LA CHA>CE SUPREME
Comme le Président Sagarre, quoique poui des raisons diiïérentes, le Lieutenant générai Le IJret était fort ennuyé de cette a (Taire. ^
Plus que ce complot avorté, ce qui le préoc-, cupait, c'étaient les mouvements de l'ennem. qui recommençait à devenir inquiétant du côti (le la Cerdagne. Il ne s'attendait pas à une attaque sérieuse des Espagnols avant un ou deu> mois. Et voilà que ces escarmouches du coté de Llivia et d'Estavar semblaient annoncer une re-i prise immédiate des hostilités. Non seulement cette agression le trouvait mal préparé, maiselle le ravissait à ses plaisirs. Pendant tout l'hi ver, à Perpinyan, il avait multiplié les têtes en l'honneur de sa belle amie, la comtesse de Béarn. dont il continuait d'être fort épris. Il projetais un bnl pour la semaine de Pâques, et, le dimanche suivant, il devait donner la comédie en son hê tel. Grisée par son triomphe de \ illetranche, oii elle avait paru déguisée en Hoxane, la comtess(
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se proposait de jouer ce personnage dans la nouvelle trage'die de Racine, Bajazet, qui, alors, passionnait le beau inonde de Paris. Pour cela, M. Le Bret, toujours magnilique, faisait venir de Toulouse et de Montpellier des costumes et des décors. Des caisses de toute sorte encombraient les chambres et jusqu'aux corridors du quartier-général.
k Aussi était-il furieux contre Parlan, à qui il ^ reprochait de lui avoir caché ou d'avoir négligé les agissements des Espagnols. Il lui en voulait aussi de ses accointances avec la famille de Llar impliquée dans la conjuration. Le commandant de Villefranche était môme accusé, à mots couverts, de quelque chose de plus grave, par le viguier et ses partisans. M. Le Bret croyait absolument à la pureté des intentions de son subordonné. Mais celui-ci méritait une réprimande sévère et il fallait qu'il s'expliquât au plus tôt sur les insinuations de Coromine.
A peine arrivé à Villefranche avec les commis- -;iires désignés par la Cour souveraine, MM. de Prat et de Quéralt, il demanda en toute hâte le ' Lieutenant de Roi.
Parlan était rentré de la veille. Il avait contraint les Espagnols à se replier sur Puycerda, après leur avoir infligé des pertes considérables. Tout était tranquille pour l'instant sur la frontière de Gerdagne. L'ennemi, sachant la découverte du complot, et la convocation des milices, se tiendrait sans doute en repos jusqu'au moment où il serait en nombre pour une nouvelle agression. Avant de partir, le Lieutenant de Roi îivait tenu à régler avec Courte la vieille affaire d'honneur qui les divisait. Touché au bras droit, le capitaine s'était vu mis hors de combat assez
rapidement. Et Parlan se félicitait de ne Tavoir point tué : on n'aurait pas manqué de l'accuser d'avoir ainsi fait disparaître un témoin gênant. Il rentrait en somme satisfait, mais surtout impatient d'apprendre ce qu'était devenu Inès. La jeune iille avait été ramenée saine et sauve au Portalet : il le savait maintenant. Pourquoi fallait-il qu'il apprît en même temps l'arrivée imminente de la commission d'enquête? Des bruits d'arrestation circulaient déjà. S'il se sentait vaguement menacé, il tremblait davantage pour Inès et les siens. Dans des conjonctures aussi pressantes, il ne lui restait plus qu'un parti à prendre : c'était de tout avouer à M. Le Bret. Quels que fussent ses défauts, ce parvenu était homme d'honneur, et il était son général et de plus amoureux : il le comprendrait, il lui pardonnerait, il le défendrait!...
Or, le général semblait aller au-devant de son désir, en le mandant à Thôtellerie oii il était descendu.
Dès le seuil, il l'interpella avec une véhémence toute soldatesque :
— Corbleu, Monsieur, avez-vous perdu la tête?... Ne protestez pas : je sais tout!... Oh! je ne vous crois point coupable en cette affaire. Reconnaissez pourtant que vous avez été d'une imprudence, dune légèreté...
Et il lui reprocha ses galanteries avec la 11 lie d'un ancien exilé, d'un homme suspect d'attachement à l'Espagne.
— Hélas! Monsieur, dit Parlan, on n'aime point où l'on veut. Mais oserai-je vous dire qu'en cela je me croyais un peu h couvert par votre exemple?...
M. Le Bret saisit tout de suite l'allusion à son amie, la comtesse de Béarn, dame de Sorrède,
Elle était Catalane elle aussi, comme Inès, et d'une famille peut-être aussi « espagnole » que celle de Carlos de Llar. A cette pensée, le pétulant bourgeois gentilhomme se troubla, perdit toute son assurance. Du moins cette complicité inattendue avec Parlan lui inspira-t-elle encore plus d'indulgence pour le jeune homme.
— En tout cas, reprit-il lentement, vous pouvez toujours vous excuser comme le fit, — je m'en souviens, — le comte de Bussy-Rabutin en pareille circonstance : il déclara au gouverneur du Cateau que, s'il avait courtisé une belle de la ville, dont les parents étaient furieusement espagnols, c'était pour lui soutirer les secrets de son père...
— Non, iMonsieur, dit Parlan. Je répugne à ces moyens tortueux, et cela d'autant plus que j'ai été entièrement loyal dans toute cette malencontreuse histoire... A un homme d'honneur comme vous. Monsieur, je n'ai rien à cacher!
Alors il exposa au Lieutenant général comment il avait été trompé par le père d'Inès qui alfectait les sentiments les plus français.
— Et pourtant, ajouta-t-il, je voudrais l'archer à ces robins, à ce Coromine surtout, qui
1^ animé d'une haine implacable contre lui et
titre moi : au fond, ce pauvre vieux seigneur
t victime de son amour pour son fils, le seul
coupable! Oui, il doit être absout!
m — Cela me paraît dillicile ! dit M. Le Bret.
I — Mais elle. Monsieur le Lieutenant général,
ielle qui, non seulement est innocente de cette
trahison... Ecoutez! C'est un secret que je vais
vous confier et que je vous prie de ne révéler
qu'à la dernière extrémité. Vous me le jurez?
— Je vous le jure !
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Encouragé par le ton de bonhomie de son chef, sûr de remuer en ce plébéien un fond de sentimentalité un peu honteuse d'elle-même, Parlan se confessa à lui comme à un père. Il conta ses lamentables amours depuis leur début, et finalement le déchirant aveu d'Inès, cette lettre où elle l'avertissait de prendre garde...
— Brave petite î fit M. Le Bret, de plus en plus ému. Ah! vous avez eu bon goût, mon cher! Tous mes compliments!
Lorsque Parlan fut arrivé au dernier trait, le voyage d'Inès, au risque de sa vie, pour ramener son frère et étouffer le complot, l'enthousiasme de M. Le Bret ne se contint plus :
— Admirable, mon cher, admirable ! Mais savez- vous que je l'aime presque autant que vous, cette belle enfant?... Soyez tranquille! Nous la tirerons des griffes de la Justice. J'en parlerai à Sagarre et, s'il le faut, au ministre!
Et, coupant court aux effusions reconnaissantes de Parlan, il le congédia, en lui répétant avec importance :
— Ne craignez rien. Monsieur! Je prends tout sur moi !
Le jeune homujc sortit plus tranquille de cet entretien. Il démêlait très bien les raisons toutes personnelles qui intéressaient M. Le Bret à la défense d'Inès, mais il croyait aussi sentir en son chef une réolie sympathie pour lui-même. Cet homme vaniteux et grand faiseur d'embarras était très capable d une sorte de bonté. Du moment que cela ne le gênait point, il préférait toujou^^ plaire et faire plaisir. Parlan, pour toutes ces raisons, se rassurait, lors(|ue, le soir même, de
1/INKANTK .{-il»
nouvelles inquiétudes robsédèrent. Un ordre du Lieutenant g<'néral l'envoyait en reconnaissance du côté de Perthus, où des rassemblements d'Espai^nols étaient signalés. N était-ce pas à dessein qu on Téloignait de Villeî'ranclie, afin qu'il n'assistât point aux choses douloureuses qui allaient s'accomplir? Malgré les transes et les révoltes de sa passion, il céda encore une fois au devoir militaire. Sa mission dura plus d'une semaine. En rentrant, sur la route de Villefranche, il apprit tout ce qu'il redoutait.
Après plusieurs journées de perquisitions, le lundi de la Quasimodo, les commissaires enquêteurs avaient arrêté Emmanuel Descatllar et le consul en second, don Francisco Soier. Le lendemain mardi, c'était le tour d'Inès et de ses parents, son père, sa mère, sa sœur Mancia. Bépa elle-même et jusqu'à Gentil, le petit valet d'écurie, étaient emprisonnés avec leurs maîtres.
Parlan fut atterré de cfs nouvelles: qu'étaient devenues les promesses de ^L Le Bret? Retenu par sa charge, il ne pouvait pas courir à Perpiuyan pour savoir ce qui se passait, implorer de nouveau l'appui du Lieutenant général. Finalement, il se résolut à lui envoyer son lidèle valet de chambre, ce Brindamour qui lui avait si souvent servi d'intermédiaire auprès d'Inès.
Sa confiance était pins entière que jamais en ce soldat turbulent, mais brave garçon, qui d'ailleurs lui devait la vie et qui, par reconnaissance, avait pour son chef un dévouement fanatique. Deux ans auparavant, à Narbonne, Brindamour, qui, alors, était tambour des grenadiers, au cours d'une débauche avec des camarades, avait quoique peu violenté la fille d'un chaussetier de la ville. Sur la plainte des consuls,
il fut conduit enchaîné au Fort de Salses et, séance tenante, condamné à avoir la tête coupée sur un plot : ce qui était la coutume du pays. Déjà, un Père dominicain, le crucifix au poing, l'endoctrinait, lorsque sa grâce, obtenue par M. de Parlan, arriva fort à propos. Depuis cette tragique aventure, le dévouement de Brindamour pour son colonel était devenu un culte. Celui-ci l'employait souvent à des démarches délicates, qui requéraient à la fois de l'ingéniosité et du couraj^e. Car ce Parisien déluré, sous un air un peu fou, cachait beaucoup de prudence et une subtilité peu commune.
Brindamour, parti à francs étriers, fit vingtcinq lieues dans sa journée. Le soir, il annonçait à Parlan que donya Anna de Llar, sa tille Mancia et leurs domestiques venaient d'être enfermés à la Citadelle de Perpinyan, où se trouvaient déjà Emmanuel Descatllar et don Francisco Solcr? Le vieux Carlos était au Castillet. Quant à donya Inès, on l'avait conduite chez les Dames Enseip^nantes de la rue de l'Orangerie... Ainsi, elle était chez des religieuses et non pas en prison. Ce traitement privilégié semblait de bon augure. Mais Brindamour apportait un pli de M. Le Bret qui dissipa malheureusement cette première impression favorable. Le Lieutenant général disait que les enquêteurs avaient découvert dans la chambre de M"" de Llar dos lignes compromettantes, un fragment de lettre, qui pouvait autoriser les plus graves soupçons. Malgré toutes les protestations et toutes les assurances qu'il donna, les magistrats ne voulaient pas lâcher leur proie. Ils avaient décidé de mettre la jeune fille au secret et, pour couper entre elle et les complices probables du dehors, toute espèce de
communication, de l'interner au Fort de Salses. M. Le Bret terminait par ces mots : « J'ai fait tout ce que j'ai pu et suis aux regrets de n'avoir
f)u faire davantage. Mais il y a cette maudite ettre... »
De quelle lettre s'agissait-il ? Parlan s'épouivantait à la pensée qu'Inès avait dû correspondre avec quelqu'un des conjurés. Mais il pensait aussi que cette lettre pouvait fort bien être de lui. La jeune fille, surprise par la promptitude des événements, n'avait pas eu le temps de la détruire complètement. D'une phrase tronquée, il était toujours possible, avec un peu de .complaisance, de tirer les déductions les plus accablantes. A tout prix, il fallait qu'il eût communication de cette lettre. Seul, M. Le Bret, iComme membre de la commission d'enquête, avait qualité pour l'obtenir. Il prouverait que ces lignes incriminées venaient de lui et qu'elles iétaient de pure galanterie. Et, s'il devenait nécessaire de recourir aux grands moyens, pour jdisculper Inès et lui-même, il montrerait aux magistrats le billet où celle-ci l'avertissait du danger: «Votre vie est menacée. Prenez toutes les mesures nécessaires à votre défense. Vous savez que, si vous mourez, je meurs. »
Oui, ce billet, c'était le salut pour Inès. Il n'avait plus le droit de se taire, de rester dans cette réserve circonspecte que lui conseillait M. Le Bret et que le souci de ne pas embrouiller et compliquer encore le procès, semblait lui imposer. Dès le lendemain matin, le Lieutenant général aurait en mains la preuve de l'innocence de donya Inès de Llar.
Sans plus balancer, il fit seller son cheval et partit en pleine nuit pour Perpinyan.
X*r2 LINFANTE
Pendant ce temps, un carrosse fermé, tlanqué d'un sergent à chaque portière, emmenait Inès ^ au Fort de Salscs. , l
Un moment, elle avait pu espérer que cette tragique aventure allait se dénouer sans trop de peine pour elle : c'était en arrivant à la maison , des Enseignantes. L'accueil encourageant et af-j fectueux quelle reçut de la Supérieure, la Mèro Elisabeth du Saint-Sacrement, lui fit espérer qu» la libération de ses parents et la sienne propre n'étaient qu'une question de jours. Sans doute ellr devinait bien, à travers les bons procédés de ia| religieuse, rinfluence secrète, l'intervention pro-n tectrice du PèreTautavel. Mais la Mère Elisabeth, qui appartenait à une famille noble du Bas- Languedoc, avait été émue au récit des malheurs | de la pauvre fille. Elle lui témoignait non seu-[ lement une sympathie de caste, mais une amitié , toute cordiale. Les autres religieuses aussi lui, disaient qu'elle devait avoir bonne confiance. Et, au milieu de ces illusions, cet ordre brusque de départ était tombé comme un nouveau coup de foudre. Vers quel exil la traînait-on, ou quelle prison, ou quel supplice peut-être?...
Les souvenirs des jours aiïreux qu'elle venait de passer l'assaillaient en foule, comme pour lui en présager de pires. Elle revoyait les violences,, les brutalités de l'arrestation, les fouilles dans sa chambre. Après s'être décidée à déchirer la. fameuse lettre, la première déclaration d'amour, de Louis de Parlan. elle eut la superstition d'en garder la phrase, qu'elle relisait sans cesse, qui lui était plus chère que tout au monde: « Pour; cela, je donnerais de mon sang. » Peut-être les, magistrats l'avaient-ils découverte sous ce maudit coffret que par faiblesse et par enfantillage elle
ait accepté de don Esteban de Darnyus. Sans
lue, on trouvait dans cette phrase un sens acteur pour elle. On la croyait de connivence
, quelqu'un des conjurés, ou, ce qui était pis, - si on reconnaissait l'écriture de Louis-Hector, — l'S croyait tous deux complices de la conspir ion. Comme sil ne sulTisait pas d'être séparée L lui, sans causer encore sa perte! Mais le plus l tarant pour sa conscience, c'était d'être soup-
uiée de trahison par les siens. Etre jugée cafbie de cette chose infâme, quelle honte ! Et ee sentait peser sur ses épaules la malédiction 1 lotte que lui avait jetée son père, au moment
0 les exempts de la viguerie mettaient les uiînes aux mains du vieillard. Cette scène terr le était gravée dans sa mémoire. Elle enti-ndit encore le cri haineux de sa sœur Mancia : «/est toi qui nous a vendus! » Cette explosion d rancune, qui pouvait passer pour un aveu d complot, avait été immédiatement enregis-
1 " par les grefliers. Don Carlos, à cette sot- . releva le Iront, en toisant les commissaires
u n air hautain et glacial. Mais sa face était d:omposée; la chair, comme une bouillie blancitre, se fondait : à travers le masque du vivant kientable, la tête du mort se dessinait déjà.
nés, en proie à une sorte d'hallucination, était o»édée par cette horrible image. Et elle avait e:îore dans les oreilles les huées des gens de Vlefranche qui, eux aussi, l'accusaient d'avoir iiré ses proches...
ilependant le lourd véhicule, oii elle gisait ccime dans une prison roulante, arrivait h Salses.
'/était une matinée de printemps, claire et
'^re. Les rumeurs de la campagne, les pé- . :aents des oiseaux s'amplifiaient extraordi-
•2îî
nairement dans Tair léger. A droite, miroita une lagune, d'où montaient des odeurs de vasi balayées, à intervalles réguliers, par le souft iodé de la mer. Le pays rocailleux et pelé coi trastait avec la grasse plaine du Roussiîlon, d'c l'on sortait, mais il baignait dans une lumiè; splendide. Jusqu'au bord de la lagune sentlaiei d'âpres collines sans végétation apparente, coupé' çà et là de crevasses ocreuses, et qui semblaiei jaunes et rugueuses comme des peaux d'orang Dans cet or roux des terrains tourmentés, on i distinguait pas dabord la forteresse qui y éts adossée et dont les murailles picotées par 1^ canons du dernier siège, roussies et dorées p deux siècles de soleil, confondaient leurs rid et leurs gerçures avec celles des collines pr chaines.
En ce temps-là, le château de Salses resti encore une fort belle bâtisse. Reconstruit au sièq précédent, pourvu des moyens de défense les pi' modernes, il avait été, pour le Roi d'Espagn, jusqu'au traité des Pyrénées, une sentinel avancée sur la frontière française. On voyi^ toujours, au-dessus de la porte principale, 1', cusson sculpté de Sa Majesté Catholique. C'éti^ un assez vaste quadrilatère de murailles, av^ des tours d'angle, un long bastion en sailli^ surajouté sur le côté Nord, des demi lunes isoléj pour défendre les approches, et, dominant , château primitif, un donjon trapu, coiffé d'^ dôme et d'une lunlerne, environné d'ouvrar fortiliés qui en faisaient une seconde citadelle le flanc de la première. Avec ses éobauguetlt ses créneaux et ses mâchicoulis, ce vieux cas à demi-féodal avait un nspect farouche et I mineux comme le rude paysage de pierraille
Tentourait. Du plus loin qu'elle Taperçut, \$ comprit que c'était là sa prison.
A voiture s'engagea dans un chemin creux, idé et prote'gé par des redoutes en maçonnerie, [fallut franchir trois ponts-levis avant d'atidre la grande porte Ûanquée de deux demi- |rs, et, après avoir cheminé dans l'obscurité fne voûte également coudée qui traversait )aisseur du rempart, on déboucha dans une Ït intérieure bordée d'arcades, avec des ca-
les et des greniers tout autour, une fontaine [des abreuvoirs au milieu. Mais le carrosse frna sur la gauche et s'arrêta devant un noulu pont-levis. C'était l'entrée du donjon. |ur le seuil, la prisonnière fut reçue par le iverneur du château, un M. de Gombaiibeuf, [itilhomme auvergnat de forte corpulence et figure enluminée d'ivrogne. Les formalités fcrou ayant été accomplies par ce personnage [c une politesse rustique et pleine de vin, il livra au geôlier qui lui fit monter un escalier f sombre. Trois étages alternativement voûtés
)lafonnés se superposaient jusqu'à la plate-
te du dôme. De place en place, des renfon-
itnts cintrés en arches de pont étaient creusés les murailles afin de ménager des abris aux légés en cas d'écroulement des voûtes. Des les et des volets fort résistants obstruaient
ouvertures étroites des fenêtres. Haletante l'obscurité des escaliers et des couloirs, la
lerable sentait se resserrer, à chaque marche,
l'appesantir sur elle ce rude appareil de clôet de défense. Enfin, au troisième étage,
latteignit la chambre qu'on lui avait réservée, lit une grande pièce en rotonde qui occupait
^e la circonférence du donjon, et qui, remplie
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de décombres et d'une foule d'objets entassés, prenait jour sur le dehors que par un croisill percé dans la maçonnerie. Cette baie de fenéti longue de plusieurs toises, formait, dans le m opaque, une espèce d'alcôve qui allait en se i trécissant. Le lit d'Inès était dressé là, aupi d'une chaise et d'une table. Gela lui rappelait s château de Llar et la meurtrière désaffectée, da la vieille tour en ruines, où elle se blottisse quand elle était petite. Cette étroite embrasu était la seule partie habitable de la pièce. Tout reste de la chambre encombrée de choses ce fuses, pleine de poussière et de gravats, pic geait dans des ténèbres vaguement menaçant. Désormais, elle allait vivre là, toute seule,! face de ce croisillon qui donnait juste assez ^ jour pour rendre plus sinistre la nuit, grosse j fantômes, qui s'épaississait sous la voûte in, sible de la rotonde. Le geôlier n'était pas du paj Il parlait un français bizarre et presque inco préhensible. Ouand il fut sorti, qu'elle entenj grincer les verrous, elle se laissa choir sur tj grabat, les paumes ouvertes, les yeux égar,i prise d'un effarement douloureux et désespé. Où était-elle? Que signifiait tout cela? Qui( était la part de sa volonté dans cet enchainem I de circonstances iniques et inexorables? M lenant la mesure de l'infortune était coni' pour elle. Gela passait sa faculté de sentir etc comprendre. Elle assistait à son malheur fl étrangère et dans un tel écrasement de stupd qu'un rire dément lui montait aux lèvres. Gé»! comme un dédoublement de sa personne. L'i< nouveau qui se dégageait de son être torturt^ bout de souffrance, regardait l'autre avec sorte d'ironie détachée et supérieure. Rien n<.l
LINFAXTK X\Z
luliait plus, ne Témouvait plus, elle n'avait
|lis rien à craindre, puisque tout le pire et tout
1 possible était arrivé, et que néanmoins elle
^/ait et qu'elle voyait tout cela...
Le soir, le geôlier lui fit prendre l'air un ins-
iit sur la plate-forme circulaire du donjon, vé-
lable balcon aménagé autour du dôme. De là-
iut, on découvrait un vaste horizon de plaines
>rdoyantes fermées par la barrière violette des
I iites montagnes : le Canigou, les Albères, le
( p Greuz, la mer ptile dans les langueurs cré-