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EXPOSITION DE 1834. — EBENISTERIE. 91
Ces deux meubles, exposés depuis quelques jours seulement ( nous écrivons le 23 juin), ont rappelé Pattention publique sur Pexlubition de M. Bellangé, lune de celles que les connaisseurs avaient d’abord le plus recherchées, pareé que lexcellent goût et Phabileté du fabricant leur faisai nt espérer des produits dignes d’étude et d’eloges. Get espoir avait été décu. Le lit et les deux tables de M. Bellangé sont, sans doute, d’une fabrication supérieure, mais les ornemens en bronze de l’une des tables sont d’un dessin et d’une confection également imparfaits; quant aux incrustations en bois de houx de Pautre table et du lit, le dessin en est lourd et commun. Il semble que le fabricant, préoccupé de la pensée de produire quelque chose d’extraordinaire, ait perdu la simplicité et le goût sévère qui caractérisent généralement ses produits, et qui brillent si purs et si corrects dans ses deux nouveaux meubles, décorés de simples baguettes. de bois doré sur un fond en palissandre d’une beauté vraiment extraordinaire comme ton et comme nervure. Le genre de ces ornemens est à peu près semblable à celui du meuble de M. Fischer dont nous avons donné le dessin (PL. IX — 2). Ces baguettes sont même plus simples-encore, Leur effet et l'ensemble de ces deux meubles sont d’une perfection achevée.
L’assentiment si vif et si général qu'obtiennent ces meubles est facile à expliquer. M. Bellangé, comme la plupart des autres ébénistes, s'était laissé aller à une exubérance d’incrustations ,qui, dans les premiers jours , à paru séduire la masse du publie, mais n’a obtenu qu’une passagère admiration. Le goût du simple est revenu, etla satisfaction a été unanime, en voÿant M. Bellangé rentrer dans cette voie; e’est la plus difficile à garder sans doute; mais le suecès ne faillit pas à qui sait s'y maintenir.
Tandis que M. Bellangé profitait des derniers jours de l'Exposition pour rendre hommage au goût du public éclairé, M. Jacob, l’un de nos plus anciens et de nos plus habiles fabricans d’ébénisterie , a complété aussi son exhibition, composée jusqu'ici seulement d’une table en bois indigène, déjà exposée en 1827, et qui n’offrait rien de remarquable. Cette infériorité de lexhibition de M. Jacob affligeait tous les amis de son talent ; leur étonnement aujourd’hui est bien plus vifencore en présence du meuble étrange que M. Jacob vient d’exposer, et qui, dès le premier regard , rappelle le mot d’un ancien, à l’aspect d’une statue d’un pauvre mérite de sculpture, mais toute chargée de pierres précieuses : Ne pouvant la faire
belle, tu las faite riche, disait-il au statuaire.,
Nous ne croyons pas que M. Jacob ne püt pas faire un beau meuble ; mais il est bien certain que le désir de faire quelque chose qui fût hors de ligne, l’a jeté dans le bizarre et dans le mauvais goût , ct lui a iuspiré l’une des plus extravagantes conceptions qui soient à l'Exposition.
Ce meuble est un bureau à cylindre. II se compose d’un demi-cylindre, couché sur une caisscoblongue; forme tumulaire, qui n'échappe pas à l’œil, toute couverte qu’elle soit d’ornemens cet de mille facettes, et qui donne à ce meuble un aspect singulièrement désagréable.
Le demi-cylindre est en cuivre jaune, avec incrustations en cuivre rouge, étain maté, bois de lettre, amaranthe, et bronze. Autour de ce demicylindre , aux deux extrémités , sont deux branches sculptées en bois jaune, qui viennent de chaque côté se rejoindre au sommèt, et supportent une tablette étroite en acajou, qui paraît destinée à recevoir des livres. La caisse inférieure est aussi chargée d’incrustations en bois amaranthe et bois de lettre, en écaille, en mosaï-que et pierre de Florence, en cuivre et en étain maté. De chaque côté sont deux sculptures, aussi en bois jaune.
Quel a été le but du fabricant dans cette composition ? Comprenant la nécessité de sortir des formes lourdes des bureaux à cylindre, a-t-il voulu produire une forme nouvelle ? Mais celle. ci est plus lourde et plus disgracieuse encore que celle qu’il aspire à remplacer. A-t41l voulu montrer tout ce qu’il était possible de faire en matière d’incrustations ? Mais ce n’est n1 dans la variété des matières, ni dans la prodigalité des dessins et des ornemens, que consiste la beauté de ce genre d’ornemens. L’incrustation ne serait qu’un jeu puéril de luxe si on lui donnait d'autre objet que d’adoucir la sévérité de Ia forme ou de la couleur , si l’on y cherchait autre chose qu'un ornement gracieux, mais secondaire, dont le mérite est surtout dans la délicatesse, nous avons presque dit dans la modestie. Que si M. Jacob a voulu faire preuve de talent comme découpeur, un simple ouvrier, M. Blechschmidt, la surpassé de trèsloin dans un petit tableau d’incrastations qu’il a exposé dans le même pavillon et où il a mélangé avec autant d’art que de goût toutes les matières qui peuvent servir aux iucrustations d'ébénisterie. Ce petit tableau en contient quatre ou cinq de plus que tout le meuble de M, Jacob, et certes elles y sont micuxet plus arlistement combinées. Quait à l’art de l'incrustation lui-même , dans ce tableau et dans un autre en-
core exposé par lui au pavillon n° 2, et qui se compose de son nom entouré d’une guirlande en bois de houx sur palissandre, M. Blechschmidt a surpassé tout ce que les premiers fabricans ont produit en matière d’incrustations. Une partie des meubles à incrustations a d’ailleurs été exécutée par lui.
Une forme malheureuse et une exubérance également fâcheuse dans les incrustations , tels sont les deux caractères du meïble produit par M. Jacob. Il est pénible d’avoir à critiquer aussi sévèrement un fabricant aussi habile.
MM. Meynard père et fils, qui, pour la première fois , paraissent à l'Exposition, ont voulu s’y placer à un rang distingué ; ils y ont réussi. Leurs meubles, un secrétaire , une armoire à glaces, un fauteuil,une commode (PL. VITI—19), sont en palissandre avecincrustations de cuivre. Les formes de ces meubles sont pures et sévères; le bois est travaillé avec perfection ; les incrustations sont d’une délicatesse achevée , les meilleures sans contredit de toutes celles que nous montre l'Exposition. Tant que ce genre d’ornemens sera renfermé dans ces limites, on n’aura pas à craindre de le voir abandonné de la mode qui déjà l'avait rejeté à cause de l'abus qu’on en faisait.
Nous ne croyons pas , au reste, que jamais cet abus ait été poussé plus loin qu’à l'Exposition de cette année, en sorte que ce genre semblerait devoir être perdu aussitôt que restitué , si notre ébénisterie ne s’empressait pas d’abandonner une voie si fausse et si peu conforme au bon goût et à ses intérêts.
Comment comprendre, par exemple, l'erreur de M. Durand, qui a cru devoir charger d’incrustations en buis ses beaux meubles enangica ? Ce bois à fond jaune et à nervures brunes, dont l'effet est si chaud et si agréable à Pœil, est évi: demment de ceux qui ont le moins besoin d’être relevés par des incrustations. Cet ornement ne lui est pas seulement inutile, mais nuisible; il coupe ses veines, el contrarie tous ses accidens. À moins qu’on ne parvienne à une combinaison qui établirait une liaison heureuse, une harmonie sensible entre la nervure du bois et les incrustations qu’on y ajoute, cest, ce nous semble , méconnaître les règles les plus simples de lébénisterie que d’incruster un bois fortement veiné, et dont les couleurs sont vives et variées. À part ce défaut , grave à nos yeux, les meubles de M. Durand attestent un grand talent de fabrication.
Le bois qui se prête le mieux aux mcrustations et par sa contexture, et par sa couleur ,
c’est le palissandre. Ce bois est veiné, mais ses nervures n’ont pas une couleur beaucoup plus foncée que le fond ; souvent même le palissandre n’en offre que des traces peu sensibles; tels sont les meubles nouvellement exposés par M. Bellangé. Sur un fond dont la teintese trouve ainsi uniforme , souvent sombre , quelquefois triste, l'addition d’incrustations est chose nécessaire et de bon goût; l’effet en est sûr quand elles ne sont pas prodiguées ; tels sont les meubles de MM. Meynard, et quoique à un degré inférieur, les meubles de M. Denard, aussi incrustés en cuivre, mais dont le dessin est plus chargé et moins heureux.
Nous préférons ce genre d’incrustations en métal aux incrustations en buis, houx ou marronnier. Le bois ne peut pas se découper aussi délicatement que le métal , et il faut une adresse extrême et une grande sévérité de goût pour que des incrustations en bois ne deviennent pas l’objet principal d’un meuble; c’est ce que MM. Pommer , Claës , Chabert, Baudry, Grohé n’ont pas compris , et leurs meubles , dont quelques-uns sont d’une excellente fabrication , nous paraissent totalement manquer de goût et de grâce. Qu'est-ce, par exemple, que ces cathédrales dessinées par MM. Baudry et Claës, qui ont eu la singulière pensée d’orner des formes planes et rectangulaires avec des dessins où le gothique étale ses courbes les plus aériennes et les plus compliquées ? Mélange maladroit et qui donne à ces meubles un aspect si étrange, que le ridicule s’en est emparé, et désormais le genre cathédrale sera synonyme du plus mauvais goût.
Parmi toutes ces incrustations, il en est quelques-unes qui méritent toutefois d’être mentionnées à part, non comme goût d’ébénisterie, mais pour le travail en lui-même. Celles des meubles de M. Chabert, en bois de houx et en ivoire, sur palissandre, sont très-remarquables sous ce rapport; elles sont dues à M. Blechschmidt; c’estuntravail d’une perfectionexquise. Mais outre le défaut qu’elles partagent avec la presque totalité des meubles exposés , celui d’être trop chargées , elles nous paraissent en avoir un autre non moins sensible : c’est la différence de ton qui résulte de lemploi de deux matières différentes , le bois de houx et ivoire. Ce mélange papillote à l'œil, et fait tache de loin ; on peut bien deviner les effets qu’il a la prétention de produire ; mais ce sont de purs jeux d'esprit, dont la logique est contestable autant que le goût, et qui refroidissent l’attention autant qu’ils la divisent.
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Les premiers meubles exposés par M. Bellangé ont un défaut du même genre. Au milieu des incrustations de bois de houx, le fabricant a mêlé des ornemens en bronze doré. L'effet en est plus vicieux encore que le mélange imaginé par M. Chabert,
On peut voir, par la revue que nous venons de faire, que la mode est aujourd’hui au palissandre avec incrustations. Le palissandre prend, en effet, la place de lacajou dansnosameublemens de luxe, et l’on ne peut nier qu’il ne l'emporte sur ce bois par la richesse à la fois et la simplicité. Il présente un autre avantage : c’est celui d’être plus facile à découper que l'acajou , et de ne pas-exiger une aussi grande dextérité dans l’'ouvrier découpeur. Lorsque les courbes ou les lignes de bois découpé et de l’objet incrustant ne se rencontrent pas exactement et laissent des vides entre elles, on les remplit avec de la poussière de palissandre détrempée dans la colle; cette poudre prend corps, et lon peut, quand elle a séché, polir, poncer et vernisser le bois sans qu’elle se détache. Le palissandre est d’ailleurs aussi facile à scier, et peut être coupé en lames aussi minces que l’acajou pour le placage. Au moyen de la scie mécanique, on obtient aujourd’hui, dans un pouce d’epaisseur de l’un ou l'autre bois, 20 à 30 feuilles de placage, qui ont ainsi de $/; à ?/; de ligne d’épaisseur. Cette dernière épaisseur est trop faible pour les incrustations. Les découpeurs préfèrent les plaques de 18 à 22 au pouce.
H: Mais ce qui différencie sensiblement lacajou du palissandre et ce qui fait que ce dernier est
LD L > % : #1 plus cher, c’est que son grain est beaucoup plus
lâche, qu’il est plus mou, plus fibreux ; de là une plus grande difficulté pour le polir, le poncer et le vernir. Ces trois opérations s’exécutent après que le placage a été fait et qu’il est bien sec. Le sciage des feuilles de placage est aujourd’hui tellement perfectionné, qu’il est très-rare que lon ait besoin d’y retoucher avec le rabot à dents ou le rabot à fer vertical. Où n’emploie presque plus que le râcloir qui n’enlève que trèspeu de bois et fait disparaitre les traits légers qu'avait laissés la scie. Notons d’ailleurs que lorsqu'on a plaqué mince, il faut avoir bien soin de ne faire agir le râcloir qu'après s'être assuré qu’il n’y a aucune boursoufflure et que la feuille est parfaitement collée sur toute son étendue ; sans cela, l’ouvrier s'expose à faire des trous qu’il est difficile de réparer, sans choquer la vue, surtout dans les bois bien veinés.
Lorsque le räcloir a bien uni les surfaces, on achève le polissage avec la pierre ponce à sec, la
peau de chien ou le papier à polir, qui la rem. place, la prêle et les frottoirs. Tous les traits ayant été enlevés, on passe uniformément une couche de vernis, et pendant qu’il est encore humide, à l’aide d’un tampon formé de linge fin que renferme un peu de laine, on polit le vernis jusqu’à ce qu’il ait séché sur le tampon et qu’il soit parfaitement brillant. Lorsqu'on s’apercoit que le tampon grippe sans que le vernis soit poli, on met une goutte d’hui!e d'olive sur le tampon, et l’on continue à frotter; le vernis ne tarde pas à briller. On ne peut réussir
dans cette opération qu'avec beaucoup de soin
et de patience.
Le vernis qu’on emploie à cet usage diffère considérablement de celui que les ouvriers employaient il y a quelques années, et dans lequel ils faisaient entrer une foule de substances résineuses. On a reconnu que le meilleur est formé d’alcool et de gomme laque seulement.
Telles sont les opérations avec lesquelles on finit les meubles; nous avons cru devoir les décrire avec quelques détails, parce que, dans les habitations éluignées des villes, elles peuvent être assez facilement imitées, pour réparer des meubles et leur reudre leur éclat.
Nous avons dit que lacajou se prête mieux à ces opérations que le palissandre , dont les pores sont moins serrés , et qui exige un poncage beaucoup plus long et plus soigné, et reçoit plus difficilement le vernis. C’est en raison de cette difficulté, et aussi ( nous nous en sommes assurés par des interrogations précises auprès des fabricans de meubles), parce que ce bois est à la mode, que son prix est presque double aujourd’hui de celui de Pacajou , quand ils sont travaillés , tandis ‘que, bruts , leur prix est le même.
Après le palissandre, le bois le plus approprié pour les incrustations nous paraît être le houx, bois totalement dépourvu de nervures, d’un blanc mat et froid quand on a su bien le faire sécher, terne et triste quand il est mal préparé. L’amaranthe l'accompagne bien en incrustation. Une table de bois de houx incrustée d’amaranthe, que M. Verner expose, est sans contredit la pièce la plus élégante et la mieux entendue de son exhibition.
Parmi les meubles que nous venons de passer en revue et d’autres qui ne présentent rien d’assez saillant pour être mentionnés , nous avons à relever un défaut plus général peut-être encore que celui de l’abus des incrustations ; nous voulons parler du mauvais goût et de la mauvaise confection des ornemens en
bronze, et aussi de l'extrême infériorité de la serrurerie, En ce qui concerne le bronze, à part MM. Fischer et Chenavard, tous les autres fabricans de meubles w’ont employé que des ormemens d’une choquante imperfection. Comment supporter les griffons qui soutiennent la table de M. Bellangé, lorsqu’à quelques pas de Jui, on a pu admirer ceux que M. Denière fait servir au imême usage dans un des meilleurs articles de son exhibition de bronze, et qui, vigoureux et légers qu’ils sont, ne sont certainement pas d’un prix très-supérieur aux grilfons si empâtés et si mous, que M. Bellangé aura acquis sans doute d’un de nos fabricans de bronze de troisième ou de quatrième ordre ? Rappelons à M Youf qu’il est contre la nature autant que contre le bon sens, de terminer une corne d'abondance par une tête de sanglier, ou par une tête de lion, comme l’a fait M. Hiolle; à tous nos exposans de billards, œuvre d’ébénisterie aussi, faisons observer seulement que des meubles aussi chers que ceux qu’ils exposent, et aussi Chargés d’incrustations (car on en a mis partoul), ne peuvent être achetés que par des personnes opulentes, qui, soit par ellesmêmes, soit par les conseils dont elles savent toujours s’entourer, sont aussi aptes à juger du mérite d’un morceau de bronze que d'une pièce d’ébénisterie ; pour ce genre d’acheteurs et de connaisseurs, el les exposans n’en peuvent pas espérer d’autres, les aigles, chimères ou griflons en bronze, sur lesquels ils font porter leurs billards , sont absolument inacceptables.
Quant à la serrurerie de la plupart de nos pièces d’ébéuisterie, son infériorité est une des eauses principales de la préférence que Pébénisterie anglaise obtieat souvent sur la nôtre dans les mar chés étrangers. Les fabricans de meubles enfAngleterre savenl faire cette lézère dépense, si peu RTE dans le prix total d un bon meuble’ et si essentielle, pour Pusage. M. Fischer a mis à ses meubles des serrures de Hurel, dont les clefs sont à peine plus fortes que des clefs de montre, et donnent cependant une fermeture d’une solidité et d’une sûreté à toute épreuve. Quelques exposans encore. ont accompagné leurs meubles d’une serrurerie de premier choix, mais c’est le petit nombre,
Nous étudierons dans le chapitre suivant les insirumens de musique; les pianos ÿ prendront une place importante; mais nous avons à les consillérer sous le point de vüe de Pébénisterie et de l'ameublement.
L'étude de la musique, et mois ement du piano, pénètre tous les jours davantage dans
la classe moyenne. Sans avoir atteint encore le point où en est aujourd’hui parvenue l’Alemagne, dont on ne peut traverser les plus médiocres villages, sans y entendre retentir les sons de cet instrument, les moyennes fortunes en France rangent enfin le piano parmi les meubles nécessaires à l'agrément et aux études du foyer domestique ;-c’est un des changemens dans nos mœurs, dom le développement mérite d’être suivi et favorisé avec le plus de sollicitude. De tous Les beaux-arts, il n’en est pas qui, plus que la musique , se prêle mieux aux mœurs de famille, et soit plus propre à les améliorer en même em ps qu a les embelhr.
Mais le piano jusqu’ ici avait été un mouble à la fois cher et génant, d'une constr uction lourde et coûteuse tout ensemble. éjà cependant les pianos carrés à six oclaves pouvaient être mis davantage à la portée des fortunes médiocres, qui n’ont ni le moyen de supporter une forte dépense, ni des appartemens assez grands pour y céder beaucoup de place à
un meuble d'agrément. Les pianos droits sont
donc un nouveau progrès. À la variété des formes déjà essayées dans ce genre, et dont l'Exposition nous montre encore de nouveaux modèles, il est facile de s'apercevoir que les facteurs de pianos sentent toute l'importance de ce genre, et y devinent un immense débouché; on peut s'assurer aussi que lon arrivera à des formes plus gracieuses encore. Quelquesunes de celles qui sont exposées sont dignes d’éloge. Nous avons remarqué particulièrement un piano droit de M. Erard , d’une forme simple, commode et élégante. Comme œuvre d’ébéuisterie, c’est un des produits, de meilleur goût de l'Exposition (PL. XI— 4). I est en bois
d'amboine, avec incrustations ‘en bois de corail
et d’ébène.
Dans les premières semaines de l'Exposition, M. Erard avait un piano qui a été l’objet d’une altention très-vive et de beaucoup de critiques aussi. Ce piano, commandé par le roi d’Angleterre ; a été exécuté, dans ce pays, sur des dessins du temps de Louis XV. La commande était faite ainsi ; M. Erard a dû s’y soumettre. Tout: la caisse du piano se compose d’un fond d'or, sur ee sont dessinés des: attributs et des: allégories de musique, à la manière de Vatteau , des bergères avec des robes à paniers, des singes au galop sur des chiens , des nains grotesques, tous jouant d’instrumens divers.
Toutes.les peintures, à part leur goût ridicule, sont faites avec une exquise délicatesse. EH n’en est pas de même des ornemens sculptés en bois
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qui accompagnent la caisse entre les pieds qui la supportent. Les sculpteurs anglais qui les ont exécutés n’y ont pas fait preuve de talent. En comme , ce piano est étrange; généralement, il n’a pas plu. Cette commande du roi d’Angleterre est l'expression au reste du goût aujourd’hui dominant dans ce pays , le goût du temps de Louis XV , «et les artistes anglais paraissent se borner à en copier servilement les formes. Nous avons déjà vu que ceux de nos artistes industriels qui font ce genre parce qu'ils y trouvent des débouchés importans, ont eu, du moins , le courage et le talent de Paméliorer en limitant,
M. Erard a fait succéder à ce piano un autre piauo à queue, d’une belle simplicité ; ilest en bois de palissandre avec incrustations parfaitement ménagées en cuivre. 11 y a joint un autre piano plus étroit sur l’une des faces que sur l’autre ; cette forme ne nous paraît pas heureuse, on y a d’ailleurs porté à l’extrême labus et le mélange des incrustations. Deux autres pianos, l’un en palissandre, avec cadre en courbari , et l’autre tout entier en courbari de premier choix, avec de légères incrustations en bois de houx, meubles de la plus élégante et de la plus riche simplicité, montrent que ce n’est que pour satisfaire à des goûts bizarres que M Erard confectionne des produits semblables à son piano Pompadour ou à son piano incrusté,
L’ébénisterie de M. Pape nous paraît géntralement lourde , bien que très-soignée. Celle de M. Pleyel nous semble devoir être mise au premier rang de cette partie de l'Exposition.
Nous n’y voyons aucune pièce d’ébéuisterie supérieure à deux de ses pianos , l’un à queue, en bois de courbari, avec baguettes en bronze doré ; l’autre , carré, en bois d’acajou chenillé, entouré d’un cadre de calliatour. Le calliatour et le courbari sont de teintes rapprochées de celles du palissandre , maïs mieux veinés et d’un aspect plus animé, L’acajou cheniilé est moins rouge, moins veiné, et plus chaud que l’acajou ordinaire. Le choix de ces bois et la belle simplicité du dessin de ces meubles nous paraissent mériter les plus grands éloges.
Nous ne nous arrêterons pas aux meubles en laque, genre faux et disgracieux que la mode et certainement le bon goût désavouent tous les jours davantage. Des meubles de ce genre peuvent avoir quelque mérite, ou du moins quelque attrait, venant du pays de qui nous les imitons. Mais nous ne croyons pas qu’il y ait beaucoup d'honneur où de profit pour l’industrie nationale , à chercher à ôter à la Chine cette branche
de ses importations en France, en échange desquelles nous lui fournirions des produits où nous lui sommes autant supérieurs qu’elle le demeure encore à nos ébénistes pour les meubles et objets de fantaisie en laque. Nous ne nous arrêterons pas davantageanximitations des formes comfortables de VAngleterre; nous en avons déjà parlé, et pour les condamner comme doit Pêtre toute imitation maladroite, toute importation inférieure aux modèles. Nous ne trouvons plus, parmi tous les autres objets d’ébénisterie, qu’à mentionner une chaise cannée en bois noir, de M. Moutus. Nous ne siznalons pas ce produit seulement parce qu’il est réellement un des plus gracieux que fasse aujourd’hui notre ébénisterie courante (PL. XI — 2), mais encore parce que c’est un produit à bon marché. Ces chaises, silégères et si solides, valent de 11 à 13 fr.
Nous devons une mention aussi à une jolie table en mosaïque d'olivier exposée par M. Youf. Ce genre de bois s'obtient en formant des faisceaux de branches d’olivier dans les vides duquel on chasse avec force des coins du même bois ; puis on donne un trait de scie perpendiculairement à la direction des branches , et lon obtient ainsi un bois d’un aspect très-agréable et très-nuancé. Il paraît que lolivier se prête plus particulièrement à ce genre de travail.
Nous ne croyons pas avoir besoin d’expliquer ni de justifier l'étude détaillée que nous venons de faire de l’exhibition de Pébénisterie, lorsque, pour d’autres industries plus importantes, nous avons passé si rapidement sur les produits exposés, pour nous attacher aux questions de fabrication, de douanes, ou d'économie politique, que soulevaient ces diverses industries. Celle de l’'ébénisterie est si directement sous la dépendance du consommateur , il peut si facilement imposer son bon ou mauvais goût au fabricant, que nous n'avons pas cru que tant de détaïls fussent inutiles; dans cette industrie, plus peutêtre que dans toute autre, le bo goût est l’excitant le plus fécond de la consommation.
L’ébénisterie est une des industries dont l’organisation mérite le mieux d’être étudiée. Le morcellement du travail, qu’il faut bien se garder de confondre avec la division du travail, y est poussé à l'extrême et doit être considéré sans aucun doute comme une cause directe et trèspuissante de retardement dans cette branche importante de fabrication. Nous avons déjà dit ce qu'était la division du travail : c’est une habile répartition des travaux qui concourent à la formation d’un même produit , entre ouvriers
d'âge et de sexe différens, et dans chacun desquels chacun concourt par l'emploi le mieux approprié de ses forces. La division du travail, l'un des plus énergiques stimulans, nous l’avons démontré, de l'intelligence , et par conséquent de l'accroissement de main-d'œuvre de l’ouvrier, est particulièrement applicable dans les grands ateliers, où la puissance des capitaux permet aussi les essais et les expériences qui installent dans la pratique les découvertes les plus utiles aux progrès industriels. Le morcellement du travail est toute autre chose : c’est la division des fabriques à linfini : c’est l'isolement des travailleurs, qui, pour percevoir le fruit entier de leur labeur , achètent quelques outils, quelques malières premières, et faisant seuls, ou aidés de quelques apprentis ou ouvriers, toutes les parties d’un même produit, deviennent ainsi fabricans sur la plus petite échelle, et ont besoin de vendre le produit fabriqué, pour réparer leurs outils ou avoir de nouvelles matières premières. Organisation de travail bien digne d’étude, car elle est, sans aucun doute, un des symptômes les plus sérieux de la persévérance toute instinctive avec laquelle les ouvriers poursuivent la participation aux bénéfices du fabricant. | Une telle organisation w’est pas absolument exclusive de tout progrès; l’ouvrier qui travaille ainsi est trop directement intéressé à perfectionner son travail, pour qu’il n’en résuite pas certaines améliorations dans les procédés de détail, des changemens utiles dans les outils, et autres inventions secondaires qui contribuent à la rapidité et à l'économie du travail. Mais cette cause de progrès est plus que contrebalancée par les difficultés que le défaut de capitaux oppose au peut fabricant pour le développement de ses moyens, et souvent même pour l'application de ses nouveaux procédés. De plus, Pextrême concurrence qui résulte du morcellement du travail, réduit tellement les prix de vente et resserre dans de si étroites limites le bénéfice du fabricant ; que tout son esprit d'invention est . nécessairement appliqué bientôt par lui, plus à déguiser le mauvais travail, et à obtenir l'apparence de la bonne qualité, que là bonne qualité elle-même. Il en résulte que la plus grande partie des petits, fabricans finit par arriver à un sort pire que celui des ouvriers, et tombe à la merci des marchands en détail ou commissionnaires, plus durs cent fois avec eux que le fabricant le plus rigide dans ses économies ne peut l'être avec ses ouvriers.
Nous venons de tracer le tableau de Pétat actuel de l’ébénisterie parisienne.
Sur quatre mille hommes environ occupés à la confection des meubles, on compte plus de quinze cents fabricans, travaillant seuls chez eux ou occupant un ou deux apprentis on ouvriers. La plupart de ces petits fabricans, pourvus à peu près des outils nécessaires, achètent, non pas en gros, mais en détail, ce qui est pour eux une première perte, les bois qui leur sont nécessaires. Ils confectionnent un meuble, puis vont l’offrir aux marchands. Il n’est pas rare de voir de ces ouvriers portant leurs produits dans la partie du faubourg Saint-Antoine, où sont réunis tantde marchands de meu bles, et successivement refusés à chaque magasin, où le prix qu’ils en demandent est trouvé trop fort, soit parce que la vente va mal, soit aussi et souvent parce qu’on
- Jes sait poussés par le besoin. Après un certain
nombre de tentatives inutiles, on voit ces ouvriers revenir au magasin qui leur a offert le meilleur prix, et vendre évidemment à perte, parce qu'il faut aller porter à leur famille le pain dont elle manque. Les progrès sont certes difficiles, si ce n’est impossibles, dans un tel ordre de choses, et c’est sans aucun doute faire œuvre de bon citoyen que d'employer tous ses efforts à y porter remède.
Quelques tentatives ont déjà été faites à cet égard. On a proposé une association dans laquelle chaque fabricant d’ébénisterie contribuerait pour une cerlaine somme à fournir en meubles. Ces meubles seraient réunis en un vaste magasin situé au centre de Paris. Un comité choisi parmi les membres de l’association fixerait le prix de chaque meuble, lequel prix pourrait être refusé par le fabricant s’il n’en était pas satisfait. Ce prix augmenté ensuite d’une certaine somme, ou d’un quantum pour cent fixé d’après les frais et le loyer du magasin central, deviendrait prix fixe de vente, et tous les consommateurs pourraient s'adresser à ce magasin, et s'affranchir ainsi et des bénéfices souvent considérables des marchands de meubles et-de la mauvaise foi d’un grand nombre. Une telle association ne constituerait pas un monopole, d’abord parce qu’elle ne pourrait évidemment réunir tous les fabricans , et aussi parce que ceux-ci ne s’interdiraient pas la faculté de vendre chez eux ou ailleurs qu’au dépôt général. Mais elle offrirait sans aucun doute un trèspuissant moyen de régularisation dans les prix ; un moyen aussi de maintenir, d'accroître même la main-d'œuvre des ouvriers; car lorsque le public pourrait s'adresser à un magasin où les prix seraient cotés en raison de la bonne fabrication, on aurait bien vite la preuve que ce