Corr. des cont. gén. IL, n
2 Corr. des cont. gén. IX, n° 1338. ù
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mal à s'entendre. Les « épiciers » et les «chandeliers » se disputaient. M. Desmaretz, directeur des finances, écrit à MM. Foucault et de Courson intendants à Caen et à Rouen, «( les épiciers qui approvisionnent Paris de’ beurre salé d'Isigny demandent que les marchands chandeliers qui font le même commerce à Rouen soient tenus de contribuer à la dépense des rafraïchissements que l’on donne aux capitaines des vaisseaux, officiers et matelots qui viennent à terre annoncer que les navires chargés de beurre peuvent partir en sûreté. Dans ja guerre de 1688 cette dépense montait à 25 sols par 109 pots ; mais depuis ils sont convenus de ne payer que 15 sols. Les chandeliers qui viennent d'être condainnés sur ce fait par l’amirauté de Grand-Camp ne devraient faire aucune difficulté pour s’exécuter, puisque les épiciers de Paris offrent de rendre compte de la distribution par devant M. d’Argenson, ou tout autre
commissaire ).
Commerce des jromages
Le commerce des fromages était de par la nature même des produits qui peuvent se conserver plus longtemps que les beurres, plus facile en un temps où les moyens de transport étaient délectueux et peu rapides. 11 dut précéder au Moyen-Age le commerce des beurres
mais il ne semble pas qu'il ait pris même au xvir et au
xvur siècle un développement comparable à celui qu'avaient donné au commerce des beurres les envois sur Paris et à l'étranger.
D'ailleurs comme pour la fabrication des beurres il n'existait point de véritables fabriques. Ïl n'y avait guère d'établissements si petits soient-ils entièrement spécialisés dans cette production ; chaque fermier, chaque herbager translormait lui-même le lait de son troupeau avec l’aide de sa famille ou de ses employés. Faire le fromage était presque partout une occupation accessoire et on s'y mettait lorsque les autres travaux agricoles en laissaient le temps.
En général les fromages étaient consommés sur place ou dans un rayon fort restreint ; il est du moins une sorte particulière qui acquit de bonne heure une grande célébrité. C'est celle des « angelots » fabriqués spécialement dans la région de Neufchâtel et qui étaient faits de lait demi-écrémé. Ïls étaient meilleurs que les fromages ordinaires vendus sur les marchés locaux à bon compte et qu'on appelait déjà du nom qui s’est conservé jusqu'aujourd'hui de « Pont-l'Evêque ». Les angelots étaient chers, de qualité supérieure et tout comme les beurres s'exportaient dans tout le royaume et même à l'étranger par le port de Dieppe. C'était l'article de luxe. Guillaume de Lorris qui écrivait au milieu du xmr° siècle nous apprend que les bonnes tables étaient toujours garnmies au dessert :
De tartres ou des flaons, Ou de fromages angelons.
(Roman de la Rose, v. 19, 465-466) (1)
Le pays d'Auge fabriquait lui aussi des angelots 4 côté de ses ( livarots ». « L'Etat de le généralité d'Àlençon sous Louis XIV » nous signale en ellet « qu'il se nourrit au pays d'Auge quantité de vaches très abondantes en lait, dont on fait des fromages appelés angelots et des livarots qui se transportent à Paris avec une quantité de volailles que l’on y élève pareillement, ce qui compose un trafic assez considérable parmi les habitants de ce pays » (ï).
Il est un fait certain et qui nous étonne aujourd'hui c'est que la Normandie au Moyen-Age recevait des fromages du dehors. On apportait sur ses marchés des produits du centre, de l'Auvergne surtout et même de l’étranger, d'Angleterre. L'enquête sur l'Industrie laitière
1. De nombreux auteurs citent les angelots. Charles Estienne, dans son Prœdium rusticum, publié en 1554, vante les froma-ges de Normandie connus sous le nom d’angelots. Bourgueville dans ses Æecherches et antiquités de la province de Neustrie (1588) n’a pas omis non plus dans l’'énumération des produits de la vicomté de Pont-l'Evêque les « bons fromages que l’on appelle angelots ». Enfin Hélie le Cordier qui fit paraitre en 1662 le Pontevesque, poême dédié à Mademoiselle (Paris. Ch. Delisne, 1662, in-4°) consacre tout un chapitre aux mêmes angelots.
2. Fiat de la généralité d’Alencon sous Louis XIV imprimé par les soins de M. L. Duval, archiviste. Alencon, 1890.
LE Tot—
dans son chapitre historique a, en exagérant un peu croyons-nous,atüré l'attention sur ce point curieux. ( La vogue des fromages anglais, dit-elle, remonte à une époque ancienne du Moyen-Age ; elle date de l’époque où les rois d'Angleterre étaient ducs de Normandie. C'est ainsi qu'en 1184 on voit le roi Henri IT conduire des fromages anglais pour l’approvisionnement de Gisors. Cette vogue subsiste après la conquête de Philippe- Auguste : il restait en Normandie des seigneurs ou des abbayes qui touchaient outre mer des dîmes ou des redevances en fromage. Même on voit encore, sous Philippe- Auguste, 33 fromages anglais parmi les provisions du château de Falaise. Le coutumier de la vicomté de l'Eau de Rouen traite du droit qui frappait les fromages anglais débarqués dans cette commerçante cité. Au xrv° siècle cette denrée n’était admise à Dieppe qu'après avoir acquitté un droit revenant au 1/25 de sa valeur ».
« L'importation des fromages anglais en France s’est poursuivie à travers les temps modernes ; mais comme ces fromages étaient assez peu estimés on n'importait que dans les temps où l’on craignait de n’en pouvoir avoir ailleurs. En revanche, les Anglais commençaient À importer des fromages de France ; mais le fromage à l'entrée en Angleterre était soumis à des droits d’entrée superposés les uns aux autres qui montaient jusqu’à 64 p. 100 de la valeur de la denrée » (1).