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Les chefs se bornèrent d’abord à aller eux-mêmes s’approvisionner de laines de Provence aux foires de Beaucaire et de Pézenas; plus tard, vers 1805 environ, les fabriques castraises ayant pris beaucoup plus d'importance, leurs chefs ne trouvèrent que difficilement à s'absenter pour se rendre à ces foires et deux maisons se fondèrent pour acheter des laines dans les lieux d’origine et les vendresur place aux fabricants castrais. Les laines de Provence étant devenues, par la suite, insuffisamment abondantes, ces maisons firent venir des laines de « Barbarie », c’est-à-dire d'Afrique, par la voie de Marseille, puis des laines d’Espagne. En 1820, les neuf maisons qui s’occupaient à Castres du commerce des laines importaient du Roussillon, de la Gascogne, du Gers, de l'Ariège,
de Ségovie et de la Vieille-Castille environ 150.000 kilogrammes de laine fine, et des environs
de Toulouse, de la Navarre et de l’Aragon une quantité plus considérable encore de laines communes (1). Le commerce des laines prit même une telle extension qu’une partie des laines achetées par les commerçants castrais fut dirigée sur les fabriques du Nord. Toutefois, jusqu’en 1850, rien
ne faisait prévoir l’essor extraordinaire que devait
(1) Statistique de l'arrondissement de Castres, par Anacharsis Combes.
prendre à Mazamet le commerce des laines lorsque, en septembre 1851, les deux premières balles de peaux de moutons en laine, en provenance de La Plata, arrivèrent à Mazamet; c’est l’arrivée de ces deux balles, arrivée qui dut passer bien inaperçue, qui marque la naissance de l’industrie du délainage dont le chiffre d’affaires annuel dépasse aujourd’hui 100 millions.
D'autres balles de peaux en laine étaient arrivées en France, venant de l'Amérique du Sud, antérieurement à 1851. En 1845, quelques-unes, que nous croyons être les premières, arrivèrent à Nimes. Nimes était, en effet, à ce moment, en relations suivies avec La Plata, par suite du grand commerce de vins que les Nimois faisaient avec ce pays; de plus, il y avait à Nimes de nombreuses tanneries, et les représentants des maisons de vins nimoises à La Plata envoyèrent des balles dans leur pays d’origine, plutôt pour le cuir que pour la laine; ces peaux provenaient, à cette époque, presque toutes de moutons morts à la suite d’épidémies.
En 1847, on commença à délainer quelques peaux à Montpellier; mais l’industrie du délainage y était toute différente de ce qu’elle est aujourd’hui à Mazamet ; on se contentait de tondre les peaux et de tanner le cuir ainsi obtenu, qui était porteur de tous les bulbes pileux, pour en
faire des doublures de souliers ou de chaussons.
En 1851, au début de l’année, quelques balles furent travaillées pour la première fois à Bédarieux et, au mois de septembre de la même année, la maison Houlès père et fils et Cormouls, qui était à la tête de l’industrie drapière à Mazamet, recevait les deux premières balles de peaux en laine qui furent délainées à Aussillon, petit village tout proche de Mazamet, par le procédé du sabrage à la main et de l’étuvage, c’est-à-dire presque par le procédé actuel.
En 1855, la maison Perié, de Mazamet, fondait à Buenos-Ayres le premier comptoir d'achat direct; son exemple était suivi presque immédiatement par plusieurs autres maisons de Mazamet qui, jusque-là, s’occupaient uniquement de draperie ; l’industrie lainière allait entrer dans une nouvelle phase de son évolution où l’industrie du délainage allait, d'année an année, tendre à égaler, puis à dépasser comme chiffre d’affaires la
vieille industrie de la draperie.