EN
En outre un certain nombre d'individus nobles possèdent encore en :
Prusse orientale . . 11 propriétés de 67,619 hect. Prusse occidentale. 13 propriétés de 105,996 hect.
Posanie, 33 propriétés de 300,716 hect.
Poméranie, .... 24 propriétés de 182,763 hect. Silésie 46 propriétés de 671,649 hect.
(1) La Question agraire^ pages 229 et 230.
Ces derniers 46 grands propriétaires fonciers de Silésie ne possèdent pas moins à eux tous de 843 biens.
Parmi eux :
Le prince royal Frédéric- Guillaume, plus tard empereur Frédéric ÏII. . . . 19 biens de 8,879 h. R. Friedenthal, ex-ministre
d'État 24 — •— 9,090
Albert, roi de Saxe.» 50 — — 31,072
Duc de Ujest 52 — — 39,742
Prince Pless 75 — — 51,112
Nous citons encore à titre de curiosité et d'enseignement, d'après G. Krafft, les noms suivants des grands vampires autrichiens :
Li' archevêque d'Olmutz, dont les propriétés en Moravie ont une étendue de 54,500 hectares l'empereur François-Joseph, qui possède en Bohême, en Moravie, en Basse-Autriche 79,300 hectares déterres, en Hongrie le comte Schônborn-Buchheim avec 134,013 hectares, en Bohème le prince de Schwarzenberg avec 177,930 hectares, le prince Lichtenstein, qui exploite en Moravie, en Bohême et en Silésie, 180,900 hectares, Farchiduc Albrecht en Hon-
grie et en Silésie 192,181, et enfin le prince Esterhazy dont les propriétés en Hongrie couvrent la gigantesque superficie de 431,700 hectares.
Entre la grande propriété, 33 pour 100 du sol ' cultivé et représentée par 67, 185 propriétaires possédant chacun plus de 50 hectares et la toute petite et petite propriété, de à 2 et de 2 à 5 hectares représentée par les 4/5 des agriculteurs allemands qu'elle nourrit à peine et qui ne possèdent, eux 4,252,685 cultivateurs que 5,094,428 hectares pendant que 67 mille fainéants du capitalisme nobiliaire et bourgeois détiennent près de 15 millions d'hectares, l'agriculture allemande est forcée d'en patir... ^et de se transformer.
Sous la poussée générale, qui, depuis 30 ans, tend de faire de l'Allemagne un pays capitaliste de premier ordre, l'agriculture aussi est appelée à s'industrialiser à vue d'œil.
Depuis de dénombrement de 1871 l'Ailemagne, qui ne comptait alors que 40,816,000 habitants, a vu sa population monter à 56,345,000.
Cet accroissement de plus de 500,000 ha-
bitants par an signifie que chaque année r Allemagne a à loger, nourrir et vêtir en plus de Tannée précédente, une ville plus grande que Marseille. Pour les dernières cinq années Faccroissement annuel a même atteint 800,000.
L'influence économique d'une telle alluvion humaine est d'autant plus palpable que cette population s'est surtout dirigée sur les villes par un phénomène économique semblable à celui qui s'est produit dans les pays industriels comme l'Angleterre la France et la Belgique.
En 1871, l'Allemagne ne comptait que huit villes ayant plus de 100,000 habitants; c'étaient : Berlin, Hambourg, Breslau, Dresde, Munich, Cologne, Koenigsberg et Leipzig qui au total comprenaient 2 millions d'individus. Aujourd'hui, ces mêmes villes contiennent près de 5 millions d'habitants et le nombre des villes dont la population est supérieure à 100,000 âmes s'élève au chiffre -formidable de 33 avec 9,100,000 habitants.
Berlin a 1,888,000 ou avec Gharlottenburg, qui est devenu de plus en plus un
faubourg berlinois, 2,077,000. Il y a trente ans ces deux villes n'avaient ensemble que 850,000. Hambourg a 706,000 habitants, et si l'on y ajoute la ville d'Altona, qui fait matériellement corps avec elle et qui a 161,500 habitants, on troiive là une immense cité de 867,500 àm^s contre 285,000 en 1871.
Munich, la capitale de la Bavière, avec ses 500,000 habitants, était il y a trente ans, la cinquième ville de Fempire, une ville bien calme et triste de 169,000 habitants. Pendant que sa population triplait celle de Leipzig quadruplait en passant de 106,000 à 455,000 âmes. Breslau a doublé et compte 423,000. Dresde a également doublé et atteint maintenant le chiffre de 395,000 habitants. Ont grandi à l'américaine, en Saxe, la cité industrielle de Ghemnitz, qui n'avait pas plus que 68,000 habitants en 1871 et qui en possède aujourd'hui 206,500 et en Bavière, Nuremberg, un grand centre industriel, dont la population à passé de 83,000 à 261,000. i
Mais les accroissements les plus notables ont été déterminés par le progrès de Tindus-
trie houillère et de la grande métallurgie, en Westphalie surtout.
La population de xjette région, qui est aujourd'hui de 3,188,000 habitants, a augmenté de 79,6 pour 100 en trente ans. La province du Rhin, où se sont développées plus spécialement les industries textiles et les usines de construction mécanique, a vu le nombre de ses habitants croître de 61 pour 100 et arriver à 5,760,000. C'est dans ces deux provinces que se trouvent, outre Cologne, belle ville de 372,000 âmes, en progrès de 243,000 habitants, les industrieuses cités de Dusseldorf (214,000 au lieu de 69,000).
d'Elberfeld avec sa voisine Barmen (300,000 au total contre 145,000 en 1871), de Dortmund (142,000 au lieu de 44,000), d'Essen (118,000 contre 51,000) etc., etc., etc. Quant à Mannheim, devenu, par les travaux d'amélioration du Rhin, un grand port fluvial et le marché d'approvisionnement de céréales de l'Allemagne du Sud, c'est aujourd'hui une ville de 140,000 qui n'en avait que 39,000 au lendemain de la guerre francoallemande.
La poussée de population vers les centres
urbains a provoqué un large essor dans toutes les industries de construction. L'industrie du ciment a fait en Allemagne d'énormes progrès, car c'est avec des briques surtout que toutes ces villes nouvelles se sont édifiées.
En 1877 on n'y comptait encore que 29 usines donnant 408,000 tonnes. Vingt ans après, il y avait 66 usines produisant 2,500,000 tonnes, d'une valeur supérieure à cent millions de francs. En 1900, la production a dû dépasser 3 millions de tonnes, puisque le transport du ciment par chemin de fer, qui était de 2,054,000 tonnes en 1897, se chiffrait déjà par 2,525,000 tonnes en 1899. L'industrie du bois ouvré, de la plomberie, de la peinture, comme toutes celles qui ont trait à la construction, ont également fait des grands progrès. Mais le record appartient certainement à l'extension des voies- de communications ferrées.
Les chemins de fer allemands, qui comptaient 21,650 kilomètres de voies en 1871, en avaient 48,920 en 1900. Le coût de ces 27,100 kilomètres revient à 8 milliards de marks, soit 10 milliards de francs.
Cette extension gigantesque de l'industrie et cette poussée de population vers les centres urbains modifient rapidement les rapports entre la ville et la campagne.
En 1882 encore le nombre des employés des deux sexes dans l'agriculture était de 8,236,496 et dans l'industrie seulement de 6,396,465, en 1895 il était de 8,292,692 dans Tagriculture et presque égal dans l'industrie, où il était monté à 8,281,220.
L'agriculture s'industrialise. Les coopératives agricoles, jadis inconnues, et qui en 1891 n'étaient qu'au nombre de 860 pour atteindre le chiffre de 2068 en 1897, prennent un grand développement. Le petit paysan, devenu salarié pour vivre, prend de plus en plus le caractère du prolétaire, oe qui crée enfin les conditions voulues pour l'œuvre expropriatrice de la prochaine Révolution.
France. — Aux yeux de tous les économistes boui^eois et de leurs succédanés du néo-socialisme, la France est le pays classique de la petite propriété paysanne indépendante, le roc contre lequel viendrait se briser toute tentative de transformation com-
munisteou d'appropriation collective du sol.
Cette affirmation grandiloquente qui consiste à présenter au nom des « immortels principes de 1789 », la France, berceau de la Révolution, comme la place forte du propriétariat, est un sophisme bourgeois.
« L'immortelle révolution de 1789 » et sa rallonge de 1793, héroïque par la part décisive qu*y prirent les masses populaires, n'était nullement une révolution d'essence prolétarienne. La fameuse déclaration des Droits de V Homme resta muette au sujet des droits de la femme et des prolétaires. Il s'agissait surtout pour le tiers-état d'alors — classe moyenne en passe de devenir bourgeoisie — de balayer toutes les entraves féodales qui s'opposaient à la liberté des transactions commerciales. Même Danton,, le sympathique et fougueux conventionnel, qui avait pactisé avec la « populace y> de septembre, se fit, en 93, le défenseur de la propriété individuelle. Le caractère antiprolétarien et anti-communiste des dirigeants de la grande Révolution s'affirma nettement par la vente des biens nationaux.
Une révolution prolétarienne et com-
muniste eût respecté la propriété communale qu'elle eût arrondie de toutes les dépouilles des ci-devant nobles.
Gerte, en 1793, Marat et la Commune révolutionnaire, cette première affirmation du prolétariat naissant, étaient encore trop influents, trop forts pour que la Convention eût osé entrer ouvertement dans cette voie sacrilège. Mais aussitôt que Thermidor eut délivré les bourgeois conventionnels du spectre rouge et que Thôroïque tentative d'insurrection communiste de Babœuf se fut dénouée sur Téchafaud, l'immonde criée des biens nationaux devint la grande préoccupation du pouvoir.
Avant 1789, la France comptait environ 25,000,000 d'habitants sur lesquels 1 million seulement étaient propriétaires du sol.
Vers la fin du dix-huitième siècle le nombre de ces derniers avait plus que quadruplé.
En 1851 il y avait plus de 8 millions de propriétaires fonciers. Mais déjà 10 milliards de dette hypothécaire commençaient à projeter une ombre inquiétante sur « l'idylle paysanne. »
Le recensement de 1861 accuse 7,846,000
propriétaires fonciers, celui de 1872, 5,970,171 avec 1,232,035 domestiques. Le nombre de ces derniers a considérablement diminué depuis.
En 1882 il n'y avait en France que 142,000 propriétaires possédant plus de 40 hectares chacun sur 5,672,000 agriculteurs, par suite 2,51 pour 100.
En 1892 les 49,378,713 hectares du sol français étaient repartis entre 5,702^752 exploitations, grevées de plus de 20 milliards de dette hypothécaire, et sur lesquelles 138,671 gros propriétaires, par suite 2,41 pour 100 détenaient à eux seuls 22,493,343 hectares, ou les 45,56 pour 100 du sol national.
En présence de ce fait que 139,000 individus sur 5,702,752, c'est-à-dire moins que 2 et demi pour 100 possèdent à eux seuls presque la moitié de la surface cultivée de la France, nous nous demandons, en dépit des sophismes accumulés par les Leroy- Beaulieu, Yves-Guyot et Bernstein de l'économie bourgeoise, si pour les paysans les « immortels principes de 89 » ne sont pas un leurre et si la reconstitution de la féoda-
lité sur d'autres bases n'est pas à la veille d'être un fait accompli ?
Si nous disséquons les chiffres de la statistique officielle nous trouvons, que sur les 5,702,752 exploitations agricoles qui se partagent la superficie cultivée de la France , il y a :
De à 10 hectares. . . . 4,§52,963 personnes.
Qui occupent 12,571,953 hectares.
De 10 à 40 hectares . • . 711,118 personnes.
Qui occupent 14,313,417 hectares.
Plus de 40 hectares. . . 138,671 propriétaires.
Avec 22,493,343 hectares.
Si maintenant, en poursuivant ce travail de dissection, nous voulons nous rendre un compte plus exact de la petite propriété paysanne, « Fidylle » s'évanouit complètement.
Nous trouvons que la petite propriété paysanne, de à 5 hectares, est représentée par 4,064,664 paysans cultivateurs, qui ne possèdent ensemble que 6,816,453 hectares, ce qui veut dire que les 4/5 des propriétaires du sol français ne possèdent même pas 1/7 de la surface cultivée de la France.
La moyenne et petite propriété foncière française, de. 10 à 40 et de à 10 hectares, et à plus forte raison les 4/5 des exploitations agricoles en Belgique, qui sont des exploitations naines, dont les propriétaires sont forcés de travailler comme salariés, constituent par leur morcellement un obstacle à la culture rationnelle du sol.
La plupart de ces petites propriétés sont du reste tellement grevées de dettes hypothécaires que leurs possesseurs sont plutôt nominalement que réellement propriétaires.
En outre, le morcellement infini du sol, en empêchant l'application des méthodes scientifiques à la culture (trop coûteuse pour le paysan), nuit à la productivité de la terre, que son détenteur est obligé d'épuiser pour vivre. En Angleterre, où la grande propriété privée domine, il a été facile d'appliquer tous les perfectionnements de Tart et delà science à Fagriculture, et de tirer du sol, sans l'épuiser , un bénéfice incomparablement supérieur à celui que tire du sien le cultivateur français.
La Grande-Bretagne, quoique moins fertile que la France, produit néanmoins en
moyenne 66 pour 100 par hectare de plus et permet, grâce à la supériorité technique, qu'exige la grande culture, qui prédomine chez elle, de faire avec deux ouvriers la besogne pour laquelle sept sont nécessaires ici. Le morcellement de la propriété agricole en France est Tunique raison de son infériorité et loin de constituer un obstacle insurmontable à sa socialisation, l'appelle au contraire, aussi bien dans l'intérêt du cultivateur que dans celui du sol.
Angleterre. — Toujours et partout l'appropriation individuelle du sol est préjudiciable à l'humanité. Morcelée en petits lopins de terre, comme c'est en partie le cas en France et en Allemagne, elle nuit à la productivité du sol tout en criblant de dettes les petits propriétaires. Grande propriété privée comme en Angleterre, elle tend de plus en plus à se concentrer entre les mq.ins de quelques potentats de l'agriculture et de la finance, en réduisant la masse des habitants à un état de pauvreté et de dépendance, qui est voisin de Tescla-
vage. La Grande-Bretagne le démontre surabondamment.
A Tépoque lointaine — 1066 — où Guil* laume-le- Conquérant partagea le sol de l'Angleterre entre les lords, ses complices, la Grande-Bretagne comptait environ 40,000 propriétaires fonciers sur une population qui n'atteignait môme pas 4,000,000 d'habitants. En 1660, le Royaume-Uni avait 15 millions d'habitants, dont 165,000 étaient propriétaires du sol ; en 1861, il ne comptait sur 30,000,000 d'habitants que 30,000 propriétaires , et de nos jours, l'Angleterre, rÉcosse et l'Irlande, dont la Superficie est de 77,799,793 acres (1), et la population de 42,000,000 d'âmes, n'ont ensemble pas même 15,000 propriétaires fonciers, au juste 14,749.
Le paysan anglais ne possède, pour ainsi dire, pas de terre. Il a été chassé des terres qu'il cultivait et systématiquement exproprié par les landlords.
Guillaume-le-Gonquérant avait au moins eu la pudeur d'épargner la propriété communale. Mais dès 1710, les parlements
(1) Un acre = 40 ares 17 centiares, ce qui égale environ 4/10 d'hectare.
votèrent une série de mesures autorisant « l'incorporation » de la propriété communale dans les possessions particulières des landlords voisins. Depuis 1710, 4000 « bills » ou € acts » de ce genre ont été votés par les parlements. Le résultat de ce vol monstrueux, unique dans l'histoire, mais légal, a été que de 1710 à 1860, 8,500,000 acres de propriété communale ont été, sans indemnité aucune, arrachés par les landlords aux communes anglaises, c'est-à-dire au peuple anglais.
Sur les 15,000 individus qui sont les maîtres du sol de la Grande-Bretagne, 2,512 possèdent environ la moitié de la superficie cultivée du Royaume-Uni et 116 de ces derniers, quelque chose comme 15,000,000 -acres, soit à peu près 1/5 de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande réunies.
Parmi ces 116 bandits, fleur de l'exploitation humaine, 12 grands propriétaires possèdent à eux seuls 4,440,467 acres (1).
En Ecosse, un seul individu possède 1,320,000 acres, trois autres, 1,151,000.
(1) Domesday returns.
Une autre personne possède en Irlande à elle seule, 170,119 acres.
12 personnes 1,297,888.
Continuons à citer, pour Tédification de nos lecteurs, quelques noms de la liste rouge de l'a future Révolution.
Le marquis de Breadalbane a sur ses terres 140 kilomètres de routes carrossables.
Les biens du duc de Sutherland s'étendent de la mer du Nord à TAtlantique.
Le duc de Devonshire possède, rien que dans le Derby, 96,000 acres.
Le duc de Richmond, 40,000 acres près de Goodwood, et 300,000 dans les environs de Gordon Gastle.
Le parc du duc de Norfolk, dans le Sussex, a une circonférence de 15 milles anglais (1).
Les propriétés du comte de Lonsdale sont si énormes qu'elles englobent huit circonscriptions électorales et se trouvent par conséquent représentées au Parlement par huit députés.
La plus grande partie du sol de Londres appartient à deux personnes , au duc de
(1) Le mille anglais = 1609 mètres.
Bedford et au marquis de Westminster. Chacun d'eux tire plus de 25,000 francs de rente par jour rien que de ses possessions londoniennes.
La sacro-sainte propriété privée confère au propriétaire, surtout s'il est archi-millionnaire, le droit — jus utendi et abutendi — de faire de ses possessions Tusage qui lui plaît. C'est évidemment en vertu dé ce droit barbare que la duchesse de Sutherland , assez riche pour se payer des caprices néroniens, transforma , en 1814 , une grande partie de ses possessions dans le comté de Sutherland en prairies. A cette fin, 15,000 habitants furent chassés de leurs villages, auxquels la grande dame ordonna de mettre le feu.
En 1875, le comte de Fitzwilliam, ne pouvant s'entendre avec « ses » mineurs, qui demandaient une augmentation de salaire, ordonna simplement la cessation du travail-
Ce coup de tête du puissant magnat jeta des milliers d'ouvriers sur le pavé. Des faits analogues , qui sont une conséquence du régime de la propriété privée, se produisent fréquemment dans la Grande-Bretagne sous
l'abri de la loi. Pour peu que le peuple anglais ne mette pas bon ordre à ces horreurs par Textermination de ses landlords et la socialisation du sol, Taristocratie terrienne et financière de la Grande-Bretagne , qui joint à sa morgue nobiliaire le génie de Texploitation bourgeoise, aura vite fait de créer un état de choses, auprès duqueL Tancien régime était un éden de bien-être et de liberté.
Concentration industrielle. — Après la concentration des propriétés rurales, un mot sur celle des capitaux.
Si la culture du sol, quoique l'agriculture tende à s'industrialiser de plus en plus, varie encore en Europe et en Amérique, selon qu'il s'agit d'une région où prévaut le régime parcellaire ou celui de la grande propriété," l'industrie proprement dite ne connaît plus de barrières. Que ce soit en Allemagne, en France, en Angleterre ou aux États-Unis, la production industrielle obéit partout aux mêmes lois et crée dans tous les pays des conditions de vie identiques. Il n'y a entre
les pays capitalistes qu'une différence quantitative, déterminée par llntensité de la production mécanique.
Gela établit, envisageons l'Europe et les États-Unis comme une unité industrielle, une sorte, d'internationale capitaliste.
La concentration des capitaux, si contestée par les défenseurs du régime capitaliste, est précisément sa caractéristique. Elle est du reste tellement évidente qu'elle n'a pas besoin d'être prouvée par des arguments. Elle éblouirait un aveugle.
Gomme pour l'agriculture, nous rendons la parole aux chiffres, convaincus de leur éloquence :
En Allemagne, dans la période de 1871 à 1875, le nombre des exploitations minières était de 621 ; en 1889 on en comptait seulement 406, tandis que la production de la houille, qui n'était que de 34,484,400 tonnes par an, a atteint le chiffre de 67,342,000 tonnes. La production a augmenté de 100 pour 100 pendant que les exploitations minières ont diminué par la concentration de 34 pour 100.
En Angleterre, d'après le Joint Stock Year
Dook^ le nombre des sociétés anonymes, qui sont les moyens les plus sûrs de la concentration capitaliste, a presque triplé depuis 1885; il s'est élevé de 9,344 en 1885 à 25,267 en 1898. Des industries entières ont passé de la forme individuelle à la forme sociétaire. Ce fut notamment le cas pour la brasserie. Les banques par actions, grâce à Içur gros capital, l'emportent également sur les maisons individuelles. En 1896, il y avait en Angleterre 102 Joint Stock Banks avec 2.695 succursales et agences, 455 millions de livres en dépôts et un capital global de plus de 43 millions de livres. Par contre les banques privées étaient tombées de 201 en 1844, à 38, avec 70 millions de livres en dépôt et un capital inférieur à 12 millions de livres.
Aux Etats-Unis, en 1880, il y avait 1,445 établissements industriels ; en 1891, il n'y en avait plus que 904. Le capital engagé était en 1880 de 217,504,794 dollars, il a atteint en 1891 le chiffre de 354,025,843 dollars.
D'autre part, dans ce même pays le chiffre des faillites dans les neuf premiers mois de 1893 est monté à 11,714, en augmentation de
26 0/0 sur la période correspondante de Tannée précédente.
En Belgique, en 1845, on comptait 91 hauts fourneaux occupant 2,321 ouvriers. En 1890, le nombre des hauts-fourneaux en activité est tombé à 19 et ils occupaient 2,784 ouvriers. En 1850, il y avait dans ce pays 180 fabriques de fer et usines à ouvrer le fer ; en 1890 il n*y en avait plus que 62. Le recensement de 1846 a établi qu'il y avait 21,133 industries linières et chanvrières en Belgique. Le recensement de 1880 constate que ce chiffre est tombé à 2,249.
Dans l'Evolution économique et le Socialisme^ Galixte Gamelle démontre qu'en 34 ans la concentration capitaliste a complètement dévoré 18,884 ateliers et manufactures.
Malgré tous ces faits accumulés et d'autres qui nous omettons, les économistes bourgeois, renforcés par les transfuges du Socialisme, continuent à contester la concentration des capitaux.
Pour prouver que la petite bourgeoisie prend de l'extension et est en train de se reconstituer sur d'autres bases, ils s'accrochent aux petites exploitations et surtout aux dé-
bits de vin qui naissent en assez grand nombre comme les poux sur la peau d'un pachyderme.
Ces tombeurs de Socialisme ne paraissent pas se douter qu'à la concentration industrielle correspond en général une période de décentralisation commerciale.
Les minuscules exploitations, que les statistiques recensent comme entreprises distinctes, se trouvent la plupart du temps entre les mains de quelques bailleurs de fonds et ne sont en somme que des intermédiaires, des commis externes, chargés de la distribution des produits de l'industrie capitaliste. Ces minuscules exploitations n'ont qu'une existence artificielle et ne sont en réalité pas plus indépendantes que leurs frères en misère : les petits cultivateurs.
Le nombre toujours croissant des faillites ne laisse subsister aucun doute sur le caractère éphémère de ces éclosions. En 1849 on a enregistré en France 2,117 faillites, en 1882, 24,116. Il va sans dire que les grandes entreprises industrielles, grâce à la supériorité [de leurs ressources, font plus rarement faillite que les petites, et que c'est surtout dans la
t INEVITABLE REVOLUTION 143
classe moyeQDe ou la petite bourgeoisie que la faillite sévit cruellement.
« Le petit industriel, — dit fort justement à ce sujet le citoyen Paul Lafargue — dépossédé de son ate-
tion du prolétariat. Les chiffres suivants le démontrent clairement :
Sociétés de crédit [ 1^^' ; ' ' ' ' ' ' ; ^^
(Diminution 12 1/2 0/0.)
Coopératives de consommation ] .„^^ ^^^
(Augmentation de plus de 54 0/0.)
Les États-Unis (V Amérique sont le pays de la concentration capitaliste par excellence.
C'est, sans doute, sur cette terre, jadis républicaine, que la prochaine révolution prolétarienne livrera sa première bataille à l'oligarchie bourgeoise.
Dans ce pays, où le self made man, armé des centaines de millions que sa skilfullness (1) a fait suer au travail « libre » et où rimmonde chasse aux nègres a des crépitements sinistres d'autodafé, l'esclavage, que nous avons cru aboli depuis le 31 janvier 1865, renaît aujourd'hui des cendres inapaisées de John Brown. Pour ne pas avoir su effacer radicalement cette honte, cette tare de FAryen, qu'est l'esclavage des noirs, voilà que les ouvriers blancs de la patrie de Washington
(Ij Skilfuliness, savoir-faire.
et de Lincoln, sont à leur tour menacés d'être réduits à la condition d'esclaves par une bourgeoisie dont la plus haute ambition est de prostituer ses filles avec les « fin de race » de nos haras nobiliaires.
Dès maintenant la moitié de la richesse de la « libre » Amérique, qui compte 80,000,000 d'habitants, se trouve entre les mains de 45,000 personnes (1). Sur les treize millions de familles de l'Union, 70 possèdent 13 milliards de francs et 9 individus, 9 malfaiteurs publics, plus de cinq milliards, c'est-à-dire une somme supérieure à l'indemnité de guerre payée par la France en 1871 (2).
La concentration capitaliste et l'omnipotence de la ploutocratie américaine trou-
(1) Thomas. G. Sherman dans le Forum.
(2) Pour édifier nos lecteurs sur Timmense richesse des ploutocrates américains ainsi que sur les sentiments « républicains » des bourgeois du Nouveau -Monde, nous reproduisons le passage suivant que le journal Le Temps^ du 28 février 1902, publie sur la réception du prince Henri de Prusse aux Etats-Unis :
a A midi, écrit l'organe de la haute bourgeoisie parisieune, ye prince Henri de Prusse s'est rendu, avec une escorte de cavalerie, au restaurant Sherry où il était l'hôte des rois et princes du dollar. Ce repas, un des plus somptueux qui se soient vus — on prétendait qu'il coûterait trois cent mille francs — a été servi dans la salle de danse où cent quarante convives, représentant la haute finance, le commerce et
vent surtout leur prototype dans le trust.
Le trust est un syndicat ou groupement de riches capitalistes, formé en vue de dominer d'une manière permanente le marché d'un produit. Fusion d'entreprises associées, il représente un effort colossal de concentration des capitaux et a tous les avantages d'une entreprise puissamment outillée au point de vue financier et technique.
Mortel pour le petit commerce, le trust a naturellement contre lui tous les petits bourgeois, mais au point de vue socialiste il faut le considérer comme un mal pour un bien, car, en révolutionnant la production par la ruine des petites entreprises et par son incontestable supériorité productiviste, il précipite, par l'expropriation capitaliste qu'il appelle, la prochaine solution communiste.
D'après l'annuaire du Journal of commerce
rindustrie, et « valant » comme on dit là-bas, une dizaine de milliards, ont pris place à une douzaine de tables disposées en croissant, magnifiquement décorées de guirlandes de roses et d'orchidées. La salle était transformée en une superbe serre où des cages pleines d'oiseaux avaient été distribuées de place en place
» Parmi les assistants on remanjuait : M. Pierpont Morgan, le « roi des trusts », M. Kdison. M. Schwab, directeur du trust des aciers, l'ambassadeur d'Allemagne, le maire de New- York, etc., etc.
l'inévitable bévolltioh 147
and commercial bullciin de New-York il y avait en mars 1899 aux États-Unis 353 trusts avec un capital global de 5,832,842,000 dollars, soit environ 29 milliards de francs.
Le trust du pétrole — The Standard OU Company ^- date de 1882 et détient toutes les pipe lines (canalisations) longues parfois de 600 kilomètres et qui relient les lieux de production, les champs de pétrole de la Pensylvanie et de rOhjo, aux raffineries situées sur la côte de l'Atlantique ou les bords des grands lacs. Toutes ces raffineries sont également la propriété du trust, dont Ténorme capital de 500 millions de francs qui a été mis en œuvre est possédé par neuf personnes.
Le trust de la raffinerie du sucre, — The AmeyncanSugar refining Company, — formé sous la protection scandaleuse des tarifs douaniers, monopolise aujourd'hui toute la fabrication du sucre. Ce trust a acheté des chemins de fer et des fabriques; il est en outre intéressé, dans le trust de la farine des États de New-York et du Minnesota, dans le trust des grands magasins de Brooklyn, des tramways de Providence, etc., etc., et de plusieurs baniues.
Le trust de l'acier — The United Stales Steel Corporation — le plus colossal de tous, a vu le jour le premier mai 1901. Il doit surtout sa fondation à l'alliance du célèbre An-
NEVITABLE REVOLUTION
drew Caraegie de Pittsburg avec le roi du Détrole. Rockefeller. Cette société, dans la-
pagnies fusionnées et qui constituent le trust de l'acier ou la United States Steel Corporation aurait été pour Tannée 1900, selon l'extrait d'un rapport du Consul général de France à New- York, en date du premier mai 1901, de 480,000,000 de francs (1).
Ce revenu annuel est si colossal qu'il échappe presque à notre compréhension.
Pour mieux saisir la portée d'une telle avalanche d'or nous supposerons que ce trust soit socialisé et que son rendement puisse être égalitairement partagé entre tous les vieux travailleurs des États-Unis qui ont 65 ans révolus. Dans ce cas chacun de ces vieillards aurait touché pour l'année 1900 seulement 480 fr. environ. Si la même somme avait pu être répartie entre les 500,000 vieux ouvriers français du même âge, près de mille francs revenaient à chacun d'eux. Du coup personne ne parlerait plus du fameux bateau que le ministère Waldeck-Millerand amonté aux travailleurs français avec son projet de loi sur les retraites ouvrières.
(^1) Le bénéfice net du trust de Vacier s'est élevé, pour le mois d'août 1902, à la somme fabuleuse de 13 millions de dollars, soit environ 65 millions de francs.
III, — Richesse de la Terre etproductivi té illimitée du Travail.
Pour réfuter les calomnies dont les bénéficiaires de la terre Tabreuvent, et prouver la mauvaise foi intéressée des détracteurs du travail, un homme d'un savoir encyclopédique, et qui est une des vraies gloires de l'humanité, a victorieusement démontré Tabsurdité de tous ces raisonnements aprioresques.
Dans Produits de la Terre et Produits de Vlndustrie^ Elisée Reclus nous fait pour ainsi dire, toucher du doigt les richesses de notre planète. Il établit d'une façon irréfutable, que même actuellement, et cela en dépit d'un mode de production, dont le seul objectif est de créer des bénéfices à une poignée d'exploiteurs au lieu de pourvoir aux besoins de tous, les denrées alimentaires et les produits de rindustrie, égalitairement distribués, suffiraient amplement à assurer à chaque être humain tout ce dont il aurait besoin pour jouir d'une existence aisée et heureuse.
D'après des calculs minutieux, basés sur les statistiques officielles. Reclus conclut que la production totale des substances alimentaires disponibles en Europe et aux États-Unis d'Amérique a été pour la période de 1875 à 1882 en moyenne par an :
Pain de froment . . . 51,324,000,000 kilos
Pains d'autres céréales 122,400,000,000 —
Légumes et fruits. . . 133,000,000,000 —
Sucre 1,838,429,000 -
Viande et volaille. . . 12,464,908,000 —
Lait 55,400,000,000 —
œufs 1,701,250,000 1-
Poissons, mollusques, etc. . . . 3,700,000,000 —
Total 381,128,587,000 kilos.
Vin 11,272291,000 litres. ^
La population de TEurope et des États- -Unis étant fin 1881 de 368,676,000 personnes, il faut diviser par ce dernier nombre chacun de ceux qui sont dans le tableau donné plus haut, pour trouver les quantités suivantes de substances alimentaires par tête d'habitant :
Pain de blé 139 kilos par tête.
Pains d'autres céréales . 332 — — —
Légumes et fruits. . . . 361 — — —
ioiicre .....•••« D ~~" ~~~' ""*
Viandes 34 — — —
Lait 1 50 — — —
(Eufs 2— — —
Poissons 10 — — —
Total 1033 kilos par tête
Vin 30 litres— —
Gomme il faut à Thomme adulte journellement 1,300 grammes d'aliments solides, ce
qui fait par an 474 kilos, pour bien se porter, l'Europe et les États-Unis, en fournissant par an 1,033 kilos par tête, produisent plus de deux fois la quantité de denrées alimentaires qu'il ne faut pour nourrir abondamment la population Européenne et Nord-Américaine.
Le tableau suivant le démontre clairem ent :
L'Europe et les États-Unis produisent annuellement en aliments. . . . 381,128,587,000 kilos
Quantité nécessaire pour l'alimentation de l'Europe et des États-Unis . 174,752,424,000 kilos
Différence en plus . 200,376,163,000 kilos
La production industrielle pourvoit encore plus largement aux besoins des hommes. Sa valeur pour l'Europe et les États-Unis était
en 1886 :
(irande-Hretagne . . . . 20,500,000,000 francs
France 13,000,000,000 —
Allemagne 12,000,000,000 —
Russie 6,000,000,000
Autriche-Hongrie .... 5,250,000,000 —
Belgique 3,000,000,000 —
Italie 2,925,000,000 -
Espagne 2,400,000,000 —
A reporter . . 65,075,000,000 francs
Report. . . 65,075,000,000 francs
Hollande 1,000,000,000 —
Scandinavie 925,000,000 —
Suisse 800,000,000 —
Portugal 500,000,000 —
Danemarck 400,000,000 —
Turquie-(;rrce 20,000,000 —
Principaut(:»s Danubiennes. 5,000,000
États-Unis 26,000,000,000 —
Total 94,725,000,000 francs
A ce chiffre il faut ajouter la somme que représentent les combustibles minéraux et végétaux non consommés par l 'industrie ellemême, et qu'on peut évaluer à 3 milliards, ce qui donne pour la production industrielle totale, 97,725,000,000 francs.
Mais il faut tenir compte, fait remarquer Reclus dans sa brochure Produits de Vlndustrie^ que les produits manufacturés ne s'usent pas immédiatement comme ceux de la terre et que la plupart d'entre eux ont une durée de plusieurs années et rentrent, même usés, dans le courant industriel sous une autre forme. Gela fait que la somme des objets manufacturés utilisables chaque année est au moins de 2/3 plus forte que celle indiquée par la statistique. Pour 188G elle était
donc de 97,725,000,000+65,150,000,000 ce qui fait 162,875,000,000 francs.
Mais ce chiffre ne nous permet pas encore de nous faire une idée exacte de la valeur de la production industrielle annuelle et totale de l'Europe et des Etats-Unis.
Nous n'achetons pas les objets manufacturés au prix de fabrique.
La houille, (1) qui coûte 12 fr. au carreau de la mine, en France, se vend dans les villes d'Europe 50, 60, 70 fr. la tonne. Le sel, qui est évalué à 44 fr. la tonne, se vend au détail 150 à 200 fr. La bougie vaut 1.700 fr. en fabrique et 3,500 ou 4,000 fr. chez l'épicier. Le savon 620 fr. la tonne et 1,600 à 2,000 fr. dans les magasins. La plus-value des tissus est du triple, quintuple ou décuple au moment, où nous les utilisons comme vêtements, etc., etc., etc.
Sans crainte de se tromper on peut affirmer que l'un dans l'autre les produits, au moment où ils sont livrés aux consommateurs, ont acquis en moyenne une valeur quintuple de leur valeur première. Par conséquent la
{{) Elisée Reclus, Produits de Vlnduslne
valeur marchande de la production industrielle de l'Europe et des Etats-Unis, en 1886, n'était pas de 162,875,000,000 de fr., mais de 81,437,500,0000 de fr., ce qui représente— la population de l'Union et des États Européens étant en 1886 de 387,000,000 d'àmes — 2,i04 fr.par habitant.
Depuis cette époque, la production industrielle de l'Europe et des Etats-Unis, — Tallemande et l'américaine surtout — s'est accrue dans des proportions fantastiques et il n'y a certainement aucune exagération à évaluer sa valeur marchande pour l'année courante à 1,150,000,000,000 (un'trillion 150 milliards) environ. Ce rendement colossal représente, en plus de la nourriture et de l'habitation — en France seulement il y avait en 1901, pour 39 millions d'habitants, 9,249,200 maisons et 137,000 usines — quelque chose comme 2,400 à 2,500 fr. par personne.
Les Pélion de denrées alimentaires qui s'entassent annuellement en Europe et en Amérique sur des Ossa de produits manufacturés, sont le résultat de l'effort musculaire et cérébral d'un quart, ou plus exactement peut-être, d'un cinquième des tra-
vailleurs, qui peuplent ces deux contments.
Si tous les hommes et toutes les femmes valides travaillaient utilement, trois heures de travail par jour et par personne adulte seraient plus qu'assez pour satisfaire aux besoins et au luxe de tous.
Mais il n'en est pas et il ne saurait en être ainsi — depuis cinquante ans tous les socialistes l'ont assez dit, répété et démontré — aussi longtemps que Thumanité continuera à être divisée en possédants et en prolétaires, en gouvernants et en gouvernés.
De par la division de la société en deux classes, travailleurs produisant sans posséder et propriétaires possédant sans produire, la minorité dirigeante est obligée, pour maintenir sa domination et s'assurer la libre jouissance de son exploitation, de constituer une forte hiérarchie sociale.
Que cette organisation hiérarchique de sa société soit voilée — concession faite aux idées modernes — par l'étiquette trompeuse de république ou de démocratie, ou que la mentalité enfantine de la foule permette encore à la classe dirigeante de se draper dans l'hermine grotesque et sanglante de la monarchie, cela
ne change rien au fond de la question.
Partout une poignée d'aristocrates ou de bourgeois détiennent, avec les instruments de production et les parties les plus fertiles du sol, les sources mêmes de la richesse publique.
Pour jouir impunément de ce vol, ils se voient obligés de soustraire au travail productif des millions et des millions d'hommes qu'ils transforment pour la défense de leurs privilèges en soldats, prêtres, domestiques, garde-chiourmes et bourreaux.
A cette perte sèche, considérable en soi, s'ajoute en régime capitaliste ce fait autrement désastreux pour le bien-être général, que la production, au lieu de pourvoir aux besoins de ceux qui la mettent en œuvre, ne vise qu'à créer des bénéfices aux possesseurs de la terre et de l'outillage social.
C'est à ce système d'exploitation, irrationnel et criminel au premier chef, que nous sommes redevables de ce fait inouï, qu'il n'y a qu'un producteur direct sur quatre habitants majeurs^ et que les salaires n'augmentent qu'en raison inverse par rapport à la production.
D'après les tableaux de statistique dressés par M. Garol Wright, il ressort que les ouvriers ne reçoivent sous forme de salaire aux Etats-Unis que 18 pour 100 de la valeur qu'ils produisent ; en Angleterre 24 pour 100 ; en France 31 pour 100; en Allemagne 29 pour 100 ; en Espagne 33 pour 100 ; en Russie 31 pour 100 et en Italie 49 pour 100.
Pour rendre plus saisissante la répartition de la production dans les différents pays, entre le Capital et le Travail, nous donnons le tableau suivant :