‹ L'industrieChapitre 11 sur 74 · EU · texte numérisé non relu

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quels la vallée de Cachmyÿr a donné son nom.

Lorsque M: ‘Fernaux acclimata les chèvres kirghises , quelques filateurs avaient déjà commencé à en filer le.duvet , apporté par caravanes nomades en Russie ; et de là importé en France ; mais on n’avait pas iencôre découvert les :pro- -cédés aumoyen:desquels les Indiens produisaient des tissus à la fois si solides et si légens ; et les premiers tissus cachemirés, présentés par nos fabricans, avaient des bordures et des franges si lourdes, que l’usage.en était aussi incommode que la vue disgracieuse.

En 1819, le problème était résolu ; l’espoulinage était découvert. Dans ce procédé, la main seule de l’homme confectionne le tissu ; passe les fils, nuance et varie les couleurs ; c’est, en un mot, le procédé indien ; c’est la perfection de l'ignorance en mécanique, la merveille de lenfance de L'art. Les Indes, où la main-d'œuvre est à si bon marché , comme er toutpays où la vie et la dignité del’hommesent comptées pour rien, ont donc avantage sur l’Europe pour la fabrication de ce genre de châles. Dès 1827, nos fabricans assuraient toutefois qu’ils pouvaient Jivrer leurs châles , imitation de F Inde , à meilleur prix que ceux qui nous viennent de ces contrées mystérieuses.

Mais en même temps, nos manufacturiers produisaient des châles, tissus de cachemire, appelés cachemires français, dans la fabrication desquels ils recouraient à la mécanique , ‘afin d'économiser la main-d'œuvre ,:et de mettre ces châles à la portée dés fortunes médiocres. Le procédé employé était celui du Jancé, avec découpage à l’envers, après que les fils formant les dessins dans le tissu.avaient élé fixés par Le nœud appelé pas dé liage.

La productionet le travail de la: soie ont fait, sous la Restauration, tous Îles progrès qu'on pouvait espérer dans une industrie qui est si bien appropriée au goût et au génie national, et qui trouve-en France le plus d’élémens réunis pour se développer. La culture de la soie s’est étendue dans un grand nombre de départemens où l’on ne soupeonnait pas qu'il fût possible d’acclimater le ver délicat qui la produit. La production :de la soie blanche, ou soie sira, ainsi appelée -du:nom que porte emCGhine le ver de qui om lobtent , très-négligée «en France jusqu’en 1819, a pris: depuis ce temps un grand accroissement. On:s’est apenou, que les:proeédés de :blanchîment.de la soie:jaune. soit par le décreusage, :soit.par d'esprit de vin, n'avaient pas

de durée , et.qu’au ‘bout d’un certain temps,, la |

nuance jaune reparaissait, donnant à Pétoffe un

aspect terreux et terne , lors même qu’elle avait été teinte de nuances foncées. Des améliorations s'introduisaient aussi dans le moulinage. Quant à la fabrication des étoffes , Lyon , Nîmes, Paris, Tours, Avignon, Saint-Chamond, Saint-Etienne, étaient entrés dans une voie de progrès continus et n’y ralentissaient pas leur marche. Le jury de 1819, admirant la variété des tissus de Lyon, le mélange des fils d'espèce différente, soie, laine et coton, faisait remarquer que tous ces charmans produits, si rapidement lobjet de consommations si étendues ; et par lesquels tant de travail était constamment assuré à la classe ouvrière, eussent été impossibles sous le régime des jurandes et maîtrises, tous ces tissus :eX1geant des mélanges. de matières et des combinaisons de travail incompatibles avec l'esprit et les usages des corporations.

Passons rapidement sur la fabricauon des étoffes de lin, qui prenait un développement proportionné à celui de la population et de Paisance générale, mais où nous n’avons à rappeler aucune découverte ou modification importante , et sur l’industrie du filage , du tissage, et des impressions sur étoffes de coton, où nous wavons également aucun fait de premier ordre à citer. Cette industrie, définitivement assise en France, étendait ses débouchés au dedans et au dehors , et opérait constamment des baisses nouvelles dans les prix , indication aussi sûre que féconde des soins persévérans apportés au perfectionnement des procédés. Parmi ces perfectionnemens , il faut particulièrement citer la substitution de l'action régulière et rapide du cylindre au mouvement irrégulier et lent de la planche à impression, et l'application des couleurs du chrôme sur le coton. Tarare, Saint- Quentin , Mulhouse, Paris, Rouen , soit dans des genres différens, soit pour des produits analogues, marchaient en tête de eette magnifique industrie.

L'industrie métallurgique fit de grands progrès sous la Restauration , mais non pas tels, il faut bien le dire , qu'on avait droit de l’attendre et de la richesse des établissemens et de l'importance de ‘la production. Les procédés anglais étaient successivement introduits, mais avec une lenteur: extrême, et sans qu’il en résultàt une baisse de prix suffisante pour étendre rapidement la consommation.

Le procédé de laminage fut substitué d’abord dans nos fabriques au procédé du martinet ; mais comme elles continuaient à affiner et a fondre au charbon de bois, procédé bien plus lent que celui de l’affinageet de la fusion à à

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houille, les laminoirs ne travaillaient qu’à intervalles irréguliers, d’où résultaient des pertes importantes de forces et de capitaux. Cette circonstance grave détermina adoption , par un grand nombre de nos forges, de laffinage à la houille, dont la substitution n’entraînait pas d’ailleurs un mouvement trop considérable de capitaux. Mais le remplacement des hauts fourneaux au charbon de bois par les hauts fourneaux au coke (houille carbonisée) a été bien plus lent. Nos forges du Centre, de l'Est et du Nord, marchent presque toutes encore suivant les anciens procédés. La fusion au coke est pratiquée particulièrement dans quelques grandes usines de création récente, Alais, De. cazeville , Fourchambault,

La production de l'acier, la fabrication des faux , des limes, des outils, celle du plomb, dont le laminage et l’étirage ont été si perfectionnés, la fabrication des cardes, la tréfilerie , sont au nombre des industries qui ont le plus avancé sous la Restauration. Une autre industrie à fait des progrès notables , c’est celle des machines et métiers. MM. John Collier, Callas, Cazalis et Cordier, Steel, Arnaud et Fournier, Périer , ont ou perfectionné les machines propres au tissage, ou étendu la fabrication de la machine à vapeur ; bien des causes tendent à maintenir la supériorité de l'Angleterre dans ce dernier genre de fabrication; mais nos ouvriers paraissent au moins égaux aux siens, dans les détails de ces instrumens de travail si ingénieux et si compliqués au moyen desquels peuvent être reproduits les dessins les plus variés , les plus gracieux. Ainsi en toute chose se retrouve l'aptitude particulière et spéciale des deux nations.

L'étude de la chimie, de la physique et de leurs applications, prit alors aussiun grandessor, Un ingénieur des ponts et chaussées, M. Vicat, après de longues études où la finesse et la profondeur des observations ne pouvaient être dépassées que par leur utilité , installa une science et une industrie toute nouvelle, celle de la fabrication des chaux hydrauliques, et de l'usage des bétons. Un autre ingénieur des ponts et chaussées , savant du premier ordre, Augustin Fresnel, après avoir substitué une nouvelle théorie à celle de Newton sur la lumière, appliqua les principes de sa découverte à l'éclairage des côtes , et bientôt la France eut des phares portant plus loin la lumière et à moins de frais qu'aucune autre nation. L'application de la vapeur au chauffage des liqueurs, aux bains de teinture, au raffinage du sucre, celle du chare

bon animal au raffinage, celle du bitume aux constructions , celle de la soude factice à la fabrication du savon, au blanchiment des toiles, au blanchissage du linge , à la fabrication du verre à bouteilles, l’importante découverte du bleu Raymond, application du lack-lack à la teinture écarlate , l’abaissement du prix et l’a. mélioration dans la qualité de lammoniaque, du sel de soude, de la litharge, du minium, de la soude, des acides mitrique , muriatique, sulfurique , des sels les plus employés dans la Consommation, ont été le fruit des travaux de nOS Savans autant que de la persévérance et de l’habileté de nos manufacturiers.

Tels ont été les traits principaux de l’histoire industrielle de la Restauration. Elle serait incomplète cependant si nous n’y ajoutions les progrès de l’agriculture. Malgré de mauvaises lois sur les céréales, la culture de la terre a participé à ce mouvement général d'amélioration qui surgissait de tous les points du territoire. La moralité des masses y à gagné autant que leur bien-être. Dans les contrées où le mouvement industriel et agricole était le plus vif, on a vu l'instruction se répandre , les habitudes s’amélicrer, la nourriture devenir plus saine , les habitations plus commodes. La tuile a remplacé le chaume ; la brique, les constructions de chaux et de bois, et même le pisé. Les progrès faits dans nos campagnes, sous ce point de vue, sont incalculables ; la fabrication de la brique a pris un développement inoui, et les procédés se sont améliorés en proportion de leurs débouchés. Au foulement de la terre par les pieds, on a substitué sa manutention dans des moulins verticaux , où un arbre armé de ciseaux et mû par un cheval (PL. II — 4) broie la terre, opère intimement son mélange avec le sable et la rend plus facile à mouler et plus résistante à la cuisson. La fabrication de la brique , industrie vraiment agricole, a droit à des encouragemens mulupliés. Les constructions faites avec ce genre de matériaux sont saines, économiqueset solides ; cette industrie intéresse à un haut dégré l'hygiène et par conséquent la moralité des campagnes.

Un des caractères saillans de l’époque de la Restauration, c’est le développement de l’industrie parisienne. Nous en étudierons à fond les causes dans l'examen détaillé que nous ferons bientôt de chaque industrie. Le coup-d’œil que nous avons à jeter encore sur la question des voies de communication va nous montrer cependant une des causes principales de ce développement,

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