CHAPITRE IV
L'art de la verrerie et celui de la cristallerie sont d’une grande importance, soit par. la nature de leurs: produits: et des besoins auxquels ces produits satisfont, ‘soit par lextension de leurs débouchés. et les progrès constans de ce genre de.consommation , soit enfin par leurs
| procédés, qui offrent matière à une: étude aussi | intéressante qu'insiructive. Notre intention tou:
tefois n’est pas d’entxer pour cette industrie
| dans les détails que nous avons cru nécessaires
pour celles, qui précèdent, Dans ceux, par exemple, que nons avons donnés pour les poteries , faïences et porcelaines , il s'agissait. pour nous de guider les consommateurs.à travers une nomenclature embarrassée, et de les dégager:des pièges de la spéculation. Cette classification, des divers produits des arts céramiques, nous me pouvions Pétablir que par d’assez longs détails sur les procédés de fabrication ; pour le verre et les cristaux, nous ne sommes évidemment pas soumis à la même condition. Quelques détails généraux sur ces deux industries pourront suffire
ici pour l'intelligence des indications que nous avons à donner aux consommateurs et du jugement que nous avons à porter. L'étude à peu près entière de’ cette grande industrie se trouvera ainsi renvoyée à la seconde série.
Nous avons dit, en traitant de la porcelaine, que ce qui la différenciait des faïences et poteries, c’est que, un alcali, la potasse, entrant dans la composition de sa pâte avec la silice et ’alumine, elle participait de la nature des corps vitreux. Le verre est, en effet, composé principalement de silice et de potasse ou de soude ; cette combinaison, soumise à l’action d’un feu vif et continu , forme une masse liquide, qui se raffermit à l’air froid, et jouit d’une translucidité complète, lorsque les matières qui la composent sont bien pures.
Voici les compositions ordinaires des verres qui forment l’objet des consommations les plus générales :
Verres à bouteilles des qualités les plus communes :
Sable commun, blanc ou
jaune. 100 parties.
Soude de vareck. 30 à 40 Charrées. : 160 à 170 Cendres neuves. 30 à 40 Argile jaune ou terre à bri-
que. 80 à 100 Cassons de bouteilles, à vo-
lonté, et communément. 100
On appelle charrées les résidus du lessivage soit de la soude, soit des cendres ordinaires. Quantaux cendres, on sait généralement qu’en les lessivant, on en obtient des sels alcalins, carbonates, nitrates, hydrochlorates de potasse et de soude; c’est par là qu’elles sont propres au blanchiment. La couleur verte qu’ a généralement le verre, dont nous venons de donner la composition, tient à l’oxide de fer qui est contenu dans plusieurs des matières employées.
On obtient un verre à bouteilles plus blanc et plus fin de la composition suivante :
Sable. 100 parties.
Soude brute de vareck. 200
Cendres neuves. 50
Cassons de bouteilles, à volonté, et communément.
Dans la plupart des verreries, la gobeletterie blanche s’obtient par la composition suivante :
Sable blanc. 100 Potasse du commerce, suivant
qu’elle contient plus ou moins
de carbonate de potasse. 50 à 65
Chaux éteinte à l'air et en poudre. 6'a 12
Rognures de verre. 10 à 100
On ajoute à cette composition !/4 à :/, p. 4 d’oxide de manganèse, quand Ja matière vitreuse n'offre pas la blancheur nécessaire.
Les glaces communes, propres à faire des | plateaux d'électricité, des portières de voitures, de la gobeletterie demi - blanche , S’obtiennent par la composition suivante :
Sable.
Soude brute d’Alicante, de
100 parties.
première qualité, réduite en
poudre. 100 Rognures ou calcin. 100 Oxide de manganèse. 0,5a1
Les glaces de Saint-Gobin sont composées comme il suit :
Sable blanc. 100 parties.
Chaux éteinte à l'air. 12 Sel de soude calciné, contenant 11 p. °/, d'acide carbo-
nique. 45 à 48 Calcin ou rognures de verre
de la même qualité que les D
glaces. 100
Quand il reste dans les matières des parties charbonneuses qui donnent au verre une teinte pâle tirant au jaune, on ajoute 0,25 d’oxide de manganèse, Il paraît que l'addition de l’oxide de manganèse a pour objet de détruire la teinte verte que donne l’oxide de fer, dont les matières employées ne sont pas toujours exemptes. En effet, la teinte rouge-violette qui provient de l’oxide de manganèse forme, en se mêlant avec la précédente, une teinte d’un blanc sale, pourvu qu'aucun des deux oxides ne domine.
Enfin le cristal est composé des matières suivantes :
Sable blanc. 100 parties.
Oxide rouge de plomb (mi-
nium). 80,2 95 Potasse calcinée ct un peu
aérée. 3 à 40 Nitre de première cuite. 2.313 Oxide de manzanèse. 0,06
On voit quece qui différencie lecristaldu verre, c’est l'addition de plus d’un tiers de son poids en minium. C’est à cet oxide que le cristal doit | sa pesanteur qui suffirait seule à le distinguer du verre, si d’ailleurs le ton et la fermeté de sa composition ne lui donnaient pas une apparence très-différente et fort supérieure, On sait aussi
que le cristal peut se tailler, et que le verre ne le peut pas.
L'invention du verre remonte aux temps les plus reculés. La tradition lattribue à des navigateurs qui, faisant cuire leur repas sur le bord de la mer , aperçurent autour du feu des masses coagulées, dont la dureté et la transludicité fixerent vivement leur attention; c’était du verre, produit par la calcination du sable des bords de la mer, qui est toujours imprégné de matières alcalines. Cette anecdote n’est peut-être pas vraie, mais elle exprime un fait qui nous paraît incontestable, savoir, que la découverte du verre est due au hasard. L’ignorance des anciens en tout ce qui tenait aux arts chimiques ne permet pas de doute à cet égard.
Il n’en a pas été tout-à-fait ainsi du cristal. La science a été pour moitié dans sa découverte. Elle est due à l'Angleterre.
Les fabricans de ce pays, voulant opérer la fusion des matières au moyen de la houille, s’aperçurent que la fumée, chargée de particules charbonneuses que produit toujours ce combusüble, donnait au verre une teinte sombre qui devait le faire repousser de toutes les consommations. Ils pensèrent que cet inconvénient pourrait être évité en faisant fondre dans des creusets ou pots fermés ; mais, comme alors la chaleur ne pouvait plus pénétrer aussi intense dans l’intérieur du creuset, ils sentirent qu’il fallait faciliter la fusion des matières, en en variant un peu la composition, et, après plusieurs essais, ils songèrent au minium. Le résultat dépassa toutes leurs espérances ; et, après avoir varié les proportions de ce mélange qui leur offrait une matière si supérieure au verre, ils arrivèrent aux proportions que nous avons données tout à heure, et l’industrie de la cristallerie se trouva ainsi fondée.
Depuis ce temps, les Anglais sont demeurés supérieurs pour la fabrication du cristal. On n’est pas d'accord sur les causes de cette supériorité. Elle ne paraît pas tenir au mode de fusion ; il est plus probable qu'il faut lattribuer à la pureté du plomb qu’ils emploient. On sait combien la France est pauvre sous ce rapport. Tous les ans, il faut qu’elle ajoute aux produits de ses mines de plomb, 15 à 16 millions de kilogrammes de ce métal, particulièrement tiré d'Espagne. Il paraît que l’Angleterre ayant une consommation de plomb plus forte que la nôtre, peut ainsi obtenir les qualités supérieures. Ceci n’est au reste qu’une conjecture,
Une autre différence encore existe entre le cristal et le verre : c’est que celui-ci peut se com-
Eu Ne :
poser avec de la potasse ou avec de la soude, tandis que l’on a inutilement tenté de faire en trer de la soude dans la composition du cristal. Elle donne à la matière une teinte verte qu’on ne peul parvenir à faire entièrement disparaître. Dans les plus belles glaces même, cette couleur paraît d’une manière sensible, lorsque leur épaisseur est un peu forte, et l’on peut s’assurer de la couleur verdâtre des glaces qui semblent du plus beau teint, en présentant devant elles une feuille de papier d’un blanc bien décidé, L'image réfléchie perd évidemment de sa blancheur. ñ
Nous allons maintenant entrer dans l'examen des différens produits que l’art de la verrerie présente à l'Exposition ; nous ferons cette étude dans l’ordre suivant : verres à vitre et à boue teille; glaces ; cristaux; peinture sur verre, flintglass ; verroterie.
Verres à vitre et à bouteille. —Le verre à vitre se fabriquait autrefois par un procédé tout diffé. rent de celui qui est employé aujourd’hui. Nous avons dit que le propre du verre était de se liquéfier sous l’action d’un feu vif et continu : et de se raffermir en perdant sa chaleur. C’est sur ce principe qu’est fondée toute la fabrication du verre, Mais on ne l’applique pas au jourd’hui comme autrefois.
Autrefois l’onvrier verrier, lorsqu'il voyait que les matières contenues dans le creuset de fusion, et soumises dans le four à une haute température, présentaient les caractères d’une fusion bien complète, en prenait, ou, en termes d'art, en cueillait dans le creuset une petite quantité, au moyen d’une canne creuse en fer ; puis, en soufflant dans sa canne, il convertissait la masse de verre en une sphère creuse; alors il imprimait à sa canne-un mouvement de rotation sur elle-même, aussi rapide et régulier que possible ; la sphère éclatait à lPextrémité opposée au centre de rotation, et la matière se déployait en une nappe plane et circulaire, perpendiculaire à la canne, et au centre de l2e quelle restait un noyau plus ou moins épais.
C'était dans cette surface qu’on découpait ensuite des verres à vitre, d’où résultait la perte d’une assez grande quantité de matière, Le centre particulièrement ne pouvait être employé, et on le rejetait dans les creuséets. Cependant il y avait quelques verreries qui mettaient dans la consommation cette partie même du verre à vitre. On trouve encore dans beaucoup de villages de France, et aux croisées des chaumières x
quelques vitres qui proviennent de ce genre de fabrication, et au milieu desquelles est le noyau, généralement si épais qu’il n’a plus aucune trans-
lucidité.
Aujourd’hui, ce procédé est tout-à-fait abandonné. Après que lFouvrier a eueilli la matière avec sa canne , et l’a transformée en une sphère creuse, il prend la canne par l'extrémité qu’il vient d'appliquer à sa bouche, et lui imprime un mouvement de rotation, mais dans un sens tout opposé à celui du premier procédé. Dans celui-ci, nous avons vu que: la canne tournait sur elle-même, de manière que le verre s’alongeât en une surface perpendiculaire à la canne. Dans le nouveau procédé, au contraire, la canne fait la rome, le centre du mouvement étant à l'extrémité par où souffle Pouvrier, et la circonférence étant décrite par la sphère creuse du verre. La sphère soumise à ce mouvement s’alonge en cylindre, et dans le sens de la canne à laquelle elle reste attachée par un noyau alongé. et creux. Dans ce mouvement de rotation, elle prend. un certain degré de raffermissement ; l’ouvrier la présente à la chaleur du four, toujours attachée à la canne ; il la ramollit de nouveau, et peut ainsi, après Pavoir sortie du tour, lui donner une nouvelle extension en la soumettant encore à un rapide mouvement de rotation. Lorsque.la dimension voulue est atteinte, par la simple application d’un fer froid, on détache à l’une des extrémités la surface sphérique qui ferme le cylindre, à Pautre le noyau qui le liait à la canne; puis, par l'application d’une. règle en. fer.sur, le cylindre, et.parallèlementà son axe (sens.de la longueur), on ouvre le cylindre, qui, s’écartant des deux côtés, est. recu sur une large pelle plate, et, passe ainsi à l’état, de surface parfaitement plane , est porté dans.le.four-à recuire.
. Ce procédé.a changé la: face de Part de. la verrerie, en. permettant de faire des verres. de très-srandes, dimensions avee beaucoup. d’économie. Toutefois, il y avait; une: limite assez rapprochée à ces dimensions ; c'était celle de l’action que le souffle de. l’ouvrier peut exercer. L'extension de la masse de verre: est nécessairement dépendante, en effet, non-seulement de la quantité d’air que les poumons de l’homme peuvent fournir, mais: aussi de la rapidité qu’il peut apporter dans cette action. Ainsi lon avait reconnu que, par: cette méthode, l’on ne pouvait obtenir. de cylindres de ‘plus de 30 ou 40 pouces de long, etide 12 à 20 pouces de diamètre. C'était le maximum de ceux qui se pré: sentaient à l'exposition de 1827.
Aujourd’hui, deux fabriques, celles de M. Bontems de Choisy et de MM. Hutter et Ci° de Rivede-Gier, produisent des cylindres de dimension très-supérieure, puisqu'ils atteignent jusqu'à 65 pouces de hauteur. Depuis 1827, en effet, on doit à M. Bontems un procédé nouveau de soufflage. Il consiste à substituer à Paction des poumons de l’homme celle d’un fort soufflet. Ce procédé, dont l’idée est si simple, présentait cependant de grandes difficultés dans son application. El fallait que le soufflet fût uni à la canne qui sert à cueillir le verre dans le creuset, et à donner à la masse soufflée le mouvement de rotation , sans lequel on ne pourrait obtenir des formes alongées en conservant au verre une égale épaisseur, El fallait que le mou: vement de la canne fût parfaitement libre, et que l’action du soufflet pût être instantanée. On a concilié ces difficiles exigences du pro= blême an moyen d’un tuyau flexible. Un brevet d'invention a été pris par M. Bontems pour ce procédé de soufflage.
Un procès existe en ce moment entre ce fabricant et MM. Hutter et Ci°, qui exposent aussi de grands cylindres soufflés par ce procédé, sans autorisation du propriétaire du brevet d'invention. MM. Hutter déclarent qu’ils n’avalent pas connaissance du brevet, et sont, dic sent-ils, en mesure de prouver qu'ils le pratiquaient dans leur fabrique avant que le brevet pût être parvenu à leur connaissance. Dans le cas où cette preuve serait donnée, il faudra donc admettre que la même invention a eu lieu à la fois de deux eôtés différens. Cela n’a rien d'impossible, et nous souhaitons qu’il en soit ainsi. Nous pouvons ajouter toutefois, parce que c’est un fait à notre connaissance personnelle, que: cette découverte a été, pour M. Bontems, le résultat de très lougues recherches, et n’est pas: le seul service important renda par ee jeune ethabile fabricant à Fart de la verrerie.
Parmi les globes de verre de grande dimension , on en remarque qui ne sont pas cylindriques. Les formes carrées où parallélogrammiques qu'ont beaucoup de ces tylindres leur sont données dans des moules en bois où l’ouvrier plonge la sphère creuse de verre, et la developpe contre les parois du moule avec son soufs fle, puis la retire, et, par le mouvement de rotation, produit lalongement suivant la même forme.
Nous avons dit tout à l'heure que les manchons de verre étaient portés dans un four à recuire; après avoir été déployés. Le recuit est, en effet, indispensable pour donner au verre une
ji
certaine flexibilité, une résistance au choc, dont il manquerait tout-à-fait sans cette précaution. On a remarqué que des verres un ‘peu épais, de 8,a 10 millimètres par exemple, qu'on laisse refroidir en plein air, après leur nrise en œuvre, éprouvent une retraite qui se fait inégalement de la surface au centre, et souvent ensuite se brisent d'eux-mêmes, à un léger changement de température. Lorsqu'on veut les user pour les travailler, ou les éntamer avec le diamant, ils sautent en éclats. Les verres moins épais, refroidis trop rapidement, ont les mêmes défauts, mais à un moindre degré. El y à d’ailleurs un exemple intéressant et instructif de d'effet d’un refroidissement instantané sur de verre liquide ou pâteux, c’est la larme balavique.
Lorsqu'on laisse tomber dans l’eau froide une goutte de verre à lPétat de fusion, cette goutte y conserve Ja forme qu’elle avait en tombant, et qui lui donne son nom, arrondie d’un côté, et pointue de l’autre; si l’on casse cette petite masse de verre par sa pointe, elle éclate avec bruit, et ne laisse dans la main qu’une poussière très-menue.
Ce phénomène s’explique facilement. La larme de verre, saisie par le contact d’un corps froid, se contracte rapidement à la surface, et tient ainsi comme emprisonnée toute la partie intérieure, dont les molécules sont obligées de conserver à froid la disposition et l’écartement que leur donne la grande chaleur; la composition intime de cette petite masse se trouve donc comme contrainte, comme à l’état de ressort tendu , et lorsqu'un petit ébranlement lui est communiqué, par exemple, par la rupture de la pointe, les molécules rompent la barrière où elles étaient resserrées, et le corps tombe en poussière.
La larme batavique est du verre trempé, et elle met bien en saillie les phénomènes de la trempe. La facilité et la netteté avec lesquelles se brisent le fer, et particulièrement l'acier, quand ils ont été trempés, c’est-à-dire soumis à un rcfroidissement très-rapide, tiennent à une même cause que la brusque rupture de la larme batavique. La trempe donne à la lame de métal qui l’a subie un état intérieur de tension, auquel il faut également attribuer et sa plus grande dureté, et sa facilité plus grande à se briser. Ce n’est pas au reste le seul phénomène que présente la trempe. On sait qu'après que l'analyse eut dévoilé aux chimistes français les proportions exactes de lalliage de cuivre et de zinc, avec lequel sont faits les instrumens sonores que les Chinois appellent £amtams , on essaya longtemps , mais en vain, d’obtenir le même son
d’instrumens fabriqués avec les mêmes propor* uons. Enfin M. d’Arcet ayant eu la pensée de tremper ces instrumens dont le son était sourd et terne, il se uouva que la trempe leur don: nait ce son si grave et si puissant qui fait le ca ractère particulier des tamtams. Cet effet de la trempe n’est pas encore expliqué par la science:
Le verre français paraît avoir un désavantage sur le verre anglais ; c’est celui de s’altérer plus facilement à l'air. Nos fabricans déclarent que cette différence n’est pas le résultat d’une infériorité dans la fabrication, mais que la grande division des fortunes en France obligeant à tenir.le verre à très-bon marché, ils ne peuvent satisfaire à cette iudispensable condition d’un grand débit de cette matièresi nécessaire, qu’en introduisant dans sa composition plus d’alcali, qui en rend la fusion plus facile, et économise , par conséquent, le combustible. I est bien certain que le verre est plus cher en Angleterre qu'en France. L’excès d’alcali que contient le verre français est peu à peu absorbé par Pair, et le verre ; en perdant ainsi une portion d’une de ses parties composantes, perd aussi de sa translucidité.
Il nous reste à signaler les caractères auxquels les consommateurs peuvent reconnaître la bonne fabrication du verre. Les verres mal fabriqués ont des stries , ou des fils, ou des ler. mes, où des cordes, ou des bulles, ou des nœuds.
Les s/ries proviennent de ce que le mélange, pendant la fusion des diverses parties qui composent le verre, n’a pas été bien complet, et qu’il s’est formé des parties de verre inégale. ment composées et de pesanteutrs différentes. Ainsi, un verre qui contient un peu plus d'oxide de manganèse, ou de chaux, ou de terre du creuset, pèse plus que le verre ordinaire, Si lé mélange ne s'opère pas bien, le verre, dans le creuset, est dans le même etat que celui de deux liqueurs, l’eau et Palcool, par exemple, dont on opère doucement le mélange, et qui, pendant Tonx-temps, sont remplies de filets ondés qui subsistent tant que la combinaison n’est pas complète. Ce défaut du verre dans le creuset se reproduit dans le verre travaillé, et il est très-sensible à la vue, parce que le pouvoir réfringent sur la lumière de ces verres inégalement composés est sensiblement différent.
On donne particulièrement le nom de f/s aux filets qui proviennent de la vitrification de l’ar: gile. Leur couleur est plus verte que celle des stries, Lorsque les fils sont abondans et un peu gros, ils peuvent rendre le verre très-cassant,
| parce que le verre recoit de la chaleur et du froid
76 L'INSDUTRIE.
ww
des impressions sensiblement différentes, selon sa composition.
Les larmes sont le plus grand défaut qui puisse se trouver dans le verre. Ce sont des éonites
provenant de la vitrificauion &e l'argile au four de fusion. Les verres dans lesquels il se trouve des larmes sont tous fragiles. La plupart se brisent d'eux-mêmes par l'alternative du chaud et du froid.
Les cordes sont des aspérités qui se trouvent à la surface de certains verres soufflés. Elles viennent de ce que, pendant le travail du verre, la chaleur du four diminue quelquefois assez pour que les filets de verre qui retombent de la canne dans le creuset ne puissent plus prendre un degré de fluidité égal à celui du verre non cueilli. Quand on s’apercoit qu’il se forme des cordes pendant le travail, on le casse, et on réchauffe le four jusqu’à ce que les cordes aient entièrement disparu en se fondant.
Les petites bulles, qui se trouvent abondamment répandues dans certains verres, indiquent un mauvais affinage; elles viennent du dégagement du gaz, quia lieu pendant la vitrification. L’abondance des bulles annonce que le verre n’a pas eu assez de floridité pour permettre leur dissipation, ce qui peut provenir, ou de ce qu’il n’y a pas été employé assez de fondant, si le feu a été acuf, ou de ce qu’on n’a pas assez poussé le feu, s’il yavait assez de fondant. Dans le premier cas, le verre peut être employé même à contenir des liqueurs, sans crainte qu’il ne soit facilement attaqué. Dans le second, il est tendre et se décompose facilement.
Les nœuds sont de trois espèces ; s’il reste du sable non dissous pendant la vitrification , l’assemblage de plusieurs de ces grains enveloppés dans le verre y forme uu nœud; il en est de même des sels employés dans le travail, et qui quelquefois ne sont pas vitrifiés , et apparaissent en flocons blancs, non translucides. Une troisième espèce vient des morceaux du creuset ou des parois du four qui peuvent s’en détacher par le frottement des outils, et tomber dans le verre. On connaît aussi ces derniers sous le nom de pierres.
Deux fabriques seulement exposent des verres à vitre. Ce sont celles de MM. Bontems et Hutter et Ci, les mêmes qui ont exposé des cylindres. On peut remarquer que le verre de MM. Hutter est moins épais que celui de Choisy ; tel est le caractère général des verres de Rive-de- Gier. Il ne paraît pas dépendre d’une autre cause que des habitudes des ouvriers, habitudes
que les fabricans tolèrent par un motif qu’il importe de signaler.
En traitant de industrie des bronzes, nous avons fait connaître (page 44) comment , avant la Révolution, le métier de fondeur se transmettait héréditairement ; comment ce privilége qui avait jeté une grande démoralisation parmi ces ouvriers fut brisé par les soldats de l'Empire, qui, lorsque la paix fut rendue à l'Europe, prirent place dans lindustrie. Le métier de fondeur était facilement accessible à beaucoup de ces soldats; sous la tente et en campagne, ils avaient pu en pratiquer certaines parties ; il n’en était pas de même de l'industrie de la verrerie qui exige un long apprentissage, commencé à l’âge où le corps a toute sa souplesse, l'œil toute sa vivacité. La paix ne troubla donc pas les priviléges des gentilshommes verriers ; c’est le nom que se donnent ces ouvriers qui ne veulent d’autres apprentis que leurs fils ou leurs neveux , et se refusent absolument à transmettre à d’autres les secrets de leur art. Dans quelques fabriques cependant, on est parvenu à former directement des ouvriers, sans les faire passer par Papprentissage de messieurs les gentilshommes ; ainsi s’est élevé le parti des cagniols, à la grande indignation de laristocratie verrière , qui a fait tous ses efforts pour détruire ce genre de résistance à ses priviléges, et y a souvent réussi. Le nombre des cagniots est encore fort inférieur à celui des gentilshommes verriers ; de là , un grand obstacle au per fectionnement de Part de la verrerie. Ces ouvriers, comme toutes les professions qui exploitent un monopole, imposent aux fabricans leurs habitudes et leurs prix de travail ; à Rive-de-Gier, par exemple, les ouvriers persistent à donner au verre moins d'épaisseur, parce que , payés à la pièce , ils peuvent en produire plus , en maniant moins de matière. Mais cette moindre épaisseur du verre limite les débouchés de Rivede-Gier. Les prix du travail sont généralement aussi trop élevés , et le fabricant qui est obligé de céder aux exigences de messieurs les gentilshommes, et qui, d’un autre côté, ne peut élever en proportion le prix de ses produits, parce que les habitudes du consommateur lui imposent aussi à cet égard d’infranchissables limites; le fabricant ne peut que chercher à compenser, par la réduction des salaires inférieurs, l’exagération de ceux des ouvriers souffleurs. ‘À Rivede-Gier, les ouvriers manœuvres n’ont que 80 fr. par mois. Les ouvriers souffleurs ont au moins 300 fr. ; il en est qui gagnent jusqu’à 500 et 600 fr. par mois.
. Quel moyen les fabricans ont-ils de se dégager de cette cause de retardement dans leur industrie? Un seul, l’association. Nous verrons tout à l'heure un fait très - remarquable dans ce genre pour les cristalleries; mais l’industrie de
la verrerie, et, par exemple, toute celle de Rive.
de-Gier, paraît à cet égard très-arriérée. Les fabricans y poursuivent les méthodes et les usages de leurs aïeux, continuant doucement leur fortune, à l'abri des droits restrictifs de l’entrée et de la concurrence des verres étrangers, endormis encore au milieu du réveil général, insoucians des progrès qui s’accomplissent autour d'eux. Rive-de-Gier n’a pas une école de géométrie ou de chimie pour les ouvriers, Elle n’a pas de caisse d'épargne.
Quant à la fabrication des bouteilles, soumise aux mêmes inconvéniens, elle n’a pas fait depuis long-temps de sensibles progrès. Il paraît cependant qu’elle commence à entrer sérieusement dans la voie des améliorations. M. Violaine expose des bouteilles qui paraissent très-bien fabriquées. M. Blum semble supérieur encore.
Son verre a un aspect qui atteste une grande homogénéité de matières , et, par conséquent, de grands soins dans sa fabrication. 11 paraît que ces bouteilles résistent à des pressions considérables.
La fabrication des glaces se partage en France entre deux fabriques principales : Saint-Gobain, et Cirey et Saint-Quirin. C’est un beau et noble spectacle que celui de la lutte de ces deux grands établissemens, qui, dans le pavillon n° 4, ont placé en face l’une de l'autre, le premier une glace de 153 pouces sur 93 (14,229 pouces carrés), et le second, une de 150 pouces sur 98 (14,700 pouces carrés). Il n’avait pas encore été produit d'aussi grandes glaces. Aucune des deux n’est exempte de défants ; des stries assez nombreuses s’y rencontrent. Dans la glace de Saint-Gobain , il y a plusieurs bulles assez fortes ; dans la partie supérieure de celle de Saint-Quirin , il existe un fil jaunâtre de plus de 30 pouces de long. Malgré ces défauts, ces deux glaces attestent une grande supériorité de fabrication sous le rapport de la fonte et du coulage.
La fabrication des glaces remonte à plusieurs siècles; &’est à Venise qu’elle prit naissance, et long-temps cette ville en garda le monopole.
Venise fabriquait les glaces par le procédé du soufflage, ce qui ne permettait pas de leur donner dé grandes dimensions; aussi les produits de cette ville sont-ils particulièrement connus, dans
l’histoire industrielle, sous le nom de miroirs de Venise. La France, sous Louis XIV, avait déjà de nombreuses verreries ; mais point de manufacture de glaces. Colbert appela de Venise quelques ouvriers français qui s’y trouvaient alors, et, en 1665, une manufacture de glaces fut fondée à Tour-la-Ville ; près Cherbourg. Un fait assez remarquable, c’est que le choix de cette localité ne fut pas déterminé seulement par la facilité qu’il présentait d’y faire arriver, par mer, les matières premières, et d’expédier avec la même économie les ouvrages fabriqués ; les ouvriers chargés defonder cetétablissement, n’osant hasarder la moindre innovation dansles procédés véniliens , avaient cru devoir s’asitreindre à copier, avec la plus scrupuleuse exactitude, les dispositions et constructions de la manufacture où ils avaient fait leur apprentissage. Ils ne pensaient pouvoir atteindre ce but qu’en trouvant un site absolument semblable à celui de la manufacture vénitienne, où les mêmes courans d’air , la même exposition, les mêmes sinuosités du terrain, composeraient, pour le tirage et la conduite des fours, des circonstances absolument identiques. Ils avaient trouvé ce site à Tour-la-Ville. Leur succès fut complet. Leur procédé était aussi celui du soufflage, et la plus grande dimension qu’ont pül ainsi donner aux glaces était de trois pieds neuf pouces.
En 1685, un artiste français, nommé Abraham Thevart, imagina d'appliquer aux glaces le procédé du coulage, pratiqué dans les arts métallurgiques. Par ce procédé, on pouvait obtenir des surfaces beaucoup plus étendues. Les glaces présentaient, 1l est vrai, à leur surface de bien plus grandes inégalités, et nécessitaient un plus fort travail de polissage. Néanmoins la supériorité de ce procédé n’était pas douteuse; il s’est maintenu. Thevart, dès les premières années, fabriqua des glaces de neuf pieds de haut. Il avait d’abord fondé sa manufacture à Paris, dans le faubourg Saint-Antoine. Mais le haut prix des combustibles et de la main-d’'œuvre l’obligèrent bientôt à transporter son industrie à Saint-Gobain, où il jeta les fondemens de la grande manufacture qui y subsiste encore aujourd’hui.
Le procédé employé pour la fabrication des glaces y rend plus fréquens encore et plus sensibles les défauts dont nous avons donné plus haut la nomenclature pour le verre. Dans le procédé du coulage, en effet, le creuset est renversé d’un seul coup, et fournit instantanément toute sa matière. Dans le procédé du soufflage, au contraire, la matière est cueillie partielle-
ment el toujours au centre du creuset, où l'expérience prouve qu’elle est plus homogène,
Un des points capitaux de-la fabrication des glaces , c’est leur polissage, Cette opération se fait aujourd’hui au moyen de procédés mécaniques très-ayancés. Ils le sont plus cependant en Angleterre qu’en France, ou plutôt, le grand nombre de fortunes considérables qui existe dans ce pays fournit à ses fabricans de glaces de riches consommateurs en plus grand nombre, et permet aux manufacturiers d’apporier dans leur travail plus de soin et de perfection. Les glaces françaises sont d’une teinte plus blanche ; les glaces anglaises ont moins de défauts. La supériorité de teinte des glaces frangaises tient à ce qu’elles sont fondues au bois ; celles d'Angleterre le sont à la houille,
Les deux grandes glaces exposées par Saint- Gobain et Saint-Quirin sont cotées, l’une 7,400 fr., et l’autre 7,700 fr., auxquels il faut ajouter 10 pour */, pour l’étamage, Ces prix suffisent pour montrer les progrès accomplis par cette industrie, Dans les tarifs de glaces de Saint- Gobain, tarifs existans encore au dépôt de cette manufacture dans le faubourg Saint-Antoine, une glace de 3 mètres 20 cent. de hauteur (124 pouces) sur 2 mètres de large (T4 pouces) est cotée 15,864 fr. 72 ce. étamée, Mais l’on sait que la manufacture de glaces fait des remises
de 40 à 60 p.°/, et plus sur les prix de ses tarifs.
Voici les prix que cote la Compagnie des glaces anglaises (British plate glass company) dont le dépôt est à Londres.