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De l'examen du marché des halles il résulte donc que les beurres normands qui formaient encore il y a quelques années la grosse majorité des arrivages sont peu à peu arrivés à ne plus fournir que de très médiocres quanütés ; et au'en plus ils se vendent de moins en moins cher, alors que des produits d’autres provenances aug-
mentent au contraire en valeur et en quantités à la fois.
3° Dans l'exportation. — I] nous faut voir si les beurres normands n'ont pas trouvé ailleurs une juste compensation pour consolider leur situation économique. Ne serait-ce pas dans l'exportation ? La France exporte chaque année une grande quantité de beurres frais et de beurres salés ; elle n'en exporte guère que sur le marché anglais, et la plupart des exportations se font par la Normandie. On ne peut savoir exactement la proportion de beurres normands qui rentrent dans ces envois au delà du détroit, mais il est certain qu'ils en forment la plus grosse partie. Or ces envois sont loin d’avoir augmenté ces dernières années. A part un petit relèvement en 1902 et 1903 ils sont en baisse continue, comme le
prouve le tableau suivant :
Envoi de la France en millions de francs
Et ce n’est pas cependant que l'Angleterre ait restreint ses importations ; elle les a au contraire augmentées dans une proportion toujours croissante. En 1904 elle importait déjà 215.451 tonnes métriques valant 533 millions de francs, alors qu'en 1894 elle n'importait encore que 125.022 tonnes métriques valant 387 millions, ce qui fait en 10 ans une augmentation en poids de 90.429 tonnes métriques et en valeur de 146 millions de francs, (chiffres cités par M. Jean Périer dans sa monographie sur l'exportation des beurres en Angleterre). Mais au lieu de profiter de cette augmentation de la demande pour accroître ses envois, la France diminue dans la même période décennale ses exportations d'un cinquième, comme l’a remarqué M. Périer ; c'est une perte de 13 millions par an. Au contraire pendant
ces mêmes dix ans, d'autres pays augmentent graduel-
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lement leurs envois en Angleterre dont le marché devient chaque jour plus intéressant. Les exportations de beurre du Danemark au Royaume-Uni passent ainsi de 158 à 225 millions de francs. Bien que nous soyons ainsi semble-t-il mieux placés que les Danois par notre proximité du marché anglais, ceux-ci ont remporté sur nous une véritable victoire économique. De nombreux auteurs frappés de ce prodigieux succès ont étudié l'organisation des beurreries danoises en qui ils voyaient nos principaux concurrents. D’autres ont au contraire prétendu que nos véritables rivaux étaiént les beurres des ( pays neufs », ceux d'Australie, de Nouvelle-Zélande, du Canada et de Sibérie. Les envois de ces pays ont en effet de même que ceux du Danemark considérablement augmenté (1). Mais il faut remarquer qu'ils sont entièrement composés de beurres de qualité inférieure et non pas de beurres similaires des normands et danois et susceptibles de leur faire concurrence. C'est
à eux seuls que les marchands français doivent s’en
4. Voici le tableau des accroissements des envois entre 1896 et 1904 d’après M. Périer.
(En tonnes (En millions métriques) de francs)
Danemark 24.376 69 Australie 16.104 37 Nouvelle Zélande 12122 28 Sibérie, Grande Russie, Finlande 12.848 25 Canada 9.157 22
Argentine 3.393 1
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prendre s'ils n'ont pas su soutenir la concurrence. S'ils veulent relever et accroître leur exportation en Angleterre, ils devront suivre la triple ligne de conduite que
leur indique M. Périer : ( 1° se spécialiser exclusive-
ment dans la vente de l’article supérieur ; 2° expédier non pas seulement à Londres mais directement dans toutes les villes du Royaume-Uni ; 3° organiser selon le système danois la production et la vente » (1).
Il est tout à fait illogique en effet pour les produits français de se voir battus par les produits danois sur le marché anglais, alors qu'ils semblent de par leur proximité même avoir sur eux un énorme avantage. Et cependant les beurres normands exportés arrivent à Londres plus «âgés » aue les danois. Nous trouvons l'explication de ce fait dans les procédés employés pour notre exportation et que nous avons vus plus haut comparés à ceux du Danemark. Dans ce pays presque toutes les laiteries sont des coopératives. Le lait du matin est écrémé quelques heures après et la crême est barattée le lendemain. Si l’on compte 3 Jours de transport dans d'excellentes conditions de conservation au reste, on trouve que le beurre danois arrive à Londres âgé de 5 jours. Les beurres de notre exportation proviennent au contraire de mélanges de différents beurres fabriqués
1. Lire à ce sujet l’intéressante brochure de M. Périer, publiée dans les monographies industrielles et commerciales de l'Office national du commerce extérieur, 3 rue Feydeau.
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séparément. Même dans les conditions les plus propices, cette circonstance va doubler leur ( âge ». Si on suppose que le beurre local est additionné, comme cela se pratique très souvent, de beurres bretons, il faut compter que ceux-c1 provenant de petites fermes fabriquant une seule fois par semaine peuvent être « âgés » de sept jours. Il faudra au moins autant de temps pour le transport en Normandie, le triage, le malaxage, le mélange avec les beurres normands, le transport en Angleterre ; et l’on voit dans quel état d'infériorité le beurre normand arrive aujourd'hui à Londres vis-à-vis de son concurrent danois. Il n'est pas étonnant que sa vieille réputation en ait souflert au point qu'on lise maintenant à Londres sur certaines boutiques qui tiennent à affrmer l'excellence de leurs produits: « Tei on ne vend point de beurre normand ». Et c'est bien à tort qu'on imputerait à la concurrence de la margarine ou des fraudeurs la déchéance de notre commerce, non pas que les lois de 1897 et de 1905 sur la fraude soient inutiles mais sans doute parce qu’elles sont au contraire efficaces. En tout cas depuis une dizaine d'années que fonctionne régulièrement le service de surveillance de l’administration des douanes sur les bateaux en partance pour l'Angleterre aucun essai de fraude sérieux n'a été constaté. Au fond si notre exportation des beurres en Angleterre a diminué, ce sont sans doute pour les mêmes défauts,les mêmes « vices de fabrication et d'organisation » qui ont fait perdre aux produits normands le marché des
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halles au bénéfice de concurrents mieux organisés ; :l nous reste dans un dernier chapitre à souligner ces défauts que notre exposition a laissé entrevoir et à indiquer par quels moyens il semble possible d'améliorer ia situation actuelle.