DU CHEF DE L EGLISE
L'Eglise de France dit, au contraire , que dans les questions de la foi les jugements des Souverains Pontifes jouissent dune divine et souveraine autorité dans toute V Eglise, et que tous doivent s'y soumettre desprit et de cœur^ soit que r Episcopat exprime son consentement, soit quil omette de le faire; et TEglise de France dit pourquoi Tautorilé de ces décrets est divine et souveraine, c'est-à-dire irréformable : c'est parce que « Je'sus-Christ a fondé son Eglise sur Pierre en lui donnant les clefs du ciel avec rinfailii" bilité de la foi y que Ton a vue miraculeusement demeurer immuable dans se^ successeurs jusqu'aujourd'hui. »
Voilà bien la foi de l'Eglise de France, comme de toutes les Eglises de la catholicité.
portez. V^otre travail eu effet, ne st^rvîra pas peu à dissiper des préjugés, à fermer l'entrée aux sophismes, à persuader, enBn, à tous que les Eglises particulières sont d'autant plus fortes et d'autant plus glorieuses qu elles sont unies par un lien plus étroit au Souverain Pontife, à qui Notre-Seigneur a conféré, dans la personne de Pierre , la primauté d'honneur, de juridiction, d'autorité et de pouvoir sur l'universalité des fidèles. Puisse cette lettre vous affermir et augmenter votre ardeur pour la défense de la vérité ; et, en attendant, recevez comme gage de la grâce céleste et comme assurance de notre paternelle tendresse , la bénédiction apostolique que Nous vous accordons avec grand amour. »
Donné à Rome près Saint-Pierre, le 17 février 1869, la
^ année de notre pontificat.
1 30 LA CROYANCE A L^INFAILLIBILITE
Si nous voulons maintenant nous convaincre que le gallicanisme lui-même a confessé cette foi tout en paraissant la contester, il nous suffira d'entendre le plus autorisé de ses théologiens, Touraely; le génie supérieur qui lui sert trop souvent d'excuse, Bossuet; et de juger ensuite de la foi du gallicanisme par ses œuvres.
« En présence de la nuée des témoins de tous les siècles invoqués par Bellarmin ettant d'autres, dit Tournely , nous ne pouvons dissimuler qu'il est bien difficile de ne pas reconnaître Vinfail' lible autorité du Saint-Siège ou de l'Eglise Romaine ; mais il est plus difficile encore de la concilier avec la Déclaration du clergé gallican (de 1682) de laquelle il ne nous est pas permis
de nous écarter (i).»
On voit que le caractère n'est pas toujours à
la liaitLeur de la science. Mais enfin, la science
parle assez haut pour faire rougir le caractère.
Oui, il est si difficile, en présence de toute la
tradition, de ne pas reconnaître Vinjaillibilité du
Saint-Siège^ que Bossuet, à son tour, la recon-
(1) u Non dissiuiulandum, difficile esse in tanta testimonioriim mole, quse Bellarminus, Launoius et aliî congerunt, non recognoscere Apostolîcse Sedis, seu Romande Ecclesiœ certain et infallibilem auctoritatem; at longe difficilîus est ea conciliare cum Declaratione cleri gallican! a qua reccdere nobis Twn permittilur. » (Prselect. tlieol. De Eccles. q. ë. art. 3. — Edit Par. 1727. t. 2. p. lU.)
DU CHEF DE l'ÉGLISB. 1 3 f
naît et la confesse en paraissant la contester. Il la confère, car il affirme avec toute la catholicité que le Saint-^Siége, en vertu des promesses de son divin Fondateur j ne peut jamais Jaillir (1). — » Mais il paraît la contester, en distinguant le Siège oa la Chaire de Pierre, du Pontife qui s'y trouve assis !
La foi de TEglise Romaine, selon le rédacteur de la Déclaration, est indéfectible, quoique renseignement du successeur de Pierre ne soit pas infaillible : le Souverain Pontife peut , même lorsqu'il parle ex cathedra, enseigner momenta^^ nément Terreur, dans laquelle il ne persévérera pas, car les promesses de Jésus-Christ sont là.— Mais où ces promesses distinguent-elles entre le Siège apostolique et le Prince des Apôtres ? Et comment ose-i-on invoquer ces promesses plutôt pour empêcher le Pape de persévérer dans Tcrrenr que pour Tempêcher d'y tomber, dit le cardinal Gousset? Ni les Pères, ni les Conciles^, m les Souverains Pontifes, n'ont jamais distingué entre la Chaire de Pierre et les Successeurs de Pierre. Cette di^inction était inconnue des anciens r Tantiquité ne nous en offre aucun vertige, et TEglise de France, avant et après 1682, ne se sépara pas de Tantiquité. Elle lui resta fidèle à
^ (1) Gallia orthodoxa, lib. X, c. 7.
1 e32 lA CROYANCE A l' INFAILLIBILITE
répoque même de rassemblée de 1682, car c'est alors que Fénelon, digne organe des Evêqnes de France que la crainte de la cour ne put atteindre, parlait ainsi de Topinion qui distingue entre la chaire de Pierre et les successeurs de Pierre : « Cette opinion répugne évidemment aux paroles de la promesse faite par Jésus-Christ, et à toute la tradition. — On peut dire justement de cette chimère, de hoc commento, ce que S. Augustin disait à Julien : « Ce que vous dites est étrange, ce » quevous dites est nouveau, ce quevous dites est » faux.Ce qu'il y ad'étrange, nous Fentendons avec » surprise;ce qu'il y a de nouveau, nous lerepous- » sons; ce qu'il y a de faux, nous le réfutons (1). » Du reste, ce que le gallicanisme conteste en théorie^ il le confesse en pratique^ et c'est là surtout ce qui nous a fait dire de cette école qu'elle parait contester Tinfaillibilité du Souverain Pontife. Soit inconséquence, soit instinct catholique (2) heureusement plus fort que les préjugés dlécole, les évêques attachés au gallicanisme, Bossuet surtout avec toute l'ardeur de sa grande âme, ont toujours reçu comme les autres évêques, avec une pleine soumission d'esprit, les constitutions dogmatiques des Papes, condam-
(1) De Sam. PontH'. auctoritate, c. 8.
(2) Gard. Gousset, Théol. dogm. De l'Eglise, part. III,ch. 3.