BRONZES
(Pc. V—1), pour que le reste de son EXposition: m'en ait pas un peu souffert. Ce temple fixe toujours l'attention , et sauf l'admiration aveugle qu'une partie du publie accorde à la grandeur des-dimensions, et dont M. Thomire n'est pas autrement flattésans doute, il obtient des: connaisseurs les éloges. qu’il mérite réellement pour les difficultés d'exécution et d’ajustement. Nous ne parlons paside la composition ; si elle n’a pas de défauts , elle est aussi sans beautés. Personne ne songera sans doute à en faire un reproche à M. Thomire, Quelle inspiration un si habile artiste pouvaital puiser dans un pareil sujet ? Un temple pour Pempereur de Russie !
Dans les autres pièces de l’exposition de M Thomire, on remarque le surtout que le public appelle le surtout des feuilles de vigne. Est-ce Rà un travail de bon goût ? Nous en doutons. M. Odiot vient de limiter cependant , ou du moins de produire en orfévrerie un travail d’un genre tout-à-fait analogue ; nous croyons que, dans l’un comme dans l’autre, les deux arüstes ont méconnu le caractère du métal qu’ils travaillent d’ailleurs avec tant de talent. À part cette observation , on retrouve dans ce surtout de M. Thomire toute la richesse et la grâce d'imagination de ce vieillard si vert encore, et qui, suivant l'éloge si bien mérité d’un de ses confrères et émules, fait respirer le bronze sous ses doigts. Comme ouvrier, comme artiste, comme fabricant , la vie de M. Thomire est une des plus honorables, des plus utiles que nous connaissions.
Nous avons déjà parlé de lexposition de MM. Richardet Quesnel, fondeurs ; il nous reste à mentionner le masque de Napoléon mort, d’après le plâtre d’Antomarchi. Quelle expression de tristesse règne encore sur cette tête que la vie vient de quitter! Peut-être nous trompons-nous , mais les dernières pensées de celui dont la figure prit cette dernière expression durent être moins calmes que les derniers mots qu'il fit entendre. Comme exécution de bronze, ce masque présente d’ailleurs , et au même degré, les mérites que nous avons signalés dans les produits de MM. Richard et Quesnel.
Nous avons déjà dit quelques mots aussi sur MM. Soyez, Ingé et C°. Leur exhibition se compose particulièrement d'objets d'art. Nous avons cité le buste du Roi pour le critiquer, la Madelaine pour la louer. Nous n’accorderons à la statue de l'Empereur, d’après Seurre, ni éloge, ni blâme. Comme fonte, elle est assez belle ; comme sculpture , elle est inférieure
à la statue placée sur la colonne Vendôme.
: Dans l’exhibition de M. Ledure, on critique, et avec raison, un surtout qui date de plusieurs années, et qui, comme dessin et comme exécution, est très-inférieur à tous les produits du même fabricant. La pendule style Renaissance, des candelabres (P£. IV — 2), quelques autres pièces de M. Ledure sont d’une perfection remarquable de dessin et de travail, et prouvent que ce fabricant n’a exposé son surtout que pour la vente, et non pour lui obtenir les suffrages du jury et des connaisseurs.
M. Jeannest expose des vases médicis et une coupe d’un travail achevé, Sa bacchante, au galop-sur un bouc, éünceile de vivacité et d’esprit ; c’est aussi un ouvrage très-remarquable de ciselure, Comme ouvrage de fonte, les trois Grâces, d’après Pradier , sontégalement dignes d’éloges. Mais combien , dans ce groupe de feinmes nues, il y a peu de cette voluptueuse décence que les anciens savaient donner à ce genre de composition ! :
M. Delafontaine a une exhibition mi-partie d'objets destinés au bâtiment, espagnolettes, chapiteaux, grilles, frises et cheminées; miparue d'objets d’art, et particulièrement des copies de l'antique. C’est quelque chose de remarquable que cette réunion de deux genres si opposés dans la même exhibition. M. Delafontaine ÿ fait preuve d’un double talent, et l'on comprend, en examinant ses produits , la préférence qu'il obtient des architectes pour les décorations qui font partie des constructions dont le soin leur est confié.
M. Vallet-Cornier se renferme aussi dans un genre spécial : les feus et les ornemens en applique pour appartemens et pour meubles.
Ces produits ont toute la perfection que comportent leur genre et la nécessité de les tenir à bon marché pour en assurer le débit. Sous ce point de vue, M. Vallet-Cornier nous paraît devoir fixer particulièrement l'attention de tous les hommes qui désirent vivement la prospérité de cette belle industrie des bronzes.
Ce serait ici le lieu de parler des lustres, mélange de bronze et de cristal, dontil semble que l’on pourrait tirer si grand parti. M. Chaumont en expose un dont la dimension fixe l’attention; nous avons entendu beaucoup louer et blâmer vivement ce lustre. Il s’y trouve des détails véritablement gracieux et nouveaux ; mais on les découvre difficilement au milieu de dispositions si surchargées et si bizarres, que nous avons eu peine à y reconnaître l'artiste qui tant de fois a donné des preuves de bon
goût. Le haut du lustre, saule-pleureur en cristal, est évidemment trop lourd ; l'air n’y circule pas. La galerie inférieure, composée d’anges qui soutiennent des candelabres, est rebattue comme idée, et tout-à-fait inférieure comme travail. Quant aux cornes d’abondance qui projettent leurs fleurs de cristal avec étamines de bronze, c’est une heureuse idée complètement gâtée par l'exécution.
Nous n'avons rien à dire des lustres de M. Galle, si ce n’est que l’on devait attendre autre chose du goût et du talent du fabricant qui les expose.
En terminant ici, nous ne mentionnons pas tous les exposans en bronzes, Mais les produits de ceux dont nous ne parlons pas, nous ont paru ne rien offrir de spécial ou de parüculièrement remarquable,
En somme, quinze exposans seulement représentent l’industrie des bronzes, répartie à Paris entre plus de deux cents ateliers. C’est une preuve nouvelle que cette industrie incline plus aux consommations moyennes , aux produits à bon marché, qu’on ne le pense généralement.
Presque rien en ce genre ne se présente à l'Exposition ; c’est un malheur et un tort, Espérons qu’à la prochaine Exposition , cette lacune sera comblée, et que nous verrons paraitre des produits à bas prix, obtenus, non par l’imperfection du travail, par Paltération du métal, mais par l'amélioration des procédés, et par un sentiment plus général du simple et du beau.