Delisle, op. cit., p
2. Il fautexcepter naturellement les mentions si nombreuses qu'on en trouve dans les archives ecclésiastiques (baux, états des recettes et des mises des abbayes, des couvents, ete.) et qui parlent d'achats, de fournitures, de redevances ou faisances. IL y est question de beurres salés comme de beurres frais.
Fate) AREA
leur réputation. Non seulement leur beurre est célèbre sur le marché français, mais encore à l'étranger, ei on en exporte Jusque dans les plus lointaines de nos colones. Lors de l'enquête dont nous avons déjà parlé, l'archiviste de la Seine-Inférieure avait communiqué au ministère de l’agriculture un curieux mémoire imprimé du xvrn° siècle qui donne d’intéressants détails sur la salaison des beurres à cette époque : «Nos vues tendent à rendre le beurre propre aux salaisons, écrit l’auteur, parce que c'est le seul moyen de le vendre au loin. Les fermiers n'étant pas dans l'usage de vendre leur beurre tout salé, ils le portent sur les marchés des villes, où la consommation est plus grande. Là chacun se pourvoit de la quantité de beurre frais qui lui convient pour si provision ; l'acheteur distingue celui qui a les qualités que lui donne la méthode du pays de Bray d'avec celui qui a été fait suivant l'usage du pays de Caux (qui n'était pas susceptible d'être salé) ; 1l met le prix à l'un et méprise l’autre qui est consommé frais dans l'intérieur du pays » (1). !
Savary rapporte de son côté dans son : Dictionnaire du commerce. « La Normandie fournit de deux sortes de beurres salés ; les gros beurres, et les beurres fins ou beurres d'herbes. Les uns et les autres se tirent d'Isigny,
1. Cité par l'enquête (p. XXX). Mémoire communiqué par M. l’archiviste de la Seine-Inférieure, p. 225. Cette différence entre le pays de Bray et le pays de Caux se retrouve la même aujourd'hui.
‘ = Th
où se tient le marché des beurres salés du Cotentin et de toute la Normandie ».
« Les beurres fins, ou beurres d'herbes (ainsi appelés parce qu ils sont faits dans le temps que les vaches sont dans les pâturages et avant qu’elles se nourrissent de lourrage) sont envoyés dans de petits pots de grès d'une demi-livre ou d’une livre... Ainsi le plus grand commerce des beurres salés de Normandie est celui des gros beurres. On les apporte en pots de grès ou en tinettes de bois. Les pots qui sont nommés ( Tallevannes » sont du poids depuis six jusqu'à quarante livres. Les tinettes pèsent depuis vingt livres jusqu’à deux cents » (1).
C'était donc bien déjà Isigny le principal marché des beurres de Normandie. De là ils se répandaient dans tout le royaume, mais la plus grande portion était transportée par mer à Rouen et de là à Paris. Il en était exporté aussi beaucoup à l'étranger, en Angleterre, et aux colonies, mais pour ( les Amériques, on n'était pas en usage de faire du beurre de première qualité, mais de celle seulement qu'on appelait petit-beurre ». (Lettre du 22 octobre 1771 de G. Tariel, négociant à Isigny. Archives du Calvados. Citée par l'Enquête, p. XXXI).
L'importance même de ce ( grand commerce » dès le xvr siècle est prouvée par les nombreuses difficultés
qu'il soulève et dont on trouve trace dans les pièces his-
1. Savary, Dictionnaire du commerce. Edition de 1723, article « beurre », p. 326.
nr Tiers
toriques. La correspondance des contrôleurs généraux est lerule en renseignements à ce sujet. On y trouve même mention de tentatives d'accaparement ! Voici une lettre du 24 octobre 1700 adressée par M. Foucault, intendant à Caen au Contrôleur général.
« IL est exact, dit-il, comme l’annonçait M. d'Argenson, que trois particuliers ont accaparé soixante mille pots vides pour se rendre maîtres du commerce des beurres d'Isigny et faire surenchérir d'un quart ïe prix des pots ». Au dos est écrit Vendre au prix courant, un projit très modique (x).
Rien n'est nouveau sous le soleil ; nous avons assisié de nos jours à bien des tentatives du même genre dans toutes sortes de commerce. Mais à cette époque les principales entraves au commerce viennent de l'administration financière même qui se livrait couramment à des abus d'autorité. La lettre suivante de M. d’Argenson, lieutenant de police à Paris, au contrôleur général, est très explicite à ce sujet :
1° avril 1608.
« Le commerce du beurre à Paris souffre non seulement des fraudes des marchands, mais aussi des exactions des commis des fermes. Ces derniers ont fait avec les maîtres-beurriers un abonnement, suivant lequel le beurre de Basse-Normandie doit acquitter le sol pour