TU CD RS OR
à { S + OZkR
2 RAS HE De Les FEES £ PS PPS er Ce
Ludes, de .
EFZZ ,
et il estrare que le même fabricant ne cultive pas également les deux genres. La commission du jury chargée de l'examen de ces produits les a considérés sous.le double rapport de l’exécution technologique et de l’art; nous suivrons sa méthode. Rien de plus distinet, en effet, dans un tapis, que l'exécution matérielle et le dessin. En général, nos fabricans ont beaucoup plus brillé sous le premier rapport que sous le second, et ils n’ont pas eu beaucoup de mérite à faire ainsi. Le tissage des tapis est aujourd’hui réduit à sa plus simple expression, à tel point que les ouvriers les moins intellisens exécutent les morceaux les plus difficiles presque machinalement, tandis que les dessins exigent toutes les ressources d’un talent spécial.
D'heureuses tentatives ont été faites pour resüluer aux tapis le genre oriental; de belles imitaons dela Renaissance ont été produites aussi. C’est à M. Chenavard qe l’on doit ce progrès si désiré par tous les hommes de goût depuis longtemps; nous avons déja parlé des belles étoffes fabriquées par cet habile manufacturier pour ses nouveaux meubles. En général, les tapis de M, Chenavard se font, remarquer par une parfaite unité de composition. et par une grande vivacité de couleurs. Parmi les tapis qui ont fixé l'attention, nous. en donnons un (PL. XII — 2?) à fonds d'animaux rouges sur un fond bleu avec encadrement noir, qui peut s'adapter à toutes les dimensions d’appartemens.
M. Sallandrouze avait eu l’heureuse pensée à laquelle déjà nous avons applaudi (page 34), de réunir tous ses produits dans un pavillon ajouté a ses frais aux constructions élevées par le gouverment. Là, chaque genre était classé; et nulle partie de l'Exposition, sans doute, n’était plus propre à l’étude. Deux tapis, dans le goût oriental, veloutés, ont particulièrement fixé l'attention générale au milieu de cette belle exbibition du jeune fabricant qui, à l’âge des plaisirs, se montre si capable de soutenir l’honorable réputation de son père. Nous reproduisons un de ces tapis (Pi. XIV — 1). Les dessins de l’'unet de Pautre ont été donnés par M. Couder , dont nous aurons , un peu plus loin, occasion de parler plus au long.
En général, on a pu remarquer que les fabricans de lapis revenaient au genre oriental, et que les suffrages du public se sont portés de préférence sur les tapis. qui reproduisaient. ce beau style. Ce premier pas une fois fait, il restait à varier les genres et à les approprier aux goûts des consommateurs, à Pameublement de nos appartemens, et aux différentes saisons. De
là nous sont venues ces variétés de moquettes belges, anglaises, allemandes, les unes simplement bouclées, les autres veloutées et coupées plus ou moins court, depuis deux francs jusqu’à vingt francs.le mètre carré. Ces prix bais. seront sans doute lorsque le droit sur les laines sera entièrement supprimé.
Malheureusement, la propreté générale de nos habitations s’opposera long-temps encore à lemploides tapis. Nous sommes bien au-dessous des Anglais et surtout des Hollandais sous ce rapport; nos escaliers, nos vestibules, nos corridors sont trop souvent des foyers d’insalubrité et dégoûtent les propriétaires éclairés qui seraient tentés de multiplier l'usage des tapis. C’est un progrès qui ne peut venir qu’à la suite de mille autres et dont on ne saurait trop hâter l'avènement. L’Exposition de cette année y contribue peut-être, à cause du bas prix auquel elle a démontré que pouvaient descendre les tapis; mais il faut aussi qu’une réforme sérieuse s’opère dans nos mœurs, et que nous montrions plus de sollicitude pour l’embellissement de notre foyer domestique.
Cachemrires. — Le cachemire nous vient des montagnes de lInde par le Caucase et par la Russie. Cette matière première est dans un tel état d’impureté, qu’on estime à plus de 50 p. ‘fo la perte occasionée par les opérations qui en précèdent le filage. Mais une fois qu’elle est épurée , Sa beauté est telle qu’aucuneautre matière, même la soie, ne saurait lui être comparée, surtout quand elle a été filée par des:hommes tels que MM. Hindenlang et Bietry. L’Exposiüon de cette année nous a révélé, sous ce rapport, d'immenses progrès dont les châles ont été les premiers à ressentir heureuse influence. I n’y avait rien , en effet, de plus remarquable que les châles , en fait de tissus, dans les galeries de la place de la Concorde, Cette fabrication a recu depuis 1827 de si nombreuses améhiorations, que nous croyons nécessaire de-les exposer en détail,
Nous avons déjà dit (page 27) que les châlesse divisent en deux grandes familles, les châles espoulinés et les châles découpés. Les premiers portent aussi le num de châles de l'Inde, où facon de l'Inde, et les séconds celui de châles français , ou cachemires français. Voici. en quoi consiste cette différence. Les Indiens fabriquent leurs châles sur des métiers fort simples, et ils en brochent les dessins au moyen d’une petite navette, ou plutôt au moyen de plusieurs centaines de petites navettes dont les fils colorés de
diverses nuances sont passés à la main autour de la chaîne et fixés par une espèce de nœud ou de boucle, Ce travail, qui exige beaucoup de maind'œuvre et de patience, ne peut se faire avec succès que dans un pays où la main-d'œuvre West pas chère, et c’est aussi pour cette raison qu’il a obtenu beaucoup de succès dans l'Inde. On ne l'a pas imité en France de bonne heure, parce qu’on ne le connaissait pas’, et même, de-
puis qu’il est connu, peu de fabricans s’y sont |
livrés parce qu’ils n’y ont pas trouvé de grands profits. Ce n’est même qu’en décomposant, en eflant pour ainsi dire des châles indiens, qu’on est parvenu à se faire une juste idée de ces procéd{s ingénieux qui ne sont pas également compris de tous les fabricans.
Du reste, on comprend aisément en quoi consiste le principal avantage du système indien. Les châles ne peuvent jamais se débrocher, c’està-dire que le dessin ne peut ni s’effiler , ni s’érailler , et ils durent presque éternellement, Le châle découpé, au contraire, est très-sujél au débrochage par le vice inhérent à sa fabrication. Lorsqu'on veut fixer-sur ces sortes de châles un point, une seule maille, on est obligé de lancer la navette dans toute la longueur du châle, de serrer le filpar un coup de battant, et de découper: ensuite à l'envers toute la portion de fil tramé , sauf le point qui doit figurer au dessin. Outre que dans ce système un châle de sept à huit livres doit être réduit à moins d’une livre, c'està-dire perdre les sept huitièmes de la mahère employée à sa fabrication, le découpage enlève à chaque point toute sa solidité; les mailles ne sont pas bouclées comme dans le châle indien, elles sont simplement serrées, et l'usage les fait tomber de très-bonne heure.
Tels sont les motifs pour lesquels les châles français ont pris le nom de châles découpés ; on dit aussi qu’ils sont faits au lancé.
.… Lorsque les premiers châles furent introduits en France vers le commencement de ce siècle par les officiers de larmée d'Égypte qui les avaient rapportés d'Orient, leur prix était extrémement élevé, et on chercha tout d’abord à les imiter. Mais il semblait presque impossible d'arriver à cette prodigieuse multiplicité de couleurs qui se marient et s’entrelacent d’une manière si originale dans les châles de l'Inde. Aussi nos premiers châles furent-ils surtout pauvres sous le rapport des couleurs, et nous avons sous les yeux plusieurs échantillons dans lesquels on ne distingue pas plus de trois ou quatre nuances. M. Ternaux fit long-temps des efforts avec M. Lagorce, avec M. Bosquillon,
et plus tard avec M. Rey, pour atteindre cette variété dont nous nous sommes tellement rapproché: depuis, qu’on peut la considérer aujourd’hui comme entièremeut acquise à la fabrication française. Malheureusement, l’absence de modèles que Pavidité de nos monopoleurs fit prohiber dès le début, a été un obstacle aux progrès de cette fabrication , et ©’ést seulement à la contrebande que nos manufacturiers doi.
vent le progrès de leur industrie privilégiée.
La contrebande, en introduisant journellement en France des châles de l'Inde, permit de les étudier, de les décomposer, de les imiter , et il se fit une révolution, par suite de laquelle les fleurs de nos jardins et les palmes monotones de l'Orient furent remplacées par ces dessins riches et hardis qui nous venaient de Cachemire. Dèés-lors, les damés n’ont plus voulu que des châles de cachemire; en vain ces châles coûtaient mille écus, quatre, cinq et jusqu’à dix mille fr. « leur prix mème était un stimulant pour l’amourpropre, et il s’en fit bientôt une consommation considérable. Déjà la matière première des châles de PInde, le duvet de cachemire, commencait à se répandre; la perfection avec laquelle on est parvenu à le filer aujourd’hui, nous permet dassurer que les châles français sont peut-être supérieurs à leurs modèles de l’Inde, par la douceur du tissu, par la souplesse et par légalité. Sous le rapport du dessin, limitation est complète; et chacun a pu voir, à l'Exposition, des châles français copiés des plus beaux chäâles de l'Inde avec une telle perfection, qu'il était impossible de distinguer, à l’endroit, la copie du modèle.
Un seul fabricant a cru devoir, toutefois, demeurer fidèle au travail de l'Inde, en présentant des châles espoulinés ou bouclés. Il y a parfaitement réussi, et à des prix modérés. Cependant, il est permis de croire que cette fabrication ne présente pas autant d'avantages que celle des châles découpés, puisque tous les fabricans ont donné la préférence à ces derniers. Rien de plus brillant n’avaitencore été exposé, que la collection de châles français qu’on a remarquée cette année à l'Exposition. La forme n’a pas beaucoup varié, mais on paraît adopter plus volonters les châlés carrés que les châles longs, qui sont plus lourds et qui n’ont pas autant de grâce. La couleur verte a été très en faveur, et plusieurs châles ont été surchargés dé figures monumentales, qui leur ont valu lé nom de châles pagodes. Nous n’oserions soutenir que cette innovation soit du meilleur goût ; mais rien n’est plus incertain que le goût en matière de dessin oriental : on veut
de l’oriental, voilà tout. Aussi les châles actuels sont-ils entièrement orientaux, par la matière et par le dessin, sinon par le travail, auquel M. Girard, de Sèvres, seul de tous ses confrères, s’est exclusivement livré.
Le genre indien a même tellement envahi notre fabrication, que les chales les plus modestes ont voulu ressembler aux châles de l'Inde, sinon par la matière, au moins par le dessin. Le perfectionnement de ia filature à permis d'employer à cet usage les déchets de soie qu’on a mêlés ensuite, soit avec de la laine, soit avec du coton , et nous avons eu des châles de bourre de soie, dont l'invention est due à M. Ajac, de Lyon, puis des châles dits indoux, puis des châles thëbets, dont la matière première, mélangée, ainsi que nous venons de le dire, a pris le nom de /ontaiste filée. La ville de Lyon, celle de Nimes, se sont particulièrement adonnées à ce genre de fabrication, dont les produits s’exportent par plusieurs centaines de milliers. Au premier abord , et pour des yeux peu exertés, il y a une singulière ressemblance entre des chàles bourre de soie de Lyon, du prix de 100 à 150 francs ,et des cachemires de Paris, du prix de 7 à 800 francs; quelques châles de Nimes, qui ne coûtent pas plus de 75 francs, ont même été exécutés sur des dessins d’origine indienne, et les ont reproduits avec une étonnante fidélité. On pourrait lés appeler les cachemires du peuple , et de débit en est fort grand. Aussi, la ville de Nimes a-t-elle vu, depuis quelque temps, sa prospérité s’accroitre, et quoiqu’elle n’occupe que le troisième rang dans la fabrication des châles, à cause de Pinfériorité relative des matières qu’elle emploie, son industrie est trèsanimée en ce moment, au point qu'on peut citer plus d’une maison qui produit environ vingt:
cinq mille chàles par année.
Tous ces efforts de la fabrique francaise tendent à contenir dans de justes bornes l'extrême et coûteux engouement dont les châles de cachemiie ont été long - temps l’objet. Une autre cause encore, nous l’espérons, pourra y coutribuer. C’est la supériorité que nos dessinateurs commencent à prendre sur ceux de l'Orient.
L’Exposition n’a pu laisser de doute à cet égard ; deux des châles exposés par l’un de nos premiers fabricans témoignaient des essais qui sont faits à cet égard. Le nouveau genre qu'a introduit notre premier dessinateur pour les fabriques de tissus, M. Couder, dans ces deux châles appelés par lui Ispahan et Odalisque, est digne d’attention ; on ya vu le commencement d'une rénovation complète dans le goût qui a jusqu'ici
TE
régné pour cette espèce de tissus, Nious avons reproduit une partie de ce châle, un peu plus du quart, c’est-à-dire un quart entier, et l’arrachement du second quart, en telle sorte qu’on a la moitié de la rosace du milieu (PL. XVI — 1).
Bien que l'élément principal de la beauté de cette espèce de dessin , la couleur, manque ici, il est facile de reconnaître que c’est là un genre tout nouveau, qui nous sort enfin de ces bizarres et confuses palmes de cachemire, qui ont dû l’engouement dont elles ont été loljet, bien moins à Ja beauté de leur dessin, qu’à l’harmonie de leurs couleurs, et aussi, nous l’avons dit, au préjugé et à la mode.
Le dessin nouveau, proposé pour les châles par M. Couder, est, chez lui, le produit de longues études qu’il a résumées dans une brochure fort intéressante et qui n’est pas moins digne d'attention que les dessins eux-mêmes. M. Couder, soumettant à une analyse attentive et ingénieuse ces dessins si bizarres et si confus du cachemire indien, a pensé que leurs formes, continuellement anguleuses et brisées, étaient bien plutôt un résultat de fabrication qu'un produit d’art. L’étoffe du cachemire étant croisée , 1l s'ensuit que dans une fabrication imparfaite comme l’est celle des plus beaux cachemires indiens, lPouvrier transforme continuellement des dessins arrondis et gracieux en lignes droites et contournées qui altèrent la pensée du dessinateur, au point de nous l’apporter complètement méconnaissable. Une fois sur la trace de cette idée, M. Couder à fait des recherches plus précises , et par des rapprochemens simples autant qu’ingénieux , il a donné à sa découverte toute la rigueur de la démonstration. Nous reproduisons (PL. XVI — 2,3, 4, £) quelquesunes de ses comparaisons entre les dessins actuels des châles de cachemire et les dessins originaux des artistes persans. La seule inspection de ces dessins suffit pour montrer toute la justesse de l’assertion de M. Couder, savoir, que les dessins actuels des châles de cachemire ne sont rien autre chose que des dessins altérés par des ouvriers ignorans et sans goût, étrangers autant qu’insensibles à la beauté des formes.
Cette démonstration acquise, que reste-t-il donc au châle indien. L'harmonie de ses couleurs ? Mais tous les jours nous nous approchons davantage de la perfection orientale sous ce rapport. La solidité du tissu ? Mais elle ne s'obtient qu’au prix de sommes considérables. Quant à la beauté du tissu, quant à Pelégance des formes, non-seulement nous n’avons plus rien à envier à l'Orient, mais il est évident que la supériorité
de nos arts mécaniques, et nos continuels et rapides progrès sous ce rapport, nous assurent ane grande supériorité sur les Orientaux.
Tissus de chanvre et de lin. — L'Exposition de 1834 nous a donné la triste preuve de linfériorité française en matière de toiles et tissus de fil, Uu uès- petit nombre d’exposans ont présenté des produits de ce genre, et nous sommes certains que beaucoup d’entre eux sont dans une situation très-dilficile. Nos toiles unies sont généralement trop chères, même quand elles sont communes, et celles qui sont belles s’élèvent à des prix excessifs. Plusieurs fabricans de liige damassé, de coutil et de toiles, ont dû‘renoncer à des commandes importantes , à cause de l'impossibilité où ils se seraient trouvés d’y satisfaire aux prix convenus, malgré le droit d’en- -viron 50 p. °/, quiprotége leurs articles. La fi- Jature du chanvre w’a fait aucun progrès, et la filature du lin à la mécanique qui semblait devoir prendre, il ya peu d'années, une extension prodigieuse dans le département du Nord, n’a pas entièrement répondu à cette espérance.
A l’exception de produits très-remarquables æenvoyés par M. Bernard Saglio, et qui mettent ce fabricant tout-à-fait à part, on n’a vu à l'Exposition aucune masse de produits capable de rassurer les amis de l’industrie contre la décadence de la filature du lin en France. Le département du Nord aa rien envoyé, quoique la ville de Lille soit depuis long-temps en possession de cette intéressante fabrication. Un seul exposant de cette ville a présenté des fils de lin retors, quoique le produit annuel des torderies de fil de Eille soit évalué à près de 12,000,000 de francs , et employé en majeure partie à la fabricatiou .de la dentelle. Cette dentelle, traæaillée aux environs de Bailleul dans le département du Nord, est connue sous le nom de point de Valenciennes. On espère cependant que nos manufacturiers ne désesptreront pas de naturaliser en France la filature du lin , dont sept établissemens s'occupent à Lille ; sans parler de celui que deux industriels distingués, MM. Scrive frères , se proposent de fonder d’après les meïlleurs systèmes organisés en Angleterre.
Les toiles communes, fines:et surfines, ne sont en décadence parmi nous qu’à cause du peude progrès de la filature qui se fait presque partout à là main, et conséquemment à des prix élevés. La batiste même, cemagnifique produit dout la France seule approvisionnele monile entier , et dont aucune nationm’a:pu encore imiter la sou-
plesse et la grâce, Ja batiste est délaissée par les
paysans du Nord, qui re trouvent pas dans:ce genre de travail les mêmes avantages que dans Pindustrie des laines et des cotons. Aussi w avait-il très-peu de batistes à l'Exposition , où peut-être cet article a été traité avec peu de faveur, parce qu'il ne provient pas de grands établissernens représentés par des chefs influens, On a même été jusqu’à contester aux exposans de ce produit le titre de fabricans, parce qu'ils se bornent à recueillir chez les paysans jou. à leur commander les pièces sur lesquelles ils appliquent ensuite la marque de leur maison. Un tel état’ de choses n’est pas sans doute le plus favorable à la production; mais il ne faut pas oublier toutefois que l'horlogerie de Genève, que les mousselines de Suisse, que les soies d'Italie, sont fournies par de petits propriétaires, par de mo&estes localités, et que l’ensemble des produits de ces localités s’évalue par millions.
F'ilature de coton. — Voici lune de nos principales industries , une de celles qui témoignent le mieux de l'aptitude de notre nation pour les arts industriels, en même temps que des vices:de notre système de douanes.
La France compte aujourd’hui des filatures de coton qui ne craisgnent-en Europe aucune rivalité. M. Nicolas Schlumberger, notre premier fabricanten ce genre, fondateur desmagnifiques établissemens de Guébwiller ; où il:a teut créé, mécanismes et ouvriers, M. Jacques Hartmann, son digne émule, M. Fauquet-Lemaitre, filent le coton dans tous les numéros des consommations usuelles , non-seulement à égalité de qualité avec les cotons anglais, mais presque à égalité de prix.
Ce dernier fait est établi victorieusement par la lutte que nos filateurs soutiennent en ‘Allemagne avecles filateurs anglais, Nos fabriques, sans doute, trouvent quelque avantage dans lestransport; mais si l’on réfléchit que par suite de notre système de douanes, le charbon, le fer, les machines leur reviennent à des prix tiès:supérieurs à ceux auxquels peuvent les obtenir les fabriques anglaises, on en peut conclure en toute certitude que, si notre système de douanes était changé, nos filatures n'auraient rien à redouter, chez nous, de la concurrence anglaise.
La supériorité de l'Angleterre, dans les nu:
méros fins, ient-elle à sa plus lougue.expérience des mécanismes du filage, ou bien trouve:t-elle, dans le commerce de coton le plus étendu que fasse aucune nation, la facilité de choisirles qualités propres à donner un fil plus fin? Qu sat
que le choix de la matière première ‘entre pour une si forte part dans la bonne’fabrication et dans Ja force du fil, que la concurrence élevée par nos filateurs en Allemagne contre les filateurs anglais ne date que du moment oùils ont commencé. à apporter des soins minutieux au choix de leurs matières. Faut:l enfiu attribuer celte supériorité à la plus grande humidité du climat de ce pays? Un des premiers filateurs dé Paris n'hésite pas à expliquer ainsi l'avantage que l'Angleterre a conservé dans ce genre de fabrication. Gbservant l'influence qu’exercent sur sa fabrication les changemens de température, remarquant la plus grande finesse qu’ilobuent dans les mêmes conditions de travaik lorsque la température est plus élevée, et par conséquent l'atmosphère del’atelier plushumie, il pense que l'Angleterre a, dans la plus grande humidité habituelle de son atmosphère, une cause d’avantages que la France n’a pas. Il a remarqué aussi que les manufacturiers anglais tiennent leurs ateliers à une température beaucoup plus élevée que nous. Les ouvriers français ne consentiraient pas à travailler à un degré de chaleur égal à celui que subissent les ouvriers angiais. Si c’était à une telle cause que fût due, en elfet, la supériorité de l'Angleterre dans les numéros filés fins, il ne faudrait certainement pas la lui envier, et celle supériorité, en tout cas, ne serait pas de longue durée; les ouvriers anglais commencent à secouer le joug que l’avidité des fabricans avait appesanti sur eux, Nousavons déjà eu occasion de dire (page 70) que l'abus à cet égard avait été porté au point que le Parlement avait dû intervenirpour y mettreun terme. Les annales de l’industrie fran caise n’ont pas eu encore à enregistrer des faits de cette nature.
Nous croyons, quant à nous , que les diverses causes que nous venons de signaler contribuent, en proportion variable, à la supériorité de PAngleterre dans les numéros filés fins. Si notre système de douanes était changé, nous croyons que les avantages que nous avons dans l’économie de la main-d'œuvre compenseraient, et peut-être au-delà, les autres avantages de l’'Ang'eterre,
Quant aux numéros des consommations usuelles, nous avons dit que nos fabricans lut: taient avec l'Angleterre surle marché étranger , et cependant tandis que le fabricant de tissus en Angleterre trouve à acheter le coton filé nécessaire à sa consommation au prix de 5 francs la livre, en France elle coûte 11 francs! Différence iuouie, qu’il n’est pas possible d’imputer à l'inferiorité de. nos fabricans. Pour qui a pu
comparer les beaux établissemens de l'Alsace, de Paris et de Rouen, avec ceux de Manchester, il est avéré que, s’il y a une différence entre les: deux pays, elle n’est certainement pas de plus: de cent pour cent, ainsi qu’elle existe entre les prix que nous venons de citer. Entre le fer, le charbon et les machines de France, et le fer, le charbon et les machines anglaises, il n’y, a pas cette différence, L’Angleterre a généralement de plus grands établissemens que nous, et peut ainsi faire quelques économies sur les frais généraux ; mais toutes ces différences réu: nies ne peuvent constituer celle de 5 fr, à 11.fr., et la cause à laquelle il faut particulièrement l’attribuer, c’est évidemment Ja prohibiuon.
On à beaucoup parlé d’un rapport de M. Nicolas Kæchlin, membre du jury, dans lequel étaient , s’il faut en croire les bruits qui ont circulé, consignés des faits d’une importance capitale sur la prohibition imposée aux cotons: étrangers des numéros bas. Ceci nous conduit à nous rendre les organes d’un vœu généralement exprimé, à savoir que les différens rapports des membres du jury sur les diverses branches de la production nationale soient livrés à la publicité. 1} paraît que quelques-uns de ces rapports sont extrêmement remarquables, et constatent des faits d’où pourraient jaillir les plus utiles enseignemens. C’est encore aujourd’hui un des abus les plus enracinés de l’administration française, que cette soif de monopole de tous les documens qu’elle recueille , que cette horreur de la publicité sur tous ses travaux. Qui fait donc les frais de toutes ces études ? Est-ce l’administration où le pays ? Et si c’est le pays, comment luien refuse-t-on connaissance ? Lerapportgénéral quefaitun membre du jurysur l'Exposition, et dont les matériaux sont puisés dans les rapports spéciaux, ne peut certainement pas suppléer à ces rapports étendus, détaillés, si utiles pour l'étude de chaque branche d'industrie.
Quoi qu’il en soit , l'Exposition de 1834 a permis de constater de très-notables progrès dans la filature du coton. Ces progrès, nous ne les voyons pas dans quelques tours de force de quelques fabricans de premier ordre cependant, qui ont cru devoir présenter à l'Exposition des produits qui ne sont pas de leur fabrication habituelle, et, par exemple , des numéros extrémement élevés. On ne $aurait voir là qu’une satisfaction d’amour-propre sans intérêt pour le public, comme sans dignité pour celui qui se la donne. Parmi les fabricans qui n’ont voulu exposer queies produits qu’ils livrent journelle-
ment au commerce, il faut citer en première ligne M. Nicolas Schlumberger. Egalité, force, souplesse, toutes les conditions qui constituent les beaux fils étaient réunies au plus haut degré dans les produits exposés par lui.
: On estime à 100 millions de francs la quantité dé coton brut filé en France, et à une somme égale la valeur que cette matière première recoit pàr la filaturé. 30 millions environ sur cette part reviennent aux ouvriers ; le reste sert à couvrir les frais généraux ct fait partie des bénéfices des chefs d’usines. Le seul département du Haut-Rhin entre pour un cinquième dans cette grande production; le département du Nord pour un autre cinquième; les trois cinquièmes reslans se divisent entre toutes les fabriques de France.
Tissus de coton. — Des progrès très-sensibles se sont fait remarquer dans la fabrication des tissus de coton. Les calicots, les percales, les jaconas , les mousselines, les damassés de 1834, sont bien supérieurs aux mêmes produits exposés en 1827. Saint-Quentin et Mulhouse ont envoyé des articles comparables à ce qui se fait de plus beau en Angleterre ; Alençon et Tarare ont exposé des mousselines serrées et grand clair, d’une rare beauté; des organdis, facon suisse et de l'Inde, venus des fabriques de M. Leutiner et de M. Salmon de Tarare, ont attiré l'attention des connaisseurs. Que serail-ce donc si ces manufacturiers n’avalent pas été obligés de demander à la contrebande des approvisionnemens de filés toujours chers et préaires ? M. Dupont de Troyes a envoyé des coutils de coton fort beaux, des basins et des tricots extrêmement bien exécutés. Le piqué seul ne semble pas avoir eu sa part du progrès général. On désirerait vivement un aunage uniforme pour ces diverses espèces de tissus de coton, car il suffit de dire que, dans Pétat actuel, une facture de mille aunes à faire et à vérifier exige le travail de deux commis pendant un jour.
Ces progrès de la manufacture de coton en ont déterminé un autre peut-être plus prononcé dans l'industrie des impressions , dont les deux grands centres sont établis à Mulhowse et a Rouen. Mulhouse est aujourd’hui la ville du monde où il se fait le plus de toiles peintes ; elle excelle principalement dans les couleurs fiues, et la réputation de ses dessinateurs est au-dessus de toute rivalité. Tout le monde a admiré à l'Exposition de cette année le magnifique musée dù à la réunion des impressions envoyées par le
département du Haut-Rhin. Il est difficile, en effet, de rien voir de plus satisfaisant que les étoffes pour meubles et tentures, les satins imprimés , les mousselines peintes, les stores ; les. écrans exposés par la maison Dolfus Mieg, et cette série de tableaux charmans imprimés soit au rouleau, soit à la planche, qui annoncent un changement remarquable dans ce genre d’industrie, Rouen se distingue par un caractère tout-à-fait différent ; car tandis que les Alsaciens impriment de préférence les jaconas, les mousselines, et géhéralement les tissus fins en couleurs fines, les Rouennais se livrent surtout à l’impression des tissus communs en couleurs communes, d’un teint moins solide et d’un prix beaucoup moins élevé. Où peut dire que le prix moyen des tissus imprimés de Mulhouse est de 5 fr., tandis que celui des étoffes peintes de Rouen est de 1 fr. 50 c. par aune. Mulhouse travaille pour les classes moyennes ; Rouen fournit plutôt les classes moins fortunées.
Quelques villes des départemens du sud-ouest, notamment la ville de Bourgoin dans l'Isère, ont envoyé à l'Exposition des toilts peintes qui semblent tenir le milieu entre celles de Mulhouse et de Rouen. Le goût des impressions a même pénétré jusqu'aux étoffes de laine et de cachemire; on imprime des châles de laine en-tissu dit de Baréges ; M. Hindenlang a fait imprimer sur des mousselines de cachemire des dessins gracieux qui donnent sans doute une nouvelle vogue à cet article. Les chalis, les alépines , les peluches même reçoivent aussi des impressions , et comme le goût de nos dessinateurs l’emporte évidemment sur celui de tous les dessinateurs de l'Europe, il est probable que la mode des toiles peintes ne peut que devenir profitable à nos manufactures , dont les débouchés s’accroissent tous les jours en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Russie et dans les deux Amériques. Sous ce rapport , le mouvement actuel est digne de remarque, et nous ne doutons point qu'il ne soit fertile en conséquences.
Soie et tissus de soie. —Comment celte industrie, qui tient tant de place dans la production nationale , en at-elle tenu si peu à l'Exposition ? Comment, après un mois d’attente, s’est-elle encore produite si incomplète et si pauvre dans le pavillon spécial qui lui était destiné? A cette question, au nom seul de l’industrie des soies et de sa métropole, la glorieuse ville de Lyon, on sent que lon touche à une plaie saignante encore de notre industrie. Sans la couvrir d’un voile, sans essayer même d’en dissimuler ni la
Æ - (@ PE DLL) Pa OP
KI
UN
4 7 ) PA > 2 A 122 PL 7 2 ae RE )
| | Van ES ESS { 1.<5 Ÿ Ÿ ee |