L ENFANT ESÏ-IL NÉ VIVANT
Une aiUre, femme de médecin également, était soignée pour une tumeur abdominale : elle accoucha de deux enfants.
S. Laugier a publié un fait curieux, observé dans sa pratique hospitalière, il appartient à la science. C’était à l’époque où l’on traitait les kystes hydatiques à l’aide de courants électriques par la méthode de Scoutetten. Il avait dans son service une femme chez laquelle il avait diagnostiqué un kyste de ce genre, et qu’il électrisait tous les jours. Un tableau suspendu au lit de la malade indiquait jour par jour les résultats obtenus, les mensurations du ventre, etc. Un matin, en arrivant dans la salle, Laugier entend un cri d’enfant; il aperçoit un berceau; il s’informe. Sa malade avait accouché dans la nuit. Ce kyste hydatique de l’ovaire était une grossesse.
Les renseignements fournis par la mère sont donc de nulle valeur pour le médecin expert.
Se plaçant à un autre point de vue, Ricard, un jurisconsulte de valeur du siècle dernier, n’admettait pas que l’on posât des questions à une femme relativement à l’époque de la conception : « Dieu seul connaît les secrets de la nature, disait-il, il ne nous appartient pas de vouloir les deviner.»
Un certain nombre d’accidents traumatiques peuvent arriver à un fœtus dans le cours de la grossesse; on en connaît de fort bizarres.
M. Tarnier a mis au monde, à la Maternité, un enfant qui portait sur le front une cicatrice pareille à celle que laisserait un coup de couteau. La mère prétendait que son mari lui avait donné un coup de couteau dans le ventre et qu’elle avait guéri. Au milieu des vergetures qui couvraient le ventre de cette femme, M. Tarnier n’a pas pu retrouver la cicatrice de la blessure et vérifier l’authenticité du fait.
Guelt raconte l’histoire de deux femmes enceintes blessées au ventre, l’une d’un coup de faux, l’autre d’un coup de fourche: elles guérirent toutes deux, mais les enfants vinrent au monde avec des cicatrices.
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
Charcot a observé chez un enfant la rupture de la rate, consécutive à un coup de pied porté à la mère par son mari.
Maschka a noté, à la suite d’une violence du même genre, une fracture du crâne chez un mort-né.
D’autres auteurs rapportent des cas de fracture des os longs.
Enfin le placenta peut être malade : Vous connaissez l’apoplexie placentaire et les lésions syphilitiques du placenta.
Messieurs, j’insiste sur les faits relatifs aux mort-nés, parce qu’on a toujours une tendance dans le public à croire qu’il y a eu infanticide lorsque, après un accouchement clandestin, on se trouve en face du cadavre d’un petit enfant. Il est donc très important, pour le médecin chargé d’une expertise, de connaître les causes de mort des enfants dans le sein de leur mère.
Au point de vue de la fréquence de la mortinatalité, les statistiques de Genève, d’Allemagne, de France donnent une proportion de 5 p. 100, pour les naissances légitimes, de 10 p. 100 pour les naissances illégitimes, de près de 20 p. 100 pour les naissances clandestines.
Remarquez que, à propos des naissances légitimes, il ne peut pas être question d’un crime. Que 5 p. 100 représente à peu près le chiffre minimum des mort-nés. Ce chiffre s’élève pour les naissances illégitimes pour diverses raisons, état de santé des parents, irrégularités de la vie, et aussi parce qu’au moment d l’accouchement les soins sont souvent moins éclairés. Mais pour les naissances clandestines, le chiffre de 20 p. 100 a pour explications ces diverses raisons et surtout ce fait que si l’enfant vient en état de mort apparente, il ne reçoit pas les soins qui auraient suffi pour le rappeler à la vie.
La statistique de Genève montre que sur 100 mort-nés, 48 sont morts avant le travail, 52 pendant le travail.
Lorsque le foetus est mort pendant la gestation, nous devons distinguer deux cas. Il n’est pas d’ordinaire difficile de
l’enfant est-il né vivant?
reconnaître qu’un fœtus est mort pendant la période de gestation; mais il y a une différence à faire entre le mort-né qui a séjourné huit à quinze jours dans Tutérus, entouré des membranes intactes, et le mort-né qui a séjourné dans l’utérus, mais qui, à travers les membranes rompues, se trouvait en contact avec l’air extérieur.
Dans le premier cas, le cadavre, macéré, est d’une mollesse extraordinaire, il se plaque sur la table où on le pose ; les membres, flasques, tombent à la place où on les met, gardent les positions les plus bizarres: ce sont de vrais membres de polichinelle, a-t-on dit; et la comparaison est juste.
La peau a une coloration rouge lie de vin; l’épiderme est souvent détaché, forme par places des bulles, des phlyctènes remplies de sérosité roussâtre, si la grossesse était voisine de son terme.
L’abdomen est aplati, il a la forme d’un ventre de grenouille.
Le cordon est macéré, gonflé, imbibé de sang.
Les os du crâne sont mobiles, la tête est aplatie. Posée sur une table, elle semble une poche liquide.
Lorsque la durée de la macération au milieu du liquide amniotique a été un peu plus prolongée, les diaphyses des os longs se séparent des portions articulaires ; en palpant les membres on a la sensation que les os sont fracturés.
Les viscères prennent par imbibition une teinte rouge. Les cavités séreuses se remplissent d’un liquide coloré par transsudation de la matière colorante du sang ; on croirait au premier aspect être en présence d’une pleurésie ou d’une péricardite sanguinolentes; il n’en est rien. Il n’y a d’ailleurs pas de fausse membrane.
Lorsque l’enfant est resté dans l’utérus pendant un temps prolongé, pendant deux ou trois mois, les eaux de l’amnios sont résorbées. Le fœtus subit la transformation en gras de cadavre. La peau se plisse, l’enfant se momifie. Les choses peuvent rester ainsi pendant des mois. Le petit squelette recouvert de peau est excessivement léger. Il arrive là ce qui
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se passe dans les grossesses exlra-utérines. Lorsque la femme a été assez lieureuse pour échapper aux conséquences de celte grossesse anormale, le petit fœtus se résorbe lentement, se momifie ; il ne reste plus, au bout d’un certain temps, que les petits os qui peuvent à un moment donné perforer les parois; on trouve alors un fémur ou un humérus dans le vagin, dans la vessie, dans le rectum.
Il y a donc, dans ce processus, deux périodes au point de vue médico-légal qu’il était nécessaire de vous faire connaître.
Lorsque vous vous trouvez en présence d’un fœtus mort, entouré de ses membranes intactes, vous pouvez affirmer qu’il n’y a pas eu de tentative d’avortement, du moins au moyen d’un instrument destiné à piquer, à ouvrir les membranes. La grossesse s’est arrêtée sponie suâ.
Dans le second cas, lorsque les membranes sont ouvertes, la putréfaction s’empare du corps de l’enfant, comme s’il était exposé à l’air libre.
Quand un fœtus est venu au monde macéré, c’est-à-dire après être resté un certain temps dans l’utérus avec ses membranes intactes, si l’autopsie n’est faite que plusieurs jours après l’expulsion, on se trouve en présence et de la macération et de la putréfaction gazeuse combinées : cependant les membres gardent toujours l’apparence des membres de polichinelle, et la putréfaction gazeuse est lente.
Laissez-moi vous rappeler. Messieurs, en quelques mots, ce que je vous ai dit de la putréfaction, il y a deux ans, en parlant de la mort et de la mort subite (1).
Chez l’adulte, la putréfaction commence toujours par l’abdomen. Les germes anaérobies sortent de l’intestin, pénétrent dans les tissus, dans les vaisseaux, et donnent naissance à la putréfaction gazeuse.
Chez l’enfant nouveau-né, qui n’a pas mangé, la putréfaction ne suit pas la même marche ; il n’y a pas en eflet de germes dans l’intestin, il ne peut y avoir une pullulation de
(I) P. Broiiardel, Lrt mort et la mort subite, Paris, 1895, p. 68.