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QUELLE EST LA CAUSE DE LA MORT

jours, l’examen de l’ombilic nous fournil des renseignements précieux.

Les autres signes, que nous devons rechercher, sont utilisables comme moyens de contrôle.

IV. Quelle est la cause de la mort? — J’arrive, Messieurs, à la quatrième question : Quelle est la cause de la mort ?

Je ne saurais trop vous recommander de ne vous prononcer, que si votre autopsie vous a fourni les preuves indiscutables qui seules peuvent vous permettre de formuler une conclusion affirmative.

Le tableau ci-dessous résume le résultat des expertises, pour affaires d’infanticide, faites par Tardieu, par moi et par M. Vibert. Tardieu affirmait que le tiers des infanticides, exactement 34 p. 100, était dû à la suffocation : M. Vibert et moi, nous n’avons pu invoquer cette cause que 5 fois sur 180 cas.

Pourquoi ? Parce que Tardieu considérait la présence des ecchymoses sous-pleurales comme suffisant pour caractériser la mort par suffocation. Il leur accordait une valeur absolue. On ne doit jamais donner à son opinion personnelle, en médecine légale surtout, une telle valeur. Il est loin de ma pensée de vouloir attaquer Tardieu, qui a été un de nos plus éminenls médecins légistes; mais, j’affirme qu’il a eu tort de croire à l’infaillibilité d’un signe, dont les auteurs anglais et, en Allemagne Casper, niaient la valeur.

La statistique de Tardieu porte sur 804 nouveau-nés ; elle donne 69 infanticides p. 100.

Ma statistique porte sur 531 nouveau-nés; elle donne 43 infanticides p. 100.

La statistique de M. Vibert porte sur 434 nouveau-nés; elle donne 26 infanticides p. 100.

Voici le détail de ces statistiques :

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Tardieu.

Brouardel.

Vibert.

Suffocation

Immersion dans les fosses d’aisances.

Fractures du crâne

Strangulation

Submersion

Défaut de soins

Blessures

Combustion

Hémorrhagie ombilicale

Exposition au froid

Empoisonnement

Le défaut de soins et la non-ligature du cordon ombilical, entraînant riicmorrhagie mortelle, étaient réunis autrefois sous la rubrique diinfanticide par omission. Je vous ai dit dans le premier chapitre pourquoi cette rubrique devait disparaître.

Vous voyez, par ce tableau, que la différence réside surtout dans l’appréciation de l’infanticide par suffocation.

Dans les cas où Tardieu a conclu à la suffocation, parce qu’il a trouvé des ecchymoses sous-pleurales, chez le nouveau-né, je ne dis pas que la mère ait été condamnée injustement, mais au Palais, un signe dont la valeur n’est pas admise comme incontestable par tous les auteurs, qui n’a pas reçu l’approbation de tous les médecins légistes, ne doit pas être donné comme un signe absolu. Je suis convaincu que M. Vibert et moi avons laissé innocenter un grand nombre de femmes qui avaient en réalité tué leur enfant, mais nous ne pouvions démontrer scientiûquement qu’elles avaient commis un infanticide. Nous n’avions pas le droit de donner comme une preuve anatomique une opinion personnelle.

Le plus souvent la suffocation et la strangulation à la main sont associées; la femme veut, en effet, empêcher son enfant de pousser un cri ; aussi les chiffres relatifs à ces deux procédés ont-ils pu subir dans le tableau dressé plus haut un léger chevauchement.

Infanticide par suffocation. — C’est le procédé le

INFANTICIDE PAR SUFFOCATION

plus habiluel. Je ne reviendrai pas sur les caractères analomiques de la sutTocalion, j’en ai parlé longuement (1) et je me suis étendu, en particulier, sur la valeur des ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques. Je tiens à bien mettre en relief un fait sur lequel je crois nécessaire d’insister.

S’il est vrai que chaque fois qu’il se produit une gêne de la respiration, soit chronique, soit aiguë, il se forme des ecchymoses sous-pleurales, il est tout aussi vrai qu’il y en a toujours, alors que l’accouchement a été difficile et laborieux. MM. Tarnier et Pinard ont fait Pautopsie de nombreux enfants, morts à la Maternité, pendant le travail, devant les sages-femmes ou les’ élèves qui assistaient la femme : tous avaient des ecchymoses sous-pleurales.

On trouve encore ces ecchymoses sous-pleurales chez des enfants qui ont succombé à une commotion cérébrale, h des convulsions, h un resserrement exagéré du crâne.

Enfin, les ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques peuvent manquer, alors même que la suffocation est avouée.

Par conséquent, nous pouvons admettre que les ecchymoses sous-pleurales se développent souvent, pendant la suffocation, surtout chez les enfants et beaucoup plus souvent chez eux que chez les adultes ou les vieillards, mais nous ne pouvons en faire un signe caractéristique.

Du reste, dans la discussion qui eut lieu entre Tardieu et Casper à ce sujet, celui-ci avait cité un fait qui aurait dû éclairer Tardieu et le rendre, moins affirmatif. Casper avait fait Tautopsie d’une femme qui s’était pendue. Elle était enceinte de huit mois. Casper fit également l’autopsie du petit fœtus, chez lequel il constata l’existence d’ecchymoses sous-pleurales. Cet enfant n’avait pourtant subi aucune violence !

Rappelez-vous, lorsque vous faites Tautopsie d’un nou-

(1) P. Bfouardel, Pendaison, slranrjulation, suff'ocalion et submersion , p. 17 à 27.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

veau-né, qu’il faut rechercher ces ecchymoses (1), et constater l’état des poumons et des bronclies.

Les poumons présentent dans les cas de suffocation une couleur rouge sombre assez marquée, mais bien facile à confondre avec celle que leur donne la putréfaction.

Les bronches sont le plus souvent remplies d’une spume plus ou moins colorée par le sang. Il y a rarement des plaques d’emphysème sous-pleural. Cette lésion semble plus fréquente dans la strangulation, mais celle-ci est souvent associée à la suffocation (2j.

Par conséquent les signes anatomiques de la suffocation peuvent se résumer ainsi : Si la ddcimasie pulmonaire prouve que l’enfant a respiré, que l’on n’est pas en présence d’un mort-né, la présence des ecchymoses sous-pleurales, la couleur rouge brun des poumons, la présence d’une spume plus ou moins colorée doivent faire penser qu’il y a eu sufl'ocation. Mais vous ne devez pas conclure d’une façon absolue si aucun signe extérieur ne confirme ce diagnostic.

Il existe en effet deux causes d’erreur :

Quand le cadavre d’un nouveau-né est putréfié, il se fait souvent une petite exsudation de sérum coloré dans la trachée et les bronches.

La seconde cause d’erreur est celle-ci : Lorsqu’un enfant de huit à quinze jours est atteint d’une bronchite, celle-ci revêt un caractère de gravité exceptionnel, car elle provoque une congestion pulmonaire intense, et l’enfant peut mourir au premier accès de suffocation ; il n’en est pas de même s’il est plus âgé, s’il a cinq ans, il ne sera emporté qu’après avoir eu un certain nombre d’accès de suffocation.

11 ne s’agit pas à proprement parler d’une expertise pour un infanticide, un nouveau-né, mort dans les premières heures qui suivent la naissance n’a pas le temps de contracter une bronchite, mais les enquêtes sur les causes de mort des enfants pendant le premier mois présentent de si

(I ) Obs. 18, 19, 20, 21, 22, 30.

^2) P. Brouardel, La pendaison^ etc., p. 381.

INFANTICIDE PAR SUFFOCATION

grandes ressemblances que je dois placer à côté de la sufTocaüon criminelle' ou accidentelle, la bronchite suffocante.

Cet enfant de quelques jours (1) ou de quelques semaines qui meurt ainsi d’une bronchite capillaire, au premier accès, personne ne le savait malade. Interrogez sa mère elle vous dira qu’il n’était pas enrhumé, qu’il ne toussait pas. Et comme le juge d'instruction obtient lui aussi ce renseignement, confirmé par les témoignages des voisins, que l’enfant n’avait pas toussé antérieurement, il se demande s’il n’y a pas eu suffocation criminelle.

Avons-nous un moyen de reconnaître la vérité ? Oui, Messieurs.

Ce procédé nous a souvent servi. Faites une coupe de l’un des poumons. Si l'enfant a succombé à une suffocation, vous ferez sourdre, par la pression, à la surface de la coupe une spume, blanchâtre, parfois sanguinolente. S’il est mort d’une bronchite, vous verrez sourdre des bronches, par la pression, de petites chandelles de muco-pus, dépassant la surface de la coupe de 1 ou 2 millimètres.

Je conviens qu’il s’agit là d’une épreuve délicate, qui ne vaut que si on peut en comparer les résultats avec ceux d’autres autopsies, mais si votre examen vous laisse un doute, ne le transformez pas en une affirmation.

Vous devez également vous assurer que le thymus n’a pas un volume exagéré. Je vous ai cité (2) un cas dans lequel un enfant de trois mois et demi était mort subitement, la mère était accusée de meurtre. Le thymus pesait 24 grammes avait 9 centimètres de hauteur, 3 de largeur et 2 d’épaisseur tandis que le thymus d’un jeune enfant, d’après Sappey,pèse G à 8 grammes, a 5 centimètres de hauteur, 2 de largeur, 1 d’épaisseur. Les morts subites signalées à la suite de l’hypertrophie du thymus par Hérard, Grawitz, Marfan n’ont été notées que sur des enfants ayant déjà quelques mois,

(1) Obs, 28.

(2) P. BrouarJel, La mort et la mort subite, p. 2G8.

P. Bhouakdel. — L’Infauticide.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

peul-êlre parce qu’on ne s’est pas préoccupé de cette possibilité chez le nouveau-né.

Le cœur dans la mort par sufTucalion contient en j^énéral du sang fluide ; on y trouve rarement des petits caillots rouges.

Quelles sont les circonstances de fait et les points sur lesquels il faut insister ?

Quand une fille mère veut se débarrasser de son enfant, son premier mouvement instinctif est de l’empêcher de crier, parce que son cri révélerait son déshonneur. Cette tille est presque toujours une primipare ; l’accouchement a été douloureux ; la mère l’a supporté avec courage, souvent sans proférer un cri. Lorsque l’enfant naît, elle place sa main sur le nez et la houche de l’enfant, non pas peut-être dans l’intention de l’étouffer, mais pour l’empêcher de crier ; si si elle réussit; l’enfant est asphyxié et meurt.

C’est le procédé le plus fréquent. De plus cette femme est dans un état nerveux particulier. Elle a fait des efforts surhumains pour ne pas proférer une plainte pendant son accouchement ; elle est accouchée dans une chambre, quelquefois dans un ht où se trouvait avec elle une autre personne, qui ne s’est aperçue de rien. Cette femme souffre donc d’un ébranlement nerveux considérable, sa main se crispe sur la tête de l’enfant.

Si vous essayez d’appliquer pendant cinq ou six minutes la main sur une boule de bois de la grosseur d’une tête de fœtus à terme, vous aurez bien de la peine à la maintenir dans une contention qui pour être sufûsante devient bientôt excessive.

La main de la mère, épuisée par le travail, se crispe ; ses ongles s’enfoncent dans la peau de l’enfant, glissante, car elle est couverte d’enduit sébacé ; les ongles, notamment celui du pouce, y font une marque triangulaire ou carrée ; l’ongle a enlevé toute une surface d’épiderme qui s’est roulé et qui laisse, en dessous, une surface d’apparence rougeâtre

1^FANTICIDE PAR SUFFOCATION.

qui prend une couleur chamois parla dessiccation (1). Si le petit cadavre a subi un commencement de putréfaction, il est difficile de distinguer si le coup d’ongle a été donné {lendant que renfant vivait ou lorsqu’il était déjà mort ; car ces lésions superûcielles s’accompagnent très rarement d’ecchymoses vraies. C’est par la forme de l’empreinte que l’on peut les distinguer d’une érosion accidentelle. Mais le plus souvent, elles sont multi[)Ies, groupées autour du nez, de la bouche, sur le cou, dans les régions sus et sous-hyoïdiennes. Elles sont nombreuses parce que la main se déplace pendant le temps nécessaire pour amener la mort.

Remarquez bien que ce que je vous dis de la suffocation s’applique aussi à la strangulation à la main, ces deux procédés sont presque toujours combinés (2).

Dans la strangulation à la main, il n’est pas facile de serrer le larynx d’un nouveau-né, sous le panicule graisseux qui l’entoure, aussi il y a de nombreux stigmates onguéaux sur la peau.

La tète de l’enfant est quelquefois prise par une main seulement, quelquefois par les deux mains, et on trouve alors les stigmates non seulement des deux côtés du cou et sur la face, mais jusque derrière les oreilles.

Je n’aime pas en général reconstituer la scène du meurtre ; je résiste le plus que je peux, devant le juge d’instruction, parce que les causes d’erreur sont multiples, dans ces reconstitutions ; il y a en effet presque toujours plusieurs situations, plusieurs positions possibles.

Mais dans le cas spécial il est nécessaire de bien décrire la position des stigmates onguéaux, de noter de quel côté est dirigée leur concavité. Pourquoi? Les mères invoquent l’excuse suivante ; « Oui, disent-elles, il y a des coups d’ongle, parce que l’enfant ne pouvait pas sortir de la vulve et que j’ai tiré la tête avec mes mains. » Si la tête est sortie la première et si les coups d’ongle ont leur concavité dirigée en

(1) Obs. 23, 24, 25.

(2) Obs. 20, 20.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

haut, c’est-à-dire perpendiculairement à l’axe du cou de l’enfant, l’excuse est à la rigueur admissible et l’on peut penser que les choses ont pu se passer ainsi ; mais si la concavité des ongles est dirigée parallèlement à l’axe du cou, l’explication perd toute sa valeur (1).

Je dois vous faire remarquer, Messieurs, que d’une laçun générale cette excuse, alléguée par la mère, est peu plausible. Quand une femme accouche et qu’elle a la tête de l’enfant à la vulve, entre ses cuisses, elle ne peut pas s’asseoir, elle ne peut se plier qu’avec une extrême difficulté et il lui est presque impossible de tirer son enfant, à demi hors de la vulve, en restant couchée.

Les auteurs signalent à côté des traces laissées par les ongles, l’aplatissement du nez et des lèvres résultant de l’application de la main sur la face. 11 est bon de faire cette constatation, mais il faut vous souvenir que, dès que la dessiccation s’empare d’un petit cadavre, les lèvres, notamment la lèvre supérieure, se collent sur les gencives, se parcheminent, que l’extrémité du nez se dessèche, devient un peu brune, s’amincit et que ces phénomènes physiques s’effectuent sans l’application d’aucune pression sur le nez ou la bouche.

La suffocation à la main est de beaucoup la plus facile a reconnaître, à cause des stigmates onguéaux. Mais il existe une foule d’autres procédés de suffocation qui nous laissent dans l’impossibilité presque absolue de conclure.

C’est l’introduction d’un corps étranger, d’un tampon, dans le pharynx ; si, après la mort de l’enfant, le tampon est retiré nous n’avons aucun signe sur lequel nous puissions nous appuyer ; quelquefois, on a oublié de retirer Je tampon, et le crime est manifeste. En tout cas, il faut à l’autopsie rechercher s’il existe quelque érosion du pharynx résultant de la brutalité avec laquelle a été accompli l’acte criminel.

On cite des cas où l’enfant a été enveloppé dans une serti) Voyez les caractères des stigmates onguéaux dans La pendaison, la strangulafio7i, clc., p. 210.

INFANTICIDE PAR SUFFOCATION

vielle, enfermé en quelque sorte dans un linceul anticipé. Le nez et la bouche étaient tellement couverts que l’enfan t n’avait pas pu respirer. Y a-t-il eu tentative criminelle, y a-t-il seulement une suffocation accidentelle, parce que l’enfant était en état de mort apparente?

Si le nouveau-né a été étouffé sous un oreiller (1), un édredon ou un matelas, nous ne trouverons ni stigmates onguéaux, ni aucun autre signe extérieur qui puisse nous éclairer ; nous pourrons constater seulement l’existence d’un peu de spume dans les bronches et des ecchymoses sous-pleu- -rales.

On a signalé encore la compression de la paroi thoracique et du ventre : cette compression peut amener la suffocation, c’est évident, mais je ne crois pas que nous puissions être très affirmatifs. Les auteurs ont cité des exemples, ils ont parlé de la déformation de la poitrine des nouveau-nés, due à la compression exercée par un bras, pO'Sé sur leur corps.

En 1869, je remplaçais M. Hervieux à la Maternité ; beaucoup d’enfants mouraient ; les sages-femmes prétendaient que ces enfants mouraient étouffés, parce que leurs mères reposaient leurs bras sur leur corps; j’ai cherché avec le plus grand soin les traces de ces déformations signalées par les auteurs ; je ne les ai jamais trouvées.

Il se fait facilement chez les nouveau-nés des dépressions de la peau et du tissu adipeux sous-cutané par fausse position, mais je ne crois pas que l’on puisse retrouver après vingt-quatre ou quarante-huit heures une déformation des cartilages costaux due à la pression d’un bras.

La séquestration dans un espace confiné (2) se fait plutôt pour tes enfants que l’on croit morts que pour ceux que l’on veut tuer. On cherche une cachette temporaire pour le cadavre d’un enfant. Cependant des nouveau-nés ont été placés quelquefois vivants dans une boîte ou dans un tiroir.

(1) Obs. 27.

(2) Obs. T2.

Tardieu a fait à ce sujet une série d’expériences sur les animaux. Il a trouvé que, si la boîte a trois fois et demie le volume du petit animal qui y est enfermé, cet animal peut survivre une heure et demie à la fermeture de la boîte.

Je ne crois pas que nous puissions nous baser sur des expériences faites avec de petits animaux. Les résultats obtenus par Tardieu sont probables, mais nous ne pouvons en tirer des conclusions absolues.

h' enfouissement est, lui aussi, une façon de cacher un cadavre plutôt que de tuer un enfant. Quand une femme va enterrer son enfant, ou qu’elle le cache dans de la farine, dans du blé, dans le sable, dans les cendres, c’est en général un cadavre qu’elle emporte.

Quelquefois ces enfants enfouis n’étaient qu’en état de mort apparente, et on est parvenu à les ressusciter.

Tardieu a dit que la survie pouvait être de quatre à cinq heures, Maschka de cinq heures, Bardinet de quatre heures. Béringier a publié des expériences tendant à démontrer que la survie pouvait se prolonger pendant quinze heures après l’enfouissement. Ces observations sont en général un peu incomplètes. Il y a enfouissement plus ou moins complet.

Si l’enfant est enfoui dans un tas de blé, il peut arriver une certaine quantité d’air, jusqu’à lui, surtout si la couche de blé ne dépasse pas, au-dessus de sa tête, une épaisseur de 25 à 30 centimètres.

S’il a été jeté dans une fosse creusée dans un jardin et comblée avec de la terre tassée, l’air extérieur ne pourra pénétrer jusqu’à lui. Rappelez-vous cependant ce que je vous ai dit quand je vous ai parlé des fakirs (I) et des éboulements dans les sablières ou dans les mines (2) : on peut faire revivre des individus enfouis depuis un certain nombre d’heures et il ne faut jamais désespérer de les retirer vivants.

Quels sont les signes de l’enfouissement? Quand l’enfant a

(I) P. Brouardel, La pendaison, la sirangul dion, la suffocation, la submersion, p. 391.

(•2) P. Brouardel, La pendaison, etc., p. 395.

IiNFANTlClDE PAR STRANGULATION.

été enfoui vivant, les matières pulvérulentes dont il est entouré pénètrent jusqu’à l’intérieur des petites bronches, à la suite des efforts d’inspiration.

Lorsque au contraire on a enfoui un cadavre, si le terrain est meuble, il pénètre, il est vrai, des matières pulvérulentes dans le pharynx et le larynx, mais elles ne vont pas plus loin. Il faut donc, à l’autopsie, ouvrir avec précaution le cadavre afin de ne pas transporter avec le scalpel ouïes pinces des matières pulvérulentes dans les ramifications bronchiques. Tous les auteurs ont noté chez les enfants enfouis vivants la fréquence des noyaux d’apoplexie pulmonaire.

Infanticide par strangulation. — La strangulation à la main (1) est presque toujours combinée avec la suffocation ; je viens de vous en donner les signes; elle l’est parfois avec les fractures du crâne (2). La strangulation à la corde ou à la ficelle est assez fréquente. Elle est perpétrée à l’aide d’une ficelle, d’un cordon de jupe ou de tablier, d’un bas, quelquefois à l’aide du cordon ombilical.

Les signes en sont assez faciles à reconnaître. Je ne reviens pas sur les empreintes onguéales, qui peuvent exister, même dans ce procédé, et sur les estafilades dues à un coup d’ongle.

J’appelle votre attention sur les ecchymoses intra-musculaires, de la région du cou, de la partie supérieure du thorax notées quelquefois; elles siègent sur les pectoraux, sur les sterno-mastoïdiens, les sterno-hyoïdiens, sans qu’on puisse démontrer qu’il y ait eu violence portant sur ces points. Ce sont des suffusions sanguines qu’on peut désigner sous le nom de suffusions thromboïdes.

Il faut étudier le sillon. Si je vous en parle, c’est parce qu’il existe une cause d’erreur, qui nous a quelquefois obligé à intervenir.

(1) Obs. 33.

(2) Obs. 54, 55, 5G.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Lorsqu’un enfant nouveau-né est mort et qu’il reste quelques heures la tête un peu penchée sur l’oreiller, le pli de la peau du cou, ainsi formé, donne un sillon déprimé blanchâtre entouré par deux sillons violacés en saillie sur le précédent.

Le médecin de l’état civil chargé de constater le décès aperçoit ce sillon blanc, entre deux parties cutanées un peu plus ronges, et il soupçonne une strangulation. Ce sillon s’étend beaucoup plus loin que chez l’adulte ou le vieillard, parce que l’enfant a, au cou, une couche de graisse dont l’épaisseur varie de 5 à 10 millimètres ; mais dans tous les cas ce sillon n’existe plus, en arrière.

Si le médecin de l’état civil est pris de soupçon, il n’a qu’à reposer le petit cadavre à plat et revenir au bout de quelques heures, le sillon aura disparu.

Dans la strangulation effectuée à l’aide d’un bas ou d’une manche de chemise, le sillon est peu apparent. Mais dans l’immense majorité des cas, la mère se sert ou d’un cerdon de tablier ou d’une ficelle qui laisse une trace manifeste (1). Quelquefois on retrouve la ficelle elle-même autour du cou de l’enfant (2).

Les signes sur lesquels vous pourrez vous appuyer sont : le stigmate laissé par le lien, la présence assez fréquente d’une écume sanguinolente dans les bronches, et d’une ecchymose sous la muqueuse du larynx. Les lésions pulmonaires sont à peu près celles de la suffocation ; il y a un moins grand nombre d’ecchymoses sous-pleurales, elles peuvent même manquer, mais il y a plus souvent des noyaux apoplectiques dans les poumons; il y a un peu d’emph3^sèmc sous-pleural, par rupture des vésicules pulmonaires. Vous pouvez trouver un peu de sécrétion muqueuse colorée en rouge dans la trachée et les bronches.

Plus souvent que chez l’adulte, on trouve sous la muqueuse laryngo-trachéale des infiltrations de sang.

Enfin, il faut examiner l’estomac avec soin. Si la piUré-

(2) Ol)S. 3'i, S-?.

INFANTICIDE PAR STRANGULATION

faction n’est pas trop avancée vous y trouverez, en dehors des mucosités qui appartiennent à, l’estomac, des mucosités sanguinolentes, ramassées en petites boules, qui viennent des poumons et que l’enfant a avalées pendant son agonie.

Les moyens de défense invoqués par la mère sont à peu près les mêmes que ceux que j’ai passés en revue en vous parlant de la suffocation.

Les inculpées diront qu’elles ont tiré sur la tête, sortie de la vulve, pour dégager le reste du corps de l’enfant. Si on leur objecte que l’enfant porte autour du cou la marque d’un sillon, elles répondent que ce sillon est dû à la pression exercé par le cordon ombilical enroulé autour du cou.

L’enroulement du cordon autour du cou est en effet une cause de mort fréquente. Les accoucheurs lui attribuent une proportion de 4 p. 100 dans la mortinatalité totale.

Lorsque l’accouchement est fini, que le cordon a été déroulé, le sillon qu’il a imprimé sur le cou persiste un certain temps.

Je puis à ce propos vous citer un fait personnel. J’ai été un jour appelé chez la femme d’un de mes collègues; elle accouchait et son médecin n’arrivait pas. La tête de l’enfant était sortie de la vulve, il avait un circulaire autour du cou; j’ai dû couper le cordon pour terminer l’accouchement. J’ai suivi, avec beaucoup d’attention, cet enfant pendant quelques jours : La trace du sillon était encore absolument nette le quatrième jour (1).

Vous pouvez donc, lorsque le cordon était très serré, vous heurter à une difficulté sérieuse ; nous ne pouvons faire le diagnostic différentiel que par des moyens assez incertains : Le cordon ombilical a un certain volume, le cordon d’un tablier en a un autre; celui-ci coupe, quand il est

(1) Les observations de Marc, Casper, Négrier, Schwartz, Tardieu sont confirmatives de cette persistanee du stigmate dù à l’euroulement du cordon. Ce fait avait été à tort nié par Klein et Elsaesser (Tardieu, Vinfanlicide, p. I5.^>).

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

serré, celui-là ne coupe pas; la strangulation à l’aide d’une ficelle ou d’un cordon de tablier produit plus souvent des ecchymoses que la strangulation naturelle par le cordon ombilical : ces difTérences ne sont pas très concluantes.

Toutefois lorsque le cordon est énergiquement serré de façon à laisser un sillon persistant, il empêche l’air de pénétrer dans la poitrine, la respiration pulmonaire ne peut s’établir, en même temps la circulation encéphalique est interrompue, une syncope est presque fatale; tandis que lorsqu’il y a eu strangulation criminelle par un lien, quelque rapide que soit l’intervention, l’enfant a pu faire quelques inspirations.

La comparaison des résultats fournis par la docimasie pulmonaire et l’examen du cou et des poumons, leur discordance ou leur concordance permettra le plus souvent de juger la valeur de l'excuse invoquée.

Répondez, en cas de doute, au juge d’instruction que le cordon ombilical^ enroulé autour du cou^ aurait pu faire les lésions que vous avez constatées.

En dehors de l’enroulement du cordon autour du cou comme cause du sillon et invoqué par la mère, vous ne trouverez pas beaucoup d’excuses valables. J’ajoute que si le cordon n’a pas été serré longtemps et énergiquement et si l’accouchement n’a pas été long, il ne reste aucune trace de sillon.

Infanticide par immersion. — Je sépare de suite l’immersion dans l’eau, de l’immersion dans les fosses d’aisances.

Immersion dans l'eau. — Je m’occuperai, d’abord, de l'immersion dans l’eau.

L’enfant est-il tombé vivant dans l’eau? Il est rare. Messieurs, qu’une mère se débarrasse d’un enfant vivant eu le jetant à l’eau; on ne jette le plus souvent à l’eau qu’un cadavre. Cependant, il y a des batelières qui accouchent sur la rivière, il y a des riverains qui pourraient jeter un

INFANTICIDE PAR IMMERSION DANS l’eAU- 91

nouveau-né dans l’eau, avant de s’étre assurés qu’il est réellement mort.

Dans trois cas, j’ai trouvé, à l’autopsie, les signes très nets de la submersion pendant la vie : j’ai trouvé du sable dans les bronches, de l’eau dans l’estomac.

Combien de temps ces enfants survivent-ils à l’immersion?

Souvenez-vous des expériences de William Edwards et de Paul Bert, à propos de la submersion (1).

Un enfant nouveau-né se rapproche, bien plus que les adultes, des jeunes animaux qui ont servi à ces expériences. Vous vous rappelez que William Edwards a fait accoucher une chienne de chasse dans un baquet plein d’eau; le museau seul de la chienne dépassait le niveau de l’eau ; elle met bas quatre ou cinq petits; aussitôt on plonge la tête de la mère sous l’eau et celle-ci meurt en quatre ou cinq minutes, les petits au contraire ont vécu quarante-cinq minutes.

Paul Bert (2) a répété ces expériences, avec des résultats identiques.

Un chien, âgé de six jours, il est vrai, que M. Vibert et moi avons mis dans un baquet d’eau, a vécu une heure (3).

Dans trois cas d’infanticide où j’ai été commis, la mère est accouchée sur un seau d’eau, dans l’intention manifeste de tuer son enfant et d’étouffer ses cris (4).

Un enfant a pu être retiré vivant de l’eau, et il s’est certainement écoulé plus de quinze minutes entre le moment de sa naissance et celui de son sauvetage. L’enquête a prouvé, en effet, que le mari était sorti et qu’à ce moment la femme n’était pas accouchée; c’est lui qui, en rentrant, a retiré l’enfant du seau.

Par conséquent, si vous êtes commis dans une affaire de ee genre, rappelez-vous que les expériences de William

(I) Voy. P. Brouardel, La pendaison, la submersion, etc., p. 45?.

(?) P. Bert, Leçons sur la respiration. Paris, 187Ü.

(3) P. Brouardel, La pendaison, la submersion, etc., p. 455.

(4) Obs. 37.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Edwards, de P. Bert, de M. Vibert sont applicables à ces cas. Si on vous demande : « Est-il possible que celte femme ait accouché cà tel moment et que, une demi-heure après, Tenfant ait été retrouvé vivant, dans un seau d’eau? » vous pouvez répondre que cela est possible, en vous appuyant sur les expériences des physiologistes.

Si l’enfant a succombé après accouchement dans un bain, dans un seau rempli d’eau ou après avoir été jeté vivant dans l’eau, l’autopsie fournira les signes que nous avons exposés à propos de la submersion (1). Les bronches contiendront de la spume si l’enfant a respiré, de l’eau simplement si l’accouchement s'est accompli sans que l’enfant ait pu faire une seule inspiration. Les épreuves de la docimasie pulmonaire doivent être faites avec un soin extrême, parce que la pénétration de l’eau dans les poumons modiûe leur densité; chez l’adulte, elle s’élève à 0,6 au lieu de 0,5, mais on conçoit que si la respiration a été incomplète, la densité des poumons d’un nouveau-né puisse s’élever à 0,8 ou 0,9. Dans ces conditions il faut multiplier les épreuves sur les différents fragments. Enfin quand raccouchement s’est fait dans un récipient qui reçoit en même temps les déjections de la mère, on pourra trouver dans les bronches des débris de matières fécales (2).

Le sang de l’enfant aura la fluidité du sang des noyés. L’estomac pourra contenir de l’eau et s’il s’agit d’un accouchement dans un bain ou dans un seau il faudra rechercher si ce liquide n’est pas, lui aussi, chargé de détritus de matières fécales (3).

Immersion dans les fosses d'aisances. — L’immersion dans les fosses d’aisances est un genre de mort tout à fait spécial à l’infanticide. En dehors des accidents qui ont pu arriver à des vidangeurs occupés à curer une fosse, je ne

(1) P. Brouardel, La pendaison, la submersion, etc., p. 4GG.

(•2) Obs. 30, 43.

(:Ç Obs. G8.

INFANTICIDt: PAR IMMERSION DANS LES FOSSES D AISANCES. 93

connais qu’un fait de ce genre relatif à un adulte : On a trouvé, en province, le corps d’un individu dans une fosse d’aisances, celle-ci aurait été refermée après la chute de l’individu dans la fosse à demi pleine ; je ne suis pas au courant, du reste, des conditions dans lesquelles l’expertise s’est poursuivie.

Nous nous trouvons en présence de deux questions médico-légales : 1) L'enfant était-il vioant ou mort^au moment où il a été projeté dans la fosse ? 2) L'enfant a-t-il pu tomber dans la fosse au moment où la mère, se méprenant sur l'origine des douleurs qu'elle ressentait et croyant à un besoin pressant d'aller à la garde-robe, a expulsé l'enfant?

L’enquête qui permettra de répondre à ces deux questions comprend l’examen du cadavre de l’enfant et l’examen des latrines.

Messieurs, lorsqu’on retire des fosses d’aisances un enfant qui y a séjourné pendant quelque temps, cet enfant a un aspect particulier et répugnant, il est d’une couleur vert grisâtre, il exhale une odeur caractéristique, qui n’est pas franchement fécale, mais qui rappelle l’odeur aigre et désagréable des fosses vidées depuis un jour ou deux et non encore fermées.

Il est nécessaire de rechercher s’il n’y a pas de la matière fécale sous les ongles et entre les plis de la peau ; on en trouve dans les fosses nasales, la bouche et le pharynx, même si l’enfant était mort lorsqu’il a été projeté dans la fusse. Mais, dans ce cas, on n’en trouve pas plus profondément.

En même temps, il faut rechercher avec soin le placenta, vérifier si le placenta est adhérent au corps de l’enfant, si le cordon est déchiré, arraché ou coupé.

Je n’ai pas besoin de vous faire comprendre l’importance de ces constatations au point de vue de l’enquête; car si la femme allègue, pour sa défense, qu’elle est accouchée, sur le siège des cabinets, d’une façon subite, il faut que l’enfant et le placenta soient sortis en même temps, et soient tombés

0up:stions médico-légales.

ensemble dans la fosse. Si le cordon est coupe, la version de la mère est fausse; s’il est déchiré, il faut que vous puissiez interpréter cette déchirure, je vous en parlerai dans un instant.

Vous savez que lorsque le cordon a été coupé, les oriûces des vaisseaux sont visibles au milieu de la gélatine de Wharton ; s’il a été déchiré, le cordon prend, au niveau de la déchirure, la forme d’un bec de flûte par la rétraction des tissus.

La putréfaction ne se fait pas rapidement dans les fosses d’aisances, lorsqu’elles ne contiennent que de l’urine et des matières fécales (1); elle est très lente, beaucoup plus lente que si l’enfant se putréfiait à l’air ou dans l’eau.

Vous savez que, chez l’enfant qui n’a pas mangé, la décomposition se fait au moyen d’agents de putréfaction déposés sur la peau; elle est donc d’abord extérieure. Or, les microbes de la putréfaction ne prolifèrent pas dans les matières des fosses d’aisances; cela est si vrai, que, il y a une quinzaine d’années, un médecin autrichien a proposé de se servir de ces matières comme d’un antiseptique. Je n’irai pas jusque-là.

Si le nouveau-né est resté longtemps dans la fosse, il peut être transformé en gras de cadavre; la saponification se fait assez rapidement, puis la peau se recouvre de cristaux de sels de chaux, absolument comme dans la saponification dans l’eau : Ces sels de chaux se substituent à la soude des oléates et des margarates. Boys de Loury a estimé qu’un petit cadavre, qu’il a examiné et dont la peau tout entière était couverte de ces cristaux, avait dû séjourner neuf à dix ans dans la fosse.

On a dit que les os devenaient presque noirs. Cette coloration des os ne m’a pas beaucoup frappé dans les autopsies que j’ai faites. Si le cadavre est resté entier, si la destruction n’est pas avancée, les os me paraissent avoir leur

(1) Obs. 41.

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