CHAPITRE PREMIER
L'Industrie lainière dans le Tarn avant la Révolution
$ 1 — L'industrie lainière dans le Tarn avant les Ordonnances de Colbert
Le Tarn, et tout particulièrement la région Castraise, avec comme principaux centres Castres, Mazamet, Vabre, Brassac, Labastide, Saint-Amans et Dourgne a toujours été un pays d'industrie textile.
Plusieurs raisons militaient en faveur de cet
ordre de choses. D'abord les matières premières,
laines et produits tinctoriaux, se trouvaient en abondance dans le pays Castrais, ou dans les régions avoisinantes. La laine abondait dans le pays Castrais et l’Albigeois, particulièrement dans la région du Sidobre et des Causses, dont le sol peu propre à la culture des céréales est, au contraire, très approprié à l'élevage. Quant aux matières tinctoriales, auxquelles, à cette époque, on attachait une importance de premier ordre, le Lauraguais, l’Albigeois, le rebord méridional de la Montagne Noire, produisaient le « pastel», la « garance », le (safran » et le « tournesol », qui étaient considérés comme bien supérieurs aux produits tinctoriaux dits Cextérieurs», tels que le «bois d’Inde » et le «bois de Campêche » ; aussi les teinturiers «du grand teint» (1) ne travaillaient que les matières tinctoriales du pays.
Les cours d’eau nombreux et importants, qui sillonnent le pays, fournissant à la fois une force motrice économique et une eau très pure indispensable pour le bon traitement de la laine, contribuèrent grandement, d’abord à la création, ensuite à l’essor de l’industrie lainière tarnaise.
En troisième lieu, la terre du Castrais, surtout
dans les régions montagneuses, était peu fertile ;
(1) Archiv. municip. Castres. HH 5, BB, 28.
les paysans, dans leurs loisirs forcés et très fréquents, étaient bien aises de tisser quelques mètres de drap pour se procurer quelque argent, et, partant, quelques adoucissements à la rudesse de leur vie.
Enfin, une raison dernière, et qui favorisa énormément le développement de l’industrie lainière castraise, surtout au seizième et au dix-septième siècles, était le grand nombre de protestants que l’on trouvait dans la région. Ceux-ci, qui n'avaient accès à aucune ou à presqu'aucune des charges de l'Etat, avaient presque partout tourné leur activité vers l’industrie. Aussi, en 1670, la corporation des teinturiers qui se composait à Castres de sept membres, comptait six protestants (1).
Dès le quatorzième siècle (2), et surtout à partir de la fin du quinzième, toutes les raisons que nous venons de donner aidant, l’industrie lainière était florissante à Castres et dans toute la région avoisinante, et les étoffes castraises avaient une grande réputation de solidité et de fini dans tout le Midi de la France. Par suite de la perte des archives de la ville de Castres, pour la période qui va de 4400 à 1594, on ne peut étudier l’industrie
castraise, avec quelques détails, avant le début du
{) Archiv. municip. Castres. HH 5, HH 7.
(2) Archiv, municip. Castres. BB G.