‹ L'infaillibilité et le Concile général: Étude de science religieuse à lChapitre 22 sur 30 · DU CHEF DE L EGLISE · texte numérisé non relu

DU CHEF DE L EGLISE

nant sans hésitation et sans délai^ absque cun-' ctationCy tout ce qui avait été condamné solennellement par les Papes.

Nous ne voulons pas terminer ce Chapitre sans rappeler deux mots du comte de Maistre : le premier sur Bossuet , le second pour Bossuet.

Voici le premier :

« J'en demande bien pardon à Tombre illustre de Bossuet ; mais lorsqu'il nous dit que la doctrine de V infaillibilité a commencé au XIV* siècle , il sertible se rapprocher de ces mêmes hommes qu'il a et tant et si bien combattus. Les protestants ne disaient-ils pas aussi que la doctrine de la transsubstantiation n'était pas plus ancienne que le nom ? Et les ariens n'argumentaient-ils pas de même contre la consubstantia^ lité ? Bossuet , qu'il me soit permis de le dire , sans manquer de respect à un aussi grand homme , s'est évidemment trompé sur ce point important. Il faut bien se garder de prendre un mot pour une chose, et le commencement d'une erreur pour le commencement d'un dogme. La vérité est précisément le contraire de ce qu'enseigne Fleury; car ce fut vers l'époque qu'il assigne , que l'on commença . non pas à croire, mais à disputer sur V infaillibilité. Les contesta-^

tîons élevées sur la suprématie du Pape , for-

1 34 LA CROYANCE A l'iNFAILLIBILITE

cèrent d'examioer la question de plus près , et les défenseurs de la vérité appelèrent cette suprématie infaillibilité y pour la distinguer de toute autre souveraineté ; mais il n'y a rien de nouveau dans TËglise , et jamais elle ne croira

que ce qu'elle a toujours cru. Bossue t veut«-il nous prouver la nouveauté de cette doctrine ? Qu'il nous assigne une époque de TEglise , où les décisions dogmatiques du Saint-^Siége n'étaient pas des lois ; qu'il efface tous les écrits oii il a prouvé le contraire avec une logique accablante , une érudition immense , une éloquence sans égale ; qu'il nous indique surtout le tribunal qui examinait ces décisions et qui les réformait.

» Au reste , s'il nous accorde , s'il nous prouve , s'il nous démontre que les décrets dog-matiques des Souverains Pontifes ont toujours Jait loi dans V Eglise , laissons-le dire que la doctrine de V infaillibilité est nouvelle , qu'estce que cela fait ? »

Voici l'autre mot de Joseph de Maistre :

« Lorsque S. Cyprten dit , en parlant de cet*tains brouillons de son temps : Ils osent s^adres^ ser à la chaire de S. Pierre, à cette Eglise su^ prême où la dignité sacerdotale a pris son ori-* gine.. .; ils ignorent que les Romains sont des

DU CHEF DE l'eGLISK. 1 35

hommes auprès de qui V erreur ri a point cTac*' ces , — c'est véritablenient S. Cyprien qu'un entend ; c'est un témoin irréprochable de la foi de son siècle.

» Mais lorsque les adversaires de la monarchie pontificale nous cilent , usque ad nauseam^ les vivacités de ce même S. Cyprien contre le pape Etienne^ ils nous peignent la pauvre humanité au lieu de nous peindre la sainte tradition. C'est précisément l'histoire de Bossuet. Qui jamais connut mieux que lui les droits de l'Eglise Romaine, et qui jamais en parla avec plus de vérité et d'éloquence ? Et cependant ce même Bossuet, emporté par une passion qu'il ne voyait pas au fond de son cœur , ne tremblera pas d'écrire au Pape avec la plume de Louis XIV, que si S. S. prolongeait cette affaire par des ménagements quon ne comprenait pas , le roi saurait ce qu'il aurait à faire ; et quil espérait que le Pape ne voudrait pas le réduire à de si fâcheuses extrémités.

» S. Augustin, en convenant franchement des torts de S. Cyprien , espère que le martyre de ce saint personnage les a tous expiés (i); espérons aussi qu'une longue vie , consacrée tout entière au service de kt religion , et tant de nobles ou-

(1) De Bapt. contra Donat. 1. 1. c. 18.

136 LA CROYANCE A l'iNFAILLIBILITÉ, ETC.

vrages qui onl illustré TEglise autant que la France , auront effacé quelques fautes ^ ou , si Ton veut , quelques roouvemenls involontaires quos humana parum cavit natura* »

On voit que le comte de Maistre, le génie le plus digne d'apprécier Bossuet et de le combat^ tre , voudrait n'avoir rien trouvé de répréhensible dans ce grand homme. La faute qui répandit tant d'amertume sur les dernières années de la vie de Bossuet, aurait-elle élé pennise par la Providence pour le préserver des suprêmes dangers de la gloire : Ut ne quis glorietur ? Espérons-le , comme de Maistre , avec une vive confiance, et jouissons avec lui de tant de nobles ouvrages qui ont autant illustré TEglise que la France. Bossuet dépasse, de toute la tête, les plus grands hommes du XVII* siècle, et s'il faut dire ici notre pensée tout entière , il dépassé, comme orateur et commue écrivain y les Pères eux-mêmes dont il est le fidèle disciple. Sa pensée est pleine de la leur, mais il la redit avec un accent plus sublime. Nulle voix de l'antiquité classique non plus, n'a connu cet accent de l'Aigle de Meaux, emporté sur les ailes de la foi à des . hauteurs de pensée et d'expression que les orateurs et les écrivains de la Grèce et de Rome n'ont jamais soupçonnées.

Page 1