TRAVAIL
Pour 100.
Pour 100.
Ualie ....
Autriche .
Suisse. .
Espagne. .
Russie. .
France . .
Allemagne
Belgique .
Gdo-Bretagne.
Etats-Unis . .
(1) 1 dollar = 5 fr. 15 cent.
On peut donc affirmer, à Tappui de ces chiffres, que l'ouvrier en moyenne ne touche môme pas 30 pour 100, moins qu'un tiers, de la valeur de sa production.
Non seulement les salaires n'augmentent qu'en raison inverse par rapport à la production, mais l'ouvrier a encore un intérêt de premier ordre de produire aussi peu et aussi mal que possible pour éviter la surproduction.
La surproduction est l'écueil du travailleur. Au lieu de profiter à tous, comme ce serait le cas dans une société communiste, elle aggrave au contraire la détresse ouvrière.
L'arrêt forcé de travail qu'elle occasionne frappe toujours le prolétaire dans son gagnepain, soit qu'il s'agisse de permettre l'écoulement des marchandises entassées, soit, perspective autrement douloureuse pour lui, que le patron ferme définitivement son usine ou son chantier pour transporter ses capitaux sur un autre champ d'activité.
Les perfectionnements de la technique ou du machinisme et les découvertes, pour aussi prodigieuses et géniales qu'on. les suppose, ne sauraient non plus tirer la classe ouvrière
de Tenfer du salariat. En régime de propriété privée tout progrès, toute amélioration de l'outillage, deviennent pour le travailleur, le créateur de toute richesse, une source nouvelle de gêne et de misère. Supposons une Usine qui occupe 500 ouvriers travaillant en moyenne à 4 fr. 50 par jour et produisant une certaine quantité que nous désignerons par le chififre mille. En admettant la découverte d'une machine qui puisse produire, avec 250. ouvriers, une quantité égale ou supérieure à mille, 250 travailleurs seront jetés hors de l'usine, partant condamnés au chômage et à la faim, pendant que leur patron aura doublé son gain quotidien.
La surproduction, le perfectionnement du machinisme et les découvertes géniales sont, pour tout dire, avec le salariat, du bénéfice pour le Capital et de la misère accrue pour le Prolétariat dont ils grossissent sans cesse l'armée innombrable des sans-travail I
La prochaine Révolution prolétarienne et internationale, sous peine de faillir à sa mission et de voir ses défenseurs étouffés dans le sang,, devra briser le cercle vicieux de la production capitaliste.
La prise de possession et la mise en commun du sol et des instruments de production rendra le peuple travailleur maître des incalculables richesses que recèle la Terre.
Ces richesses, mises égalitairement à la disposition de tous, suffiront, dès le début de la Révolution, à assurer une large aisance à chacun.
En échange d'un travail quotidien de quelques heures par adulte, nous l'avons vu plus haut, chaque être humain trouvera, comme don de joyeux avènement de la Sociale, en plus de l'habitat et de la nourriture à discrétion, une somme de bien-être correspondant à 2,500 fr. par an.
Mais aussitôt que le travailleur aura pris possession des richesses delà planète et que de salarié il sera devenu un homme libre, la production elle-même prendra un essor inconnu de nos jours.
Nous n'avons pas la prétention de dire ce que sera, dans ses détails, la prochaine Révolution et comment elle procédera. Gela dépendra des événements, que nous ne saurions prévoir, et de la force de résistance
J.P"iU,--"l
qu'offrira la réaction. Néanmoins il n'est pas téméraire d'affirmer que la clef de voûte de la société nouvelle est dans la prise d e possession totale du sol et des instruments de production par les travailleurs et que seule l'organisation communiste de la distribution des richesses assurera, avec la fin du salariat, l'émancipation intégrale du Travail.
Les collectivistes, qui préconisent l'expropriation partielle par la conquête d'un état dit ouvrier et une répartition des produits selon la valeur du travail personnel, ne sont que des demi-socialistes ou des bourgeois honteux. Établir, sous une forme quelconque, un étalon de la valeur pour mesurer l'effort humain , serait simplement renouveler le principe fondamental du salariat avec toutes les injustices et inégalités qui en découlent. Une telle révolution serait tout au plus à l'émancipation du Travail ce que le protestantisme est à la Libre-Pensée ou la monarchie constitutionnelle à la République démocratique. Un mi-terme, qui ne contente personne et qui ne résout rien.
Dire, comme le font les collectivistes, partisans de la théorie de « l'échelle des salaires >,
que rheure de travail du médecin vaudra deux ou trois heures de travail de la garde-malade dénote des arrière-pensées de domination contre lesquelles nous ne saurions jamais nous élever assez. Dans cette appréciation méprisante des soins de la garde-malade, nous voyons en outre reparaître tout le passé d'inégalité et d'injustice, d'aristocratie et de mysticisme qui a séculairement consacré la supériorité du travail intellectuel sur le travail manuel. Sauver de la tempête révolutionnaire ce legs des sociétés mortes serait détourner la Révolution de son but et équivaudrait à reconstruire sur des bases nouvelles l'organisation sociale que nous voulons détruire.
Nous n'admettons pas plus ces classitications arbitraires du travail que nous souscrivons à la tactique que préconise le collectivisme étatiste envers lapetite bourgeoisie.
N'étant ni député ni candidat, nous n'avons aucun intérêt électoral à affirmer la possibilité de l'expropriation des financiers et des grands propriétaires sans que la classe moyenne soit atteinte dans le terre-à-terre de ses préoccupations quotidiennes.
Certainement , en supprimant tout le rouage répressif et coercitif de l'État, et en première ligne TArmée, TÉglise et la Magistrature, Tobjectif principal de la Révolution sera de socialiser d'abord ce qui est d'or et déjk socialisabley c'est-à-dire le grand capital et les grandes propriétés terriennes.
Mais vouloir conclure de là, que la mainmise révolutionnaire sur les sources vives de la production capitaliste n'amènerait pas une perturbation profonde dans le modus Vivendi du petit propriétaire et du petit exploitant, est réellement recaler les bornes de la naïveté ou de la mauvaise foi.
Deux modes de production aussi diamétralement opposés que le capitaliste et le communiste, ne peuvent pas subsister Tun à côté de l'autre.
Par la force des choses, la Révolution prolétarienne atteindra dans sa situation de possesseur et d'exploitant le petit propriétaire et le petit industriel, qui seront entraînés dans Torbite de Tordre communiste.
Loin d'y perdre, du reste, ces tenants têtus du passé y gagneront. Ils perdront évidemment leurs titres de propriété, mais ils
y gagneront en bien-être, en sécurité et en dignité.
Pas plus anti-socialiste et relevant de la même mentalité que les idées de nos socialistes étatistes sur la distribution des richesses dans l'avenir, est la sempiternelle objection que les bénéficiaires de la société bourgeoise adressent aux révolutionnaires sous cette forme stéréotypique : « Que ferezvous des paresseux et qui voudra faire le vidangeur dans votre société ? »
Les paresseux se trouvent généralement dans le clan de ceux qui nous font des questions de ce genre et il nous semble qu'ils devraient s'estimer très heureux du dédain qu'ils inspirent aux révolutionnaires.
Il serait, du reste, vraiment absurde et absolument contraire à l'essence des principes communistes et libertaires de reconstituer rÉtat avec ses prisons et ses bagnes pour amener à résipiscence une poignée de fainéants.
Le remède contre ce déchet de la société actuelle serait plus dangereux que le mal.
L'homme, par nature, n'est pas paresseux.
Il a, au contraire, en lui une somme d*ac-
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tivité qui ne demande qu'à se faire valoir. Le travail pour vivre d'une vie saine et normale est aussi indispensable à l'organisation humaine que lîair et la nourriture. C'est la méconnaissance chrétienne de cette vérité qui a rendu les aristocrates pléthoriques et inaptes à comprendre qu'en communisme anarchique le travail, libre et volontaire, loin d'être un épouvantail, deviendra le condiment le plus envié de l'existence. Quanta la boutade mondaine « qui voudra faire le vidangeur », nous nous contenterions simplement de lui rendre la monnaie de sa pièce en désignant les ex-nobles et les ex-millionnaires comme spécialement qualifiés pour cette besogne si l'intérêt général, qui dans un milieu communiste s'identifie avec celui de chacun, ne nous était un garant que le perfectionnement technique aura vite fait d'avoir raison des travaux pénibles et répugnants.
Aussitôt que les dernières balles auront été échangées et que la Révolution sera restée maîtresse du terrain, le devoir urgent qui s'imposera aux révolutionnaires , sera d'organiser, pour la première fois qu'il existe
une histoire, un service véritablemeut public.
Ce service pourra se faire de quartier en quartier par les intéressés eux-mêmes et
isolé de la société, retournerait, si une telle supposition était réalisable, dans quelques générations, à son état préhistorique.
Tout ce que nous sommes, c'est presque une rédite de l'affirmer, nous le devons à l'ambiant qui nous entoure et au travail accumulé des centaines de générations qui nous ont précédés. Vouloir déterminer dans cet enchevêtrement de labeurs et d'efforts la part exclusivement personnelle qui nous revient , constitue une impossibilité mathématique.
Gomment établir, par exemple, la part qui revient à chacun des 52 ouvriers et ouvrières, qui dans les ateliers de Lynns au Massachusetts (1) participent à la confection d'une bottine de femme — les façons durant à peine quelques secondes et se reproduisant des milliers de fois dans la même journée.
L'effort strictement personnel serait-il, par impossible, évaluable, qu'il* n'est nullement démontré qu'à un travail exceptionnellement productif correspondrait équitable-
(1) Journal de la Société de Statistique, Janvier 190Ô.
ment une rémunération plus élevée. L'homme donne selon ses capacités, et celui qui produit davantage ne dépense, tout compte fait, que la même somme d'efforts que celui qui donne peu, ce qui en bonne justice doit établir le droit pour tous à l'égalité économique, à la consommation selon les besoins respectifs.
Dans la société nouvelle, issue de la révolution communiste, la consommation doit être libre et volontaire.
Les denrées alimentaires et les produits manufacturés, nous l'avons vu du reste, seront en telle abondance qu'an heurt n'est pas à craindre.
Si, par impossible, dans les premiers temps, il y avait pénurie pour certains articles, leur rationnement égalitaire s'imposerait avec la seule réserve d'avantager dans la distribution les infirmes, les malades, les femmes enceintes et les enfants.
Pour la génération qui suivrait la révolution et jusqu'à ce que la société communiste se soit tassée, un contrat synallagmatique pourrait aussi intervenir entre les groupes producteurs et les individus.
La base éventuelle d'un tel contrat trouverait son expression palpable dans un arrangement qui stipulerait, par exemple, que la société^ représentée par la fédération des groupes producteurs, garantit k chaque travailleur la libre jouissance de ses maisons^ magasins, moyens de transports^ ynusées^ bibliothèques^ théâtres, etc,^ etc. ^k condition que de 18 ou 20 ans jusqu'k 45 ou 50 il consente k consacrer^ dé falcation faite des jours de repos et de deux k trois mois de vacances par an, 3 à 4 heures de travail quotidien k Vun des travaux reconnus nécessaires pour vivre.
Une entente de ce genre serait plus que suffisante pour assurer l'aisance à tous.
Les embryons d'organisations communistes, qui existent dans le sein de la société actuelle, tels que postes, voies publiques, certains services publics, comme ceux de Glascow, etc., etc., pour aussi rudimentaires qu'ils soient et malgré la tutelle étatiste qui les comprime, sont néanmoins une indication précieuse de la capacité productiviste du communisme.
Depuis deux siècles la richesse de l'Eu-
rope a augmenté plus de cinquante fois.
Après la suppression de la corvée et de la dime féodale la production a pris un développement inconnu jusqu'alors. De nos jours, malgré l'étreinte mortelle du capital, l'ouvrier voit en moyenne, de parTamélioration du matériel, sextupler sa force de travail.
Avec la même dépense d'énergie physique nous pouvons faire cinq fois plus de chaussures, trois fois plus de coton, quatre fois plus de charbon, quatorze fois plus de laine qu'il y a soixante ans.
A plus forte raison l'humanité fera un pas de géant le jour, où, avec là prise de possession et la mise en commun du sol et des instruments de production, le bénéfice du capital, qui n'est pas d'un dixième, comme la dîme féodale, mais de sept dixièmes, disparaîtra et qu'avec l'organisation communiste selon les besoins humains, les bras inoccupés d'aujourd'hui viendront contribuer, d'une façon inévaluable à l'accroissement de la richesse générale.
La somme de bien-être que pourront fournir les sans- travail sera vraiment prodigieuse, si l'on pense, que sur le sol des prairies
d'Amérique cent hommes, aidés de machines, peuvent, en quelques mois, produire le blé nécessaire pour la vie de 10,000 personnes pendant un an, que cent hommes fabriquent de quoi vêtir une population de 10,000 habitants pendant deux ans et que dans les mines de charbon cent hommes aussi extraient par an de quoi chauffer pendant une année 10,000 familles.
William Heyle dit que tous les besoins pourraient amplement être satisfaits, dans une société communiste, si chacun travaillait 1 heure 15 minutes par jour, à savoir 30 minutes pour l'alimentation, 15 minutes pour rhabillememt et 30 minutes pour le reste. Henri de Beaumont écrit également dans L'Économiste français^ page 281, colonne 1, ligne 16 et suivantes, que le travail de 7 hommes suffit pour cultiver le blé, le battre, moudre la farine, pétrir le pain et le faire cuire de façon à nourrir un millier d'hommes. Cela veut dire, que 7 jours de travail donnent 1,000 jours de nourriture, soit un peu plus de 10 minutes de travail pour la nourriture d'un jour.
Illimités seront les horizons nouveaux.
ouverts par la prochaine révolution sociale.
Kropotkine établit, avec chiffres à Tappui, dans son beau livre La Conquête du Pam, que les habitants des départements de la Seine et de Seine-et-Oise, pourraient abondamment se nourrir de leur sol, devenu propriété commune, si on suppose que la moitié seulement des adultes valides (hommes et femmes) de ces deux départements veuille s'occuper d'agriculture. A cet effet, dit Kropotkine, il faudrait répartir les 70,000,000 de journées de travail nécessaires entre 1,200,000 individus, ce qui donnerait par an 58 journées de travail de 5 heures pour chacun de ces travailleurs.
Quel grand résultat pour un si léger effort !
Les chutes du Niagara égalent 2,000,000 de chevaux-vapeur ou le travail de 150,000,000 d'hommes.
Rien qu'avec la houille seule l'humanité possédera dix millions de chevaux-vapeur qui représentent la force de 800,000,000 d'hommes environ, et ce que donneront les courants et les flots de l'Océan utilisés défie tout calcul.
L'homme-dieu de demain pourra intensi-
fier à rinfini la production et créer à volonté les richesses sociales.
« Quand le peuple saura, vouloir, la périphérie et le centre seront partout (1). » L'antagonisme des intétèts aura fait place à la Concorde, la contrainte à la Liberté, la prostitution à TAmour. La malfaisante parole du fameux Nazaréen, « il y aura toujours des pauvres parmi vous, » aura perdu toute signification et sur les décombres de la vieille société, de servitude et de faim, s'élèvera, fière et joyeuse, la cité égalitaire de l'avenir.
(1) Traduction libre du vers de Goethe :
« Natur ist weder Kern norh Schaale, « Ailes ist sie mit Einemmale.