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LES GALANTERIES D UN HOBEREAU CATALAN

Le soir même de ce jour mémorable, don Santiago de Moncade, marquis d'Aytona, en sa qualité de vicomte d'Ille et d'ami des Darnyus, se transporta à Thôtel de Tagarit, pour demander solennellement, au nom du jeune comte, la main d'Inès à don Carlos et à donya Anna de Llar. Le lendemain, sans plus tarder, la jeune fille fut présentée en grande pompe à sa future bellemére.

Malgré la chaleur, elle dut se mettre sur le dos tout ce qu'elle avait dans ses malles, de robes précieuses. Les yeux rouges de larmes, l'air gémissant et sacrilié, elle se laissait habiller par Bépa qui la rudoyait et qui lui reprochait sa soumission, ou qui tournait en ridicule son fiancé :

— Que veux-tu! soupirait Inès, celui-là ou un autre... Et puis, tante Gracia a raison : une jeune fille comme moi doit obéir.

D'un mouvement décidé, elle se redressa sous le faix accablant de sa parure, et elle prit ce vi-

sage figé, sans expression, qui la faisait passer, aux yeux des personnes inaverties, pour une jeune fille insignifiante et cérémonieuse. Avec donya Gracia qui la chapitrait et qui devait l'accompagner et remplacer sa mère, comme plus entendue aux beaux usages, elle prit place dans la chaise de maroquin noir prêtée par don Magi de Tord, et l'on partit en cet équipage pour Thôtel de Darnyus, qui n'était pourtant qu'à deux pas.

La vue de ce logis qu'elle allait habiter fut du moins une consolation pour la victime. Sa tante n'avait pas exagéré : c'était un véritable palais. Le portail, en marbre rouge du pays, s'ouvrait sur une placette triangulaire, où il y avait une fontaine et un immense et unique platane qui se déployait comme une tente verte pleine de fraîcheur. Au fond de la cour d'honneur, paradait un grand corps de bâtiment avec sa galerie en arcades, dont les colonnes toscanes accouplées se découpaient élégamment sur toute l'étendue du premier étage. A chaque extrémité, un escalier de dimensions princières, aux rampes ajourées et sculptées, conduisait à la galerie et aux appartements de réception. Pour la solennité, on avait garni les rampes des escaliers et le balcon de la loggia avec des tapisseries et des étoffes brochées d'or que l'on ne sortait que pour les processions et les réjouissances publiques.

Inès, le cœur battant, pénétra dans les salons en enfilade du premier étage, où l'on avait accroché des tentures, disposé des tapis de gala, des sièges et des piles de coussins. Une salle ainsi décorée s'appelait une « estrade ». Dans la première, se pressait la foule des invités, hobereaux du voisinage ou « bourgeois honorés » de la ville, avec les petites gens appartenant à la clientèle

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de la famille. La seconde était réservée aux jeunes filles, parmi lesquelles les futures bellessœurs d'Inès, — donya Margarita et donya Maria- Teresa de Darnyus, — et les neuf demoiselles de Tagarit. Enfin, dans la troisième estrade, donya Guiomar de Darnyus, en costume de veuve, trônait parmi les vieilles dames en noir, tout le cortège des amies et des parentes.

Majestueusement, elle se leva dans un garde- i infant monumental, et elle s'avança jusqu'à la porte de la troisième salle pour recevoir donya Gracia et sa nièce. Elle donna la main à la première, et, la tenant ensuite par le bout des doigts, elle traversa avec elle toute l'estrade et la fit asseoir à sa droite dans un fauteuil. Inès dut prendre place à sa gauche, sur un coussin qu'elle lui désigna.

Tandis que les compliments de circonstance s'échangeaient, la jeune fille, à la dérobée, contemplait sa future belle-mère avec tremblement. C'était une grande et forte femme, de la stature et de la carrure de donya Gracia. Elle avait la tête couverte d'un voile de crêpe noir à travers lequel on voyait le fard épais qui allumait ses joues, ses épaules et la naissance de sa gorge. Ainsi voilée et fardée, dans tout le faste et le ballonnement de ses atours, sous sa robe de talfetas noir, monstrueusement gonflée par le gardeinfant, les applications d'argent et les torsades de jais qui partaient du milieu de sa poitrine et qui faisaient le tour de sa taille, en passant sous ses bras, elle ressemblait à une Sa?itisima avec son étoile de glaives plantés dans le corsage. En guise de pendants d'oreille, elle portait d'énormes floches de soie noire qui tombaient jusque sur ses épaules et où étaient accrochées des perles

grises, des fleurettes d'émail, des orfèvreries qu'on distinguait mal à travers l'épaisseur du crêpe. On se demandait comment les lobes distendus pouvaient soutenir un pareil poids, mais on ne les distinguait point sous les nattes de la chevelure bourrée de coussinets. Sa ceinture se hérissait de médailles, de reliques et d'agnus, de quoi décorer plusieurs reposoirs, — et, par-dessus le tout, elle étalait une cordelière du tiers-ordre de Saint- François, dont chaque nœud était marqué par un cabochon de brillants. Un port de tête et un ton de voix à la hauteur de ce pompeux accoutrement, achevaient de donner à la noble dame un extérieur des plus intimidants.

Elle se montra suffisamment condescendante avec donya Gracia de Vilafranca y Terreros. Quant à Inès, c'est à peine si elle lui adressa la parole. Toutefois elle la dévisageait par moments avec une insistance gênante. Ses yeux flambaient d'un mauvais regard sous le voile funèbre. Elle daigna néanmoins lui déclarer qu'elle approuvait les intentions de son fils, et elle finit par cette phrase, dite du bout des lèvres :

— Je suis heureuse. Mademoiselle, de vous voir en si bonne santé.

La jeune fille était atterrée d'un tel accueil. Mais il y eut, aussitôt après, une collation, à laquelle on lui permit de prendre part, dans la deuxième estrade, avec ces demoiselles de Darnyus et les neuf sœurs de Tagarit. Et, comme la pauvre fiancée était toujours très enfant, cette innocente diversion suffit à lui faire oublier, pour un instant, la mauvaise grâce de la comtesse.

Celle-ci avait fait les choses fort magnifiquement : si elle était chiche de ses paroles, elle ne

plaignait point la dépense. Il y eut, pour la collation, des confitures sèches à pleins bassins, des tartelettes et dos fruits à profusion, du chocolat, des horchatas de chnfas, dos laits d'amandes et une infinité d'eaux glacées. Inès goûta de tout, et elle s'amusa beaucoup à voir les jeunes de Darnyus mâcher des petites tasses de boucaro — une nouveauté rapportée de Madrid, où elle faisait fureur. C'était des tasses minuscules, modelées dans une terre fine et parfumée, qu'on présentait remplies d'un peu d'eau, afin de conserver à la terre son élasticité et sa fraîcheur. La mode consistait à les mâcher pendant des heures entières. Quelques-uns môme les avalaient. Inès, ayant voulu faire comme les autres, trouva aux tasses i de boucaro un goût détestable. Elle recracha la ■ pâte molle et terreuse après y avoir mordu : ce qui la fit traiter de gavatc/ie par ces demoiselles de Darnyus.

La fôte menaçait de finir désagréablement pour elle. Son irritation augmenta lorsque ces demoiselles se mirent à la bombarder avec des œufs dorés et remplis d'eau de senteur, que les servantes apportaient dans des corbeilles. Inès avait toujours eu horreur des jeux violents qui dérangent une toilette ou une attitude. Les parfums dont on l'inondait ne l'apprivoisèrent pas avec ce divertissement somptueux et un peu barbare. Elle supplia donya Gracia de l'emmener. Mais, devant la porte de l'hôtel, lorsqu'elle se fut réinstallée dans la chaise, elle eut â subir les compli^ monts et les protestations galantes de don Este^ban qui l'avait suivie, le feutre à la main, depuiii la première estrade, les hommes ne se mêlant point aux réunions fémininos. A titre de iiancé oriiciellemont reconnu, il sollicita d'inos l'autori»

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sation de porter désormais ses couleurs; et, en disant cela, il se courbait jusqu'à terre et faisait mille grâces. Inès était tellement interdite devant tout ce manège qu'elle ne sut que répondre. H fallut que donya Gracia, décidément au fait du bel usage, lui arrachât du corsage un ruban amarante et le tendit au jeune homme, en excusant la timidité de sa nièce. Don Esteban exécuta un nouveau plongeon et porta le ruban à sa bouche, à ses yeux et à son cœur, ce qui passait alors, en Espagne, pour le comble de la galanterie. Le chapeau toujours à la main, à pied, contre la portière de gauche, il escorta la jeune fille jusqu'au logis de la place de l'Huile, en débitant des fadaises qui exaspéraient celle-ci.

A partir de ce jour, il passa tous les soirs et tous les matins sous les fenêtres d'Inès. Il l'étourdissait d'aubades et de sérénades. Mais elle ne se montrait point, ou elle ne laissait voir, derrière les grilles, qu'un profil maussade, lorsque sa tante ou sa mère, la traitant d'inhumaine ou de petite sotte, l'obligeaient à paraître. Pourtant, un soir qu'elle était chez sa nourrice, elle prit un plaisir extrême à écouter les violons se plaindre en sourdine sous la feuillée des platanes, avec l'accompagnement lointain des fontaines murmurantes. Les violons déchirants et tendres lui révélaient elle ne savait quoi de délicieux et d'infini, un monde enchanté où don Esteban ne pénétrait point.

Le séjour de ses parents à Ille se prolongeait, elle ignorait pourquoi, et ainsi son supplice s'éternisait. La veille de la fête du Corpus, elle assista à une scène déplaisante, machinée par le jeune comte de Darnyus et qui poussa au suprême degré son aversion pour lui.

Afin d'éblouir sa fiancée, et pour imiter les raffinés de la galanterie, il imagina de se flageller publiquement en son honneur : c'était alors, à Madrid, la grande mode. S'autorisant de la pieuse vigile de la Fôte-Dieu qui permettait les processions de pénitents, il traversa les rues sous le sac et la cagoule, précédé et entouré de cinquante valets qui tenaient au poing des torches de cire. Ce fut un beau vacarme dans llle, surtout sur la place de l'Huile, trop étroite pour contenir, avec les valets, la foule attirée par cet étrange spectacle. Coiffé d'un bonnet en pain de sucre, le visage masqué par un carré de toile de Hollande que perçaient deux trous à la hauteur des yeux, don Esteban était drapé d'une robe blanche pardessus le sac pénitentiel. 11 avait aux pieds des souliers de satin blanc. Une camisole blanche, serrée à la taille et coupée par en haut de deux larges échancrures, découvrait les épaules et les omoplates. Des nœuds de rubans blancs pendaient aux manches de la camisole. Enfin le patient volontaire portait dans sa main, comme un cierge, une discipline faite de cordelettes à nœuds, auxquelles se mêlait le ruban amarante offert par donya Gracia, au nom de sa nièce.

Arrêté sous le mirador de la jeune fille, il commença par se fouetter avec lenteur, en jouant du poignet seulement : c'était la grande habileté et la suprême distinction. Les contorsions, les mouvements des bras étaient considérés comme de mauvais genre. Bientôt, des ruisseaux de sang inondèrent la camisole immaculée. Inès, traînée à la fenêtre par sa tante, dut admirer cette simngrée répugnante. Avec les plaies élargies de ses épaules, les gouttelettes ronges éparpillées sur sa robe, le flagellant avait fair d'un

boucher qui sort de l'abattoir. Tout en se fouettant -avec une fureur croissante, il poussait des soupirs à fendre des rochers et il tournait la tète, d'un air dolent, vers les grilles de la fenêtre oii se tenait Inès.

Cela lui fit horreur. Elle avait beau être habituée aux flagellations des Pénitents, le jour du Jeudi Saint, — ce sang qui jaillissait sous une discipline enrubannée, cette façon extravagante de prouver son amour en se torturant, ce mélange de dévotion et de galanterie, cette exhibition cruelle et théâtrale, tout cela était trop espagnol pour elle. Ecœurée, elle se recula de la fenêtre, en faisant claquer les vitres avec fracas.

En revanche la jeunesse dorée de l'endroit goûta fort cette comédie. C'était leur façon, à ces jeunes gens, de protester contre l'occupation française. Ils affectaient de se rallier aux modes de Madrid qu'ils eussent conspuées en d'autres circonstances. De sorte que, à la suite de cette équipée, un surcroît de considération rejaillit sur ce bélître d'Esteban. De plus en plus, il affecta des allures d'embebecido, comme on disait alors, de «rêveur» ou de « rassotti d'amour». Le fin du fin consistait à avoir l'air toujours absent, à ne pas répondre aux questions qu'on vous adressait, pour mieux feindre l'emprise amoureuse. En tout cas, chaque soir, sans préjudice des aubades et des sérénades, il venait faire sa cour à Inès qui passait en chaise avec sa tante. Comme tout le beau monde, ces dames voulaient voir la terlulia qui se tenait alors, en plein air, lorsque la chaleur était un peu tombée, derrière le chevet de l'église de Saint-Etienne.

C'était la coutume pour les jeunes gens et, en général, pour les hommes de qualité, — car l'as-

semblée était strictement masculine, — de se réunir là tous les soirs, avant VAve Maria. '

En tout temps, l'endroit est d'une couleur extraordinaire, mais, en été, c'est un coin délicieux de l'raîcheur et d'ombre. L'espace est des plus restreints : dans le fond, les grands murs nus et les piliers du chœur; de chaque côté, deux ruelles grimpantes, aux vieux logis branlants parmi lesquels fut autrefois le château des vicomtes d'ille; en face, les remparts et leur chemin de ronde en encorbellement, l'arcade en briques roses d'une porte, à travers laquelle on aperçoit la huerta avec ses alignements de cyprès, les jardins pleins d'arbres à fruits, et, dans le lointain, les orgues rocheuses, les temples salomoniques qui déploient leurs étranges architectures jusqu'à la Força- Réal.

A droite, contre le rempart, il y a un escalier latéral qui conduit au chemin de ronde; et, à gauche, de l'autre côté de la porte, dans un rentoncement, où l'on descend, comme dans une cave, par des marches de pierre, quatre fontaines qui se déversent dans des auges par quatre goulots, font une rumeur [)erpétuelle. Des vignes vierges sont suspendues aux murs croulants. Audessus du ])ortail, une madone vermillonnée sourit dans sa niche encadrée de tleurs artificielles. Tout cet ensemble est rude et fruste. Dans la maçonnerie primitive des remparts, on reconnaît les cailloux ronds de la Tét mal jointoyés par un peu de ciment. Les venelles raboteuses sont pavées d'éclats de briques. Les muraiUes de l'église tombent verticalement, en une nudité superbe qu'interrompt à peine le fronton d'une petite fenêtre grillagée, et, encastré à mihauteur des piliers, un morceau ileuri de sculp-

tures gothiques. Mais toute cette pierraille vétusté, toutes ces surfaces rugueuses sont d'un gris splendide, un gris truite d'or, avec des blondeurs luisantes, des écorcliures roses...

Entre les deux principaux piliers du chœur, en face du portail et du paysage, un terre-plein maçonné, légèrement en pente et élevé de quelques pouces au-dessus du sol, forme une espèce de divan.

Les jeunes gens d'IUe venaient là tous les jours avec leurs guitares et leurs mandolines. On étendait les capes sur le terre-plein, où l'on s'allongeait paresseusement. Assis à l'écart, les vieillards et les hommes graves commentaient les nouvelles, les événements de la politique. On discutait même sur des questions de théologie ou de versification. Des ecclésiastiques prenaient part à ces entretiens enjoués et doctes. Cette année-là, on y voyait régulièrement Mossén Gurp, savant chanoine de Perpinyan, et Mossén Galcerand, l'archidiacre de Vallespir qui, pour lors, se trouvaient en vacances à ïlle. Les dames passaient dans leurs chaises, en s'inclinant derrière les rideaux des portières discrètement tirés. Une femme, pieds nus, le mouchoir tlottant sur la tète, le pourrou de cuivre à la main, la démarche lente et grave, descendait à la fontaine. Des odeurs de fruits mûrs montaient des jardins, la rumeur berceuse des tuyaux sonores variait sa modulation avec les coups de brise; et, encore amorties par le crépuscule, les blancheurs des golilles, les couleurs grises ou noires des pourpoints, des mules et des litières, toutes ces nuances neutres se fondaient dans les jaunes et les roses des vieilles murailles chaudes de soleiL

On récitait Jes vers. Quelques-uns môme im-

provisaient sur leurs guitares, à la mode du pays. C'étaient habituellement des chansons d'amour, des copias en langue catalane, quelquefois aussi des poésies religieuses, des «goigs» en rhonneur de la « Purisima » ou de quelque saint local. Tous les soirs régulièrement, avant de se séparer, lorsque tintait \Ave Maria, on entonnait un vieux « goïg » à la louange de Nostre senyora de la Rodona, la madone qui avait son église là-haut, derrière les platanes et les lauriers-roses de l'Hôpital, et qui, après tant de vers passionnés, aux yeux de ces amoureux de vingt ans, apparaissait, dans une sorte d'apothéose, comme la Dame des dames. 11 fallait entendre de quel cœur on reprenait le refrain :

De douze brillantes étoiles Est formée votre sainte couronne, O Fleur de toutes les damoiselles.

Princesse de la Rodona!...

Inès écoutait ce refrain avec délices. Elle était pieuse et lière de sa race. Il ne lui déplaisait point que la Purisima fût aussi une demoiselle et môme une princesse. Elle passait alors devant les chanteurs, dans sa chaise, avec donya Gracia, et, malgré l'envie qu'elle en avait, la chaise ne s'arrêtait point : ainsi le voulait l'étiquette. Mais, si vite qu'elle passât, elle n'avait pas le temps d'esquiver l'odieuse figure de son liancé, le pâle visage encadré de la golillc, qui, avec ses yeux éteints, semblait une tète coupée offerte sur un plat. Et il fallait encore accueillir avec un air de clémence les sottises alambiquécs que don Esteban, profitant d'un embarras momentané des

mules, venait leur débiter devant la glace de la portière levée de deux doigts.

Le soir, quand elle se couchait, Bépa, sa chambrière, se moquait de plus belle de sa docilité et ne tarissait pas en quolibets sur don Esteban, « l'embebecidoy le rassotti d'amour )>. Elle ne l'appelait que « le polio, le poulet, » — expression castillane pour désigner les amoureux transis, qu'elle avait apprise des demoiselles de Tagarit. Sans cesse elle répétait à sa maîtresse :

— C'est bien fait pour vous, senyoritaî Vous épouserez le polio!... oui, oui, votre polio!

Et elle ajoutait aussitôt, en éclatant de rire :

— Moi, je me marierai avec un Français!... un Français comme ma mèreî... Et savez-vous avec qui?... Avec Brindamour, le tambour des grenadiers!... Ah! ah! avec Brindamour!...

Ces risées et ces propos folâtres plongeaient Inès dans des abîmes de tristesse.

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