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Sur ce nombre total d'ouvriers, il paraît qu’il n’y en a guère que moitié qui soient occupés dans les ateliers. Le reste travaille en chambre. Cela existe surtout pour'les ciseleurs. Deux où trois cents parmi eux ont des étaux et des ouüls, et donnent ainsi à travailler à ceux des ouvriers de la même profession qui sont dépourvus: d’instrumens de travail! Ces ôuvriers s’appellent /aconniers. C’est quelque chose d'ana: logue aux mutuellistes de Lyon. Hs travaillentä la pièce pour le fabricant, et font exécuter chez eux à la journée. Comme le capital nécessaire pour fonder un atelier de faconnage est peu cONSIdérable, le /aconnier n'a point paini les ciseleurs Fimportance que le mutuelliste a parmi les ouvriers en soie, On devient faronnier avec quelques économies; la plus légère perte fait redevenir s ju vs ouvrier ; Cest ce que les ciseleurs appellent faire Z& planche. Les faconnters W’ont aucune organisation entre eux.
On concoit'toutéfois que, pour pet que les cireonstances Île favorisent, et qu'ily apporte de Pesprit de conduite’et du‘talent, le'/zconnter peut parvenir à fonder une petite fabrique ; ‘et travailler pour cette partie du public qui recherche le bronze pour sa solidité, pour sa du r'ée , pour sa couleur même, et ne peut apprécier, et n'apprécie pas en effet, la délicatesse
des formes, la qualité du métal, le fini de la ciselure
Un examen rapide des objets de bronze exposés à la vente dans les magasins de second ordre et dans les boutiques, suffit pour se convaincre que le bronze est entré aujourd’hui dans les consommatious habituelles de la classe moyenne. On ne produirait pas des choses si imparfaites sous le rapport du dessin, du modelé et de la ciselure, s’il n’existait pas une grande masse de consommateurs qui recherche avant tout la solidité et le bon marché. Nous persistons donc à penser que la consommation intérieure en bronzes est supérieure aux exportations, et que ce genre de produits devient plus populaire que ne le croient les principaux fabricans. Ce doit être pour eux, ce nous semble, un grand motif d'encouragement, et en tout cas, c’est certainement vers ce but que doivent tendre aujourd’hui leurs efforts. Les plus larges chances de fortune sont dans les grands marchés ; celui que la classe moyenne offre aujourd’hui aux industries des beaux-arts est, pour ainsi dire, sans limites ; que les grands fabricans ne se laissent pas décourager par Pignorance que montre généralement ce genre de consommateurs en matière de goût. L'industrie des bronzes peut, nous l’avons prouvé, arriver au bon marché par le perfectionnement des procédés de fonderie et de moulage ; qu’elle entre avec énergie et persévérance dans cetle voie nouvelle ; une carrière sans bornes est devant elle.
Nous avons donné tout à l'heure quelques détails sur les ouvriers ciseleurs ; reprenons cette partie de nos études sur l’industrie des bronzes.
Voici les prix de main-d'œuvre aujourd’hui payés aux ouvriers :
Ciseleurs, de 3 fr. à 5 fr.; fondeurs, de 3 fr. à 6 fr., tourneurs et monteurs , de 4 fr. à 5 fr. Nous avons dit que les ouvriers doreurs avaient tous, bons ou mauvais, 4 fr. 50 c. ; les passeurs au mat ont de 6 à 8 fr.; les brunisseurs ont de 4 fr. 50 c. à 5 fr.
À part les ciseleurs , qui sont souvent à la pièce, soit comme /aconniers , soit même quelquefois dans l'atelier du fabricant, les autres ouvriers sont toujours à la Journée. Sous le point de vue de la moralité, les ouvriers doreurs sont mis au dernier rang ; puis les fondeurs, les tourneurs , les ciseleurs et les monteurs; c’est parmi ces derniers que l’on compte le plus de déposans à la caisse d'épargne. Il se rencontre
ici ce dont nous t'ouverons la confirmation à mesure que nous pénétrerons plus avant dans les secrets de l’industrie. La moralité des ouvrièrs est en proportion de l'intelligence nécessaire à leurs travaux, ou de la fatigue qu'ils imposent. L’insalubrité des ateliers des doreurs, la fatigue extrême du travail de la fonderie, font contracter aux ouvriers de ces professions des habitudes et un régime pernicieux ; ils s’étourdissent dans les plaisirs, consomment beaucoup de liqueurs fortes, et accélèrent ainsi le moment où leur manqueront tout à la fois la force et l'intelligence nécessaires pour leur travail et leur existence.
On remarque cependant depuis plusieurs années une grande amélioration sous ce point de vue parmi les ouvriers fondeurs. Avant la Révolution, le métier de fondeur se transmettait héréditairement. Cette tradition s’était conservée sous l'Empire ; il en résultait que les enfans contractaient de bonne heure les vices de leurs pères. L’ouvrier fondeur ne quittait jamais le travail pour aller boire sans que son fils laccompagnäat, et il n’était pas rare de voir l'ivresse de l'enfant précéder celle du père, dont la brutale et aveugle tendresse croyait un tel noviciat lindispensable complément de lapprentissage de son fils. Dans les premières années de la Restauration, beaucoup de soldats que la paix laissait inactifs offrirent leurs bras à l'industrie ; celle des bronzes manquait d’ouvriers , et ne pouvait plus suffire aux demandes suscitées par l’aisance et le besoin de bien-être que la paix porte toujours avec elle, Ces nouveaux et utiles auxiliaires furent donc reçus avec empressement par les fabricans de bronze. De tels hommes étaient plus propres que d’autres à briser les traditious dont jusq alors les ouvriers fondeurs s’étaient montrés les jaloux et obstinés défenseurs ; peut-être ne fallait-il rien moins que des grognards pour détruire l’hérédité dans la profession de la fonderie, Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’ils y mirent un terme, et ce ne fut pas leur seul mérite. Disciplinés , économes , ils apportèrent une moralité nouvelle en même tempe qu’un principe nouveau dans les ateliers; et si aujourd’hui cette profession ne se montre pas encore l’égale des autres , le tort en doit être imputé à ce qui y reste d'hommes élevés sous l'empire de l’hérédité.
On ne cite pas d’exemples de coalition grave parmi les ouvriers dans l’industrie des bronzes. Il y a deux ans, une réunion eut lieu parmi les ouvriers fondeurs, au sujet d’une contestation avec quelques fabricans; la Cour royale renvoya les ou-
vriers de la plainte portée contre eux, se fo dant sur ce que les fabricans s’élaient réunis et coalisés pour agir sur les salaires. Les ouvriers doreurs ont obtenu une diminution de deux heures dans le travail de la journée : ils ne travaillent plus que dix heures; ceux des autres professions dans la même industrie, douze. En 1831, il yeut un mouvement parmi les ouvriers ciseleurs; il était déterminé par labaissement du prix de leur journée , causé par l’absence de travail dans la plupart des ateliers. Cette réduction dans leur salaire subsistait encore après que le travail avait repris quelque développement. Leurs plaintes furent immédiatement écoutées , grâce à l’intervention de quelques fabricans qui, pendant la crise subie par l'industrie des bronzes , comme par toutes les autres, en 1831, n'avaient pas baissé le taux des journées dans leurs ateliers.
Mais si, à cet égard, l’industrie des bronzes a été plus favorisée que quelque autres ,il est un point sur lequel elle est inférieure à certaines industries, même moins importantes. Dans beaucoup de professions, la menuiserie, la charpente, par exemple, l’ouvrier n’a pas seulement besoin d’une certaine instruction , il trouve encore certaines facilités pour s’instruire; dans l'industrie des bronzes , l’ouvrier n’est aucunement préparé à son noviclat; ainsi, il n'existe pas d’école de dessin pour le ciseleur, et c’est en apprenant à tenir le ciseau et le burin, que ses yeux s’accoutument aux formes, et que son esprit en recoit plus ou moins la notion, Un tel mode d'instruction n’est certes pas propre à faire naître ou à développer le sentiment du beau ; aussi, quand nous faisions remarquer que la ciselure était une des parties les plus coûteuses de l’industrie des bronzes, aurions-nous dû ajouter que, si cette nature de dépense est pour la plus grande part causée par limperfection de la fonte, ilen faut bien attribuer quelque chose à l'ignorance de louvrier ciseleur. Un coup de ciseau donné sans goût est toujours aussi coûteux, et souvent plus, que le même travail, dirigé par le sentiment de la forme et du beau.
Quel remède à un tel état de choses ? Sans parler de ce que pourrait faire le gouvernement, nous croyons que la réunion des fabricans de bronzes pourrait y apporter de grandes améliorations. Nous avons déjà cité cette réunion ; c’est ici le lieu de la faire connaître avec plas de détails ; cette digression nous fournira d’ailleurs Poccasion de mentionner un des faits les plus essentiels de l’industrie des bronzes.
Dans les dernières années de l'Empire, et
dans les premières années de la Restauration, une industrie frauduleuse s’était implantée sur ’industrie des bronzes. On l’appelait le pillage des modèles. Ce mot n’était pas plus sévère que cette industrie parasite n’était coupable. Elle consistait, pour celui qui l’exercait, à acheter un objet en bronze, du moment qu’il voyait la faveur publique s’y attacher, à le démonter, à le contre-mouler , et à en fabriquer ainsi en grand nombre. Les frais de modèle, soit que le fabricant invente le sujet et le fasse dessiner et modeler sous ses yeux, soit qu’il achète un sujet d’un artiste, d’un sculpteur, sont toujours considérables et de beaucoup supérieurs , on le conçoit facilement , à ceux du contre-moulage sur un objet terminé. Le pillage des bronzes prenait donc une grande extension. On y mit enfin tant d’audace que plusieurs fabricans, se sentant hors d'état de soutenir plus longtemps une lutte aussi désavantageuse , résolurent de s'adresser à la justice. Plainte fut rendue par eux contre les contrefacteurs, et la police correctionnelle fut saisie.
Le 18 janvier 1818, le jugement de première instance fut rendu. Se fondant sur les art. 425 et 427 du Code pénal, sur la loi du 19 juillet 1793, relative aux droits et propriété des auteurs, le tribunal prononça la condamnation des contrefacteurs.
Comme indication du goût dominant de l’époque , notons ici que les plaintes portaient particulièrement sur les contrefacons de quatre pendules appelées le Lours XIV, l'Amour vainqueur, le Duo de Troubadours, et l'Amour et la Fidélité.
Le jugement,'attaqué par les contrefacteurs, fut confirmé en appel le 22 juin 1818.
Ce procès , bien qu’il fût dans lintérêt général des fabricans de bronze , avait été suivi seulement par quelques-uns d’entre eux qui en avaient supporté les frais en commun. Ce premier noyau d’association , une fois le procès gagné, sentit la nécessité.de s'étendre. En conséquence, des statuts furent proposés à l’acceptation des fabricans , et adoptés par un trèsgrand nombre d’entre eux, dans les mois d’octobre et de novembre 1818. L'objet principal de ces statuts est de former, au moyen d’une cotisation annuelle, un fonds commun destiné à suivre les procès des divers membres de la réunion , contre les pillages de modèles. Ces procès doivent être suivis par des délégués constitués par la réunion et nommés par elle à la majorité.
A côté des dispositions prises par les statuts,
la sagesse des fondateurs de cette réunion en a introduit une autre bien plus générale , et qui, ainsi que nous l'ont confirmé toutes nos recherches près des fabricans , à déjà porté des fruits. L'article 20 de ces statuts est amsi concu :
« Les difficultés qui pourront s'élever entre
les membres de la réunion , pour objets con-
cernant leur profession , seront soumises à la médiation des délégués, avant toute démarche, plainte ou poursuite judiciaire, »
Voilà donc un tribunal arbitral composé par élection, dans l'industrie des bronzes, Si Pincroyable et amère jalousie qui divise ses principaux membres n’a pas porté plus de tort à cette industrie, il faut, sans aucun doute, l'attribuer à cette sage etféconde disposition. Le tribunalar bitralélectif et choisi parmiles hommes de la même profession , pour juger les différends antérieurs de cette profession, est’ sans aucun doute: une des bases de l’organisation industrielle vers laquelle nous marchons, et qu’appellent les vœux les plus ardens dés hommes qui sentent qu'à l’industrie et aux beaux-arts appartient toute puissance de paix et de civilisation, quand une organisation morale y dominera. 4
Maintenant, ces délégués, ces arbitres électifs, borneront:ls leur mission à empêcher la fraude, à réprimer la discorde entre les membres de la réunion ? Au lien d’attendre le mal pour y porter remède, ne chercherontils pas à le prévenir ? Cette réunion formée entre fabricans, pour la défense et le maintien des intérêts des fabricans, ne sentira-t-elle-pas .que le plus précieux de ces intérêts, c’est instruction des ouvriers ? Combien la réunion:des fabricans de bronzes ne s’honorerait-elle-pas plus par la fondation d’une école de chimie pour les fondeurs, de mécanique pour les monteurs, de dessin pour les ciseleurs, que par quelques charités répandues parmi Les ouvriers nécessiteux
Abordons maintenant la revue des produits que l'industrie des bronzes a sounus cette année au jugement du public.
Au-moment où nous:écrivons (15 mai), cette exhibiion n’est pas complète encore. M. Denière n’aura pas présenté, avanL la fin du mois, une psyché à troisiglaces, et à ornemens en bronze doré, malachite et lapis, qui, nous le croyons, ättirera plus vivement encore l'atter:tion publique qu'aucun des objets exposés jusqu'ici. Telle‘est, du moins, Fimpression que nous avons recue de la vue du dessin -quiestidû à M. Cavélier. M. Dénière, en nous conduisant
chez cet habile et modeste artiste, s'est plu à nous faire connaître les services importans et déjà anciens que M. Cavelier a rendus à l’industrie des bronzes. L’ordonnance du Roi, relative à l'Exposition des produits de Ÿ mdustrie, enJoint au jury de rechercher les artistes ou les ouvriers dont les productions ne peuvent être directement exposées par eux, mais qui ont puissammentcontribué aux progrès d’une branche de travail. Nous n’hésitons pas à signaler M. Cavelier comme un des hommes qui ont le plus de droit à ce genre de distinction, et c’est ici l’opinion des principaux fabricans de bronzes que nous exprimons,.
Lorsque l’exhibition de M. Denière sera complète, elle se composera de quarante-une pièces, d’une valeur de près de 150,000 fr. M. Denière, honoré des premières distinctions à l'Exposiüon de 1827, membre de la Légion.-d’Honneur, appelé au Conseil des manufactures, n’avait pas deux partis à prendre à l'Exposition de 1834 ; il devait ne pas paraître à ce concours, ou:s’y maintenir à la place qu’il avait conquise. C’est le secondparti qu'il a adopté; nous ne comprenons pas que quelques hommes. trou:
vent le courage de blâmer d'aussi honorables efforts, qui ont donné du travail à tant d’ouvriers, eb qui attestent, à la fois, l'importance des rélations d’une fabrique française, ét la confiance de son:chef dans le bon goût du public.
Nous avons déjà signalé un des mérites principaux, à nos yeux du moins, des produits de M. Denière ; c’est l'excellence de la fonte. Ajoutons que cette exhibition offre la réunion detoutes les écoles, grecque, romaine, Renaissance, Louis XIV , Rocaille, et que cette variété de styles’ a.su s'affranchir cependant de la confusion des genres. Dans chaquepièce, il y a unité de style et de composition. Nousciterons, comme des modèles en ce genre, la grande lampe bronzée à vingt-quatre lumières ; le-surtout en ornemerit au mat, de neuf pieds et demi de long; Ja table aux griffons, la table rocaille (PL. IV — 1); le vase étwusqne:et le vase médicis (PL. IV — 1), et la table aux enfans (Ps. V— 2). Noûus croyons toutefois qu’il y a une faute de style dans les vases: les anses sont en demi-besse; les ornemens ne devaient pas être en applique.
Cette légère faute, M. Lerolle la évitée dans un vase médicis, entouré de guirlandes en demibosse, et qui, comme: dessin-et comme:exécution, nous paraît ashevé. D’autres produits de M. Lerolle ont d’aillcurs fixé bien plus vivement l'attention publique.