‹ L'Industrie Lainière Dans Le TarnChapitre 11 sur 84 · STARS · texte numérisé non relu

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tionner. Au point de vue du genre de la fabrication, une seule transformation s’est opérée, on s’est mis à fabriquer des tissus, toujours chaîne coton et trame laine, mais qui servent, non plus à la confection de jupes de femmes, comme les péruviennes, mais à la confection de casquettes et de complets pour garçonnets. Ce nouveau genre de fabrication a pleinement réussi.

Les fabricants de bonneterie et les effilocheurs ont, eux aussi, perfectionné leur matériel et leurs produits. Aux tricoteuses à la main, sont venues s’adjoindre des machines à plus grande production mues par moteur; aux bas, chaussettes, bonnets et casquettes, qui autrefois étaient seuls fabriqués, sont venus s'ajouter les gants, les chandails, ete. Les effilocheurs ont perfectionné leurs méthodes et leurs appareils de carbonisage ; dans deux usines on a installé le carbonisateur Schirp, qui est le meilleur et le plus perfectionné.

Du 1 août 1908 au 1° août 1909, il a été expédié de Castres 2.262.000 kilogrammes de tissus représentant environ 7.000.000 de mètres. Ces 7.000.000 de mètres se répartissent, approximativement, en 300.000 mètres de tissus tout laine valant À million et demi au moins, et6.700.000 mètres de tissus mélangés valant environ 7.000.000 de francs.

Les renseignements que nous ont fournis les

divers fabricants de Castres, sur leur production particulière, corroborent bien ces chiffres, il semble, en effet, que la production annuelle moyenne de Castres, dans ces dernières années a été de 7 à 8.000.000 de mètres de drap de troupe, draperie, tissus mélangés pour femmes et garçonnets.

Au point de vue de l'outillage, nous estimons que les ateliers de tissage et les filatures de Castres et des environs immédiats comptent huit cent métiers mécaniques et trente mille broches de filature. Il reste encore de quatre à cinq cent métiers à pédale en fonctionnement soit chez les tisserands à domicile, soit dans des ateliers, où sont groupés une vingtaine de ces métiers appartenant à un façonnier qui travaille pour les grosses maisons.

Dansles environs de Castres, les deux vieux centres de fabrication, Vaore et Brassac, fabriquent encore une certaine quantité de tissus, péruviennes, « droguets» à chaîne lin, draperie pure laine, Il y a bien quelques métiers mécaniques dans ces deux villages, mais la grande majorité de la production est fabriquée, soit sur des métiers à pédale, soit même sur de vieux métiers en bois. Les quatre ou cinq cent métiers qui travaillent pour le compte des fabricants de Vabre et Brassac sont, pour la plupart, dans les petits hameaux, chez des paysans, qui font aller le mé-

tier quand la froidure et le mauvais temps les

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empêchent de travailler la terre. Il y a à Vabre deux filatures comptant ensemble deux mille broches environ. Les tissus fabriqués soit à Vabre, soit à Brassac, représentant un chiffre d’affaires de un million cinq cent mille francs environ.

L'industrie de la bonneterie de laine a ses ateliers surtout à Roquecourbe, à Castres même et Labruguière, pour un genre tout spécial, la bonneterie orientale, les fez et chéchias. Les usines de Labruguière fabriquent les diverses coiffures en usage dans notre armée d'Afrique.

Depuis quelques années, plusieurs fabriques de bonneterie se sont organisées dans diverses autres localités du castrais, à Labessonnié, à Anglès, à Puylaurens, etc.

L'ensemble de la production des ateliers de bonneterie de Castres et des environs peut être évaluée, d’aprèsles renseignements que nous avons recueillis, à 1.500.000 francs, dont 500.000 francs pour Roquecourbe, 300.000 francs pour Castres, 900.000 francs pour Labruguière; et 200.000 pour les autres localités.

L'industrie de l’effilochage des chiffons de laine a ses principales usines à Dourgne et Massagnel; elles occupent environ six cents ouvriers hommes ou femmes, et effilochent annuellement de deux à

trois millions de kilogrammes de chiffons.

$ 2. — L'industrie lainière à Mazamet de 1860 à nos jours.

Si, à Castres, la période de 1860 à nos jours est peu fertile en événements importants concernant l’industrie lainière, à Mazamet, au contraire, un changement de front complet se produit dans l’industrie. L'industrie du délainage que nous avons vu naître en 1851, prend à Mazamet la première place, pendant que la fabrication des draperies, molletons et flanelles, qui avait fait la fortune de la ville, décline. Pourquoi cette transformation et ce développement extraordinaire de l’industrie du délainage ?

Tout d’abord, la politique commerciale de Napoléon II favorisa grandement l’industrie du délainage et nuisit beaucoup à la vieille industrie de Mazamet. Jusqu'en 1855, moment où Napoléon IT commença à appliquer ses idées nettement libre-échangistes, la France vivait sous un régime de protection, dans bien des cas même, de prohibition. Les droits élevés, qui frappaient à leur entrée en France, à la fois les laines en masse et les fils et tissus de laine, et qui pour les laines, avaient été de 30 °/, ad walorem de 1823 à 1836,

et étaient de 20 °/, depuis, entravaient l’industrie

AN TES des

du délainage, en gênant l’entrée des laines étrangères et favorisaient, au contraire, la filature et le tissage de la laine en empêchant l'invasion du marché français par les fils et tissus anglais et belges.

De 1852 à 1855, une série de décrets abaissèrent les droits d'entrée pour un grand nombre de matières premières, et en particulier pour la laine. Le droit d'entrée fut d’abord de 15 °/, ad valorem, puis ce droit 44 valorem fut remplacé par un droit spécifique de 20 à 32 francs les 100 kilogrammes, qui équivaut à un droit de 4 °/; ad valorem. En 1856, la Chambre sanctionna, malgré uné vive opposition, quelques-uns de ces décrets, et, parmi eux, celui sur la laine.

La même année, le gouvernement présentait un projet de loi tendant à l’abolition complète des prohibitions ; le projet souleva une vive opposition dans tous les centres industriels Le gouvernement battit en retraite, mais déclara que les prohibitions seraient levées à partir du 1‘ juillet 1861. Toutefois, l’empereur voyant qu'il lui serait très difficile de contraindre le Corps législatif à voter la réforme qu’il croyait indispensable à la prospérité du pays, trouva, dans la Constitution même de 1852, un moyen de tourner la difficulté; c'était de faire des traités de commerce sans re-

courir aux Chambres. A la suite de négociations

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