent plus se plaindre aujourd'hui de n'être ni encouragés, ni protégés, ni renseignés par les agents du gouvernement, par le gouvernement lui-même. Tout ce qu'il est possible de faire, en dehors de l'initiative individuelle, on l'a fait. Il existe, à Paris, un Office du Commerce extérieur, admirablement dirigé, qui rend des services incontestés.
A l'industriel ou au commerçant inexpérimenté , nouveau venu dans les affaires d'exportation, qui s'adresse au Bureau de l'Office, on commence par donner des indications utiles, on le questionne, on voit ce qu'il veut et peut faire, on lui signale les pays où il a des chances d'écouler ses produits ou ses articles, on lui montre tout ce qui s'y vend, on lui dit des prix approximatifs naturellement (car il est impossible de faire autrement). On lui montre la marche à suivre, on le renseigne sur les droits de douanes, les formalités législatives, etc. En un mot, on Y aiguille vers sa destination future. Mais on ajoute toujours ensuite, car c'est la conclusion pratique et sérieuse : maintenant que vous savez tout cela, prenez le train, allez faire une tournée dans le pays ; allez voir nos consuls, nos Chambres de commerce françaises : on vous donnera de bons conseils sur place, on vous aidera à trouver des représentants sachant la langue du pays, actifs et honnêtes. Ensuite — et c'est le plus important et cela ne dépend que de vous — vous irez voir vos futurs clients, vous causerez avec eux, vous regarderez les marchandises vendues par vos concurrents ; vous apprécierez mieux que personne leur qualité ; vous saurez, vous fabricant,
mieux que n'importe quel connaisseur, comment et à quel prix
vous pouvez la fabriquer. Vous vous rendrez compte des goûts
des consommateurs, vous tâcherez de leur donner les mêmes
avantages, les mêmes conditions de vente et de paiement que les
Allemands et les Anglais..., et vous ferez des affaires.
. Mais vous n'en ferez pas autrement.
Allez voir surplace, allez vous éclairer vous-même.
Ceci peut être dit pour tous les pays, mais pour l'Espagne surtout, qui est à nos portes, où nous avons toutes les sympathies, il est indispensable de le dire et de le redire. Agissez, agissez par vous-même : voilà le meilleur des conseils.
Nous avons en Espagne des consuls très dévoués aux intérêts -du commerce français, un ambassadeur très désireux de voir augmenter les relations commerciales entre les deux pays, des Chambres de commerce françaises avec des hommes honnêtes, sérieux, très disposés à renseigner et à aider leurs compatriotes. Il faut en profiter.
Mais ce ne serait pas en profiter que de faire la sottise d'envoyer des ballots de prospectus ou de prix-courants à nos consuls, à nos présidents de Chambre de commerce, et de les prier de les distribuer. Ne riez pas ! On l'a fait, on a fait mieux : on a envoyé des circulaires à l'ambassadeur de France en lui demandant de les faire distribuer au domicile des personnes susceptibles d'acheter les produits de l'expéditeur. C'est ridicule, c'est perdre son temps, perdre son argent. Que voulezvous attendre d'une circulaire, d'un prix-courant?
Ce papier arrive chez le boutiquier, qui souvent ne peut le lire, qui n'en a ni le temps ni l'envie, qui le prend, le jette au panier.
Mais admettons même que ce prix-courant et celte circulaire soient reçus avec attention, lus par le client futur ; les prix mêmes l'intéresseraient-ils qu'il se trouverait fort embarrassé, car ces prix s'entendent « marchandises en gare de Paris » ou « de telle autre ville française », et notre boutiquier ou acheteur espagnol ignore les frais de transport : il ne se donnera pas
la peine de chercher à les connaître. Il faut lui indiquer les prix « rendus en gare de sa ville même », lui indiquer aussi les droits à payer, avoir un commissionnaire en douanes intelligent, habile, sachant les coutumes du pays. Sans cela, rien à faire!
En outre, que faire sans échantillons ? L'acheteur veut "voir ce qu'il achète. Le voyageur allemand ou anglais, l'allemand surtout, vient lui-même voir son clients ne lui envoie pas de circulaires ; il lui apporte des échantillons. Il montre sa marchandise, il l'étalé, il fait les pri$ les plus réduits pour enlever l'affaire; il persiste, s'entête, revient vingt fois à la charge, offre des caisses à l'essai, finit par vendre une caisse d'échantillons qu'il a soin d'avoir toujours à la gare (il en a même une quantité), il la vend à un an, à deux ans de crédit, s'il le faut. \ L'Allemand est souple, aimable, ne se rebute pas, il vaut cent fois mieux que l'Anglais : ne vous étonnez pas si, quand il repasse, quinze jours ou un mois après, son client lui achète trois cents ou quatre cents caisses de ce même produit dont il n'a accepté qu'une caisse avec tant de difficulté.
Voilà tout le secret des affaires d'exportation : allez sur place, voyez ce qu'il y a à faire, comment il faut fabriquer, quelles qualités, quelles couleurs, quelles formes il faut donner ; ayez des représentants du pays en parlant la langue, mettez de la ténacité et de la persévérance, et faites les mêmes conditions que vos rivaux.
Si l'on fait cela, le succès est assuré en Espagne à l'industrie française qui a toutes les sympathies.
Les Musées commerciaux peuvent évidemment rendre des services; mais ce sont des services préliminaires, dans le genre de ceux que peut rendre Y Office du Commerce extérieur et qu'il rend par les renseignements qu'il fournit, par les notes qu'il publie.
Ainsi la Chambre de commerce française de Madrid a eu une bonne idée : elle a réuni une collection de tous les genres de tissus qui se vendent à Madrid. Cette collection, elle l'a éta-
blie en double exemplaire : elle en gardera un dans son local à Madrid; l'autre elle Penverra en communication à toutes les Chambres de commerce des centres de fabrication textile et lainière de France. Ce sera excellent comme indication générale, comme attraction, si Ton peut dire. Mais cela ne dispensera aucun des fabricants de tissus français d'aller Voir sur place et de faire ce que je viens d'indiquer.
Il faut tenir compte, en effet, que les expositions d'échantillons, aussi bien de produits fabriqués que de matières premières, ne peuvent servir que de stimulant pour lés industriels ; les produits fabriqués voient ta mode ou les variations du goût les modifier chaque jour ; les matières premières varient de qualités, de prix, avec chaque récolte, avec chaque mercuriale. f
Ne négligeons cependant ni les Musées commerciaux lii les services de renseignements si utiles de l'Office du Commercé extérieur 9 des Chambres de commerce françaises a l'étranger ; usons de tout cela, mais comptons surtout sur nous-mêmes, sur notre propre activité, sur nos connaissances pratiques, pour faire des affaires sérieuses, durables et lucratives.
Un industriel de mes amis avait écrit, reçu des échantillons, des renseignements d'Espagne ; il était persuadé, après avoir tout lu et tout vu,, qu'il ne pourrait rien faire dans ce pays. , Il me l'avait dit, il me l'avait écrit; j'ai fini toutefois par le décider à venir. Il l'a fait pour m'être agréable, pour faire Un voyage d'agrément. Après huit jours de séjour à Madrid, ilm'a avoué qu'il avait vu des choses qu'il ignorait et qu'il avait pris un représentant et fait trois affaires importantes. Tant il est vrai qu'il faut voir, soupeser, tâter les articles, les juger en connaisseur, pour comprendre que le prix, qui avait paru ridicule quand on l'avait reçu dans son bureau, peut paraître rémunérateur quand on considère la vraie marchandise â livrer, le véritable produit qu'il faut vendre sous telle ou telle dénomination.
Je prie mes lecteurs de croire que j'ai cherché à nie rensei-
L'INDUSTRIE &$ LE COMMERCE DE L'ESPAGNE 121 gper pratiquement sur tous les sujets d'importation en Espagne; plus mes enquêtes ont été approfondies, plus j'aj compris la nécessité absolue de ce que je vien£ de dire plus haut.
J'ai demandé à vingt négociants établis à Madrid : « Ponnezmoi vos prix d'achat et de revient de tels et tels produits, indiquez-moi vos prix de vente, dites-moi pourquoi vous achetez tel article en Angleterre alors qu'on le fabrique en France. » Tons m'ont répondu de la façon la plus charmante, m'ont promis mille renseignements ; mais, en dehors de renseignements vagues et généraux, je n'ai reçu aucune réponse précise et nette. Pourquoi? Parce qu'ils sont commerçants, qu'ils ne veulent pas faire voir leurs affaires; qu'ils craignent de , dévoiler leurs bénéfices, qu'ils ont Un secret désir d'éviter nonseulement la concurrence étrangère, mais même celle de leurs compatriotes, C'est un sentiinent égoïste, mais bien humain. Il faut toujours en tenir compte, quand on demande des renseignements à l'étranger.
Combien aussi de négociants qui, depuis dix ans, me disent à Madrid : « Nous ne faisons plus rien, nous allons liquider et partir ». Et, tous les ans, leurs boutiques s'agrandissent, leurs affaires augmentent ; ils partiront après avoir fait de très grosses fortunes. Allez donc croire à leurs doléances ; ils en rient eux-mêmes entre la poire et le fromage, quand on est devenu plus intimes !
Prenons un article, par exemple, pour compléter ces conseils pratiques à nos commerçants ; voici des renseignements très complets au sujet de l'importation des meubles en Espagne.
D'abord les frais de douanes : la France paie le tarif de la nation la plus favorisée, deuxième colonne de VArancel des douanes espagnoles ;
4° Le meuble de luxe, avec marqueterie et bronze et peintures, paie 150 pesetas les 100 kilos ou 1 fr. 50 le kilogramme; le paquetage paie le même tarif.
* Cet article peut s'introduire et peut encore lutter, parce
qu'on ne le fait pas dans le pays ; les espagnols ne sont pas outillés pour faire le meuble avec marqueterie ou incrustations de bronze ou de cuivre. Mais il faudrait expédier ces meubles de luxe tout démontés et les monter à Madrid ou dans les autres villes de destination ; on les monterait sur place ; ce qui économiserait des frais de transport et de réparations. C'est le seul moyen de lutter avec les Allemands qui le font.
2° Les meubles ordinaires plaqués avec sculptures, gravures pour salle à manger, chambre à coucher; en chêne, noyer, palissandre, acajou, etc., ëont d'une introduction presque impossible ; la fabrication du pays est relativement avancée ; ces meubles paient, avec gravures et sculptures, 150 pesetas les 100 kilos, en douanes, et les meubles sans aucune sculpture paient 50 pesetas les 100 kilos. Grâce à cette protection, la fabrication indigène lutte avantageusement, car, en outre de ces droits, il faut tenir compte du change et de remballage, du transport qui coûte environ 20 francs les 100 kilos de Paris à Madrid, des frais de commissionnaires, de camionnage et de réparations.
3» Pour les étoffes pour ameublement, en jute et coton, elles se fabriquent dans le pays à des prix où il n'y a pas de concurrence possible, à cause de l'élévation des droits, des prix et du change. On les fabrique en Catalogne et à Reoteria (pays basque). Toutefois, les tissus de soie et coton de Roubaix, de 6* 7 et 8 francs le mètre et au dessus, peuvent encore s'introduire, car, dans les belles qualités, la fabrication du pays laisse beaucoup à désirer; les couleurs et les dessins du pays ne plaisent pas autant que les couleurs et les étoffes françaises riches.
Quant aux étoffes françaises de soie pure pour ameublements, elles sont presque sans concurrence, à cause de la qualité supérieure des belles qualités françaises de Lyon.
Les grandes maisons de Lyon ont intérêt à déposer des échantillonnages complets chez les marchands de meubles et tapissiers de Madrid, Barcelone, Séville et autres grandes villes.
4° Quant aux ornements, bibelots, articles de luxe, tout ce qui est céramique à bon marché (faïences décoratives) se vend très bien. (Biscuits, imitations de Sèvres, de Delft, de Saxe, etc.) La statuette, les vases de faïence, les vases de Melchior, d'étain artistique et autant que possible tous les article^ d'ornementations, faisant beaucoup d'effet, et imitant V oh jet de luxe, peuvent s'importer facilement.
5° Quant à la passementerie, il est difficile de l'importer à cause des droits et des frais • la passementerie pour les meubles est d'importation quasi -impossible.
Voilà des renseignements ; mais je connais un négociant qui importe de la passementerie, un autre des étoffes, un troisième des meubles ordinaires. Comment font-ils ? Ils font ce que vous ferez vous-mêmes, messieurs, quand vous serez venus en Espagne et que vous aurez étudié sur place le moyen d'y faire des affaires.
Je pense avoir été assez explicite, tout le monde m'aura compris. A tous ceux qui veulent importer en Espagne, prendre une place sur ce grand marché, dont le présent ouvrage révélera sans doute l'importance à beaucoup de gens, dont les les ressources monétaires sont considérables ; à tous ces compatriotes-là, je répète : venez- faire un tour en Espagne, après être allés vous munir de bons conseils et renseignements préliminaires auprès de Y Office du Commerce extérieur. Faites en Espagne comme nos rivaux les Allemands, et vous réussirez et vous serez contents.
L'Espagne est un beau pays qui possède un gouvernement sage et éclairé, désireux de réformer les abus administratifs, d'équilibrer le budget, et de pousser la nation entière dans la voie du Progrès, dû développement du commerce, de l'Agriculture, de l'Industrie.
L'essor a été donné à plusieurs des forces vives de cette nation ; toutes suivront ce bienfaisant exemple, et j'attends beaucoup du réveil des initiatives et de l'esprit d'entreprise dç/S Espagnols, '
En se mêlant à ce mouvement, en y apportant leurs capitaux pour les entreprises minières, agricoles, industrielles, en s'y créant des débouchés et des affaires pour leurs produits, nos industriels, nos commerçants, nos capitalistes feront une belle et brillante affaire ; ils feront aussi une œuvre bonne et qui portera des fruits excellents.
Ils aideront à l'union de plus en plus étroite des intérêts et des sympathies des deux peuples ; ils créeront une intimité de relations économiques qui, en établissant une indissoluble solidarité dans les entreprises et dans les questions financières et économiques, amènera la réalisation de la prophétie de Louis XIV et fera disparaître moralement et politiquement les Pyrénées, qui séparent seules deux grandes nations de même race et de même sang, que tout porte à s'entr'aider et à s'entr'aimer.
Je le souhaite du fond du cœur, et pour PEspagne et pour la France.-
Ii' Industrie Minière et Sidérargiqae
Rapport adressé le 25 décembre 1899 à M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie de la République française, par M. Gaston Routier, Chargé de Mission en Espagne.
L'Industrie minière et sidérurgique en Espagne
Madrid, le 25 décembre 1899.
Dès qu'on parle des ressources de l'Espagne, il faut placer en premier lieu les inépuisables richesses de son sous-sol, ses mines de tous genres. L'Espagne est une contrée essentiellement volcanique et, pour peu qu'on Tait parcourue, on reste surpris de la nature métallifère de ses terres ; la couleur des rochers, des terrains, tout dénonce, même à ceux qui ne sont ni ingénieurs, ni géologues, que les entrailles de son sol doivent receler des métaux, de la houille, etc., que l'activité industrielle des hommes suffirait à transformer en véritables trésors. • On ne saurait assigner à telle ou telle région de l'Espagne le monopole des mines ; la nature a doté presque toutes les parties de ce pays d'une richesse quasi égale en terrains miniers. A peine peut-on dire, après un examen attentif des mines actuellement connues, que les massifs montagneux du nord et du sud semblent jusqu'à ce jour les plus riches; i 'Andalousie et les Asturies tiennent la corde, mais les autres parties de l'Espagne, à l'exception de trois ou quatre provinces, sont toutes plus ou moins bien dotées sous ce rapport.
Bien des endroits, où l'on connaît aujourd'hui peu de mines, pourront certainement rivaliser avec les Asturies et l'Andalousie, le jour où les communications par chemins de fer et le développement des affaires attireront de leur côté l'attention et les recherches des ingénieurs. Jusqu'à ce jour, les monts de Grenade et les monts Cantabriques ont été les plus prospectés; mms il n'est pas douteux que les autres régions montagneuses
128 GASTON HOUTIÏR
réservent encore d'immenses découvertes aux investigations
futures.
« L'Espagne est renommée, depuis trente siècles, nous dit M. Moreau de Jonnès, dans son livre Statistique de l'Espagne, publié en 1834, pour les richesses; métalliques de son territoire. Tous les peuples qui l'ont dominée 'successivement en ont tiré de grandes quantités de métaux précieux.
« Parmi les notions que nous ont transmises à cet égard les annales de l'antiquité, nous ne citerons que les faits numériques rapportés par les historiens romains. Comme ils se rattachent presque tous à des événements d'une grande importance et que la preuve en était indubitablement consignée dans les archives de la république, qu'ont pu consulter Tive-Live, Polybe et Appien, aucun doute 4e peut être élevé sur leur exactitude.
ce Lors de la prise de Garthagène par Seipion l^fricajn, le trésor public eut pour sa part 18,300 livres d'argent monnayé, 276 coupes d'or, chacune d'une livre pesant, avec un nombre infini de vases d'argent.
« Près de cette môme ville était une mine d'argent qui Q<> cupait, dit-on, 40.00Û ouvriers et qui rapportait journellement aux Romains 25.000 drachmes, ou annuellement environ neuf millions de francs. Une autre mine, située dans les Pyrénées, fournissait aux Carthaginois, du temps d'Annibal, 300 livres pesant d'argent par jour, ou 9.240.000 francs par an.
« Les seules provinces des Asturies, de la Galice et 4e }a Lusitanie, payaient annuellement au fisc un tribut de 20.00Q jivres d'argent, équivalant à 1.680.000 francs de notre monnaie. On sait que la livre romaine, n'étant que de douze onces, pou* vait valoir en argent lin -84 francs, somme qui, selon les temps, était tout au moins d'une valeur quintuple, quand on la compare au prix actuel des choses.
« Les consuls romains, qui conquirent les différentes parties de la Péninsule, en rapportèrent les valeurs suivantes pour le trésor public :
Livrée d'argent. Liv. ètoc.
Scipion 14.342 »