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VIII. — Solution communiste et libertaire

Excepté les libertaires qui par principe sont toujours demeurés étrangers à toute politicaillerie et comme tels, ennemis déclarés de tous ceux qui veulent accommoder les principes communistes aux besoins de leurs visées personnelles, les organisations socialistes : Le Parti Ouvrier Français, le Parti Socialiste Révolutionnaire et l'Alliance Communiste en France, Parvus, Clara Zetkine, Rosa Luxemburg et leurs amis en Allemagne mènent depuis quelque temps une campagne énergique contre les mystificateurs et émasculateurs du mouvement ouvrier.

Nous saluons ce réveil avec joie et nous l'applaudirions avec enthousiasme si les Blanquistes, qui dans leur jeunesse ont adressé le vibrant appel aux Communeuxde France et les Collectivistes révolutionnaires, auteurs de V Essai de Catéchisme Socialiste, de La Femme et le Socialisme et de tant d'autres belles œuvres de véritable propagande socialiste et révolutionnaire voulaient, instruits par Texpérience, abandonner défini-

tivement la tactique parlementaire, qui ne profite qu'aux seuls ennemis du prolétariat.

A force d'évoquer les « esprits électoraux »

les Faust du collectivisme sincère ne peuvent plus s'en débarrasser. Les ravages que le « Jaurésisme » a fait dans leurs !rangs l'attestent.

Que demain ces socialistes biffent de leur programme l'article ayant trait à la conquête du pouvoir et l'entente de tous les communistes sur le terrain de l'expropriation capitaliste et de la socialisation des instruments de production et d'échange sera un fait acquis.

Ce n'est guère encore qu'en France, pays de forme républicaine et de liberté relative, que l'action socialiste pour la conquête du pouvoir ait pu donner tous ses fruits vénéneux.

En Belgique le pouvoir est entre les mains des cléricaux et en Allemagne son caractère monarchique et semi-féodal ne se prête pas aux escalades des intrigants et des assoiffés. Néanmoins la lutte pour sa conquête a partout fait perdre au socialisme en profondeur ce qu'elle semble lui avoir gagné en étendue.

Et il devait en être ainsi d'une tactique, qui, en soustrayant l'action ouvrière à son terrain

I économique pour la porter sur celui de la

f politique, subordonnait fatalement le véri-

table objectif du socialisme, la prise de possession et la mise en commun du sol et des instruments de production, aux fluctuations changeantes du moment et aux compétitions délétères du personnalisme hideux.

Rien n'est plus erroné que de croire que tous les moyens sont bons et que tous, adroitement employés, puissent mener à la fin désirée.

Il n'y a de bons que les moyens qui correspondent au but.

On n'accepte pas des décorations avec l'intention de prouver le ridicule et la futilité de ces marques distinctives, on ne se laisse pas davantage bombarder baron ou comte pour démontrer la nécessité de supprimer les titres nobiliaires pas plus du reste qu'on ne se fait roi ou empereur pour fonder une république.

Les libéraux sincères et les grands républicains du dix-huitième siècle ne pactisaient pas avec les institutions de la féodalité qu'ils

voulaient détruire. Les socialistes conscients de leur but ne peuvent, sous peine de trahison, se servir du parlementarisme, qui est la forme politique de la domination bourgeoise, la feuille de vigne qui cache les turpitudes et les crimes de la ploutocratie.

C'est réellement par trop abuser de la naïveté et de Tinconscience des masses que de leur dire nous poursuivons Tégalité économique, nous voulons la substitution de Tadministration de la production au gouvernement de l'homme par l'homme, — et de commencer par se faire une place parmi les dirigeants d'aujourd'hui ou de tenter d'installer, le diable sait au nom de quel principe messianique, la plus grotesque et la plus abominable des dictatures.

Contrairement à tous les autres partis, qui prétendent vouloir créer le bonheur au nom d'une entité, le socialisme révolutionnaire, négateur de toute hiérarchie et de toute préséance, ne voit dans l'humanité que des hommes égaux devant la nature, des citoyens du monde sans patrie et sans lois, l'individu étant, en quelque sorte, à lui-même sa propre cause finale.

Procédant du simple au composé, le socialisme libertaire constate que l'individu pour bien se porter et donner le maximum dont il est susceptible, doit être en mesure de satisfaire intégralement ses besoins et ses passions et que seule la réalisation de ce bien-être et de ce bonheur étendus à tous les individus fera naître l'équilibre, la société harmonique.

Les besoins et les passions de l'homme sont en raison de son développement et s'alimentent par Testomac, le cœur et le cerveau.

Se bien nourrir, aimer à sa guise et avoir la faculté de donner à sa pensée toute Tenvolée dont elle est capable, c'est être un homme dans la plénitude du sens que nous attachons à ce mot.

Le but delà Révolution est la réalisation de ces desiderata pour tous les êtres humains sans distinction de couleur, de race, de nationalité, de sexe et d'âge.

Mais comme, de par la fatalité de la constitution de notre planète, le besoin de nutrition prime tous les autres et que les battements du cœur aussi bien que la faculté de penser avec intensité dépendent du fonctionnement normal du tube digestif, c'est un

impératif catégorique de la Révolution que la Terre, dont nous émanons, et les instruments de production, qui sont la création de tous les hommes présents, passés et à venir, deviennent la propriété indivise, le libre usufruit mis à la disposition de tous.

L'expropriation capitaliste et la socialisation des forces productives est le préambule, le Sésame ouvre-toi de la société nouvelle.

Cette expropriation ne s'effectuera ni sur Tordre d'un dictateur, d'un gouvernement ou sur l'initiative de chefs, elle sera, et ne peut être, en raison de cette loi sociale : on 7i'a que la liberté et le bien-être qu'on prends que l'œuvre des intéressés eux-mêmes : les travailleurs.

La révolution sociale sera l'aboutissant logique, fatale de l'évolution socialiste de notre époque comme l'accouchement du nouveau-né l'est de la gestation.

Il serait oiseux et présomptueux de pronostiquer le quand et le comment de la future révolution. Ce qui est cependant certain, c'est qu'économique d'essence, elle ne pourra surgir que de faits économiques.

L'étude attentive des grandes secousses

populaires du passé nous donne une indication précieuse au sujet de Torientation nouvelle que devrait revêtir l'action révolutionnaire lors du prochain soulèvement du prolétariat.

Au seizième siècle, au temps de la Réforme, et plus spécialement pendant la guerre des paysans en Allemagne, en 1525, et plus tard dans la grande Révolution française, de 1789-1794, nous voyons partout que les chefs, qui semblent initier le mouvement, finissent invariablement par prêcher le calme et à s'opposer, dans la mesure de leur^ forces, à l'extension de la révolution.

C'était, il y a quatre siècles, le cas avec les Luther, Calvin, Zv^ingle, etc., etc-

Le même phénomène se produisit pendant la Révolution française du dix-huitième siècle.

Le 20 juin 1789, Mirabeau se fait l'écho de toutes les clameurs, dé toutes les haines du moment en apostrophant, au Jeu de Paume, le sbire du roi par la parole célèbre :

« Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous ne sortirons que la baïonnette dans le ventre. » Après les journées d'octobre de

la même année Mirabeau devient un des piliers de la royauté chancelante.

Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins entraine, exhubérant de jeunesse et vibrant de fougue généreuse, la foule à l'assaut delà Bastille.

En 1793, il essaye de refréner le mouvement révolutionnaire et nous le trouvons parmi les calomniateurs les plus enragés des Hébertistes.

Maximilien Robespierre, qui tremblait devant les victoires des armées républicaines et qui eut ce cri magnifique, sublime de sain fanatisme révolutionnaire : Périssent les colonies plutôt qu'un principe, ce qui voulait dire nous émanciperons les nègres^ nous leur donnerons des droits politiques et sociaux égaux aux blancs, dussions-nous succomber à la tâche, se fait, lui aussi, contre-révolutionnaire, en jetant, par sa fête de rÊtre-Suprême, un pont entre la Révolution et le passé monarchiste et religieux et en préludant par le massacre des Hébertistes à l'avènement de la dictature sanglante du premier Empire.

La Convention nationale, la grande as-

semblée elle-même, Sinaï de la Révolution et de la Pensée humaine selon Victor Hugo, s'effondre dans la boue de Thermidor le jour où le peuple des faubourgs est décimé et qu'elle n'a plus à trembler devant le déclic de la guillotine qui, pendant deux années, avait hypnotisé et tenu en haleine toute l'aristocrapule de TEurope.

L'âme de la Révolution, c'était le peuple, c'était cette foule anonyme, innombrable, enfin réveillée de sa longue léthargie et qui dans sa marche vers le bonheur commun — c'est ce qu^elle entendait par République — venait de son remous gigantesque de balayer la royauté et de jeter sous le couperet vengeur la canaille aristotocratique.

C'est ce peuple, cette plèbe en haillons, ce grand martyr, cet éternel méprisé des privilégiés et des intellectuels, qui a été tout l'élan, toute la générosité, toute la sublime grandeur et toute l'ineffable beauté de la Révolution française.

C'est lui, ce peuple, c'est elle cette foule héroïque, qui met le feu aux châteaux, brûle l'arbre de la féodalité , organise la

chasse aux nobles, prend la Bastille, ramène le roi de Versailles à Paris, fait la République par la grande lessive salutaire de Septembre, crie par la voix de Grégoire : les rois sont dans Tordre moral ce que les monstres sont dans Tordre physique, il faut s'appliquer à les détruire par tous les moyens, — c'est elle encore, toujours elle, qui hurle, tonne avec Danton, de Taudace, encore de Taudace, toujours de Vauda,ce^ qui se lève en masse, refoule la coalition monarchique, décapite la Royauté et installe la Raison à Notre-Dame.

C'est dans le peuple, dans la foule anonyme des militants qu'est le salut. On ne saurait jamais trop le dire, le répéter.

C'est directement, sans intermédiaires ^ et en ne s'inspirant que de son intérêt, de l'expérience du passé et des possibilités du moment que la grande révolte plébéienne et internationale de l'avenir devra agir et lutter pour son émancipation économique et morale.

Pénétrés de cette vérité qu'on n'est bien servi qu'en se servant soi-même, les ouvriers et les paysans, qui se seront décidés à avoir recours

à rarme libératrice de la Révolution, devront régionalement et internationalement unis ,.

organiser, comme ils le firent jadis en Angleterre contre les loups, la grande battue des usiniers et des propriétaires.

L'œuvre de l'expropriation en s'étendant d'usine à usine, de quartier en quartier, de ville à ville, de village en village sans centre directeur^ et en surgissant, en quelque sorte spontanément, partout, des entrailles mêmes des masses spoliées, dérouterait les résistances gouvernementales et administratives et aurait seule chance d'embrasser dans sa marche victorieuse les plus vastes régions, des nations entières, tous les pays à production capitaliste.

Ce n'est qu'ainsi que le peuple de l'atelier et de la charrue pourra conquérir sa liberté et son bien-être et qu'il arrivera à exproprier les expropriateurs pour fonder enfin, sur la base d'airain de la socialisation du sol et des instruments de production, sa République à lui, la République sans frontières, sans dieu et sans maîtres.

idées spiritaalistes , reflets des conditions économiques , les inégalités et injustices qui dérivent de ces dernières, nous opposons la conception scientifique de l'unité de la matière-force.

Il serait aussi oiseux à notre sens de poser la question qui de l'œuf ou de la poule s'est formé le premier, que de disserter à perte de vue sur des préséances qui n'existent pas dans la nature pour établir, — si c'est Tidée qui régit les conditions économiques ou si ce sont les conditions économiques qui déterminent exclusivement la pensée et la manière de vivre. Du reste, la condition économique n'estnelle même qu'un produit historique et géologique , une résultante des aptitudes de la race ou des races qui vivent et ont vécu dans un milieu tellurique donné. Il nous semble donc plus juste de constater qu'il n'est pas plus possible de sépaiper l'idée de ce qui lui donne Timpulsion que la force de la matière et d'en déduire que cette dernière ne se révèle uniquement à notre entendement, que par ses manifestations diverses, telles que sensation, pensée, e*c., etc.

Il est de toute évidence, clair comme un jour sans nuages, que notre mentalité spiritualiste est la cause principale, déterminante, de la position inférieure que la ao-

par conséquent une raison de plus pour glorifier le producteur dans la production et de le mettre enfin à la place d'honneur qui lui est due.

IL — Concentration capitaliste.

Fée bienfaisante aux doigts agiles et inlassables, le travail est le seul dispensateur de bien-être. Il crée les conditions nécessaires à l'existence, engendre Tabondance, la richesse et le luxe et devrait être la joie et la parure de la vie.

Il n'en est rien. Au lieu d'être souverain le travail est esclave du capital et de la propriété, son œuvre, et nous subissons encore cette loi inique et anachroniqiie : la production maîtresse du producteur.

L'avènement du capitalisme , en affranchissant le commerce et le négoce dès entraves médiévales, n'a pas émancipé le travail. Gomme il y a cent, comme il y amille et deux mille ans, le travail ploie toujours sous le règne de la force et du privilège et continue à subir la réprobation atavique de milliers

d'années d'égarement spiritualiste qui pèsent encore de tout leur poids mortifère sur la société moderne.

Ce n'est pas le paysan, qui laboure la terre et l'ensemence, qui récolte en proportion de son effort, les épis de blé que les grands soleils de Messidor ont mûris. C'est encore moins le mineur, héros enseveli vivant et qui dispute à chaque instant son existence précaire à la mort, qui bénéficie des torrents de chaleur et de lumière que son labeur de Titan répand sur la surface de la planète. Ce n'est pas davantage le maçon, qui court sur des échafaudages fragiles pour faire des rentes aux propriétaires, qui vit dans l'aisance et habite les palais qu'il a édifiés au péril de sa vie.

Non seulement il en est ainsi de tous les métiers, de tous les travaux, mais encore la société bourgeoise, qui prétend payer l'effort humain selon sa valeur, rétribue le travail en raison inverse de son utilité sociale. Un aiguilleur, par exemple, qui tient entre sa main calleuse des milliers d'existences et dont la besogne pénible exige une assiduité constante, reçoit à peine cent sous par jour.

tandis qu'une divette, de haute prostitution, gagne facilement cinq cents francs par soirée pour avoir de ses roucoulements saugrenus bercé, pendant quelques instants, la digestion crapuleuse de la classe dirigeante.

Cette désappréciation du travail et cette inique distribution de la richesse sociale est le fait du régime de la propriété privée.

Gomme les ruisseaux vont à la rivière et les rivières à la mer, l'accaparement a été depuis tout temps la tendance, la loi de conservation — dévorer pour ne pas être dé-' voré — de la propriété particulière.

L'avènement du capitalisme n'a fait qu'accélérer cette tendance, inhérente à l'appropriation personnelle du sol et des instruments de production à se concentrer, dans un nombre de plus en plus restreint de mains.

En brisant toutes les entraves qui empêchaient l'industrie moderne de naître, le capitalisme a renversé les digues qui enrayaient jusque-là l'extension de la propriété privée. Il est donc le véritable créateur de la grande propriété terrienne et industrielle.

Mais pendant qu'il édifie la richesse scanda-

leuse et Texploitation intensive, il crée aussi en même temps, par la prolétarisation de la classe moyenne et la concentration des masses ouvrières, les conditions indispensables à l'avènement de la société communiste. Ce processus est lumineusement exposé par Karl Marx dans son œuvre maitresse : Le Capital, 1, chap. xxxii.

Le grand capital, écrit Karl Marx, tire son origine de la destruction des petites propriétés (des petits artisans et des paysans) dans iescfaelies le travail et la propriété privée étaient réellement associés et dans lesquelles le travailleur était aussi le véritable propriétaire de ses moyens de production et du produit de son travail. Cette forme, équitable en soi, de la propriété privée, dans laquelle le travailleur était le libre propriétaire des moyens de travail par lui maniés — le paysan, du champ qu'il labourait; l'ouvrier, de l'outil dont il se servait ingénieusement — <;ette forme, disons-nous, heureuse pour son temps, conforme à la justice et s'identifiant avec le travail, avait le grand défaut d'éparpiller les moyens de production, et ce fractionnement avait pour conséquence de nuire à sa productivité ht à ses moyens d'action. La petite propriété devait périr par ce défaut, et ce qui reste d'elle (petits artisans et petits propriétaires paysans) dépérit de jour en jour, forcée qu'elle est de €éder à la puissance du grand capital agricole et industriel.

La propriété privée, acquise par le travail personnel

et basée, pour ainsi dire, sur Tunion de l'individu, indépendant et isolé, avec les conditions de son travail particulier, a été supplantée par la propriété privée capitaliste, basée sur Texploitation du travail d'autrui.

Aussitôt que ce procédé de transformation, détruisant les petites propriétés, artisanes et paysannes, eut suffisament décomposé la vieille société ; aussitôt que les anciens travailleurs individuels furent convertis en prolétaires, c'est-à-dire en travailleurs séparés de leurs moyens de production; que leurs moyens de travail (ancienne petite propriété) furent convertis en grand capital moderne, la lutte du capital alla encore plus loin ; le grand capital — à sa deuxième phase de développement — combattit le petit capitaliste lui-même .

Grâce à la concentration continue des moyens de production dans les grandes industries, un capital en tue beaucoup d'autres ; mais en même temps, dans le domaine du grand capital priv$, se développent, également et simultanément, la forme coopérative du travail sur une échelle toujours croissante, l'application de la science à la technique, l'exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation des moyens privés de travail en moyens de travail qui ne peuvent plus être employés que socialement, l'entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel.

Mais, à mesure que diminue le nombre des potentats du capital, qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d'évolution sociale, s'accroissent la misère, l'oppression, l'esclavage, la dégradation, l'exploitation, mais aussi la résistance de la

classe ouvrière, sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée, par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L'heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.

Depuis que cette page mémorable a été écrite, l'évolution capitaliste de TEurope et de l'Amérique a confirmé, en tous points, son absolue véracité.

La supériorité productivistedu capitalisme sur la petite production et la concentration des richesses sociales au profit des magnats du capital et des sociétés anonymes, trusts et autres, est incontestable.

Quelques camarades anarchistes, comme Tcherkessoff, dont la bonne foi et l'absolu dévouement à la cause commune ne sauraient être suspectés, en mettant en doute la concentration des capitaux qui se produit sous nos yeux, nous semblent se laisser guider trop exclusivement par leur antipathie marxiste.

La pratique quotidienne, Tévidenee même démontrent la concentration des capitaux.

Il ne s'agit que de regarder autour de soi pour se rendre compte du fait.

L'abaissement constant du taux de l'argent, entre autres, émiette les petits capitaux, dont les détenteurs, pour continuer à vivre sur le pied d'autrefois, se lancent dans la spéculation qui les ruine neuf fois sur dix.

En outre, d'innombrables statistiques officielles, toutes faites par la bourgeoisie qui n'a aucun intérêt à enregistrer la venue fatale de son « fossoyeur, » attestent de plus en plus la loi énoncée par Marx sur la concentration capitaliste.

Du reste, les capitaux ne sauraient échapper à ce qui est une loi de nature, à savoir que la matière attire la matière en raison directe des masses et en raison inverse des carrés des distances.

Il est vrai que dans l'univers illimité, les astres, ces atomes du ciel, conservent leur autonomie. Mais elle est uniquement due à l'infini de l'espace. Les capitaux, ces molécules de la ploutocratie, par contre, ont une

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sphère d'action parfaitement définie, cireonscrite, et doivent, en raison même des lois mathématiques qui régissent Tunivers, se chercher et s'agglomérer.

Il y aura bientôt quarante ans que Lassalle réfuta, dans des écrits restés célèbres, les économistes bourgeois dont la plume vénale s'était mise au service des mensonges capitalistes. Aujourd'hui les Bernstein français et les Jaurès allemands reprennent, pour le compte du Capital, de concert avec la bande famélique des pseudo-socialistes qu'ils traînent derrière leurs chausses, les arguments des Bastiat et des Schultze-Delitsch.

Nous nous refusons de voir dans leurs démonstrations autre chose qu'une preuve de plus en faveur de la croissance socialiste.

Ces bravi de la bourgeoisie tentent de poignarder la Révolution dans le dos en établissant par des statistiques tronquées, que la concentration des richesses est un leurre démagogique, que la petite bourgeoisie, au lieu d'être refoulée dans le prolétariat, se reconstitue sur des bases nouvelles, qu'en vertu même du régime capitaliste le nombre des propriétaires, moyens et petits, augmente et

que la condition ouvrière s'améliore sans cesse.

A ces affirmations astucieuses des agents provocateurs du Pouvoir et du Capital, nous ne répondrons pas. Nous les repoussons du pied, certains que les faits parlent assez haut pour faire crouler tout l'échafaudage de sophismes et de mensonges par lequel les transfuges du Socialisme, devenus les défenseurs in extremis de la société capitaliste, essayent de cacher l'approche de son agonie.

La Révolution communiste est inéluctable.

Elle est l'aboutissant de toute l'évolution économique du xix^ siècle qui la rend non seulement possible/ mais nécessaire. Et cela pour trois raisons surtout :

l"* Caria production capitaliste, après avoir dépossédé de plus en plus de leurs champs et exproprié de leurs outils les cultivateurs et artisans, devenus prolétaires par l'agglomération ou la concentration des capitaux, transforme sans cesse ces paysans sans pays ef ces producteurs, divorcés malgré eux de leurs instruments de production, en soldats de la Révolution. Ces dépossédés trouvent dans les fiefs capitalistes, les trusts et les grandes pro-

priétés terriennes les matériaux voulus pour initier le mode de production communiste.

2^ Gair actuellement déjà il se crée en Europe et aux États-Unis d'Amérique deux à trois fois plus de denrées alimentaires et de produits industriels qu'il ne faudrait pour que chaque être humain puisse, ses besoins de nutrition, d'habitat et de vêtements satisfaits, jouir d'une parfaite aisance. La misère n'est pas due à lapénurie des produits, mais à leur mauvaise distribution. Elle est un crime social, non une loi de nature.

3^ Car enfin Tembryon de la société communiste de demain se rencontre à l'heure qu'il esfjusque dans l'évolution capitaliste elle-même dont l'incessant perfectionnement technique permettra à la Révolution, dès son début, de réduire à 3, à4 heures par jour, au grand maximum, l'effort cérébral et musculaire nécessaire de chacun tout en triplant, quintuplant et en décuplant avec facilité la production générale.

Dans les pays à production capitaliste la concentration des richesses est naturellement en raison de l'intensité de ce mode de production.

Chez les Slaves, où le capitalisme ne date que d'hier, la concentration industrielle n'est encore qu'à ses débuts, tandis que chez les Anglo-Saxons, en Angleterre et aux États- Unis notamment, qui inaugurèrent les premiers Fère de la liberté commerciale,ragglomération capitaliste atteint un tel degré d'intensité, que la féodalité ploutocratique est à la veille de mettre le pays entier à la merci de quelques centaines de propriétaires fonciers et de syndicats de milliardaires.

L'Allemagne et la France retardent encore sur les contrées anglo- saxonnes, quoique la première, qui était distancée par la France il n'y a qu'une génération, soit en train de concurrencier l'Angleterre et de s'américaniser à vue d'œil.

En Russie, oùlagrandeindustrieneprend que depuis peu d'années une extension rapide et ou Tagriculture, encore rudimentaire, prédomine, la concentration des champs a cependant atteint un point qui ne saurait être dépassé sans déchaîner une jacquerie formidable.

Avec letsar — gospodi pomiloui — cent mille nobles possèdent dans ' ce pays les

^5/100 du territoire (1) national, soit 714,983,043 acres. Les 35/100 qui restent sont repartis entre une cinquantaine de millions de paysans.

Cent mille étant 1/500 de cinquante millions aux yeux de la Russie tsariste et nobiliaire^ un noble vaut cinq cents fois plus qu'un paysan, ce qui traduit en langage socialiste signifie que V existence d'unnoble est faite de la misère de cinq cents paysans.

Cet accaparement monstrueusement criminel du sol russe par la famille Romanoff et les cent mille pomechtchiks ou propriétaires fonciers nobles, qui sont les véritables landlords du pays, est la cause unique de la faminfe qui sévit à Tétat chronique dans les isbas (2) des moujiks.

Pendant que dans TEurope occidentale la statistique accuse 17 à 26 décès annuels sur une population de mille âmes, le chiffre des morts monte en Russie, pour le même nombre d'habitants, à 42, ce qui constitue pour l'empire des tsars environ 20 décès annuels

(1) The Statesman's Year Book de 1901. 1 acre = 40 ares n centiares ou environ 4/10 d'hectare.

(2) Sorte de cabane misérable, construite en bois et recou- Terte généralement d'un toit de chaume .

en plus par mille habitants que dans les autres pays d'Europe. Il n'y a donc aucune exagération à dire que le régime tsariste et nobiliaire, qui avoue officiellement pour la Russie 842,729 détenus de droit commun et 77460 exilés politique en Sibérie, sans compter les prisonniers dans les cachots militaires, les paysans enfermés par milliers dans les maisons-de correction, tue, assassine annuellement au bas mot 2,300,000 êtres humains.

Ces faits, rigoureusement exacts, donnent au peuple russe, aumoujik et à l'ouvrier, non seulement un droit sur la vie de ses nobles, mais lui imposent le devoir strict de venger les humiliations et les coups de knout séculaires sous lesquels, luiet les siens, ont étayé la scandaleuse richesse des bandits titrés et galonnés, qui font de la Russie un pays de silence et de mort, un vaste cimetière. Les « Vêpres Siciliennes » ouïes « Pâques rouges » du prolétariat russe ne seront même pas un acte de vengeance naturelle contre ses bourreaux, mais une simple mesure de légitime défense, le cri de la conscience humaine enfin révoltée, la volonté d'être, de vivre. Ce

n'est que lorsque l'ombre de Marat se sera dressée devant la noblesse russe et que le Çaysan aura fait vomir à ses maîtres, dans un dernier hoquet, tout ce qu'ils lui ont extorqué de père en fils, que l'aurore d'une ère nouvelle, gage de paix et de bien-être, pourra se lever sur les plaines de la Russie.

Allemagne. — L'Allemagne, au point de vue de l'agriculture et de la division du sol, tient le milieu entre l'Angleterre et la France. Dans le nord etnord-est, au Mecklembourg, en Poméranie et dans tout l'est de la Prusse, c'est la grande propriété qui domine ; danis le sud, le centre et l'ouest de l'empire, le sol est morcelé comme en France, même davantage.

D'après la statistique de 1895 ily avait, sur les 43,284,742 hectares du sol cultivé de l'empire allemand, 5,558,317 exploitations agricoles dont :

3,236,367 de moins de 2 hectares = 58,22 O/o 1,016,318 de 2 à 5 hectares = 18,29 O/o

Total. . . 4,252,685 = 76,51 O/o

Sur les 1,305,622 qui restent il n'y avait que 306,828 propriétaires possédant plus de 20 et seulement25,061 plus de 100 hectares chacun.

L'énorme majorité des exploitations agricoles est si minuscule qu'elle ne peut même tirer le profit voulu d'une charrue à attelage, à plus forte raison de machines. 580/0 de ces exploitations sont trop petites pour nourrir leurs propriétaires. Aussi le recensement de 1895 enregîstre-t-il sur le chiffre total des agriculteurs 20 pour lOOcommeayant un métier accessoire ; 717,000 exploitation rurales appartiennent à des salariés agricoles,791,000 à des salariés industriels, 704,000 à de industriels autonomes.

Des 5,558,317 propriétaires d'exploitations agricoles, 2 millions seulement, c'est-à-dire 33 pour 100 sont des agriculteurs indépendants sans métier accessoire.

Par contre la grande propriété occupe en Allemagne environ 33 O/q du sol cultivé réparti entre 67 yî85 propriétaires sur 5,558,317, par suite 1,22 pour 100.

De ces 67,185 gros propriétaires de plus de 50 hectares qui possèdent 1/3 du sol national et qui constituent à peine l,2pour 100 du nombre total des agriculteurs, selon le D'^ Rudolf Meyer, 62 très riches propriétaires de terres nobles possédaient en 1855 en Poméranie

229 biens. Les mêmes propriétaires possédaient, en 1891, 485 biens avec une superficie de 261,795 hectares. Les familles auxquelles appartenaient ces 62 propriétaires et qui comptaient 125 membres en 1891 possédaient, en 1855, 339 propriétés, et en 1891, 609 d'une contenance de 334,771 hectares. En outre, 62 propriétaires fonciers nobles, assez riches, possédaient, en 1855, 118 propriétés, en 1891, 203 d'une contenance de 147,139 hectares et enfin 35 riches propriétaires bourgeois pos* sédaient, en 1891, 94 propriétés d'une superficie de 54,000 hectares. En 1855, 13 des riches propriétaires bourgeois possédaient 25 propriétés en 1892, 41. Les autres 22 ne possédaient, en 1855, pas .une propriété ; en 1891, ils en possédaient 53. En outre le docteur Rudolf Meyer cite encore 76 propriétaires nobles possédant 182 propriétés d'une contenance totale de 109,950 hectares et 119 propriétaires bourgeois, possédant 795 biens avec ensemble 131,198 hectares.

Pour de la concentration, c'est de la concentration.

Mais il y a encore mieux et le citoyen

Kautsky, auquel nous empruntons ces détails, cite(l), diaprés « Les Recherches de statistique agricole » du professeur J. Conrad, les Grésus suivants :

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