HENRI IV, — SULLY
Avant ces deux grands hommes, on peut trouver dans notre histoire quelques rares édits, quelques mesures éparses , inspirés par un sentiment juste et désintéressé des besoins et de Putilité de l’industrie. On peut, entre autres, rappeler de Louis XI ses efforts pour développer les manufactures et le commerce. Mais, dans notre histoire, Henri IV et Sully devront conserver limmortel honneur d’avoir les premiers érigé en maxime de gouvernement, la nécessité d’encourager l’industrie, le commerce, l’agriculture. Quelques divergences dans leurs vues existaient cependant entre eux sur ce point.
« Labourage et pâturage sont les deux ma-
melles de l'Etat, » disait ke ministre, et-dans ce peu de mots il résumait sa doctrine économique; mais celle de Henri IV était plus large; autant que Suliy, il aimait l’agriculture : ses vœux pour elle sont dans la mémoire du pauvre; mais en même temps, el plus que Sully, il pressentait l'avenir et lPimportance de Vindustrie ; il comprenait que le moment était venu où elle allait ouvrir une source nouvelle, mais inépuisable, de prospérité pour le royaume :
aussi était-il surtout préoccupé de la pensée de lui rendre ses premiers pas faciles. El n’y épargnait pas la dépense, et ainsi il avait à combattre doublement son compére'et ami, admirateur un peu exclusif de l’agriculture, administrateur rigide des deniers de V'État. Henri, facile à céder sur certaines dépenses, savait que l'argent semé pour l'industrie est rendu par elle au centuple, et sur ce point 1l restait le maître, Vingt mille mûriers étaient plantés à ses frais dans ses jardins des Tuileries.et de Fontainebleau. Olivier de Serres recevait de lui mission d’enseigner les avantages de la culture et de la fabrication de la soie. Il rendait des actes pour encourager l'exploitation des mines ; il dotait la France de manufactures de tapis , facon de Perse, des tas pisseries de haute-lice, des glaces à la facon de Venise. Enfin, il prêtait tout son appui à l’une des œuvres qui font le plus d'honneur au génie français , le canal de Briare, premier canal à point de partage conçu et exécuté en France, non pas sous son règne trop tôt fini, mais sous celui de son fils. Dans l’édit de concession du canal de Briare, Louis XIIL s'exprime ainsi : « Le défunt roi notre très-honoré seigneur et père, que Dieu absolve, a jugé ce canal un ouvrage très-utile pour le public, et une entreprise digne de son soin. »
Le règne de Louis XIII ne vit pas continuer à l’industrie les encouragemens dont Henri IV avait entouré ses premiers essais. D’autres pensées agitaient Richelieu , et la noblesse, qui lui disputait les fables volontés du monarque.
Le canal de Briare fut à peu près Ja seule partie respectée de l'héritage que Henri avait légué à son successeur pour le développement de l’industrie nationale : encore la France en fut-elle redevable non au gouvernement, mais à deux citoyens, hommes de résolution et de capacité, Guyon et Boutheroue , qui exécutèrent le canal à leurs frais et fournirent ainsi le premier exemple, si peu suivi depuis par la France, si heureusement imité par lAngleterre, de grandes entreprises de travaux
publics conduites par desparticuliers , à leurs risques et périls, et moyennant concession perpétuelle d’un péage.