‹ L'infaillibilité et le Concile général: Étude de science religieuse à lChapitre 6 sur 30 · L EGLISE · texte numérisé non relu

L EGLISE

verses sont caractérisées par les religions qui leur servent de substance , tant il est vrai que la religiouy même quand elle s'altère et qu'elle* tombe en pièces et morceaux, conserve toujours quelque chose d'elle-même. L'éternelle religion de l'humanité , celle dont Bossuet a dit que quatre ou cinq faits plus clairs que la lumière du soleil la font voir aussi ancienne que le monde, la vraie religion sera donc Tâme de la vraie société religieuse et de la vraie civilisation.

Toute société repose sur l'autorité qui la fait naître, et comme dans la société naturelle de la famille , l'autorité , dans la société spirituelle , n'atlend pas d'être recherchée. Image sensible de la Providence, elle vient à l'homme la première: Se prior ostendit[\)^ e\. elle lui donne successivement le lait de Tintelligence et le pain des forts.

C'est ainsi que notre . Mère la S'® Eglise nous élève à la vie surnalurelle. Etcomme la foi est le commencement , la racine et le fondement de cette vie : Initium , radix et fundamentum (2), c'est par l'Eglise que Dieu conduit notre raison à la foi , c'est par l'Eglise qu'il nous fait arriver de la certitude naturelle de l'une à la certitude surnaturelle de l'autre. Ce n'est pas

(1) Se prior ostendal.., Sap. VI, li.

(V) Conc. Trid. sess.VI, cap. 8.

ou LA SOCIÉTÉ RELIGIEUSE. 31

l 'Ecriture qui nous fait connaître TEglise ; c'est TEglise y au contraire , qui nous a fait connaître l'Ecriture , et c'est elle qui nous fait trouver dans la parole divine, écrite ou traditionnelle , la vérité dont elle a été divinement constituée la gardienne vivante sur la terre : Z>ocete omnes gentes. — Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem 5^culi (i).

C'est l'Eglise qui nous ouvre elle-même ses archives, qui nous fait lire elle-même ses lettres de créance, qui nous y découvre le sceau divin dans l'harmonie surhumaine des deux Testaments , et qui n'a besoin , pour nous rendre visible la divinité des Ecritures , que de nous montrer du doigt l'ancien peuple , toujours vivant et toujours ennemi^ qui veille à la garde des prophéties dont elle est elle-même le miraculeux accomplissement.

Mais ce n'est pas seulement en nous montrant le .grand fait de l'accomplissement des prophéties, que l'Eglise nous donne la preuve de la révélation chrétienne ou la démonstration de la foi, c'est encore en se montrant elle-même. L'Eglise en aous demandant la foi au nom de Celui qui a dit : Si vous ne voulez pas croire à ma parole ,

(I) Matth. XX VIII. 20.

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croyez à mes œuvres ^ car ce sont eUes qui rendeni témoignage de moi (1), l'Eglise rend elle-inème ce témoignage à Jésus-Christ, car elle est la plus grande de ses œuvres. Oui , l'Eglise revêtue de ses caractères, qui sont des faits splendides , reste sur la terre Tirrécusable témoin de la divinité de Jésus-Christ , le miracle subsistant qui prouve la vérité de tous les autres , selon Texpression de Bossuet et la pensée de S. Augustin.

Cette méthode vraiment divine par laquelle la Providence conduit la raison à la foi , résout la d iffîcullé célèbre de l'analyse de la foi des simples, difficulté si souvent et si faiblement abordée par tant d'érudits , lorsqu'ils ont perdu de vue que l'Eglise est le premier des faits démonstratifs de la foi (2), le seul vivant , le seul parlant, le seul qui n'attend pas nos recherches, mais qui nous cherche lui-même, et qui se fait voir lui-même tel. qu'il est : Se prior ostendit.

Analyser l'acte de foi , c'est le réduire aUx principes qui concourent à le produire : ces principes eux-mêmes se réduisent à deux : au

(l) Joan. X,

(â) Primum et sufficiens credibilitatis argumentum prsebet auctoritas Ecclesiae, seu proposîtio Ecclesiœ noii^ suis prœfvlgefiiis. (Dens, de fide n. 18 )

ou LA SOCIETE RELIGIEUSE. 33

principe ou au motif de foi , et au principe ou au «notif de crédibilité. Le motif de crédibilité , c'est le fait qui fait voir à la raison que Dieu a parlé , c'est la preuve donnée à la raison de la divinité de la révélation. Le motif de foi , c'est la parole même de Dieu ou la véracité divine. Or , nous les exprimons tous les deux quand nous disons dans Tacte de foi : « Je crois ce que la S'® Eglise me propose à croire , parce que Dieu Ta révélé. » Nous ne croyons qu'au témoignage de Dieu , n>ais l'Eglise nous fait voir par des faits irrécusables dont elle est pour nous le principal (1), primum et sujficiens, la divinité de la révélation et sa propre mission d'autorité divine enseignante.

Nous voudrions résumer ici celte méthode de démonstration de la Providence par le fait vivant de rEgliî?e et l'éclat de ses caractères, mais nous l'avons déjà résumée ailleurs , dans le Défi porté à un rationaliste (2), où nous avons

(1) Le principal 'j^oiir nous parce quelle est le dernier anneau de la chaîne de ces faits . celui par lequel nous la saisissons tout entière Lepiincipal encoie, parce quil suffît aux simples et qu'il est nécessaire aux sages , selon ce mot d'un savant théologien : Molivum quo ( tiam doctisximi carere non possunl, nempe societalis chrislianœ seu Ecdesiœ auctorilas , qua prudenlissime ad credendum incUnanlur, (Liebermann. . Dem. Christ. P. I. c. % n. 67.)

(2) Appel et Défi.Chap. III.— (Bruxelles, chea V.Devaux).

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