‹ L'industrieChapitre 15 sur 74 · NE E NOUNOU · texte numérisé non relu

NE E NOUNOU

chaque jour amenait des déchets plus considérables. On n’était pas arrivé aux deux tiers de la colonne , que le fondeur avait épuisé la matière qui lui avait été livrée, ét qui devait suffire pour son érection complète. Il essaya de réparer cette perte en travaillant lesscories des opérations précédentes, et en en retirant le métal qu’elles contenaient ; il yajoutait de la mitraille de cuivre qu’il achetait à bas prix ; mais les pièces ainsi obtenues devinrent bientôt si défectueuses, que l’on refusa de les recevoir. On arrêta les travaux du fondeur, on mit les scellés sur ses ateliers ; son état fut perdu.

IL obtint cependant qu’une commission d’enquête fût nommée ; après de longues recherches, celte commission eut enfin la pensée d’analyser le métal de la colonne pris adifférentes hauteurs, et l’on reconnut que, tandis que dans les parties inférieures le bronze ne contenait que 6 o/, d’alliage , dans le haut , les pièces provenant des dernières combinaisons du fondeur en contenaient jusqu’à 2{ °/. Ainsi le bronze avait un titre trop bas en commencant, et trop élevé à la fin de l'opération.

On sait que le gouvernement fait en ce moment travailler sur la place de la Bastille à l'érection d’une colonne consacrée au souvenir des citoyens morts en Juillet. Cette colonne doit être aussi en bronze ; le travail du bronze avait été adjugé à M Émile Martin, associé à la fonderie de cuivre d’Imphy. Depuis, M. Denière a accepté les engagemens contractés par M. Émile Martin, et que d’autres travaux ne permettaient pas à celui-c1 de remplir. Sous la direction d'un fondeur aussi expérimenté, et de l’'habile architecte auteur de la colonne de Juillet, on n’a pas à craindre les fautes qui ont été commises dans la colonne Vendôme, et aussi dans le monument de Desaix , et dans les premiers essais pour la statue de Henri EV.

Le bronze de la colonne de Juillet se composera comme il suit :

Evivrei :422 ; | 91,40 Zinc. IRAN LE ECS ES 5:58 [55:20 MOSS SRE 1,70 Plomb, 25610 | 1,37

Cette composition est la même que celle qu’avaient adoptée les frères Keller , célèbres fondeurs sous Louis XIV, pour tous les grands objets sortis de leurs ateliers.

Nous terminerons sur ce sujet, en faisant connaître le mode de construction auquel on s’est arrêté pour la colonne de Juillet, et qui cons-

1834. — BRONZES. 39 üutue un notable progrès sur celui qui a été suivi dans la colonne Vendôme. Dans ce monument, toutes les pièces du fût, fortement liées entre elles, forment une seule bande contoutnée en hélice autour du massif cylindrique en maçonnerie, dans le noyau duquel est pratiqué l’escalier ; de forts scellemens cramponnés à des distances rapprochées maintiennent la bande de bronze. Lorsque le soleil darde sur la colonne, frappé d’un seul côté, et sur toute sa hauteur, le métal se dilate inégalement et tend à forcer les obstacles qui s’opposent à son augmentation de volume. Dans les soirées d’été, l'abaissement de température est subit et considérable, et le retrait du métal agit violemment en sens inverse de sa dilatation ; lorsque ces changemens “ont lieu , on entend de forts craquemens dans toutes les parties de la colonne; il sy produit des ruptures préjudiciables à sa solidité. -

On assure que Napoléon avait indiqué une autre disposition : c'était de former tout le fût de cylindres réunis par assises. Telle est la disposition adoptée pour la colonne de Juillet, Le fût sera ainsi entièrement de métal; l'escalier sera en fonte et maintenu au moyen de boulons.

Cette heureuse disposition permet de doter la capitale du royaume d’un magnifique monument, digne consécration d’une juste et généreuse révolution, et sans qu’il en doive résulter de trop fortes charges pour le pays. Tout le travail de bronze de la colonne de Juillet doit être exécuté pour une somme de 555,000 fr. La dépense totale n’excédera pas 900,000 fr,

Revenons maintenant à l’industrie des bronzes. Nous avons dû mettre au jour l’imperfection de ses procédés de fonderie ; ses procédés de dorure sont plus arriérés encore ; ils doivent cependant à la science des perfectionnemens de premier ordre, mais ils attendent d’elle encore de nouvelles et importantes lumières.

La profession de doreur sur bronze est une de celles qui présentent le plus de causes de dangers et de maladies pour les ouvriers. On sait que la dorure s'effectue en amalgamant l’or au mercure ; 1l en résulte une pâte molle qui contient généralement : |

soir or Jai fé parties.

Mercure. . . 91 à 89

On étend cette pâte sur la pièce de bronze après lavoir convenablement recuite et décapée , et on l’expose sur des charbons ardens, dont on ménage le degré de chaleur en raison du plus ou moins de volume ou d'épaisseur de la

pièce. Le feu fait volatiliser le mercure qui abandonne ainsi l'or à l’état d'extrême division, ce qui facilite sa combinaison avec le bronze.

L’ouvrier tourne et retourne la pièce , l’échauffe peu à peu au point convenable, la retire du feu, la prend au moyen de la pincette à longues branches appelée moustache, la met dans la main gauche qui est garnie d’un gant de peau épais et matelassé en dessous, et la tourne en tous sens en la frottant et la frappant à petits coups avec une brosse à longs poils. Il répartit ainsi également la couche d’amalgame.

Puis la pièce est remise au feu et traitée ainsi jusqu’à ce que tout le mercure soit volatilisé. Si l’on trouve alors des défauts de dorure, on recharge la pièce d’amalgame et l’on recommence l’opération.

On voit qu’en définitive l’ouvrier, dans ce procédé, se trouve constamment exposé aux vapeurs mercuürielles. Il ÿ a peu d'années , cette opération si dangereuse s’exécutait sans aucune précaution ; elle se pratiquait comme aujourd’hui sous la cheminée d’une forge; mais lorsque cette cheminée tirait mal ou qu’il s’y établissait des courans descendans, la santé des ouvriers était rapidement attaquée. Saisis de tremblemens convulsifs, et qui bientôt devenaient d’une telle énergie qu’ils ne pouvaient plus manger seuls , risquant, s’ils l’essayaient, de se meurtrir le visage, ils éprouvaient d’autres douleurs plus graves encore, puis limbécilité, linsomuie et souvent la mort.

Ravrio, qui, comme artiste et comme fabricant de bronzes , a laissé les souvenirs les plus honorables, mit un legs de 3000 fr. à la disposition de l’Académie des sciences , pour prix d’un procédé qui mettrait les ouvriers doreurs à l’abri des émanations du mercure, Ce prix, en 1818, fut remporté par M. d’Arcet. Ce savant ; après avoir visité les ateliers et y avoir, comme il le dit dans son excellent Mémoire sur Vart de dorer le bronze, mesuré la grandeur du mal, reconnut qu’il devait être attribué pour la presque totalité à l'absence complète de tous les moyens propres à opérer dans la cheminée un fort ürage qui y couduirait activement toutes les vapeurs mercurielles et substituerait un air frais et constamment renouvelé à l'atmosphère insalubre où jusqu’alors vivaient et dépérissaient les ouvriers. On ne comprend pas qu’un moyen si simple et si peu dispendieux n’ait pas été dès long-temps imaginé. On comprendra moins en.

core les difficultés qu'a éprouveés son installa. üon dans les ateliers, et la négligence qu’on “pporte même aujourd’hui dans son applica-

tion, bien que Ison efficacité soit pleinement démontrée quand on l’observe avec exactitude.

Voici le résumé des indications donnes par M. d’Arcet. Nous les croyons d'autant plus dignes d’être connues, qu’elles peuvent s’appliquer à tous les ateliers où des préparations chimiques ou métallurgiques peuvent élever des vapeurs nuisibles à la santé des ouvriers. L’airage des théâtres et celui des mines sont fondés sur des principes analogues à ceux que nous allons exposer.

Le doreur qui veut monter un atelier doit choisir , s’il le peut, un local assez grand, expôsé au nord, bien aéré, bien éclairé. La cheminée de latelier doit être large, avoir cinq à six mètres de hauteur; elle ne doit recevoir, dans toute sa hauteur, aucun tuyau de poële ni de cheminée , et ne servir que pour l'atelier. I] s’agit ensuite d’en assurer le rage et de le rendre plus ou moins rapide à volonté.

Ce qu’on nommele tirage d’une cheminée n’est que l’effet produit par l’ascension de l’air dans le tuyau de cette cheminée. Pour que cet effet ait heu, il faut échauffer convenablement la colonne d'air dans le tuyau de la cheminée, et laisser affluer dans la pièce assez d’air de dehors pour pouvoir continuellement remplacer celui qui est entraîné vers la partie supérieure du bâtiment.

On donne ordinairement de l'air dans les pièces où les cheminées fument, en en ouvrant les portes ou les croisées. Cette méthode introduit une trop grande quantité d’air à la fois, et y forme des courans rapides et irréguliers , qui s’opposent souvent à l’effet que l’on veut produire, Il est préférable d’établir à chaque croisée de l'atelier un bon vasistas à soufflet, s’ouvrant en dedans , et placé au haut de la croisée. L'air extérieur, qui entre dans atelier, en passant par ces vasislas , se mélange à l'air le plus chaud, qui se trouve toujours vers le plafond, s’échauffe ainsi, et n’abaisse pas la température du bas de l'atelier. On peut alors en tenir la porte fermée , sans nuire au tirage de la forge ou à la santé des ouvriers doreurs.

Ces premières précautions prises pour remplacer Pair que le tirage de la cheminée doit emporter au-dehors , il ne s’agit plus que de construire sous la forge un petit fourneau d’appel pour échauffer à volonté et plus ou moins la colonne d’air qui se trouve dans la cheminée, Elle devient ainsi plus légère que Pair du dehors et tend à monter, ce qui détermine le tirage. Ce fourneau d'appel sert pour ainsi dire de gouvernail à tout l'appareil. On peut ne Pallumer que lorsque la forge tire mal; mais il vaut

ieux l’allumer tous les jours. Ce fourneau est surmonté d’un tuyau dont on conduit Porifice dans la grande cheminée et a deux mètres au moins au-dessus du plafond de latelier.

Enfin , et pour mieux assurer encore le tirage de la cheminée , on restreint son ouverture à la dimension strictement nécessaire pour que ouvrier puisse y travailler sans trop de gêne. L'expérience prouve qu'en se soumettant à Fobservation exacte des règles qui viennent d’être tracées, on peut mettre l’ouvrier doreur complètement à l’abri des vapeurs mercurielles, qui sont produites par l'opération que nous avons décrite plus haut.

Eh bien ! ces procédés si simples, et que leur intérêt le mieux entendu conseillait également au maître et à l’ouvrier doreur, tous deux y résistèrent, et sans l’intérvention de l'autorité qui n’accorda plus de permission d'établissement qu'aux fabricans qui se soumettaient à construire des ateliers où ils pussent être appliqués, ces perfectionnemens ne se seratent installés qu'avec une extrême difficulté. Aujourd’hui, il n’y a plus d'atelier de dorure qui w’ait sa cheminée isolée, sa forge rétrécie à l’ouverture, son fourneau d’appel et des vasistas. Muis les ouvriers se refusent encore à l'observation attentive des règles prescrites par la science pour l'hygiène de Patelier. J'ai vu plusieurs ateliers de dorure où le fourneau d'appel n’était pas allumé; dans la plupart, les ouvriers ne consentent pas à s’astreindre à fermer les portes et les fenètres, et à né tenir ouverts que les vasistas. Ainsi, les forges tirent mal, ou le courant d’air est incertain et irrégulier. Des contre-courans s'établissent, et les vapeurs acides ou mercurielles sont rejetées dans l'atelier, et y maintiennent encore une grande insalubrité. Les fabricans se plaignent de cet entêtement; mais comme on ne peut douter qu’il ne soit le fruit de l'ignorance de ces ouvriers, pour la plupart extrêmement arriérés, c’est le cas d’une inébranlable sévérité pour les forcer à ne pas se nuire à eux-mêmes, pour sauver leur santé malgré eux. Si les fabricans , pénétrés de leurs devoirs vis-à-vis de ces hommes et de la société, punissaient pendant quelque temps par des amendes au profit de la masse cette fâcheuse négligence, si la petite économie que peut leur procurer le chômage du fourneau d’appel ne leur faisait pas fermer les yeux sur cette incroyable inertie de ouvrier, nul doute qu’en peu de temps l'hygiène des ateliers de dorure ferait de grands progrès.

Mais ils n’en ont pas à faire sous ce point de

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