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CHAPITRE VI

LUTHERIE. — PIANOS.

La lutherie francaise commence à sortir enfin de l'état d’infériorité où elle était restée longtemps; la perfection des produits des anciens artistes italiens était si grande, qu’aujourd’hui encore plusieurs des plus habiles luthiers français s’assurent des débouchés importans pour leurs produits, en copiant les produits italiens. Ces imitations sont sous tous les rapports égales aux originaux, et les consommateurs arrivent à le reconnaître enfin. Ce premier succès obtenu, nos artistes se sentiront plus de courage

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et auront plus de moyens pour perfectionner leur art.

Cette industrie et celle des pianos prennent un très-grand développement, Elles reposent sur des données tellement spéciales, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que de subordonner nos propres recherches à celles d’un des hommes le plus versés dans cette matière, de M. Fétis, dont les excellens écrits vont nous fournir les principaux matériaux de ce chapitre.

Lorsque le violon, qui n’était qu’un diminutif et qu’une variété de la viole, commença à être mis en usage vers le commencement du xvre siècle, il paraît que ce fut en France que les luthiers fabriquèrent cet instrument; car on voit dans plusieurs anciennes compositions qu'on lui donnait alors en Italie le nom de violino alla francese, c’est-à-dire petite viole à la française. Beaucoup d’autres ont écrit que le rebec, instrument grossier à trois cordes dont se servaient les ménétriers du onzième siècle , fat l’origine du violon; c’est une erreur. Le violon est réellement un diminutif de la vio/a bastarda des ialiens, instrument qui se jouait sur les genoux. Trop petit pour qu’on pt le tenir de celte manière, on lappuya sur lépaule, comme on l'avait fait précédemment des rebecs. C’est vraisemblablement cette conformité d'usage qui a fait croire que celui-ci avait donné naissance à l’autre.

Quelques violons très-anciens fabriqués en France sont conservés dans les cabinets des curieux. Mais, dès 1550 environ, les Amati, famille de luthiers établis à Crémone, commencèrent à construire des instrumens de cette espèce à limitation des luthiers francais et italiens, dont Kerlin et Duiffoprugéar paraissent avoir été les plus habiles. Leurs basses, dont on ne connaît qu’un petit nombre et qui sont en général d’un -grand patron, ne méritent que des éloges pour le beau fini du travail et la douceur de leur son; leur vernis à l'huile avec des reflets rougeâtres est de la plus grande beauté.

Aux Amati, succéda Antoine Stradivari , qui travailla aussi à Crémone, et dont les produits surpassent tout ce qui avait été fait avant lui, et sont encore regardés comme ce qu'il y a de plus parfait dans ce genre. Ses instrumens diffèrent de ceux des Amati particulièrement en ce que leur capacité est plus grande, leurs voûtes moins élevées , et les épaisseurs de leurs tables mieux calculées, Les luthiers les plus habiles de nos jours adoptent souvent Stradivari

-pour leur modèle, et cherchent à se rapprocher de ses formes autant qu’ils peuvent. Les Guarneri, l’un élève des Amati, l’autre élève de Stradivari lui-même, égalent quelquefois ce dernier sous le rapport du son des instrumens, mais ils lui sont inférieurs en ce qui touche à la perfection de l’ouvrage.

Quelques autres luthiers italiens se sont fait une grande réputation par le mérite de leurs violons , de leurs violes et de leurs basses ; de ce nombre sont Maggini, Bergonsi, Cappa; mais l’art de la lutherie a tellement dégénéré en Italie, qu’il ne se fabrique plus aujourd’hui dans ce pays que des instrumens de la qualité la plus médiocre , et que les excellentes traditions des habiles luthiers de Crémone et de Bologne semblent y être complètement perdues.

De bons luthiers français ont fabriqué beaucoup de violons, de violes et de basses , d’une qualité estimable, principalement au dix-septième siècle et au commencement du dix-huitieme. Plus tard, MM. Pichl et Lupot se sont fait une réputation méritée par la facture des bons instrumens établis d’après les règles de lancienne lutherie; telles sont les préventions de lexcellence de la facture italienne, que ces artistes n’ont jamais pu faire entrer leurs produits en concurrence avec les violons et les basses qui portent les noms des Guardini, des Stradivari, des Maggini. Jusqu’à ce jour, on s’est obstiné à croire que limitation exacte des proportions de ces habiles artistes ne suffirait pas , qu’ils se servaient de bois excellens qu'on ne pourrait plus se procurer; enfin, qu’en plusieurs choses, et surtout pour le vernis, ils avaient des secrets qui sont perdus.

k De semblables opinions étaient de nature à

réduire le talent du luthier moderne en quel-

que sorte à lentretien et à la réparation des anciens instrumens. On ne peut nier que ce fût un mal très-considérable. C’est ce mal bien senti par quelques hommes de mérite qui, depuis quelques années, a suscité des recherches scientifiques pour découvrir les principes rationnels de la construction des instrumens à archet,.

Le premier qui s’en est occupé est M. Chanot, ancien élève de l’école polytechnique. Ayant cru remarquer que rien ne démontrait la nécessité des anciennes formes adoptées par les luthiers, et même que ces formes ne sont pas d'accord avec une bonne théorie, il en adopta qui se rapprochaient plus de la guitare que des instrumens à archet. Une commission nommée par l’Institut, pour examiner ces nouveaux instrumens, termina ainsi son rapport: « M. Chanot a

complètement atteint le but qu’il s'était proposé de rendre la lutherie francaise supérieure à la lutherie étrangère, mème à l’ancienne lutherie italienne. »

Depuis ce temps, M. Savart, aujourd’hui membre de l’Institut, a publié un mémoire où sont consignés les résultats de ses profondes études sur l'application des lois de l’acoustique à la construction des instrumens à archet. Depuis il n’a cessé de se livrer aux expériences les plus délicates sur ce point, et il y a lieu de croire qu’il en résultera une théorie complète et rationnelle de cet art.

En attendant, le préjugé de la supériorité de la lutherie italienne reste debout, et la spéculation lexploite. Un de nos plus habiles luthiers, M. Wuillaume, a consacré tout son talent à la reproduction fidèle des instrumens des arüstes italiens. 11 les copie, soit dans les proportions des instrumeus, soit dans leurs moindres détails, dans leur vernis, et même dans leurs défauts, avec une si rigoureuse exactitude que l’œil le plus habile y est trompé. Toutefois, il ne dissimule pas ses imitations, et il donne pour 300 f. la copie d’un stradivari de 6,000 f, Rien west plus propre à ébranler le préjugé relaüf à la lutherie italienne, et M. Wuillaume en l'attaquant sous cette forme rend un véritable service.

Cet artiste a mis à l'Exposition deux meubles élégans qui servent d'étui à des quatuors complets composés de deux violons, d’une viole et d’une basse, imités des plus célèbres luthiers de l'Italie. Parmi ces iustrumens se trouve la copie exacte, soit pour la forme, soit pour la qualité, de la célèbre basse de Duport, récemment évaluée 20,000 f. M. Wuillaume expose aussi des archets en acier qui paraissent supérieurs aux archets en bois, et qui coûtent beaucoup moins.

On regrette de ne pas voir à l'Exposition les produits de la lutherie de Mirecourt. Cette industrie devient très-importante; une population tout entière y est occupée, et près de 300 instrumens à archet sont fabriqués chaque semaine dans la seule commune de Mirecourt :

on ÿ construit encore un nombre considérable de guitares, de serinettes, d’orgues à cylindre. Ce genre de fabrication est en progrès. Autrefois, les violons se vendaient de 3 fr. à 12 fr. ; aujourd’hui, ils sont assez perfectionnés pour qu’on les vende de 10 fr. à 60 fr. Aiusi se propage le goût de la musique.

Pianos.— De tous les instrumens, celui qui a subi le plus grand nombre de transformations

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