LA CROYANCE
A l'iNFAILLIBIUXE du chef de L^£GLISE<
ha croyance à V infaillibilité du chef de V Eglise en matière de foi est si véritablement catho^ lique, que te petit nombre de ceux qui Font contestée Vont confessée en la contestant.
En liie servant de ces expressions : Le petit nombre de ceux qui l'ont contestée, — je ne fais allusion ni à Tillustre. clergé français, ni aux £dèles de la France catholique ; je parle du Ga/licanisme^ c^est- à-dire d'une école qu'il ne faut pas confondre avec l'Eglise catholique en France. Depuis S. Irénée jusqu'à Fénelon , pour ne rien dire de ses grands évêques de notre temps, l'Eglise de France n'a jamais démérité le nom de fille aînée de l'Eglise Romaine. La déclaration de l'assemblée de 1682 n'est qu'une note discordante dans le concert des voix de l'Episcopat
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français. Celte dëclaralion n'a pas été celle de l'épiscopat, mais des évêques choisis par la cour, et dont plusieurs eussent été plus loin que les quatre articles^ sans Tinterven lion de Bossuet.
Ecoutons la vraie voix des évêques de France. Dans rassemblée qu'ils tinrent àMelun,en 1579, ils proposent à tous les fidèles <i pour règle de ieur croyance , ce que croit et professe la sainte Eglise de Rome , qui est la Maîtresse , la Colonne et l'Appui de la vérité ; parce que toute autre Eglise doit s'accorder avec celle-là , à cause de sa principauté (1) »
On reconnaît dans cette voix le fidèle écho de celle de S. Irénée de Lyon.
En 1625, les évêques, re'unis en assemblée générale, écrivent aux autres évêques du royaume:
« Les évêques seront exhortés à honorer le Siège apostolique et l'Eglise Romaine , fondée sur la promesse infaillible de Dieu, sur le sang des apôtres et des martyrs , la Mère des Eglises, et laquelle , pour parler avec S. Athanase , est comme la Tête sacrée par laquelle les autres Eglises, qui ne sont que ses membres , se relèvent, se maintiennent et se conservent. Ils respecteront aussi noire Saint Père le Pape, Chef
(1) O.lespun, Concilia hovissima Galliîe , Pariàiis , 1646 , pag. 87.
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visible de TEglise universelle, Vicaire de Dieu en. terre, Evéque des évêques et patriarches, auquel Vapostolat et répiscopat ont eu comment 4:ement , et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Eglise, en lui baillant (donnant) les clefs du ciel avec V infaillibilité de la foi, que Von a vue Tniraculeusement demeurer immuable en ses .sisccesseurs jusqu'aujourd'hui. Ce qu'ayant obligé les fidèles orthodoxes à leur rendre toutes sortes d'obéissance , et à vivre en déférence k leurs saints décrets et ordonnances, les évêques seront exhortés à faire la même chose , et à réprimer, autant qu'il leur sera possible, les esprits libertins qui veulent révoquer en doute et mettre en compromis cette sainte et sacrée autorité^ confirmée par tant de lois divines et positives ; et, pour montrer le chemin aux autres, ils y déféreront les premiers (1). »
L'Eglise de France confesse donc avec toutes les Eglises de l'univers, non-seulement la primauté , mais r infaillibilité de Pierre et de ^es successeurs.
Elle la confesse de nouveau par les trente et un évêques qui écrivent au pape Innocent X,en
(1) Avis aux Arclievêques et Evêques de France , art. 137. (Collecft. des procès-verb. des assemblées générales du clergé de Francp, édit. de Pans. 1768, t. 2, Pièces justîf. p. 95.)
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1653, au sujet de la condamnation des cinq propositions de Jansénius. Voici leurs paroles :
« Dès les premiers temps, TEglise catholique, appuyée sur la communion et rautorité seule de Pierre, souscrivit sans hésitation et sans délai aucun, absque cunctationey à la condamnation de rhérésie pélagienne, prononcée par Innocent dans son décret adressé aux évêques d'Afrique , et qui fut suivie d'une autre lettre du pape Zozime, adressée à tous les évêques de Tunivers^ Elle savait, non-seulement par la promesse de notre Seigneur Jésus-Christ faite à Pierre, mais encore par les actes des anciens Pontifes, et par les anathèmes dont le pape Damase avait frappé récemment Apollinaire et Macédonius , avant qu'aucun concile œcuménique les eût condamnés ; elle savait que les jugements portés par les Souverains Pontifes, en réponse aux consultations des évêques /70wr établir une règle de ybf,jouissentégaIement (soit que les évêques aient cru devoir exprimer leur sentiment dans leur consultation, soit qu'ils aient omis de le faire) d'une divine et souveraine autorité dans l'Eglise universelle; autorité à laquelle tous les chrétiens sont obligés de soumettre leur esprit même. Nous donc aussi, pénétrés des mêmes sentiments et de la même foi, nous aurons soin que la constitution
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donnée d'après Tassislance du Saint-Esprit, par
Votre Sainteté soit promulguée dans nos
Eglises et diocèses, et nous en presserons même Texécution à Tégard du peuple fidèle. Ceux qui auront la témérité de la violer, ne manqueront pas d'être punis suivant les termes de la constitution même et du bref que Votre Sainteté nous a écrit ; en sorte qu'ils subiront les peines portées contre les hérétiques (1). »>
Quoi de plus clair? « Les jugements, portés par les Souverains Pontifes, pour établir une rtgledefoiy soit que les évêques expriment leur sentiment , soit quils omettent de le faire , jouissent d'une divine et souveraine autorité dans VEglise universelle , autorité à laquelle tous les chrétiens sont obligés de soumettre leur esprit même. »
C'est donc aussi bien sur ta tradition de l'Eglise de France que sur la tradition de toutes les autres Eglises que Muzzarelli appuie la thèse victorieuse que nous avons cilée (2), et ce n'est paa l'Eglise de France , mais l'assemblée de 1682 qui se borne à dire que « dans les questions de la foi, le Souverain Pontife a la principale part, et que ses décrets regardent toutes les Eglises et cha-
(1) Recueil des actes du clergé de France.
(2) Chap. VIII.
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cune en particulier, mais que son jugement n'est pourtant pas irréformable, à moins que r Eglise ny ait donné son consentement (1). »
(1) 11 est inutile de traiter ici , ex professe, de la dédUtr»tion de 1682. Le Cardinal Litta , dans ses vingt-neuf lettres sur les quatre arlicles dits du clergé de France^ n'a rien laissé à dire sur le fond même de ces articles, et les Recherches historiques sur l'assemblée du clergé de France de 168â, que vient de publier un magistral français, M. Gérin , juge au tribunal de la Seine, ne laissent plus rien à dire non plus sur TÂssemblée elIe-Uiême Voici le bref que S. S. Pie IX vient d^adresser à Tauteur :
Cher fils, salut et bénédiction apostolique.
u Nous avons accueilli avec la plus grande faveur, cher fils, vos Recherches historiques sur la Déclaration du clergé de France. Jamais, en effet, Topportunîté d'un pareil ouvrage ne s est fait sentir autant que dans les circonstances présentes ; et votre qualité de laïque, votre titre de magiskat, en vous assu<rant un rang exceptionnel, donnent à votre travail la plus grande autorité dans une matière qui est loin de plaire à tout le monde. Bien des écrivains ont déjà démontré avec assez de clarté et de solidité, que cette déclaration du clergé de France, si opposée à l'autorité pontificale et au pouvoir ecclésiastique, rendue dans l'assemblée de 168^, n'était conforme ni au sentie ment commun, ni à celui de la majorité; qu'elle n'avait pas été émise en toute liberté et conscience, mais plutôt sous l'empire de la crainte ou en vue de lu faveur royale ; qu'elle n'avait pas été longtemps maintenue, mais qu'elle fat bientét rétractée par ceux-là même qui avaient travaillé soit â la faire admettre, soit à la publier ; qu'elle n'avait été enfin pour l'Eglise gallicane la source d'aucune gloire, d'aucune liberté, mais plutôt une tache et une vraie servitude. Ce que d'autres auteurs ont soutenu, appuyés qu'ils étaient sur l'histoire de cette époque et sur de solides arguments. Nous nous réjouissons de le voir confirmé par les témoignages authentiques que vous ap<-