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CHAPITRE VII

Organisation syndicale.

Jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle il n’y a pas eu dans l’industrie lainière tarnaise de syndicat important; il n’en est plus de même aujourd’hui. À Castres même, parmi les ouvriers qui travaillent la laine, il y a, d’après la liste électorale dressée en vue des élections des représentants des Syndicats ouvriers au Conseil supérieur du travail, deux syndicats, qui ont leur siège à la Bourse du travail : l'Association syndicale des textiles et similaires de Castres, et le Syndicat des fleurs; mais ils sont tous deux peu nombreux; le premier comprend 50 membres, le second 12, soit au total 62 ouvriers syndiqués sur les deux à trois mille ouvriers fileurs, tisserands, apprèéteurs, etc., qui travaillent dans les usines de Castres ou des environs.

Deux faits s'opposent à la formation de groupe-

ments syndicaux importants à Castres; d’abord,

il y a à Castres un assez grand nombre d'ouvriers travaillant à domicile, et ceux-ci, l'expérience l’a prouvé, se syndiquent beaucoup plus difficilement que les ouvriers travaillant en fabrique; ensuite, le personnel des ateliers de tissage et des filatures est, en majeure partie, féminin, et les femmes ont plus de répugnance à se syndiquer que les hommes.

Il y a, à Mazamet, un syndicat puissant : la Chambre syndicale des ouvriers de l’exploitation de la peau de mouton, qui a son siège à la Bourse du travail. Combien comprend-elle exactement de membres”? Il nous serait bien difficile de le dire, les renseignements que nous a fournis, à ce sujet, le Secrétaire de ce syndicat, étant en complète contradiction avec ceux que l’on trouve dans la liste électorale dont nous venons de parler. D’après cette liste, le nombre des membres du syndicat des ouvriers de l’exploitation de la peau de mouton serait de 640 seulement, tandis que d’après le Secrétaire du syndicat il serait de près de 1.500. Cette contradiction, il est vrai, n’est peut-être qu'apparente ; depuis la dernière grève, qui s’est, en somme, heureusement terminée pour les ouvriers, beaucoup d'ouvriers sont entrés dans le Syndicat, soit de leur plein gré, soit contraints par leurs camarades ; beaucoup de femmes de ma-

gasin, en particulier, qui, jusque-là, s'étaient

montrées réfractaires au mouvement syndical, se sont affiliées au Syndicat.

Les ouvriers, membres de la Chambre syndicale des ouvriers de l’exploitation de la peau de mouton, versent une cotisation mensuelle de 1 franc pour les hommes et de 0 fr. 50 pour les femmes ; ces cotisations servent, en partie tout au moins, à alimenter une caisse de secours contre la maladie. Ce Syndicat présente une particularité assez curieuse : ces membres sont, presque tous, des catholiques pratiquants et des électeurs du député libéral; et le Syndicat est affilié à la Confédération générale du travail. C’est là un état de choses anormal qui ne peut durer, et qui se terminera, vraisemblablement, par le passage en masse des ouvriers au parti socialiste.

Parmi les ouvriers de la fabrication des tissus, il y avait à Mazamet, jusqu’à ces derniers temps, deux syndicats : la Chambre syndicale des ouvriers de filature, comprenant 100 membres, et ayant son siège à la Bourse du travail, et l'Avenir Social, syndicat du textile, comprenant 120 membres, et ayant son siège rue de la République, 8. Lors de notre visite au Secrétaire général de la Bourse du travail, en décembre 1909, Îles deux Syndicats étaient en voie de fusion, et nous croyons, qu'actuellement, il n’y a à Mazamet, parmi les ouvriers des manufactures de tissus,

qu'un seul Syndicat, beaucoup plus nombreux que les deux, qu'il y avait auparavant, réunis.

Les ouvriers mégissiers de Mazamet sont groupés eu deux syndicats : le Syndicat indépendant des ouvriers mégissiers, qui a son siège Café des Promenades, quartier des Bausses, et qui comprend 60 membres, et la Chambre syndicale des ouvriers mégissiers, qui à son siège à la Bourse du travail, et qui comprend 110 membres.

Les ouvriers charretiers sont aussi groupés en deux syndicats : la Chambre syndicale des ouvriers charretiers, qui a son siège à la Bourse du travail, et qui comprend 60 membres, et la Chambre syndicale des ouvriers charretiers-camionneurs, qui a son siège rue de la République, et comprend 25 membres.

À Labastide-Rouairoux, les ouvriers des manufactures de draperie-nouveauté ont formé un syndicat, la Chambre syndicale de l’industrie lainière, qui a son siège Maison Puech Lucien, Grand Rue, et qui comprend 138 membres. À Saint-Amans- Soult, où il y a quelques délainages importants, la Chambre syndicale des ouvriers délaineurs, qui a son siège Café de la Place, comprend 95 membres. e

Le plus puissant syndicat ouvrier du Tarn, en ce qui concerne l’industrie de la laine et de la

peau de mouton est celui des ouvriers moutonniers

de Graulhet. Il comprend, d’après la liste électorale plusieurs fois citée, 1.300 membres; d’après son secrétaire, M. Calvignac, la totalité des ouvriers moutonniers ou mégissiers de Graulhet, soit de 1.500 à 1.600 membres. Les membres de ce Syndicat versent une cotisation mensuelle de 1 franc pour les hommes et de O0 fr. 25 pour les femmes. D'après les renseignements que nous a fournis M. Calvignac, le Syndicat payait une pension de 0 fr. 50 par jour aux vieux ouvriers, âgés de plus de 65 ans avant la promulgation de la loi sur l’Assistance aux vieillards. Depuis, ces pensions ont été supprimées et le Syndicat ne donne plus qu’une pension de 0 fr. 10 par jour aux vieux ouvriers qui ne bénéficient pas des dispositions de la loi. Le Syndicat des ouvriers moutonniers de Graulhet est affilié à la Confédération générale du travail. À la fin de 1909, les ouvriers de la bonneterie et les effilocheurs n'avaient pas encore formé de syndicat.

En résumé, on peut dire qu’à la fin de 1909, à Castres, 5 °/, seulement des ouvriers de l’industrie lainière étaient syndiqués ; à Mazamet, Labastide et Saint-Amans, 60 à 65 °/, des ouvriers délaineurs, 39 à 40 ‘°/, des ouvriers des manufactures de tissus, 45 à 50 ‘/, des ouvriers. mégissiers étaient syndiqués; à Graulhet, la presque totalité

des mégissiers était syndiquée. Depuis, beaucoup

d'ouvriers, en particulier beaucoup de fileurs et tisserands de Mazamet, se sont syndiqués.

Il y a deux Bourses du travail dans la région qui nous intéresse, une à Castres, une à Mazamet. Ces deux Bourses s'occupent du placement gratuit des ouvriers.

Dans l’industrie lainière tarnaise, 1] n’y à, à notre connaissance, que deux syndicats patronaux régulièrement constitués; le plus important est le Syndicat des patrons mégissiers de Graulhet. Il comprend la presque totalité des patrons de Graulhet; il est vrai de dire que parmi les quelques patrons non syndiqués, se trouve le chef de la plus importante maison de Graulhet. Un certain nombre de patrons mégissiers de Mazamet se sont aussi formés en syndicat; mais ce Syndicat n’a pas très grande importance, parce que la mégisserie est une industrie encore peu développée à Mazamet et que la plus importante maison n’est

pas affiliée au Syndicat.

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