‹ L'infanteChapitre 16 sur 19 · I -culaires, et, tout près du rempart, la lagune · texte numérisé non relu

I -culaires, et, tout près du rempart, la lagune

ijîi montait une odeur de cadavre et où tlot-

t eut, comme des nénuphars, d'étranges fleurs

(m rouge de feu. C'étaient les débris d'une ga-

Le levantine à la proue sculptée et peinte,

fx voiles couleur de rouille, que la tempête

lit poussée contre les bancs de sable de la

te. Ainsi des images de deuil assombrissaient

splendeur vespérale. Inès, tristement, en dé-

arna ses regards, qui tombèrent sur ime ins-

iption profondément et patiemment gravée dans

pierre du dallage et dont l'orthographe avait

.e simplicité toute militaire : Brindamour, iam-

iir des grenadié ; et, à côté, cette phrase ina-

• vée : ne plus pencé... En les déchiffrant, la

isonnière tressaillit, sentit un coup au cœur.

' pauvre soldat lui rappelait Louis de Parlan.

.ils à quoi bon évoquer ce souvenir adoré?...

Iiisque c'était une chose impossible, désespé-

nle, il valait mieux en effet « ne plus penser »,

lire comme le grenadier condamné à mort. Peut-

' e qu'elle-même Tétait déjà 1

!)es heures, des journées d'hébétude s'écou-

1 ont. Et puis, un matin, le geôlier lui apporta

u paquet de livres envoyés, disait l'homme, par

les religieuses de Perpinyan et dont l'un renfe, mait, collé entre deux pages, un billet du Pè Tautavel : « Courage ! Nous ne vous oubliepas ! » I

Un peu ranimée par ce réconfort inattend elle essaya de lire, afin de chasser l'obsession d idées funèbres. Ces volumes étaient, pour la pi part, des vies de saints écrites par ditiérentes C| lébrités de la Compagnie de Jésus. Un Traité la Perfection acheva d'épouvanter sa faibles& Mais elle ouvrit une brochure toute neuve, q semblait glissée par mégarde entre ces ouvragt sévères, et qui portait en titre : La Princesse < Clèves, sans nom d'auteur.

Elle se passionna d'abord pour Théroïne ; pui quand elle vit comment tournait l'histoire, el fut déçue. Dans son intransigeance et sa logiqv un peu rude de petite Catalane, elle se disait « Cette M""^ de Clèves est une coquette. Elle ff tout pour exciter la passion de M. de Nemour Si elle ne veut pas l'aimer, pourquoi a-t-elle to jours son portrait sous les yeux? Pourquoi gard, t-elle la canne des Indes et les rubans jaun qu'il a portés ? Pourquoi s'enferme-t-elle dans i pavillon du jardin, sinon pour se rassasier à lo sir de son image? Et, si elle l'aime, pourquoi i répousc-t-elle pas, quand elle est libre, upr que son mari est mort?... »

Pourtant, elle démêlait bien, dans le caractèi de cette femme, une hauteur de principes et ( sentiments, une noblesse héroïque et néanmoiif tout humaine, enfin une décence, une mesure qi lui faisaient mieux juger ce qu'il y avait en ell{ mAme d'emporté et, à de certains moments, o dur et de tendu... Ah I elle n'était pas digne (j Louis de Parlan, qui, lui, devait comprendre \

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ùter ces raffinements de la passion à la frange ! Il l'oubliait, c'était justice !... Mais peut- ' que lui aussi, en ce moment, était prison- I r comme elle. Et elle se rappelait la phrase ril lui avait dite, l'autre jour, à Eslavar : « Dans lelle aventure m'avez-vous entraîné ?... » A cette pensée, elle suffoquait d'horreur et de .'mords.

Tout à coup, elle perçut une rumeur de voix ms l'escalier, un martellement de grosses bottes r les marches, puis un cliquetis de baïonnettes. 1 venait la chercher sans doute pour la mener vaut les juges, pour la conduire à la torture, à ut un formidable inconnu de souffrances et <'^preuves?... Elle rejeta le livre qu'elle tenait ir ses genoux, se leva d'un air résolu, comme jiir faire face à l'ennemi.., La porte s'ouvrit, et M. de Combalibeuf, le gou- 'rneur, parut, suivi d'une escouade de soldats. • chapeau à la main, avec toute la gravité que i permettait une ivresse matinale, il s'inclina rémonieusement devant la jeune lille :

— Mademoiselle, dit-il, vous êtes libre ! Abasourdie, Inès ne comprit pas d'abord ce le lui voulait cet ivrogne. Il dut répéter :

— Vous êles libre, Mademoiselle! En voici jidre signé par M. le Lieutenant général Le

t et contresigné par M. le gouverneur de la ovince...

— Moi? libre? fit Inès, défaillante... Et mon ■re?

— Je n'en sais rien. Mademoiselle! répondit ^ez rudement M. de Combalibeuf. Mais vous, 1 voulez-vous aller? Le courrier qui vient d'apjrter ce pli a mission de vous conduire où vous

désirerez...

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— Monsieur, dit-elle, je ne puis aller que 1 où est mon père.

— Trêve de billevesées, Mademoiselle! Je vou donne une heure pour rétléchir. Je n'ai pas 1 droit de vous garder ici plus longtemps.

Et, toujours escorté de sa patrouille, l'Auver gnat tourna les talons et s'enfonça dans Tesca lier.

11 n'y avait plus dans la chambre que 1 geôlier, son trousseau de clés à la main. Inè le dévisageait anxieusement, essayant de devi ner sur sa figure si cette libération soudain n'était pas une feinte. Mais non! L'homme lu répétait, comme M. de Gombalibeuf, qu'elle étai libre. Et voici que cette liberté devenait pou elle un supplice pire que sa captivité. Du mo ment que les siens étaient toujours prisonniers où pouvait-elle abriter sa solitude et son aban don? A Villefranche? Mais chez qui? Elle tomberait au milieu de l'exécration publique Sa sœur aînée, mariée au docteur Garau, d Perpinyan, devait l'accuser de trahison comm Mancia, comme tout le monde peut-ôtre. D'ail leurs elle la connaissait à peine, celle-ci étan beaucoup plus âgée qu'elle. Les amis de la fn mille, les Darnyus et les Tagarit, s'en étaien détournés dés les premiers indices de la décou verte du complot. Le seul être près de qui ell eût voulu chercher un refuge, il lui était intordi de l'approcher, de le revoir jamais sans doute.. Alors, se rappelant l'accueil si charitable et s délicat de la Mère Elisabeth, la supérieure de Dames Enseignantes, elle se résolut à frapper la porte de leur couvent. Cette maison religieux ne devait être, ne pouvait être ni française n espagnole. C'était un lieu neutre, au-dessus d

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la mêlée des hideuses passions humaines. Dans cet abri spirituel, on ne lui reprocherait pas de pactiser avec les bourreaux de sa famille et les ennemis de sa patrie!...

Une chaise l'attendait à la porte du château. Sur l'heure, elle se fit conduire à Perpinyan, rue de TOrangerie, chez les Dames Enseignantes.

La tourière l'introduisit au parloir, grande pièce pompeuse et glaciale, où Ton voyait, pendus aux murs, des tableaux enfumés représentant les gloires de l'ordre de Saint- Benoit, et, au centre, dominant une lourde table drapée de velours noir, le portrait en pied de Sa Alajesté Très Chrétienne. Tout de suite, les yeux d'Inès s'arrêtèrent sur l'etligie royale et, une fois de plus, elle constata combien Louis de Parlan ressemblait au Roi. Cependant, la Supérieure, qui avait tardé un assez long temps, l'arracha à sa contemplation :

— Ma chère enfant, dit la Mère Elisabeth, en l'embrassant, vous serez ici chez vous, s'il vous plaît ainsi, jusqu'à ce que Dieu vous tire de cet affreux malheur!...

Et, en môme temps, elle lui tendit une lettre, dont elle était chargée pour elle, et elle la pria d'en prendre aussitôt connaissance.

Cette lettre, qui était de Louis-Hector, venait d'être apportée par le Père Taulavel. Il lui disait : « Quel tourment d'être ainsi éloigné de vous! Quel chagrin de ne pouvoir me réjouir avec vous de votre liberté, pour laquelle j'ai t'ait tout ce qui était en mon pouvoir. Celle de votre père viendra bientôt, j'en ai la ferme assurance! » Et il lui offrait de la faire mener à Paris, où

elle resterait inconnue et ignorée, à couvert de la malveillance et de la curiosité, tant que durerait le procès. Elle n'aurait à s'occuper de rien. Tout était arrangé et prévu. Elle descendrait chez M™^ de Villars, l'ambassadrice, rentrée de Madrid depuis la déclaration de guerre, et qui la considérerait comme sa propre fille. Lui-même avait en cette dame une véritable marraine. Qu'elle partît donc, sans délai, avec Bépa, récemment relâchée, elle aussi, et qui lui servirait de femme de chambre. Le fidèle Brindamour, qui était Parisien, qui connaissait merveilleusement la capitale, serait leur guide et leur protecteur...

Inès, très perplexe, avait laissé retomber la lettre. La Mère Elisabeth, les mains croisées dans ses manches, guettait sa réponse. Mais la malheureuse ne savait à quoi se résoudre : « Non ! elle ne pouvait pas quitter son pays, passer ouvertement du côté des persécuteurs de sa famille? Pourrait-elle même plus tard, après un tel scandale, épouser un Français? Et elle songeait à l'austère leçon du petit livre quelle avait lu, à Salses. M™^ de Clèves n'avait point épousé M. de Nemours, parce qu'elle se considérait comme involontairement responsable de la mort de son mari. Mais elle, Inès, ne la considérait-on pas comme responsable de la perte de tous les siens? Et si le Ciel voulait que leur sang fût versé, passerait-elle à travers ce sang pour rejoindre celui qu'elle aimait de toute son àme et que, pourtant, elle n'avait pas le droit d'aimer?... Ses yeux erraient, avec une expression de détresse, comme si elle cherchait un secours autour d'elle. Elle finit par se tourner vers la religieuse:

— Ma Mère, dit-elle d'une voix si faible qu'on

Tentendait à peine, j'accepte avec reconnaissance votre hospitalité, car je crois que tel est mon devoir...

Et, comme elle achevait ces mots, son regard rencontra de nouveau le portrait du Roi, ce portrait à la troublante ressemblance. Instantanément, une lueur d'espoir brilla pour la pauvre fille, une idée lixe s'empara de son esprit : partir î partir tout de suite pour Paris, et, avec l'appui de cette dame puissante dont lui parlait Louis-Hector, pénétrer jusqu'auprès du Roi, se jeter à ses pieds et lui arracher la grâce de son père et de tous les siens!... Après cela, il n'y aurait plus rien entre elle et M. de Parlan ! Plus de sang répandu î L'épouvantable cauchemar serait dissipé!...

La Mère Elisabeth, d'abord un peu étonnée et inquiète de ce brusque revirement, ne put que l'approuver dès qu'elle en sut la cause. Le Père Tautavel se trouvait là comme par hasard. Il se chargea de remettre au Lieutenant de Roi la lettre où Inès lui expliquait ses intentions.

Le lendemain, accompagnée de Bépa et de Brindamour, elle prenait la route de Paris. Comme le matin, où les sergents l'avaient emmenée à sa prison de Salses, il y avait de la gaîté dans le ciel printanier. Mais, ce matin-là, elle-même était presque joyeuse. Le long du canal Saint-Martin, les lavandières chantaient en battant leur linge, et les orangers en Heurs embaumaient l'air d'un parfum nuptial.

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