BRONZES
vue seulement. Il paraît n’exister encore aucune règle précise pour cette fabrication. Telle pièce est mieux dorée et à meilleur prix par tel fabricant, qui demandera au contraire plus qu'aucun de ses confrères et fera moins bien pour un autre objet. Les prix de dorure s’établissent toujours empiriquement et par concurrence entre plusieurs doreurs ; la plus faible demande fixe le prix. Cette demande inférieure est trèssouvent celle du doreur qui a le mieux réussi, et auquel il serait impossible d’ailleurs d’en établir nettement les causes : témoin l'inégalité constante des produits de ce genre de fabrication.
Il est hors de doute que cette inégalité dans les produits n’a d'autre cause que lignorance des fabricans. On peut attribuer sans doute une partie de cé grave inconvénient aux procédés de fonderie, dont nous avons démontré l’imperfection. Mais la plus grande part en doit être rejetée sur les doreurs eux-mêmes.
L’insalubrité notoire de cette profession en a écarté tous les ouvriers intelligens; Paris ne fournit plus aujourd’hui d'ouvriers à la dorure; la presqué totalité, et ils sont à Paris 400, y compris les élèves , vient de la Picardie. Les ou vriers doreurs sont généralement désignés, dans la fabrication des bronzes, par un sobriquet vulgaire qui indique leur infériorité intellectuelle. Nous avons regret à le dire, mais celle des ouvriers est une imdication nécessaire et inévitable de celle des fabricans. À part quelques hommes de mérite , la plupart d’entre eux ne savent de leur art que la partie mécanique, et sont entièrement étrangers aux principes de la chimie et de la métallurgie. Notre franchise paraïtra peut-être trop sévère ; en commençant notre tâche , et en nous imposant le devoir de nous rendre utile au public, nous avons rejeté certains ménagemens qui ne profitent à personne, pas même à ceux qui les invoquent.
C’est quelque chose qui fait peine et qui fait honte, qu’une profession , partie si essentielle d’une industrie de luxe, et dont les produits s’étalent au milieu des joies de l’opulence, soit encore d’une telle insalubrité, que l'intelligence refuse aujourd’hui d’y prendre place. C’est à ce point, qu’il n’existe, pour le salaire, aucune différence entre les ouvriers doreurs; tous, bons ou mauvais, sont à 4 fr. 50 c. par jour, indice certain d’une profession négligée. Là où. la capacité ne peut trouver surcroît de salaire, l'incapacité de tous est constatée.
Un tel état de choses appelle la sollicitude et des fabricans et des hommes éclairés , qui savent comment les industries prospèrent et se déve-
loppent, comment elles finissent par se perdre. La réunion .des fabricans de bronze se renfermera-t-elle encore long-temps dans le cercle étroit sur lequel elle s’est fondée ? Veiller:à ceque les formes-et dessins de-ektacun «de ses membres ne soient pas imités, poursuivre les plagiaires, répandre -quelques charités parmi les ouvriers, tout cela peut présenter son côté honorable et utile ; mais la réumion ne feraitelle pas plus et mieux pour des fabricans et pour les ouvriers, si, par des encouragemens bien calculés , elle donnait à la science la possibilité de se hvrer à des recherches qui ne peuvent avoir autorité que si elles ne sont pas accompagnées: d’expériences coûteuses? [N'y at-il rien à faire pour sortir la profession de la dorure de la voie rétrograde oùelle estengagée ? La fabrique de bronze ne sait-elle pas combien en ce moment elle est pauvre en dessinateurs, en sculpteurs , en fondeurs ? A part trois ou quatre chefs de fabriques, sachant fondre ou tenir le crayon ou le burin, combien d'hommes ou d'ouvriers sont cités dans l'industrie des bronzes ? Quand Cavelier a déssiné, que Eck s’est chargé d’un ornement, Lemelin d’un bas-relief, Honoré d’une fonte , les véritables richesses de cette industrie sont épuisées. Est-ce là une industrie forte et puissante ? Düût ce cri d'alarme étonner et inquiéter les fabricans, nous n’hésitons pas à le faire entendre. Nous ne sommes pas au temps où l’on puisse impunément s'endormir ou s’arrêter. 1/ Angleterre commence à fabriquer du bronze : habile comme elle l’est dans les arts métallurgiques , si elle ne peut nous égaler dans ceux du dessin et de la sculpture, prenons garde qu’elle ne s'empare de toute la fabrication simple et courante qui, après tout, compose encore la plus grande masse des produits de bronze. Elle a déjà pour certains de ses produits un vernis que nous ne savons pas imiter ,. et qui leur assure un débit considérable. Bornera-t-elle là ses progrès sur nous ?
L'industrie des bronzes ne doit rien jusqu'ici qu’à elle-même ; elle s’est créée , Soutenue, développée à travers nos crises et nos ébranlemens politiques, sans droits de douanes, malgré les droits de douanes ; elle emploie des matières dont une partie n’est pas produite par la France, qui sont à l’entrée frappées d’un droit, et, malgré celte cause d’infériorité sur la Russie et l'Angleterre d’où elle tire ses cuivres, elle a jusqu'ici primé et l'Angleterre et la Russie, et n’a jamais réclamé ni restrictions ni prohibitions. Quand une industrie a fait preuve d’une telle vitalité, il faut que, pour périr, elle fasse
bien des fautes; l’industrie des bronzes en a fait; son inertie est fâcheuse et inquiétante. Sans-doute, en examinant ses succès passés, on peut répondre de ceux que lui assureraient de nouveaux efforts ; mais au moins faut-il qu’elle les fasse , «et, nous le mépétons encore , elle n’a plus de temps à perdre, car elle en a perdu beaucoup.
Nos vœux et nos reproches seront compris, nous l’espérons. Les hommes les plus importans de l’industrie des bronzes savent comment on parvient par le travail; c'est par lui seul qu'ils ont conquis leur position ; fils de leurs œuvres, anciens ouvriers, MM. Thomire , Denière, Jeannest, Lerolle, Vallet-Cornier , quelques autres encore, ont déjà donné de grands et d’honorables exemples ; leur mission n’est pas finie ; qu’ils ramènent l'harmonie entre les fabricans, et cherchent à effacer jusqu’à la dernière trace d’une jalousie dont l’action dissolvante se retrouve à chaque pas dans cette industrie. Artistes pour la plupart , les fabricans de bronzes ont en eux beaucoup de cette nature passionnée et irritable, qui accompagne généralement l’ardeur et la fécondité de l’imagination. Cest un obstacle, et il est grand , à leur union , à leur association. Puissent-ils le surmonter ! Ils auront assuré au pays le maintien d’une industrie considérable , et qui peut prendre plus de développemens encore.
On varie sur l’importance du mouvement commercial produit par l’industrie des bronzes. Chaptal, dans son livre de l’Zndustrie francaise, écrit en 1818, lévalua à 35 millions , et le nombre d’ouvriers à 6,000. Les fabricans de bronzes contredirent ces évaluations. Par raison comme par loyauté, ils ne voulurent pas que l'intérêt et l'opinion publique conservassent une idée exa gérée de l’importance du mouvement industriel qui leur était dû ; et ils présentèrent des évaluations qui réduisaient ce mouvement a 18 millions, et à 3,000 le nombre d'ouvriers occupés.
L’honorable et habile fabricant qui nous a particulièrement aidé de ses lumières dans Pétude à laquelle nous nous sommes livré sur ce point , établit des calculs sur une base qui nous paraît devoir laisser peu de prise à l'erreur. II évalue qu’en moyenne, la main-d'œuvre entre pour un quart ou un tiers dans les produits fabriqués en bronze. Or, le nombre des ouvriers est suivant lui de 5,000, dont la main-d'œuvre est moyennement de 4 fr., ce qui ferait 20,000 fr. par jour, et pour trois cents jours, six milhons. Le mouvement commercial de l’industrie des
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bronzes pourrait donc s’évaluer de 18 à 24 millions. Les principaux fabricans sont d’aecord pour lévaluer à 20 millions.
Comment ces produits se répartissent-ils dans l'intérieur et a l'extérieur , ou, en d’autres termes, quelle est la somme de la consommation nationale:et des exportations ? Sur ce point, il y a beaucoup plus d’incertitudes. Quelques fabricans esument que les objets chers , et à la portée seulement des grandes fortunes, composent plus des trois quarts de la production totale, et que la plus forte partie va à l'étranger ; dix millions pour les expor tations leur paraissent un chiffre inférieur à la réalité.
Si nous consultons les états de la douane, nous trouvons dans le dernier document qu’elle a publié, le Tableau du commerce général de la France pour 1832, les indications suivantes :
Exportations pour tous pays, en HÉONZE DORE Tour Le Exportations pour tous pays, en bronze ordinaire, . . . . . 163,606
Total... .280;299. -Kl,
La douane évalue le kil. de bronze doré à 10:fr., et à 5 fr. 50 ce. le kil. de bronze ordinaire. Ces deux évaluations ne sont pas exactes. Le vieux bronze doré, en itraille pendante, se vend dans le commerce à raison de 12 fr. 50 c.; neuf, on ne peut pas le calculer à moins de 30 fr. Quant au bronze-ordinaire, il faut le calculer à 10 fr. Ces chiffres produiraient une somme totale de 3,636,000 fr. pour les exportations de 1832. Or, à cette époque, l’industrie des bronzes subissait encore la crise des événemens de 1830, et une partie de ses débouchés à l'extérieur lui demeurait fermée. 11 paraît à peu près positif qu'en ce moment ces débouchés sont plus que doublés, et qu’ainsi l’on peut admettre sans erreur la sonmne-de 7 à 8 millions comme exprimant le chiffre des relations eommierciales que l’industrie des bronzes nous ouvre à l’étranger.
La consommation intérieure serait donc de 12 à 13 millions; c’est plus que ne l’admettent les principaux fabricans. S'ils sont fondés dans leur opinion, il faut alors, de’toute nécessité, en conclure que le chiffre total-de la production n’est pas, comme ils Pévaluent cependant au minimum, de 20 millions; ou bien , il faut admettre, contre leur opinion générale , que Pindustrie des bronzes a pénétré plus avant dans les petites consommations qu’ils ne le supposent pour la plupart. Telle est notre pensée. Dans Pétat actuel des fortunes en France, il nous
66,693 kil.
paraît impossible qu’une industrie verse pour plusieurs millions de produits dans les hautes classés de la société, sans que les classes moyennes ne participent à ce mouvément et ne P'augmentent du double ou du triple. Les prin cipaux fabricans, particulièrement occupés en produits de premier ordre, inclinent naturelle. ment à penser que c’est là le fort de l’industrie, ét ne üennent peut-être pas assez dé compte des produits de petits fabricans qui, réunis, doi vent dépasser les leurs.
Nous avons dit que le nombre total des ouvriérs occupés dans la fabrication des bronzes était de 5,000; ils se divisent comme il suit :
Gunniets fondenes "sua: 600
Ouvriers doreurs, y compris les SR one nero Von io 400
Tourneurs, y compris les-élèves,. . 700
Ciseleurs, monteurs, ajusteurs, y compiis les élèves. un ....12,900 Sculpteurs, modeleurs , marbriers, vernisseurs et metteurs au vert anti- BOL tonne = ci Aloe Note Homimes.de peine, … 5 ptite»