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LES RESSOURCES NATURELLES DU PAYS

S'il est vrai que les éléments physiques influent sur toute production et particulièrement sur les productions agricoles, il importe de constater en commençant cette étude, combien la Normandie semble merveilleusement douée par la nature même pour l'industrie laitière. Les principaux agents physiques dans une commune entente contribuent tous à en faire une terre d’herbages par excellence.

C'est d’abord le climat exclusivement maritime, pluvieux et tempéré. Tei la température est douce et constante à la fois. Pas d'extrême : la moyenne d'hiver est de + 5° ; la moyenne d'été de + 17° ; et le Gulfstream se fait sentir sur presque toute la côte comme un des principaux facteurs de cette douceur. Les pluies apportées par les vents venant de l'Océan sont très fréquentes, la moyenne étant de 150 à 160 jours de pluie par an. Les autres agents physiques, l'exposition, l’orographie, la nature géologique du sol sont tout aussi favorables

Or

pour un pays de prairies. La Normandie étant limitée au Sud et à l'Est par des séries de hauteurs, les pluies qui tombent sur ces pentes se trouvent recueillies par tout un réseau hydrographique qui a pu à juste titre faire comparer cette contrée à un vaste château d’eau.

Il ne faudrait pas d’ailleurs considérer la Normandie tout entière comme un tout homogène, en chacune des parties duquel pourraient se vérifier les heureuses conditions que nous venons d'exposer. Elles se retrouvent en général partout, presque partout mais dans des proportions variables. Si l'on voulait serrer de plus près la réalité, 1l faudrait examiner séparément les différents « pays ». Et nous n’entendons pas parler de ces circonscripuons administratives, départements arrondissements ou cantons qui sont toujours plus ou moins arbitrairement établis et limités, mais de ces régions naturelles qui pour n être pas entourées de bornes réelles et palpables n'en existent pas moins d’une façon plus intense comme de petits organismes parfaitement distincts ef qu'un auteur, M. Demolins, a si bien définis en disant qu'ils ( présentent des caractères géographiques communs, ce qui entraîne des conditions de travail communes, ce qui entraîne des conditions sociales communes ». Le même auteur étudiant spécialement la province de Normandie y distingue ainsi 16 pays différents (1). En nous plaçant au point de vue spécial

1. Ce sont: 1 Le pays d’Auge, ville principale Pont-l’Evéque ;

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de l'industrie laitière nous pourrions examiner les ressources plus où moins grandes que chacun offre pour cette exploitation. Cet examen se trouvera fait de luimême au chapitre de la production. Certaines r'ÉgIONS émergent de l'ensemble comme merveilleusement douées pour l'exploitation laitière. Tel est le pays de Bray en Seine-Inférieure, large vallée de dénudation, couverte autrelois par les eaux et où l'Océan en se retirant a enlevé la couche épaisse de craie qui forme la base des plateaux normands. Ainsi a été mis à jour le terrain jurassique si favorable à la production des herbages. |

Tel est encore le pays d’Auge, dont l’origine géologique est semblable. M. Ardouin-Dumazet qui

L’Avranchin, v. pr. Avranches ;

Le Bessin, v. pr. Bayeux ;

Le Bocage, v. pr. Vire, Falaise ;

Le pays de Bray, v. pr. Neufchâtel ;

La campagne d'Alençon, v. pr. Alençon ;

La campagne de Caen, v. pr. Caen ;

Le pays de Caux, v. pr. Lillebonne, Caudebec, Yvetot ; Le Cotentin, v. pr. Coutances, Valognes, Cherbourg ; L'Evrecin, v. pr. Evreux ;

Le Houlme, v. pr. Argentan, Flers ;

Le Lieuvin, v. pr. Lisieux ;

Le pays d'Ouche, v. p. Laigle, Verneuil, Nonancourt ; Le Perche Normand, v. pr. Mortagne, Bellême ;

Le Roumois, v. pr. Rouen ;

15 Le Vexin Normand v. pr. Gisors.

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(Journal La Science sociale, 1" livraison, 1904). .

dans son Voyage en France a si bien décrit le charme et le caractère de nos provinces écrit à propos de cette contrée : ( Le mot merveilleux n’est pas excessif ; nous sommes ici au sein du pâturage le plus justement célèbre de la France entière : nulle part on ne trouverait herbe plus savoureuse et de plus rapide croissance. Sous ce ciel humide recevant sans cesse les tièdes vapeurs de la mer, un sol très perméable reçoit les eaux des pluies et des brumes et les absorbe sans leur laisser le temps de séjourner. Les herbages de Corbon sont partout cités comme le type de la fertilité. « Perdez-y votre bâton le soir sur le pré fauché, dit un proverbe, vous ne le retrouverez pas le matin ». (L'herbe y pousse le bœuf »,dit-un autre dicton » (1). De telles terres se louent au prix de 300 Îr. l’hectare ; de semblables prix ne se retrouvent que dans la région du Bessin, aux environs d’Isignv, le pays laitier et beurrier par excellence. La valeur des herbages y est telle, que l’on a tenté sur la mer la conquête de la baie des Veys entre les embouchures de la Taute et de la Vire, entre Carentan et Isigny. Les frais d'établissement de ces « polders » sont élevés, mais le rendement couvre rapidement la dépense.

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