CHAPITRE III
L’Industrie de la Laine dans le Tarn de 1860 à nos jours.
À partir de 1860, l’industrie lainière tarnaise a évolué de deux façons différentes, selon qu’on envisage l’un ou l’autre de ses centres: Castres et Mazamet; nous étudierons donc son évolution de 1860 à nos jours, d’abord à Castres, ensuite à Mazamet, et, en terminant, nous dirons quelques mots sur la naissance et l’évolution de la tannerie de la peau de mouton exotique à Graulhet, pen-
dant cette même période.
$ 1 — L'industrie lainière à Castres de 1860 à nos jours.
Nous avons vu qu'à partir de 1850, les fabriques castraises avaient commencé de produire
en grande quantité, un tissu tout spécial, chaîne
filoselle, c’est-à-dire bourre de soie et trame laine. La filoselle étant une matière première fort chère, un des fabricants castrais eut l’idée de la remplacer par du coton, il obtint ainsi, une étoffe, qu’il baptisa, on ne sait trop pourquoi « péruvienne », qui devint l’élément fondamental de la fabrication castraise ; cette étoffe qui se faisait d’abord uniquement en gris uni, fut perfectionnée, on fit des rayures, des carreaux, puis toutes sortes de dispositions. Vers 1860, les fabricants castrais apprirent aussi à mélanger à la laine pure, dont jusque-là leurs fils étaient uniquement composés, de la laine « renaissance », qui leur venait de Vienne (Isère) ; cela, joint au bon marché de la chaîne coton, Jeur permit de produire des tissus, qui, tout en ayant une belle apparence, étaient très bon marché.
Vers 1865, un Castrais industrieux, eut l’idée d’acclimater dans son pays, l’industrie, aujourd'hui florissante aux environs de Castres, de l’effilochage des chiffons de laine. Cette industrie paraît avoir pris naissance à Dinan: une marchande de cette ville avait rapporté de Paris, où elle allait acheter des chiffons de toutes sortes, un lot de chaussettes de laine; elle eut l’idée de les faire défaire et de vendre la laine ainsi pro-
duite à un filateur du pays (1). Mais l’effilochage
(1) Histoire économique de la laine, par Emile Lefèvre.
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des chiffons devint une véritable industrie, d’abord à Vienne (Isère) ; c’est de là que nous avons vu les fabricants castrais faire venir leurs laines renaissance; c’est là, qu’un industriel fabriqua pour la première fois en 1863, un tissu à base de laine renaissance, qu’il appela («mirandolle » Cette industrie a pris aujourd'hui, dans le Tarn, une telle extension, que non seulement les effilochages
du Tarn fournissent aux fabricants du pays toutes les laines « renaissance » dont ils ont besoin,
mais qu'encore une bonne partie de ces laines, ou des fils faits avec elles, sont expédiés dans d’autres régions de la France.
Mais si les industriels castrais fabriquaient un tissu d’une vente facile, grâce à son faible prix, ils ne pouvaient en produire qu’assez peu, car ils n’avaient encore à leur disposition que des métiers fort rudimentaires, vieux métiers en bois, sur lesquels le tisserand, qui travaillait presque toujours à domicile, ne pouvait produire que peu d'ouvrage, À ces métiers en bois on substitua d’abord des métiers en fer, analogues aux métiers mécaniques que l’on avait dans le Nord, mais mus par des pédales. Ces métiers, qui étaient à une seule navette, ne permettaient pas de faire des tissus à dispositions très variées. On chercha à les transformer pour pouvoir tisser avec plusieurs
navettes, mais cette transformation les rendit