CHAPITRE PREMIER Principales catégories d'ouvriers
$ 1. — Les ouvriers de l’industrie du délainage.
Dans les délainages, à l'exception bien entendu des ouvriers d'état, mécanicien, chauffeurs, électriciens, il n’y a que trois grandes catégories d’ouvriers, les sabreurs, les peleurs et les marragos.
Les sabreurs exécutent en général les travaux suivants : ils trempent les peaux dans le bassin de trempage, les en sortent, les passent à la sabreuse, les plongent dans le bassin de retrempage. Ils travaillent par équipes de deux, l’un fai-
sant toutes les opérations autres que le sabrage,
l’autre soumettant les peaux à l’action de la sabreuse ; ils intervertissent les rôles autant de fois qu’ils le veulent. Les sabreurs avaient un travail particulièrement pénible, lorsque le sabrage se faisait à la main, puis avec la sabreuse à poigne ; leur travail est beaucoup moins pénible depuis l’adoption de la sabreuse anglaise ou de la sabreuse Blaquière; cependant, le sabreur est en général un homme vigoureux et dans la force de l’âge.
Les peleurs et les peleuses pèlent les peaux, c’est-à-dire qu’une fois les peaux sorties de l’étuve, ils enlèvent la laine, soit en l’arrachant avec les doigts, soit au moyen d’un couteau à peler. À mesure qu'ils enlèvent la laine ils la trient, et mettent à part les parties de la toison qui sont défectueuses.
Les marragos, appellation qui vient du patois local et qui est presque devenue française depuis les dernières grèves, sont ceux que dans toute autre industrie on appellerait manœuvres. Ils transportent les peaux des sabreuses aux étuves, des étuves à l'atelier de pelage; ils soumettent la laine à l’action du compresseur ; ils font le service de l’appareil qui transporte la laine de l’atelier de pelage dans les calorifères; ils transportent les cuirots de la salle de pelage dans les séchoirs à cuirs.
Ils étendent les peaux dans les étuves et les cuirots dans les séchoirs, lorsqu'ils ne sont pas suppléés dans ce travail par des apprentis.
Chaque usine de délainage a à sa tête un contremaître qui surveille les ouvriers et dont la mission la plus importante est de diriger la fermen-
tation des peaux dans les étuves.
$ 2. — Les ouvriers de la fabrication des tissus.
Dans les manufactures de tissus, il y a neaucoup plus de catégories d'ouvriers que dans les usines de délainage. La laine qui entre en suint, passe d’abord dans les mains des laveurs qui la soumettent à l’action du Léviathan ou machine à laver, puis des teinturiers qui la teignent. De là, elle va à la filature ; dans le nombreux personnel d’une filature on distingue les diableurs qui surveillent et alimentent le diable, les drousseurs ou drousseuses qui alimentent les cardes, les fileurs qui surveillent lé fonctionnement des métiers à filer, les rattacheurs de fils qui rattachent les fils cassés, les bobineuses qui mettent le fil en bobine ou en canettes.
Le fil passe ensuite entre les mains des ourdisseuses qui assemblent parallèlement tous les fils
de chaîne entre eux; puis les encolleurs soumet-
tent ces chaînes à l’action de l’encolleuse. Les tisserands montent sur le métier la chaîne, surveillent le métier, remplacent les navettes lorsque la bobine de fil qu’elles contiennent est épuisée, rattachent les fils quand ils se cassent; de plus, lorsqu'il s’agit de métiers à pédale, les tisserands donnent l'impulsion aux métiers avec les pieds. Dans les ateliers de tissage où on fabrique les tissus mélangés, les molletons et flanelles et le drap de troupe, les tisserands sont remplacés par des tisseuses. L’étoffe passe ensuite entre les mains des ouvriers foulonniers qui la soumettent à l’action de la caisse à fouler; puis des ouvriers et ouvrières de l'atelier d’apprêts qui la lainent, l’essorent, la tondent, etc. Enfin, les ouvrières épinceteuses et resuiveuses enlèvent toutes lés pailles, tous les nœuds, toutes les défectuosités que les pièces peuvent présenter, les calendreurs soumettent les pièces à l’action de la calendreuse; les plieurs les plient, les pressent et les emballent.
Chaque atelier est sous la direction d’un contremaître; dans une usine où la laine entre en suint, et ressort à l’état de tissu prêt à être vendu, il y a un contre-maîitre teinturier, un contre-maître de filature, un contre-maître de tissage, un contremaître apprèteur et une contre-maîtresse chargée de surveiller l'atelier d’épincetage et de re-
suivage.
$ 3. — Les ouvriers de la bonneterie.
Dans les ateliers de bonneterie, ce sont surtout des femmes qui sont employées. Les ouvrières tricoteuses surveillent les métiers à tricoter, lorsque ceux-ci sont mus par un moteur ou les font mouvoir ellesmêmes. Lorsqu'il y a dans l'atelier des métiers circulaires, la conduite de ces métiers est confiée à des hommes. Dans les usines où l’on fait des chandails, ce sont des ouvriers coupeurs qui les coupent; des ouvrières les assemblent, les cousent avec des surjeteuses, font les boutonnières, posent les crochets, boutons et garnitures, soit à la main, soit avec des machines spéciales. Dans les usines où l’on fait de la bonneterie foulée, il y a, en plus, des apprêteurs qui mettent en forme, sèchent, garnissent et tondent les casquet-
tes, bérets et chéchias.
$ 4. — Les ouvriers de la mégisserie.
Dans la mégisserie, on peut distinguer quatre catégories d'ouvriers : ceux qui font le travail de rivière, c’est-à-dire le reverdissage, l’épilage, l’'écharnage et la purge de chaux; les ouvriers
tanneurs qui tannent les peaux au sumac, au que-
bracho ou au chrome; les teinturiers qui les teignent ; les corroyeurs qui font subir à la peau les diverses opérations comprises sous le nom générique de corroyage, butage, drayage, parage, lissage, etc. Depuis quelques années, les ouvriers corroyeurs ont été en grande partie remplacés
par des femmes.
$ 5. — Les ouvriers de l’effilochage.
Dans une usine d’effilochage on distingue : les trieuses qui trient les chiffons; les délisseuses qui enlèvent les fils de coton qui se trouvent dans les étoffes de pure laine, par exemple ceux provenant des coutures; les épailleurs qui font subir aux chiffons mixtes l'opération de l’épaillage; les effilocheurs qui alimentent les machines à effilocher
et en surveillent le fonctionnement.