PLANCHE II
Fig, 1.
Fracture du pariétal gauche avec enfoncement s’étant produite pendant l’accouchement d’une femme qui avait un vice de conformation du bassin, et chez laquelle le forceps avait été appliqué (Pièce tirée du musée de M. le professeur Depaul].
Fig. 2.
Dépression du coroual gauche s’étant produite pendant l’accouchement d’une femme qui avait un vice de conformation du bassin et sans qu’on se fût servi du forceps (Depaul).
Fig. 3.
Tête d’enfant à terme offrant un exemple remarquable de défaut d’ossification sur les différents os du crâne (Depaul).
Fig. 4.
Tête d’enfant à terme présentant une raréfaction de tissu osseux de la voûte du crâne (Pièce tirée des collections de M. le D’’ H. Slot),
'Ju‘l lul nat ii('l
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l’enfant est-il né vivant ?
Hémorrhagie. — Il me reste à vous parler d’une dernière complication qui peut entraîner la mort du fœtus pendant le travail. Il se produit parfois une hémorrhagie au niveau de l’insertion du cordon sur le placenta; le cordon se rompt assez facilement au niveau de cette insertion. Quand il y a malformation, il arrive parfois que chacun des vaisseaux du cordon se rend isolément à son cotylédon particulier : c’est ce qu’on a appelé Vinserlion vélamenteuse du cordon. Le cordon se rompt, parce que chacun de ses éléments se brise facilement et successivement.
Le cordon peut également se rompre au niveau de l’insertion ombilicale, quand il est très court. Le D'’ Stude (de Breslau) a noté un cas où le cordon manquait absolument, où le placenta adhérait à l’ombilic de l’enfant. Le D’’ Sclafer en a cité un autre où le cordon avait 10 millimètres de longueur.
G. Mort après la naissance. — Nous avons tout d’abord la mort par défaut de maturité du fœtus, c’est-à-dire la naissance avant 180 jours de vie intra-utérine.
D’un autre côté, il peut y avoir, chez l’enfant, une absence, une malformation des organes indispensables à la vie ou une maladie congénitale. Certaines monstruosités, énormes au point de vue de l’apparence, sont pourtant compatibles avec la vie; il me suffit de vous citer l’exemple des frères siamois et de Millie-Ghristine, dont tous vous avez entendu parler (1).
Je ne reviendrai pas sur les vices de conformation du cœur, sur les atrésies du duodénum, sur les imperforations du rectum, de l’œsophage, dont je vous ai déjà parlé.
Je citerai comme incompatibles avec la vie certaines hernies du diaphragme, qui permettent aux organes de l’abdomen de pénétrer largement dans le thorax, des kystes volumineux des reins, etc.
(1) A. Tardieu, Contribution à L'histoire des monstruosités considérées au point de vue de la médecine légale, à L'occasion de l'exhibition publique du nvmstre pygoparje Millie-Christme [Annales d'hyqiène, 1874, t. XLI, p. 340).
QUESTIONS MÉDICO-LÛGALES.
J’atlirerai spécialement votre attention sur une forme particulièi e d’hépatisation pulmonaire , connue sous le nom de pneumonia alba. Le tissu pulmonaire est farci d’une foule de petits noyaux, rappelant assez exactement les noyaux tuberculeux, à leur début. Cependant ce ne sont pas des tubercules. MM. Gornil, Virchow, leur dénient absolument ce caractère. Yircliow attribue cette infiltration du tissu pulmonaire à la syphilis, provenant soit du père, soit de la mère. Ce serait donc une pneumonie syphilitique. J’ignore si cette opinion de Virchow est aussi celle de l’École de Saint-Louis, mais je sais que les anatomo-pathologistes que j’ai consultés n’ont pas pu se prononcer et n’ont pas su déterminer la nature de celte pneumonie particulière et toujours mortelle.
Lorsque l’on jette dans l’eau des fragments de poumons atteints de pneumonia alba, ils surnagent, mais incomplètement : rappelez-vous ce fait. Ils n’ont pas la densité des poumons atteints de pneumonie franche.
Notons encore les épanchements sanguins intra-méniugés, conséquence du travail de l’accouchement, je vous en ai parlé, et l’encéphalite interstitielle, dont la pathogénie est assez mal connue.
Au moment de l’accouchement, les voies respiratoires de l’enfant peuvent être obstruées par les membranes ou leurs fragments. Hofmann a rapporté l’observation d’une dame, primipare, qui accoucha dans un wagon, où se trouvaient aussi deux jeunes filles. L’enfant est venu au monde, enveloppé de ses membranes intactes; ni la mère, ni les deux jeunes filles ne savaient ce que c’était que ce paquet, dans lequel elles ne reconnaissaient pas un enfant. L’enfant mourut asphyxié dans le liquide amniotique. La mère fut accusée d’infanticide et arrêtée. Hofmann, dès qu’il eut terminé son enquête médico-légale, s’efforça de faire remettre cette femme en liberté.
Les accouchements précipités présentent un autre danger. Des femmes sont surprises par les douleurs et elles accou-
l’enfant est-il né vivant ?
client debout, nu moment où elles allaient se mettre an lit. L’enfant peut sortir, tomber à terre et se fracturer le crâne ; le cordon peut être déchiré.
Tels sont les accidents nombreux qui peuvent déterminer la mort d’un enfant, avant, pendant et après le travail. Le médecin légiste doit les connaître, car ils lui permettront d’affirmer, s’il les a constatés, que la mort de l’enfant est due à une cause naturelle.
Preuves que Venfant a respiré. — Messieurs, quand un enfant vient au monde, vivant, c’est par un cri qu’il révèle son existence : il respire, et c’est dès cette première respiration qu’il pousse un cri. Quelque courte que soit sa vie, l’enfant a presque toujours respiré ; et si on peut dire qu’un enfant qui a respiré a vécu, il serait par contre exagéré de prétendre qu’un enfant qui n’a pas respiré, n’a pas vécu.
Je passe rapidement sur une série de signes, qui ont été invoqués par les auteurs comme preuves de la respiration d’un nouveau-né, mais qui n’ont au point de vue médico-légal que peu de valeur.
Je n’attache pas grande importance aux mensurations du thorax ou au refoulement du diaphragme. Elles sont très délicates et on ne saurait s’appuyer sur elles seules pour contredire les épreuves bien autrement probantes de la docimasie.
C’est l’examen du poumon lui-même qui domine toute la question.
Lorsqu’on ouvre le thorax d’un enfant nouveau-né, s’il n’a pas respiré, les poumons sont déprimés, refoulés vers la gouttière costo-vertébrale, et recouverts presque dans leur entier par le cœur et le thymus. Si l’enfant a respiré au contraire, les poumons sont saillants et recouvrent le cœur et le thymus.
Tant que l’air n’a pas pénétré dans les poumons, ceux-ci ont une surface lisse, sur laquelle il est impossible de discerner une cellule ou une vésicule; la couleur est lie de
54 QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
vin, comme celle du foie ou de la rate ; quelquefois elle est plus claire, presque café au lait.
Si l’enfant a respiré prématurément, les poumons sont gorgés d’un sang rouge brun.
Lorsque l’enfant a respiré normalement, les poumons ont un aspect lobulé, on distingue à leur surface des cellules polygonales, des losanges dessinant les lobules ; ils sont rosés, parsemés de zones de couleur différente, comme marbrés.
Si l’enfanta été suffoqué, l’appel du sang donne au contraire aux poumons une couleur d’un rouge sombre.
Avant la respiration le poumon donne aux doigts qui le pressent la même consistance que la chair, après la respiration on sent nettement une crépitation analogue à celle que provoque la pression d’un coussin de crin.
Le procédé de \d, docimasie pulmonaire estle seul qui permette à l’expert d’affirmer qu’un enfant a respiré.
Je vais vous exposer de suite, afin de ne pas y revenir, un procédé de docimasie particulier, imaginé par Bouchut, et qu’il a appelé la docimasie optique (1). Bouchut examinait les poumons des nouveau-nés à la loupe ou à un très faible grossissement microscopique. Il constatait ainsi que les poumons d’un enfant qui n’avait pas respiré formaient une masse spongieuse ; que dans les poumons d’un enfant qui avait respiré, on reconnaissait, au contraire, la structure vésiculeuse et on voyait de petites bulles d’air.
Lorsque Bouchut a présenté à l’Académie de médecine le résultat de ses observations, plusieurs membres ont pensé que la présence de ces bulles de gaz pouvait aussi bien être due à un commencement de putréfaction, qu’cà la pénétration de l’air. Ce procédé a été jugé avec une extrême sévérité par Vernois, rapporteui'. 11 n’a certainement pas la même valeur que celui que nous allons exposer, mais il
(I) Bouchut, Mémoire sur la tlocimasic pulmonaire à l'aide des instruments d'optique {Bull, de l’Acad. de médecine^ 18G2, t. XXVII, p. 504).
l’enfant est-il né vivant ? 55
peut rendre service, c’est un bon moyen de contrôle et Laënnec, de Nantes, en a fait un éloge mérité (1).
M. Bordas (lig. 3 et 4), mettant à contribution une découverte récente, a constaté que les rayons de Roentgen traversent un poumon qui a respiré et ne traversentpas un poumon qui n’a pas respiré. Les photographies que je fais passer sous vos yeux sont très intéressantes, sous ce rapport.
Fig. .3. — Poumon d’enfant noiiveau-né ayant respiré (épreuve
radiographique).
Si ce procédé se généralise, il aura une certaine importance : nous pourrons en effet mettre sous les yeux du jury et des magistrats l’image exacte de ce que nous aurons trouvé ; ils nous comprendront mieux.
Mais, quels que soient ses avantages, ce procédé ne saurait être comparé à celui qui est basé sur le poids spécifique des poumons.
(1) Laënnec, Gaz, méd. de Nonles, 9 sept. 1888, p. IGG.
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
Au siècle dernier, PloucqueL avait constaté qu’un poumon qui a respiré augmente de poids. L’afflux du sang provoqué par la première respiration double presque ce poids : Lorsque l’enfant n’a pas respiré, les poumons pèsent, d’après Ploucquet, la soixante-dixième partie du poids total de l’enfant : ils en pèsent la trentième quand l’enfant a respiré.
Il n’est pas très facile et il est délicat de faire toutes ces épreuves, basées sur le volume, la consistance ou le poids spéciQque des poumons, elles sont difliciles à efl’ectuer avec une suffisante précision.
Messieurs, l’ensemble des expériences connues sous le nom de docimasie pulmonaire tel qu’on doit les pratiquer actuellement ne comporte aucune difficulté pratique et nous donne une série de caractères, qui, si nous les trouvons tous réunis, nous permettent de dire sans craindre d’erreur que l’enfant a respiré.
La docimasie pulmonaire se compose de cinq opérations qu’il faut toujours exécuter (1) :
On enlève les poumons avec le larynx, la trachée, le cœur et le thymus ; on jette toute la masse dans un vase plein d’eau. Si l’enfant a respiré, la masse surnage.
2° On jette dans le vase, les poumons seuls : si l’enfant a respiré, ils nagent; s’il n’a pas respiré, les poumons tombent un fond de l’eau et y restent.
3^ On prend un fragment de poumon, on le maintient dans l’eau avec la main et on le comprime, en ayant soin détourner en haut la surface de section. S’il sort de ce fragment de poumon, ainsi comprimé, une certaine quantité de bulles
(1) Pour éviter d’éciascr les poumous en les enlevant du thorax, quelques auteurs ont recommandé de se servir d’une pince appliquée sur la trachée, et de la laisser en pression pour qu’au moment de l’épreuve hydrostatique l’eau ne pénètre pas dans le larynx et la trachée ; d’autres auteurs ont recommandé de. lier la trachée. Ces prescriptions sont prudentes, mais si l’exp('rt a quelque habitude des autopsies, il lui sera facile d’évitt r cet inconvénient eu enlevant délicatement l’appareil respiratoire et en maintenant le larynx au-dessus du plan de l’eau au moment où il place les poumons dans ce liquide.
Fig.' 4. — 1. Pounj«jii témoin u’ayaiit pas respiré. — 2. Poumon insufflé en partie (moitié gauclie). — 3. Poumon insufflé dans toute sa masse. (Épreuves radiographiques.)
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d’air, accompagnées d’un peu de sérosité sanguinolente, qui viennent faire, sur la surface de l’eau, des plaques de mousse rosée, l’enfant a respiré.
4° Lorsqu’on cesse de comprimer et de maintenir ce fragment, il nage, si l’enfant a respiré; il tombe au fond, dans le cas contraire.
5° Lorsque les poumons nagent, on en prend un fragment, on l’écrase entre les pouces, on expulse l’air des alvéoles, on peut broyer le tissu, malgré toutes les dilacérations qu’on lui aura fait subir le fragment nagera si l’enfant a respiré.
Vous pouvez conclure que l’enfant a réellement respiré, après avoir répété ces expériences et constaté tous ces caractères. Mais vous devez faire subir toutes ces épreuves aux poumons et vous ne devez conclure que si elles sont toutes concordantes.
Messieurs, la docimasie pulmonaire nous donne-t-elle une certitude absolue? N’y a-t-il pas de causes d’erreur? 11 y en a et elles peuvent être divisées en deux catégories :
A. Aes poumons surnagent, l'enfant a-t-il respiré?
Parmi les objections faites à la docimasie, il n’y en a qu’une qui ait de la valeur : c’est l’objection tirée du développement des gaz par la putréfaction.
Le cœur rem[)li de gaz, transformé en une vessie gazeuse, peut pendant la première épreuve faire surnager la masse entière, les quatre aulres épreuves suffisent pour faire disparaître cette cause d’erreur.
Les poumons putréfiés des enfants nouveau-nés nagent-ils?
Tardieu avail déjà remarqué que les poumons des nouveau-nés se putréfient très lentement.
Lorsque les poumons se putréfient, on voit apparaître sur leur face extérieure, sous la plèvre, de petites bullesœle gaz, de petites vésicules ; si on examine les poumons à la loupe, comme on fait dans la docimasie optique de Bouchut, on
l’enfant est-il né vivant?
aperçoit, dans le parenchyme pulmonaire, de petites perles de gaz. Quand, avec une épingle, on crève ces petites vésicules, les poumons jetés dans l’eau ne nagent plus.
Voilà ce que donne l’examen extérieur.
J’ai fait, depuis quinze ou seize ans, un certain nombre d’expériences à ce sujet. J’ai fait putréfier, avec M. Descoust, des poumons de mort-nés. Ges poumons ne se putréfient pas, ils tombent en déliquescence; ils forment au fond du vase plein d'eau une espèce de magma, dans lequel nous n’avons pu trouver aucune bulle de gaz. Nous nous sommes alors demandé si les bulles de gaz ne se développaient pas seulement dans les poumons qui avaient complètement ou incomplètement respiré.
Le professeur Tamasia, de Padoue (1), avait déjà fait ces expériences; il nie absolument que la putréfaction seule puisse faire surnager les poumons. Pour lui, la nalalion des poumons n’est possible que si l’enfant a fait pénétrer de l’air dans les bronches.
MM. Descoust et Bordas ont étudié à nouveau la question, dans ces derniers temps; ils ont, dans le mémoire qu’ils ont présenté à l’Académie de médecine, groupé trois faisceaux de preuves.
Ils ont pris, à l’abattoir, des poumons de petits cochons ou d’agneaux mort- nés, n’ayant pas respiré; ils ont fait putréfier ces poumons en les séparant en trois groupes : les premiers sans y loucher autrement, les seconds après y avoir injecté du sang en putréfaction, les troisièmes après les avoir insufflés, une ou deux fois.
Les poumons du premier groupe servaient de témoins. Ils n’ont jamais, au bout de huit jours, présenté de putréfaction gazeuse; ils sont devenus déliquescents, boueux, ils sont tombés au fond de l’eau.
Les poumons du second groupe, injectés avec du sang
(1) Tamasia, Sulla pulrefazione del polmo7ie {Rivista sperimefit. di med. legale, 187G, lit et IV).
QUESTIONS MÛDICO-LBGALES.
pulréûé, ont présenté absolument les mêmes caractères : eux aussi tombent en déliquescence.
Les poumons du troisième groupe, qui avaient été insufflés, ont seuls subi la putréfaction gazeuse.
Rappelez-vous ce que je vous ai dit, sur la façon dont la putréfaction s’établit chez l’adulte : Les microbes dissocient les cellules épithéliales de l’intestin, ils passent au travers, pénètrent dans les vaisseaux; en même temps la fermentation des matières contenues dans l’intestin donne naissance à une grande quantité de gaz. Chez le nouveau-né, la putréfaction ne se fait pas par l’intestin, à moins qu’en respirant, il n’ait fait pénétrer de l’air dans l’estomac. Lorsque l’enfant a respiré, la putréfaction se fait, dans ses poumons, comme elle se fait dans le tube intestinal d’un adulte.
MM. Descoust et Bordas ne se sont pas contentés d’expérimenter sur des fœtus d’animaux; ils se sont adressés à M. Budin, qui a bien voulu leur envoyer les poumons de tous les fœtus mort-nés de son service. Que les poumons soient restés dans le thorax, ou qu’ils en aient été retirés, MM. Descoust et Bordas ont recommencé les trois séries de leurs épreuves : poumons témoins, poumons injectés de sang putréfié, poumons insufflés. Les résultats ont été tout à fait identiques à, ceux qu’ils avaient constatés en opérant sur les poumons des animaux.
La logi^iue nous invite par conséquent à conclure que seuls les poumons qui ont respiré subissent la putréfaction gazeuse.
Il résulte de ces expériences que les poumons des nouveaunés n’entrent en putréfaction gazeuse que si l’air a pénétré dans leurs alvéoles, apportant avec lui les germes de putréfaction. Il me restait un doute, que j’ai signalé à M. Bordas. Un nouveau-né n’ayant pas respiré est projeté dans une fosse d’aisances, dans un égout; les liquides chargés des germes de putréfaction pénètrent dans les premières voies respiratoires : jouent-ils, comme l’air, le rôle de véhicules des
L’ENFANT EST-IL NÉ VIVANT? Gl
germes de la pulréfaclion ? Les poumons subiront-ils la putréfaction gazeuse ?
M. Bordas a répondu à celte objection parles expériences suivantes : Il a pris un certain nombre de fœtus de moutons, voisins du terme de la vie intra-utérine, n’ayant pas respiré. Quatre d’entre eux ont été placés dans un récipient contenant 50 litres d’eau d’égout puisée au collecteur d’Asnières. Ces fœtus sont restés immergés pendant quatre jours à la température de 25°, et au bout de ce temps, sous l’influence de la putréfaction, ils n’ont pas tardé à surnager. Le ventre était ballonné et menaçait même de céder sous la pression des gaz.
Les poumons étant extraits de la cavité, nous les avons examinés. Ils présentaient une couleur uniforme, rouge brique ou lie de vin, ne contenaient pas de bulles gazeuses soit à la surface soit à. l’intérieur des poumons, se laissaient déchirer sous la moindre pression des doigts et étaient tous plus denses que l’eau.
Ainsi donc ces fœtus, quoique placés dans un liquide aussi putrescible que l’est l’eau d’égout (elle contient à la sortie du collecteur de 10 à 12 millions de colonies par centimètre cube), eau qui a pu pénétrer par les voies naturelles, puisque ces moutons étaient restés sous l’eau pendant quatre jours, n’ont pas présenté de différences avec d’autres fœtus abandonnés comme témoins à la putréfaction spontanée à l’air libre.
De l’ensemble de ces expériences, MM. Descoust et Bordas concluent qu’il n’y a putréfaction gazeuse des poumons que lorsqu’un enfant a respiré.
Messieurs, je crois, quant à moi, que les faits sont prouvés, qu’ils se passent réellement ainsi, mais je n’ose pas apporter dès maintenant celte preuve aux assises, pour la raison suivante : Remarquez d’abord qu’elle aggraverait considérablementlasituation de la femmeaccuséed’infanticide. Or, jusqu’ici tous les médecins légistes ont dit : « Le poumon nage, c’est vrai, mais il est putréfié ; et nous ne pouvons conclure de cette natation des poumons que l’enfant a respiré. » La question
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
d’infanticide est donc écartée. Et nous, nous dirions : « Les poumons nagent, ils ne nagent que si l’enfant a respiré, car des poumons de mort-nés même putréfiés ne nagent pas. » Nous changerions complètement la solution donnée jusqu’à ce jour à ce problème.
Aussi j’ai prié MM. Descoust et Bordas de porter le résultat de leurs recherches devant l’Académie de médecine. J’y provoquerai un débat scientifique; je prierai les médecins experts de répéter les expériences, de les varier ; au bout de quelques années, si tous ont obtenu des résultats identiques, si tous sont d’accord, nous pourrons conclure et nous présenter devant la cour d’assises avec des déductions formelles.
Parmi les objections opposées à la valeur de la docimasie, on a cité Yinsuf [talion artificielle. Il se peut, a-t-on dit, que l’on ait pratiqué, sur un mort-né, l’insufflation par le procédé de bouche à bouche ou par celui du tube de Depaul. Dans ce cas les poumons peuvent nager, alors que l’enfant n’a pas respiré. C'est là une objection purement théorique.
S’il s’agit d’un accouchement clandestin, il n'y avait auprès de la mère ni sage-femme, ni accoucheur. Qui donc aurait pratiqué l’insufflation?
Il n’est pas difficile d’ailleurs de différencier un poumon qui a été insufflé d’un poumon qui a respiré. Nous avons fait, à la Morgue, de nombreuses expériences d’insufflation des poumons à l’aide du tube de Depaul. Que trouvons-nous en examinant les poumons? L’air a pénétré dans un lobe, il n'a pas pénétré dans les autres; il y a de l’emphysème interlobulaire, parce que les efforts d’insufflation ont été trop violents et que le tissu pulmonaire a été déchiré. De plus, si nous coupons un poumon insufflé, la coupe en sera blanche, anémique et absolument différente de l’aspect rosé ou rouge du poumon qui a respiré.
Vous savez que lorsque la respiration fait pénétrer l’air dans les poumons, elle excite en même temps la circulation
l’enfant est-il né vivant?
pulmonaire. Cet appel de sang ne se fait pas, lorsque l’insufflation ne réussit pas à provoquer la respiration naturelle.
Enfin, on trouve de l’air dans l’estomac.
Une troisième objection opposée à la valeur de la docimasie est celle-ci : Des enfants rcsph'ent parfois déjà clans ^intérieur de l'utérus. Tous les traités d’obstétrique rapportent que des accoucheurs ont entendu des enfants pousser un cri ou un vagissement, dans l’utérus. Mais il s’agit ici de manœuvres obstétricales; l’accoucheur avait la main ou le bras engagé dans le vagin ou dans l’utérus, afin d’amener un pied ou un bras au dehors. L’air extérieur peut arriver dans l’utérus, en même temps que le bras de l’accoucheur, l’enfant peut respirer. Vous conviendrez, avec moi, que ce sont là des faits qui ne sauraient se présenter à propos d’une présomption d’infanticide.
Un enfant, qui n’est pas encore né, peut cependant respirer lorsqu’il a la tête engagée dans la vulve et que le reste du corps est encore à l’intérieur de l’utérus. Est-il né ou non? Il a la tête au dehors, il peut respirer et sa mère peut le tuer. Je connais un exemple de ce genre d’enquête. La mère a tué son enfant d’un coup de sabot, alors que la tête seule était sortie.
Le D’^ Herbet, d’Amiens, a communiqué à Tardieu un fait d’un autre genre : C’était en hiver, on avait trouvé dans la Somme un petit cadavre ; les poumons étaient gelés^ on les jeta dans l’eau, ils nagèrent. Mais quand la glace fut fondue, ils tombèrent au fond du vase.
Qu’est-ce qui avait fait surnager ces poumons? C’était la congélation de l’eau qu’ils contenaient. Ne serait-il pas très étonnant qu’un expert ne s’aperçoive pas que les poumons qu’il manipule sont gelés; les poumons gelés ont une apparence toute diflerente de celle des poumons normaux. Ils sont durs, sans souplesse, se tiennent debout sur la table sur laquelle on les place, ils crépitent sous le doigt
64 QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
par ruplure des petits fragments de glace qu’ils renferment.
Les poumons conservés clam l'alcool surnagent. Lorsque l’alcool qu’ils contiennent s’est suffisamment mélangé, à l’eau du vase, ils tombent au fond.
Permettez-moi, à ce propos, de vous donner un conseiL Les étudiants en médecine conservent volontiers des fœtus dans l’alcool; il les collectionnent; puis, quand ils ont passé leur thèse, qu’ils vont quitter Paris, ils cherchent à se débarrasser de leur collection et ils ne trouvent rien de mieux que de jeter tous ces fœtus dans les cabinets d’aisances. Quand on vide la fosse, on les retrouve, on les porte à la Morgue et on ouvre une enquête.
Un étudiant, interne des hôpitaux, a été le héros d’une aventure de ce genre; il allait se marier, et Yerneuil devait être un des témoins de son mariage. Embarrassé par sa collection de fœtus, il l’a précipitée dans les water-closets. Ces fœtus sont retrouvés, l’étudiant est arrêté, le mariage est rompu; malgré toutes les explications, le futur heau-pêre du jeune homme n’a jamais voulu comprendre qu'il fût possible d’avoir tant de fœtus chez soi. Yerneuil et moi nous sommes allés chez le juge d’instruction et nous lui avons offert de lui faire voir, chez d’autres étudiants, des collections de fœtus en tout point semblables. Le juge se rendit facilement à nos raisons, l’affaire n’eut pas de suites.
Ne collectionnez donc pas les fœtus. Si vous en avez, donnez-les à un laboratoire, où leur place est marquée.
B. Les poumons ne surnagent pas^ est-il sûr que l'enfant n'a pas respiré ?
J’arrive, Messieurs, à la deuxième hypothèse : Les poumons ne surnagent pas. Pouvons-nous dire que l’enfant n’a pas respiré? Nous ne pouvons pas le dire d’une façon absolue.
Un exemple vous montrera pourquoi : Tardieu a vu, dans
l’enfant est-il né vivant?
son service, des enfants venir au monde, pousser des gémissements, des vagissements pendant huit, quinze et même vingt-quatre heures, puis mourir. A l’autopsie, les poumons tombaient au fond de l’eau.
J’ai observé à la Pitié, avec M. Bastard qui était mon interne en 1879, un fait analogue. Un enfant, venu au monde dans mon service, a poussé des vagissements pendant trente-six heures ; il est mort, ses poumons sont allés au fond de l’eau.
Tous ces enfants étaient nés avant terme, à sept mois, sept mois et demi, débiles, faibles, athrepsiques.
Les explications qui ont été données de ces faits ne sont pas bien satisfaisantes. On a parlé de l’inaptitude des muscles à développer le thorax, de l’inexcilabilité du centre nerveux respiratoire. On a dit enfin que dans le tissu pulmonaire des enfants de sept mois il y avait plus de fibres élastiques, proportionnellement, que dans celui des enfants venus à terme; ces fibres élastiques comprimeraient les alvéoles, empêcheraient l’air d’arriver aux alvéoles ou expulseraient celui qui aurait pu y arriver. On a dit aussi que l’air était absorbé par les vaisseaux : cela est possible pour l’oxygène, mais je ne crois pas que ce soit le cas pour l’azote et l’acide carbonique.
Il faut retenir le fait, mais s’il est établi pour l’enfant né avant terme, il ne l’est pas pour l'enfant né à terme.
Un enfant peut naître à terme, sortir de la vulve, vivre une demi-heure ou même trois quarts d’heure et ne pas respirer ; quand le placenta ne se décolle pas, l’enfant vit, mais la respiration placentaire continue, la respiration pulmonaire ne s’établit pas. On peut le tuer pendant ce tempslà. C’est une hypothèse rare d’un côté et une résolution bien prompte de l’autre.
L’enfant peut être en état de mort apparente, ressusciter et vivre. Je vous ai raconté déjà l’histoire de cette sagefemme arrivant à la mairie, devant l’officier de l’état civil, pour déclarer la naissance d’un enfant mort-né qu’elle P. Brouaiidel. — L’Infanticide. 5
CG
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
apporlail dans un panier. Au moment où elle découvre son panier, l’enfant pousse un cri et rofficier de l’état civil lui dit : « Mais ce n’est pas un mort-né, il crie I ». Les enfants peuvent rester quelques heures en état de mort apparente, ils ne respirent pas, et pendant ce temps-là la mère peut commettre l’infanticide.
Comment tenir compte de ces faits devant la cour d’assises ou dans un rapport? D’une façon absolument scienti" fique : Le juge vous demande si l’enfant a respiré? Vous répondez que la docimasie pulmonaire ne prouve pas que l’enfant a respiré.
Il y a une quinzaine d’années, se basant sur les résultats négatifs des épreuves docimasiques, un médecin légiste avait affirmé qu’un enfant n’avait pas respiré. Le président lui dit : « Vous savez que la mère a avoué que l’enfant avait crié ? » Aussitôt l’avocat s’est levé en disant : « Oui, elle a avoué tout à l’heure, elle n’avoue plus maintenant. » L’expert a été obligé de donner des explications, il a parlé de l’inaptitude des muscles thoraciques, de l’inexcitabilité du centre respiratoire; le jury a pensé qu’il s’était trompé et cependant il avait fait une constatation exacte; il avait eu tort d’afürmer autre chose que ce que démontre rigoureusement l’épreuve de la docimasie.
Quand les poumons nagent, qu’ils ne sont pas putréûés, qu’ils ne sont pas gelés, et qu’ils ne sentent pas l’alcool, vous direz que l’enfant a respiré.
Quand les poumons ne nagent pas, vous direz simplement que la docimasie pulmonaire ne démontre pas que l’enfant a respiré.
Le D’’ Thoinet, d’Ancenis, a publié un fait unique, je crois : Il a fait l’autopsie d’un nouveau-né, qui avait été bouilli ; les poumons, projetés dans l’eau, ne nageaient pas; il a répété l’expérience avec les poumons d’un veau, bouillis également ; le résultat a été le même.
Il me semble qu’il y a une différence d’aspect entre le
l’enfant est-il né vivant? 67
poumon bouilli et le poumon naturel, qui rend une erreur bien difficile.
La valeur de la docimasie pulmonaire a été très critiquée, en Allemagne, par le Breslau qui a proposé de lui substituer la docimasie du tube digestif. Les erreurs sont bien plus nombreuses et bien plus faciles que dans la docimasie pulmonaire; cependant je vous conseille de faire, dans vos expertises, les épreuves de la docimasie intestinale. On pourrait, à l’audience, vous reprocher de les avoir négligées.
Le D'’ Breslau dit :
1° Quand un enfant respire, il fait pénétrer à l’intérieur de son estomac et de son tube digestif une certaine quantité d’air ; la respiration s’accompagne d’une déglutition.
Ce fait est vrai dans la majorité des cas, mais il en est d’autres où il ne se produit pas.
2° La quantité de gaz contenue dans l’estomac et le tube digestif d’un nouveau-né est en rapport direct avec la durée de la respiralion.
Hofmann, qui s’est beaucoup occupé de cette question et quia publié sur ce sujet des travaux fort intéressants, a remarqué que quand la respiration avait duré quelques heures, on pouvait admettre que l’on trouvait dans l’estomac et le tube digestif une certaine quantité de gaz.
3° La putréfaction ne se développe jamais dans le tube digestif.
Cela est vrai, tant que l’intestin contient le méconium et que l’enfant n’a pas respiré; mais s’il a respiré et avalé de l’air, la putréfaction se développe dans le tube digestif.
La docimasie du tube digestif fournit des preuves à l’appui de la docimasie pulmonaire, mais elle ne saurait remplacer celle-ci.
Lorsque les poumons d’un nouveau-né tombent au fond de l’eau et que l’intestin surnage, affirmerez-vous que cet enfanta respiré? Non, Messieurs, et vous aurez raison.
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D’un autre côté, bien souvent le tube digestif va au fond de l’eau et les poumons prouvent, par leur natation, que l’enfant a respiré.
S’il y a concordance entre les deux genres d’épreuves, vous pouvez en tirer une certitude absolue.
La docimasie auriculaire a été étudiée en Allemagne par AVreden et Wend, en France par M. Gellé. Ils ont démontré que, lorsqu’un enfant vient au monde, il porte, dans l’oreille moyenne, une petite boule formée par des mucosités. L’enfant fait une inspiration, cette boule quitte l’oreille moyenne, passe par la trompe d’Eustache, arrive dans le pharynx et disparaît. Donc, si l'on trouve du gaz dans l’oreille moyenne l’enfant a respiré.
Je vous signale de suite une cause d’erreur : Dans l’immense majorité des cas, nous avons trouvé ce bouchon remplacé par un liquide ; ce liquide se produit dès que la putréfaction a commencé.
De plus, l’épreuve est très délicate : il faut détacher la dure-mère, savoir exactement où il faut chercher cette petite boule de mucosités, ouvrir le rocher, et l’ouvrir sous l'eau afin de vous assurer de la présence d’une bulle d’air ; et quand vous aurez constaté que cette bulle d’air est venue éclater à la surface de l’eau, pourrez-vous alfirmer que vous ne l’avez pas introduite avec vos mains ou votre scalpel ?
Oserez-vous baser une accusation d’infanticide sur une preuve aussi délicate et aussi peu fidèle?
Toutefois vous pouvez, si l’enfant a été projeté dans une fosse d’aisances, rechercher la matière fécale dans l’oreille; de puissants efforts de respiration la font en effet pénétrer jusque dans la caisse du tympan ; si, au microscope, vous reconnaissez les caractères de la matière fécale, vous aurez acquis la preuve que l’enfant a respiré.
La docimasie intestinale et la docimasie auriculaire doivent être pratiquées par l'expert, mais elles sont loin d’avoir la
l’enfant est-il né vivam? 69
valeur de la docimasie pulmonaire pratiquée on faisant successivement les cinq épreuves qui la constituent.
Preuves tirées de l’examen de l'appareil circulatoire et du sang. — Tels sont les renseignements que fournit l’examen de l’appareil pulmonaire, Messieurs. Avons-nous d’autres moyens de répondre à la question du juge d’instruction : « L’enfant a-t-il vécu? »
Nous arrivons à une discussion, dans la solution de laquelle je ne saurais vous conseiller trop de prudence.
Un enfant a reçu des coups de couteau ou il a des plaies contuses : celles-ci sont couvertes de sang coagulé. La docimasie a montré que les poumons ne nagent pas ; pouvonsnous de la présence de ce sang coagulé conclure que l’enfant a vécu? Tardieu n’a pas hésité à répondre par l’afOrmative; il a été violemment combattu par Casper.
La question n’a pas été très discutée en Angleterre. En France, Gaussé d’Albi, le D’' Bellot, du Havre, ont soutenu que lorsqu’il y a du sang coagulé sur les plaies d’un nouveauné, ce nouveau-né à vécu.
Je n’irai pas aussi loin.
La question de la coagulation du sang est complexe, elle est encore mal connue.
En premier lieu, quand disons-nous que le sang est coagulé?
Quand il se produit une rupture de l’artère méningée, chaque ondée sanguine décolle un peu la dure-mère et il se fait ainsi, lentement, un épanchement qui prend la forme d’une galette ; cette galette a toujours les mêmes dimensions ; si on la sectionne, elle est solide, comme feutrée. Il s’agit bien en ce cas de sang coagulé, il a fallu que le cœur batte encore des heures après la rupture de l’artère pour produire un tel caillot.
Mais à côté de ces faits vous trouvez parfois, dans une plaie, dans une séreuse, du sang à peine coagulé. Les parties liquides sont temporairement maintenues par les larges mailles de la fibrine. Déchirez-les, le sang s’écoule liquide.
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
Prenez un pot de gelée de groseilles : toute la masse est prise, rien ne bouge, il n’y a pas une goutte de liquide à la surface. Enlevez une cuillerée de cette gelée ; le lendemain, le trou que vous avez creusé avec votre cuiller est rempli de liquide; ce liquide a passé par transsudation entre les mailles de la gelée. Quelle différence entre le caillot dû à la rupture de l’artère méningée et ce dernier caillot? Ces deux coagulations ont-elles cependant la même valeur?
Au point de vue de la coagulation du sang, Orûla a dit que, lorsqu’un individu meurt de mort subite, on peut en frappant sur son cadavre, provoquer des contusions doublées de sang coagulé. Cela est vrai. Messieurs, tant que le cœur continue à battre, car vous savez que le cœur bat encore dans certains cas, alors que déjà le mourant a rendu le dernier soupir; mais je n’oserai pas dire pendant combien de temps cette coagulation du sang peut continuer à se faire. En tout cas cette faculté ne persiste pas plus de vingt à trente minutes.
Le D’’ Bellot, du Havre, a fait l’autopsie de deux enfants jumeaux, venus à peu de temps l’un de l'autre, et que leur mère a tués tous les deux en leur assénant des coups de sabot sur la tête ; entre les fragments des os du crâne, il y avait du sang coagulé. L’épreuve docimasique démontra que l’un de ces enfants avait respiré et l’autre pas. La femme avouait le crime. Elle avait tué le premier enfant, après son expulsion ; au moment où la tète du second sortait de la vulve, elle le frappa à coups de sabot, tuant ainsi l’enfant, entre ses cuisses. Le D' Bellot, éclairé par les aveux de la mère, par la comparaison entre les deux caillots, a pu conclure que les deux enfants avaient vécu, mais en dehors de ces circonstances ou de circonstances aussi explicites, je n’oserais affirmer sur la vue d’un simple caillot que l’enfant vivait. Les choses pourraient s’ètre passées de même si l’enfant était mort au passage.
En tout cas, vous devriez soulever la question de la mort apparente. L’enfant pouvait vivre, ne pas respirer, il aurait
COMBIEN DE TEMPS l’eNFANT A-T-IL VÉCU?
pu être rappelé à la vie, mais la mère pouvait le croire mort, il en avait toutes les apparences.
Malgré l’opinion de Tardieu, de Devergie, de West, de Bardinet de Limoges, je n’oserais sur ce seul signe conclure qu’un enfaut vivait au moment où il a été frappé. Je vous ai dit en étudiant les caillots du cœur combien nous sommes loin de connaître toutes les conditions qui interviennent dans leur formation ; adopter une opinion aussi ferme que Tardieu me semblerait bien imprudent.
Comme dernière preuve de la vie d’un nouveau-né, on a i.ivoqué l’évacuation de l’urine et du méconium. Cette évacuation n’a aucune importance, puisque souvent dans les accouchements difficiles l’urine et le méconium sont déjà rendus dans l’utérus.
III. Combien de temps l’enfant a-t-il vécu? — Celte troisième question est beaucoup plus difficile à résoudre avec précision, mais elle n’a pas la même gravité que la question précédente :
On vous demandera : Combien de temps V enfant a-t-il véeu?
La Cour de cassation a jugé qu’un enfant nouveau-né était un enfant qui venait de naître ou dans un temps très rapproché de celui de sa naissance; la qualification du crime appartient au magistrat, mais la difficulté existe pour nous, à qui on demande : « L’enfant a-t-il respiré quelques heures, un jour, quelques jours ? »
Suivant notre réponse, la mère pourra être accusée d’infanticide ou de meurtre.
Nous savons que certains enfants après dix, quinze, vingt respirations ont fait pénétrer l’air jusqu’au fond des lobules pulmonaires; nous en avons la preuve par la docimasie pulmonaire, mais nous savons aussi que des enfants débiles ont respiré pendant trente-six heures, et h’ont pu faire pénétrer l’air jusque dans les lobules du poumon. Nous ne pouvons donc apprécier par le plus ou le moins de péné-
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Iralion de l’air dans les poumons la durée de la vie.
Nous tirerons de meilleurs renseignements de l’état du tube digestif; chaque effort de respiration fait, en effet, pénétrer un peu d’air dans les voies digestives. Hofmann a constaté que le tube digestif était rempli d’air quand l’enfant avait respiré vingt-quatre heures.
Si l’enfant a reçu quelques soins et a vécu quelques heures, on peut trouver du lait dans l’estomac : il faut toujours en ce cas procéder à un examen microscopique sérieux.
J’ai reçu, il y a quelques jours, une lettre d’un médecin expert de province; il avait cru trouver du lait dans l’estomac d’un enfant nouveau-né, et il avait consigné le fait dans son rapport. L’enquête a prouvé que cet enfant n’avait jamais tété. L’expert était naturellement très embarrassé.
Quelle était la cause de son erreur? On trouve assez souvent dans l’estomac, même chez l’adulte, de petites pelotes blanchâtres, de la grosseur d’une tête d’épingle, qui ressemblent à du lait coagulé ; on a constaté leur présence surtout chez les individus qui ont succombé à une intoxication, on les a quelquefois pris pour des petits morceaux d’acide arsénieux. Il est probable que la production de ces petites pelotes est due à une irritation superficielle de la muqueuse stomacale.
Soyez donc très réservés dans votre affirmation, à moins que vous n’ayez procédé à un examen microscopique.
Vous pourrez chercher votre réponse dans un autre caractère. Quand un enfant vient au monde, dès la fin du premier jour et surtout du deuxième, sa peau est le siège d’une desquamation de V épit hélium qui entraîne l’enduit sébacé qui a pu résister aux lavages.
La desquamation est furfuracée, comme celle de la rougeole; elle est le résultat de la macération subie par la peau, pendant son séjour de neuf mois dans le liquide amniotique.
Pour vous assurer de l’existence de cette desquamation, frottez le petit cadavre avec un morceau de drap rouge ou
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noir; si le drap se couvre de pellicules blanches, la desquamation est en train de se faire; s’il reste propre, elle est terminée. Elle existe du premier au cinquième jour.
Les signes les plus utiles sont ceux que nous fournissent les modifications de Vappareil ombilical.
Un enfant qui a encore son placenta adhérent, n’a pas vécu bien longtemps, tout au plus quelques heures.
Lorsque vous examinez le cordon, constatez s’il a été tordu, arraché, coupé, lié. Quelques accoucheurs ont démontré qu’on pouvait couper un cordon avec des ciseaux, même bien tranchants, sans le lier après, et qu’il n’y avait pas à craindre d’hémorrhagie par le cordon. C’est vrai lorsqu’aucun accident ne survient; mais si l’enfant est gêné dans sa respiration, s’il a la poitrine comprimée, s’il a de la congestion pulmonaire, l’hémorrhagie se produit.
Cette expérience peut se faire dans un service hospitalier où toutes les précautions sont prises et où la surveillance est rigoureuse. Mais dans la pratique ordinaire, si une femme qui accouche chez elle, veut que son enfant vive, elle fait lier le cordon, ou le lie elle-même, avant de le couper; si vous ne constatez pas une ligature, vous pouvez en conclure que l’enfant n’a pas reçu les soins qui sont réputés lui être dus.
Comment se fait-il qu’en coupant les artères et les veines du cordon, sans placer une ligature, il ne se produise pas d’hémorrhagie? Lorain avait déjà remarqué que les tuniques internes des artères ombilicales se recroquevillent dans leur gaine et se rétractent; dès les premières secondes, il n’y a plus de battement et, il se forme aussitôt un petit caillot qui oblitère les artères, mais qui ne résiste qu’à un effort minime. S’il y a reflux du sang dans le cordon parce que la respiration pulmonaire est gênée, il se fait une hémorrhagie.
Quand vous aurez constaté l’état du cordon, assurez-vous de son état au niveau de son insertion ombilicale. Le cordon ne tombe pas, chez tous les enfants, au même moment;
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sa chute arrive quelquefois le deuxième jour, parfois le septième jour et même le dixième.
It se dessèche très rapidement. A ce propos, je vous signale une erreur, commise par Billard. H a prétendu que la dessiccation du cordon ne se faisait que pendant la vie ; que si l’enfant meurt, la dessiccation s’arrête ou ne se fait pas.
L’observation de Billard est inexacte et elle a été vivement combattue par Lorain. Il est facile, du reste, de s'en assurer. On n’a qu’à déposer, à l’air libre, des fragments de cordon; au bout de quelques jours, ils prennent l’apparence d’une bande aplatie, jaune brun, que leur donne la dessiccation, rapidement si la température est un peu élevée, plus lentement si elle est froide.
Dans une de ses expertises, Tardieu observa un enfant dont le cordon très long passait entre les cuisses, sous le dos et revenait sur la poitrine. Ce cordon était resté mou et flasque partout où le corps de l’enfant couché sur le dos l’avait préservé de l’évaporation. 11 était desséché là où il était directement en contact avec l’air.
J’ai montré aux élèves qui suivent les conférences de la Morgue un fait analogue. Le cordon remontait sur la poitrine, passait derrière le cou et revenait sur la poitrine. 11 était resté flasque et mou seulement dans la partie (jui passait derrière le cou.
Il s’agit donc d’un acte physique et non d’une action vitale.
C’est avec un certain étonnement que j’ai trouvé dans une observation du D. W. Lowndes l’opinion de Billard reproduite devant les assises de Londres (1). Ce médecin légiste constatant que, sauf près de son insertion, le cordon était momifié, desséché, en a conclu que l’enfant avait vécu au moins vingt-quatre heures. Il lui aurait été facile de répéter et de varier les expériences qui lui auraient montré que le cordon se dessèche quand on ne met pas obstacle à l’évaporation,
(I) Sir Frédéric Lowndes, Un cas exlraordmaire d’infanlicide, Momlficalion du cordon omUlical {Anyiales d'hygiène^ 3“ série, t. XXVI J, p. 183, 1803).