‹ L'Industrie Laitière en NormandieChapitre 48 sur 63 · SUR LE MARCHÉ · texte numérisé non relu

SUR LE MARCHÉ

* Sans vouloir évaluer par des chiffres l'importance de

l'industrie beurrière en Normandie, nous pouvons exa-

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miner la situation des beurres normands sur les marchés (1). Voir le tableau hors-texte.

1° Sur les marchés locaux. — Le tableau indique les prix moyens obtenus aux dates indiquées depuis une douzaine d'années sur quatre des principaux marchés locaux. Nous en avons choisi à dessein deux, Bayeux et Isigny, parmi ceux où généralement les plus hauts cours sont atteints ; et deux, Vire et Lisieux, parmi ceux où les cours sont généralement inférieurs. De l’observation de ce tableau il ressort très neltement que Îa moyenne des prix sur les marchés a légèrement baissé depuis quelques années ; ce sont particulièrement les beurres dits de première qualité qui se vendent moins chers. Depuis 1901 les cours dépassant trois francs sont pour ainsi dire inconnus, alors qu'ils étaient fréquents auparavant.

2° Aux halles de Paris. — Les beurres d’origine normande qui arrivent deux fois par semaine à Paris le mercredi et le samedi sont classés en diverses catégories marquant des provenances et des qualités différentes et qu'il importe d'expliquer ici. En tête vienent les beurres ( fermiers ». Ce sont les produits de choix fabri-

qués par les cultivateurs des pays privilégiés du Bessin

1. Le Calvados seul produit actuellement 12 millions et demi dekilogrammes. À 2 fr. 50 le, kilo eela fait plus de 31 millions de francs pour un seul département.

et du Bray et destinés à une clientèle de luxe. Il y a les « fermiers [signy » et les «fermiers Gournay ». Le gros des arrivages aux halles se divise en deux grandes classes,les beurres (marchands » et les beurres « laitiers »: Comme le nom l'indique les premiers ont été ramassés par des commerçants en différentes régions ; « marchands Isigny » ou ( marchands Vire » par exemple. Les seconds sont fabriqués par des laiteries industrielles,

entreprises particulières ou coopératives.

Prix. — Nous avons relevé d’après les cours officiels des halles centrales les prix obtenus par plusieurs de ces sortes de beurres normands aux:mêmes dates indiquées précédemment pour les marchés locaux. Nous y avons Joint pour la comparaison les prix des laitiers, Charente et Poitou. Les observations suivantes semblent résulter du tableau ainsi formé.

Les prix les plus élevés sont toujours obtenus par les beurres fermiers d'Isigny qui se vendent encore parfois 6 et 7 francs le kilo. Mais si les prix supérieurs de cette marque sont toujours à peu près pareils les prix inférieurs ont beaucoup baissé au point de n'être que comparables à ceux les plus bas des produits marchands ou laitiers ; 1ls oscillent suivant la saison entre 2 et 3 francs. Les fermiers Gournay ont notablement diminué de valeur depuis quelques années. On peut faire entre eux et les laitiers, Charente et Poitou une comparaison imstructive. Jusqu'en 1900 les fermiers Gournay dépassent

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manifestement les prix des Charentais, mais alors la proportion inverse s'est établie. Depuis 1904 la moyenne des prix obtenus par les coopératives des Charentes ressort à 3 francs alors que les fermiers Gournay n'atteignent que le cours moyen de 2 fr. 80.

Pour les beurres marchands dont les prix variaient d’ailleurs énormément suivant la provenance, les quantités amenées sur le marché en ont tellement diminué qu'on ne les indique plus à part sur les statistiques. Il n'est donc plus de comparaison possible. — Les laitiers normands deviennent au contraire une catégorie de plus en plus importante et leurs prix se maintiennent bien. Depuis 1904 leur moyenne est de 2 fr. 77 le kilo, approchant ainsi de très près le cours des fermiers Gournay eux-mêmes.

Quantités. — Les beurres normands, certains d’entre eux du moins restent donc bien à la tête des cours aux halles de Paris, mais 1l faut voir quelle en est la quantité vendue. Or actuellement sur un approvisionnement annuel de 12 à 14 millions de kilogrammes de beurres nécessaires à l'approvisionnement des halles, la Normandie ne fournit guère qu'un appoint de 20 à 25 %. Sur cet appoint il n'y a guère que 1 % au grand maximum de beurres fermiers susceptibles d'atteindre les hauts cours indiqués plus haut mais à condition qu'ils soient de bonne qualité. Nous avons vu en effet que le

cours inférieur de ces marques descendait parfois très

tt).

bas et, observation qu'il importé de mettre en évidence, la proportion des beurres de marque vendus à bas prix est telle que si l’on veut faire une moyenne d'ensemble pour les fermiers, elle ne dépasse pas la moyenne des autres beurres et lui est même parfois inférieure. Le mois de novembre 1906 nous servira d'exemple. Pendant ce mois il a été vendu :

aux halles 16.485k.5 de Gournay valant 57.455 f. 52 et 53.192 d’Isigny » 198.232 57 ensemble OJAGTENS de fermiers » 255.688 09

sur un total de 1.109.411 S de beurres de toutes sortes 3.900.065 94

Ceci fait pour les beurres des deux meilleures marques normandes 19,9 % du poids total, mais 19,2 % seulement du chiffre de vente. Leur moyenne de vente est donc au-dessous de la méyenne d'ensemble.

Le fait est important à retenir : quand on parle des hauts cours obtenus par les produits normands de choix aux halles, ce n'est même pas la faible proportion des arrivages de ces produits qu'il faut envisager mais une partie seulement moindre de la moitié ; 5 % de l'ensembie au lieu de 15 % peut-être.

Tels nous apparaissent actuellement les beurres de provenance normande sur le marché des halles, tels ils n'ont pas toujours été cependant. Autrelois 1ls accaparaient presque tout et ne connaissaient pour ainsi dire pas la concurrence. Facteurs et mandataires se souviennent encore de ce temps qui n'est pas si lointain. Peu à

peu de nouveaux venus parmi lesquels il faut citer sur-

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