‹ L'infaillibilité et le Concile général: Étude de science religieuse à lChapitre 24 sur 30 · DE LA DÉFINITION · texte numérisé non relu

DE LA DÉFINITION

DE l'infaillibilité DU SAINT-SIEGE PAR LE CONCILE

V infaillibilité du Souverain Pontife parlant EX CATHEDRA peut^elle être définie ?

Que faut-il pour que celle infaillibililé puisse être définie comme vérité de foi catholique ?

Il faut qu'elle appartienne à la révélation , qu'elle soit contenue dans la parole révélée , écrite ou traditionnelle, et conslitue-par conséquent un objet de foi divine (1). Ce que nous avons rappelé dans cet opuscule , surtout au Chapitre VHP et au Chapitre X*, sur la clarté des textes de TEvangile à cet égard, sur le sens où les a constamment entendus la tradition ca-

(1) Voyez ce que nous venons de dire, p 149.

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iholique constatée parles témoignages des Pères, par Tusage constant de l'Eglise , et par les actes des conciles et des Papes , nous dispense d'entrer dans de nouveaux développements pour établir que Tinfaillibilité de Pierre et de ses successeurs , dans renseignement de la foi, est une vérité de foi divine y et peut donc être, définie dogmatiquement comme un objet àe foi catholique. Aussi , le sentiment moralement unanime de TEpiscopat nous donne-t-il la pleine conviction que Tinfaillibilité du Souverain Pontife parlant à TEglise ex cathedra, c'est-à-dire comme juge suprême des controverses en matière de foi et de mœurs , sera considérée par le concile comme pouvant être définie dogmatiquement : Dogmatice definibilis.

Mais si le concile juge qu'il peut la définir , jugera-t-il aussi qu'il doive la définir, ou qu'il soit opportun de donner cette définition ?

Le concile jugera^t-il cette définition opportune ?

En ce point , comme en tous les autres , le concile sera dirigé par l'Esprit de sagesse promis à l'Eglise enseignante, et il y aurait de

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la témérilë a préiendre prévenir son jugement. Nous nous bornerons donc à exposer simpleaient notre pensée sur celte question.

L'Eglise , nous Favons vu , n'a procédé à des définitions dogmatiques que lorsque des vérités de foi furent niées ou contestées. Or, pendant les quatorze siècles qui précédèrent le grand schisme d'Occident^ jamais Tinfaillible ensdH gneroent de la chaire apostolique n'a élé n>is en question. C'est à l'occasion du grand schisme^ qu'ont apparu les premiers germes de controverse sur cette vérité jusque-là incontestée (I).

Le protestantisme ne l'a niée qu'en niant en même temps toute l'autorité de l'Eglise enseignante , et l'institution même du sacerdoce.

Pendant cette grande tourmente y les germes de la controverse dont nous venons de parler, restèrent comme endormis, et le conçue de Trente a précédé la pleine formation de l'école, qui s'appuya la première sur la distinction par trop nouvelle du siège de Pierre et de Pierre lui-même, et qui la première aussi , soutint ea: professOy l'infaillibilité du Saint-Siège , dans la profession

- (l) On trouvera à la fin de cet opuscule, une note relative aux deux décrets des sessions quatrième et cinquième du concile de Constance sur lesquels les prélats de 1682 ont essajé d appuyer Topinion gallicaue.

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de la foiy sans soutenir rinfaillibililé du successeur de Pierre dans renseignement de la foi.

Les Papes, tout en réprouvant les doctrines de cette école, n'ont pas cru jusqu'ici devoir les condamner dogmatiquement, soit parce qu'elles étaient plus théoriques que pratiques, et que ceux qui semblaient y tenir spéculativement , protestaient hautement contre elles par leur conduite; soit parce qu'il leur a paru plus convenable d'en laisser le jugement à un concile général.

Le concile de 1869 est donc le premier qui se rassemblera depuis que l'opinion gallicane (qui n'est pas, nous l'avons vu, le sentiment de l'Eglise de France) s'est affirmée, dans la décla* ration de 1682, de manière à former un corps de doctrine.

Ce corps de doctrine n'est déjà plus, sans doute , qu'une ombre ou qu'un nuage, mais n'estce pas justement parce que ce nuage dérobe encore en partie,aux yeux de plusieursja splendeur de l'unité catholique, que le concile jugera très-opportun de le dissiper ?

Selon quelques théologiens, cette question est

sans importance pratique. Le Pape, disent-ils ,

-n'est jamais séparé de TEglise avec laquelle il

forme un seul corps intégral. 11 n'est jamais seul

à décider , puisque toujours un grand nombre

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d'évéques se joignent à lui. Si les évéques se divisent, ceux qui sont avec le Pape constituent TEglise, selon le mot si connu de S. Âmbroise: Là où est Pierre , là est VEgUse : Ubi Pet rus, ibi Ecclesia{\).

Nous savons cela , mais nous n'en croyons pas moins qu'il est d'une très-grande importance pratique que tous pénètrent le fond de cette vérî«^ té: que là où est Pierre, là est l'Eglise, justement parce que là où est Pierre, là doit être V Eglise^ se* Ion la divine institution du Christ. Nous croyoos que si l'Episcopat catholique a dit toujours avec S. Ambroise : Ubi PetruSy ibi Ecclesia^ c'est pré*cisément en vertu de sa foi à l'infaillible primauté de Pierre.

Le Christ n'a rien affirmé avec plus de sotft et plus de richesse d'expression que cette vérité fondamentale , comme s'il eût voulu rendre à cet égard le doute impossible : Quand tu seras relevé de ta chute y tu confirmeras tes frères dans la foi f car f ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point ; tu es Pierre y et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise , et les portes de V enfer ne prévaudront point contre elle; c*est à toi que je donnerai les clefs du royaume des cieux; — je te *

(l) In Psalm. -M), n. 80..(Migne, Patr. lat. t. 14. col. 1082.)

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constitue le Pasteur suprême: pais mes agneaux^ pais mes brebis : pais les âmes qui reçoivent le lait de la doctrine , et pais aassi celles qui le leur donnent , pais les fidèles et les pasteurs. — Nous ne connaissons dans TEvangile qu'une seu-* le vérité qui s'y trouve affirmée avec la même surabondance de clarté , c'est la présence réelle de Jésus-Christ dans TEucharistie. Il était juste que le Christ parlât avec un amour à part du cœur et de la tête de son Eglise.

Ne craignons pas de faire comme lui , et He craignons pas non plus de voir définir, pour ceux qui ont encore besoin de cette définition , la vérité qui sert de base à la divine constitution de l'Eglise, vérité que TEcriture nous a révélée avec éclata et que Thistoire de vingt siècles a glorrfiée.

Mais dira^t*on peut-être , ne convient-il pas de se souvenir aussi de cette parole apostolique: Non potestis portare modo: Ton ne doit manifester certaines vérités qu'à ceux qui sont capables de les porter? — N'y a-t-il aucun danger à l'heure où le schisme et l'hérésie, l'Orient et TOccideni, semblent tourner les yeux vers l'unité *perdue, n'y a-l-il aucun danger à définir l'autorité pontificale? Cette définition ne créera-t-elle pas un nouvel obstacle à leur retour? Ne suf-

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