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INFANTICIDE PAR IMMERSION DANS LES FOSSES D AISANCES

Il faut donc, pour qu’une femme accouche sur la lunette et que son enfant tombe dans la fosse, qu’une chose exceptionnelle se présente en plus, c’est-à-dire que le placenta soit décollé au moment de la sortie de l’enfant et expulsé avec lui.

Toutes ces circonstances exceptionnelles peuvent par exception se trouver réunies; et dès qu’un fait est possible, nous devons en tenir compte.

Si le trou de la cuvette est étroit, rien n’a pu passer sans aide, et si le cordon est coupé, la version de la mère doit nécessairement subir d’importantes modifications.

Abolis examinez l’enfant, vous cherchez les érosions, les éraillures que sa peau peut présenter, la disposition des cabinets, et vous arrivez quelquefois à conclure que l’accouchement ne s’est pas fait dans ceux-ci, qu’il s’est fait ailleurs, et que l’enfant n’a été apporté qu’aprèscoup aux latrines : vous aurez alors à rechercher sur le plancher des traces de sang, d’enduit sébacé, vous trouverez un tablier, un linge taché de méconium ou d’enduit sébacé. Dans d’autres cas, vous constaterez même autour du cou du petit cadavre un sillon de strangulation, peut-être même sera-t-il encore porteur du lien qui a servi à l’étrangler.

L’une ou l’autre de ces constatations rend inacceptable l’h5'pothèse d’un accouchement sur la lunette.

On peut encore vous demander: Depuis combien de temps V enfant a-t-il été jeté dans la fosse?

Vous ne devez répondre, à celte question qu’avec une très grande prudence. Votre réponse peut en effet, suivant le temps que vous aurez cru pouvoir fixer, faire suspecter telle femme ou telle fille. Vous pouvez dire que les petits cadavres se conservent très longtemps dans une fosse qui ne reçoit que de l’urine et des matières fécales (1) ; qu’ils se putréfient au contraire très rapidement dans les fosses qui reçoivent les eaux savonneuses, qui communiquent largement avec l’air

(I) Obs. 40.

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par cinq ou six trous, et dans lesquelles le renouvellement de l’oxygène se fait facilement. Dans ces fosses, les cadavres se putréfient presque comme ils se putréfieraient en plein air, à demi plongés dans une eau contenant une grande quantité de germes de destruction.

11 en est de même dans les fosses qui ne sont pas étanches et où les liquides s’écoulent indéfiniment.

Si les fosses ne sont pas très bien cimentées, les rats y abondent; les cadavres qui y sont projetés, peuvent présenter des lésions faites par ces rongeurs.

Infanticide par fractures du crâne. — Les fractures du crâne sont souvent faciles à interpréter ; mais quand surgissent des difficultés, elles sont parfois insolubles.

Ce qui caractérise l’infanticide par fractures du crâne, c’est la multiplicité des lésions. Lorsqu’une main meurtrière a recours à ce procédé, elle ne se satisfait pas par un coup ou un effort, elle s’acharne sur la victime et elle multiplie les lésions.

La tête est broyée ; les fractures sont multiples et considérables ; le cuir chevelu peut présenter des plaies, des écorchures, mais le plus souvent il n’en existe pas : c’est un sac contenant des fragments d’os qui pénètrent quelquefois jusque dans l’encéphale.

Cette fureur de destruction a fait penser à un certain nombre de médecins légistes, parmi lesquels il faut citer Tardieu, que l’enfant n’était pas d’ordinaire tué par la mère, mais par un complice. Les enquêtes ont donné raison à cette opinion. Tardieu cite plusieurs faits de ce genre. Dans l’un c’est un aïeul qui casse la tête de l’enfant en mille morceaux ; dans l’autre, c’est un grand-père qui saisissant le nouveau-né par les pieds, lui brise la tête contre la muraille ; dans un troisième, le complice écrase la tête à coups de sabot.

J’ai fait l’autopsie, à la Morgue (1), d’un enfant qui avait

(1) Obs. 51.

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une fracture du crâne, des fractures des bras, des cuisses, toutes dues à la main d’un complice.

Cependant si la complicité est la règle, les femmes peuvent briser elles-mêmes avec la même rage le crâne de leur enfant.

Les fractures peuvent être accidentelles.

Blot a publié le fait suivant (1) : Une femme pendant le travail de l’accouchement est prise de délire et se jette par la fenêtre, du troisième étage. Elle se fracture le bassin: l’enfant avait une double fracture pariétale.

Ce n’est pas à vous, médecins légistes, de conclure à la possibilité d’une complicité ; vous pouvez dire au juge d’instruction, s’il vous interroge, que dans ces cas de violences perpétrées avec une certaine férocité, il y a quelquefois un complice: le juge le recherchera, s’il y a lieu.

L’enfant peut après s? mort subir des violences pendant lesquelles les os du crâne seront fracturés. Pour se débarrasser d’un cadavre, on l’a jeté par-dessus des palissades dans un terrain vague, on l'a caché sous une, pile de hois, etc. Peut-on en examinant une fracture dire si oui ou non elle a été faite pendant la vie? Tardieu est très affirmatif ; il dit que si la fracture a été faite alors que le nouveau-né était vivant, h se fait un épanchement de sang dans le foyer de la fracture (2) ; que ce sang pénètre dans les bords fracturés et les colore. Celle coloration est pour lui caractéristique des fractures faites pendant la vie.

Je crois que Tardieu a raison en thèse générale. Mais quand il dit qu’il n’y a plus d’épanchement sanguin et par conséquent pas de coloration des bords de la fracture, si celle-ci a été faite au moment de la mort ou à un moment voisin de la mort, il n’est plus absolument dans le vrai.

S’il y a un commencement de putréfaction, vous savez que sous l’influence de la pression gazeuse, le sang viscéral reflue vers la péri[)hérie : comme les vaisseaux sont rompus

(1) Blot, Bullelin de la Société anatomique^ 18i8, p. 198.

(2) Obs. 4(), 48, .>3, 54.

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dans le foyer de la fracture, le sang repoussé dans ces vaisseaux, en sort et colorera les bords de la fracture (1), comme si elle avait été faite pendant la vie. Il est possible que cette circulation posthume ne soit pas aussi active chez les enfants nouveau-nés que chez les adultes, mais elle existe néanmoins.

Le signe de Tardieu est bon, c’est un des meilleurs que nous ayons, mais s’il est seul, nous ne pouvons conclure.

Les fractures du crâne sont produites par projection contre un mur, une table, etc. ; par écrasement au moyen d’une pierre, d’un sabot ou plus rarement d’un marteau; par le passage dans un orifice étroit^ tel que la lunette des cabinets.

Dans les fractures par projection, le siège de la lésion est variable; plusieurs os peuvent être fracturés à la fois, Ja forme de la fracture est plutôt linéaire.

Lorsqu’il y a écrasement de la tête (2), la fracture siège non seulement au point même où a été exercée la violence, mais encore au point diamétralement opposé. Ce sont les pariétaux qui sont brisés ; les os sont broyés, mais la fracture se fait toujours de la même façon; vous savez que le pariétal a un noyau central, d’où partent comme les rayons d’une étoile, les lignes d’ossification ; les lignes de fracture suivent l’espace libre entre les rayons d’ossification et semblent correspondre au redressement des courbures du pariétal, le plus souvent la ligne primitive est interrompue subitement, une ligne transversale part à angle presque droit, rejoint une autre ligne d’ossification, qui se brise longitudinalement comme la première. L’ensemble de la ligne de fracture a les brisures d’un éclair ; le pariétal est quelquefois divisé en 5, 10, 15, 20 fragments. La tête est aplctie, donne à la main la sensation d’un sac de noix. Les bords de la fracture sont tranchants, les angles des fragments aigus déchirent la dure-mère et le périoste, qui sont souvent largement décollés tous les deux. Le foyer est rempli de sang à demi coagulé.

(1) Obs. 5').

(2) übs. 40, 49, 52, 5G.

Lorsqu'il s’agit d’une fracture du crâne par passage à travers un orifice étroit, la tête subit un éclatement dans le sens de l’axe occipito-fronlal ou de l’axe bipariétal ; il y a peu de chevauchement des fragments, la tête est déformée, et le cuir chevelu est en général intact (1).

Ces caractères sont-ils typiques? Je suis obligé de vous signaler quelques causes d’erreur.

Si l’accouchement a été pénible, si l’enfant a subi une compression exagérée pendant le passage à travers les détroits, il peut venir au monde avec une fracture du crâne analogue aux fractures par écrasement, parce que dans les deux cas, qu’il s’agisse d’une compression brusque ou lente, la force agit par redressement des pariétaux. Danyau, Blot, Depaul ont rapporté des observations de femmes ayant un bassin rétréci, atteintes d’exostose, dont les enfants avaient, en venant au monde, des ff’actures du crâne.

Mais quand une femme a un rétrécissement du bassin, l’accouchement est long, difficile, et il est impossible qu’il reste clandestin, car il se termine d’ordinaire par l’intervention d’un accoucheur ou d’une sage-femme. De plus, il est toujours facile, pour le médecin expert, de s’assurer si la femme inculpée a réellement un rétrécissement du bassin.

Dans un grand nombre de cas, les os du crâne ne s’ossifient pas d’une façon régulière : il se produit, au milieu des rayons d’ossification, des lacunes au milieu des aiguilles régulières, et ces lacunes siègent dans la partie centrale de l’os, plus souvent sur ses bords. Elles sont disséminées en plusieurs endroits et là où elles existent, le périoste et la dure-mère peuvent se trouver en contact et même adhérer l’un à l’autre. Ces lacunes sont rondes; elles siègent de préférence sur les pariétaux et les frontaux.

Depaul avait réuni un certain nombre de pièces de ce genre ; Tardieu, qui s’est beaucoup occupé de celte question, a trouvé dans un seul os frontal, une quinzaine de lacunes.

(1) Obs. 52, 53.

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Le diagnostic en est facile. Dans l’immense majorité de£5 cas, ces lacunes sont symétriques, elles ne se correspondraient pas exactement si on plaçait les deux pariétaux l’un sur l’autre, par exemple, mais si l’un des pariétaux en contient trois ou quatre, il y en a à peu près autant dans l’autre ; il en est de même pour les os frontaux.

Si vous trouvez une fracture dans un os du crâne incomplètement développé, cherchez s’il n’y a pas d’autres lacunes d’ossitication ; vous serez éclairés et vous pourrez conclure; si vous constatez un amincissement considérable des os, vous rejetterez l’idée d’une fracture criminelle, car la violence des efforts, pendant l’accouchement, a pu suffire à faire éclater les pariétaux (l).

Ces lacunes sont plus fréquentes chez les enfants dont la tête est volumineuse, qui ont un diamètre bipariétal de 12 centimètres, et chez les hydrocéphales; la collection de Depaul contient une dizaine de crânes d’hydrocéphales dont les os présentaient de nombreuses lacunes. Quand un hydrocéphale vient au monde, alors même que la mère n’a pas un bassin rétréci, la tête est soumise à une compression, à un chevauchement considérable, et il se produit des fractures par redressement des bords des pariétaux.

Lorsque vous vous trouvez en présence de fractures du crâne faites par des mains criminelles, vous n’avez pas à craindre de faire une erreur de diagnostic, h propos de lacunes d’ossiücation. Le crâne est broyé; un seul coup di‘ sabot donne dix ou douze fragments.

Lorsque vous constatez une fracture et que vous hésitez, que vous ne savez si vous devez l’attribuer à l’accouchement même, ou au passage â travers l’orifice des waterclosets, cherchez les lacunes d’ossification : si vous les trouvez, considérez que les fractures pouvaient se produire plus facilement, parce que les parois du crâne étaient amincies : et cet amincissement des os, vous le constaterez en

(1) Obs. fjO.

les présentant à la lumièj’e : à, l’endroit des lacunes, les os sont transparents.

En résumé, dans l’immense majorité des cas, lorsque les fractures du crâne résultent de violences exercées après la naissance de l’enfant, dans le but de le tuer, les lésions sont multiples et considérables. Pour l’expert les difficultés existent lorsque les fractures sont peu nombreuses, siègent dans des os atteints de lacunes, ou sur les bords des os qui pendant l’accouchement ont pu être reployés. La possibilité de ces fails doit toujours être présente à son esprit, et il ne doit considérer comme criminelles que les fractures dont l’existence ne peut recevoir cette interprétation.

Quels sont les moyens de défense invoqués 'par la mère ? — La mère allègue que la fracture du crâne résulte du travail de l’accouchement.

Cela est possible. Tous les accoucheurs ont cité des cas où des fractures du crâne se sont produites au cours d’un accouchement pénible, quand la mère avait un rétrécissement du bassin ou, ce qui est plus rare, était atteinte d’une exostose du bassin. Mais, c’est toujours la même partie ou pour mieux dire ce sont toujours les mêmes parties de la tête de l’enfant qui sont en contact avec l’angle sacrovertébral.

H. Blot a publié des observations de femmes qui sont accouchées péniblement, seules, sans être assistées par une sage-femme ou par un médecin. Chez un certain nombre d’enfants, le pariétal et le frontal étaient déprimés en forme de cuillère; ce sont des fractures par refoulement. H. Blot, en présentant ces enfants à la Société anatomique, pensait qu’il n’y avait eu qu’un simple enfoncement. Ces enfants ont survécu, IL Blot au bout de quelques semaines les a présentés à nouveau à la Société anatomique : la dépression en forme de cuillère avait disparu.

La mère n’invoque pas cette interprétation : elle dit tou-

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jours qu’elle a été surprise par les douleurs de l’accouchement, et que celui-ci s’est effectué très rapidement. S’il existe une fracture de ce genre, elle prouvera que l’accouchement a été laborieux ; elle sera accompagnée d’une bosse sanguine du cuir chevelu; les allégations de la mère seront infirmées du coup.

On a beaucoup insisté, Messieurs, sur les fractures et les contusions qui résultent d’une application de forceps. Je crois qu’il est bien inutile d’entrer dans cette discussion. Les applications de forceps ne sont faites que par un accoucheur : si elles entraînent une fracture des os du crâne, cette fracture est faite par l’accoucheur. Il ne peut être question, ici, d’un accouchement clandestin ; tout le monde, dans l’entourage de la femme, sait qu’elle accouche. Cette question ne doit donc pas être portée aux assises : si les fractures sont situées aux endroits mêmes où les cuillères du forceps ont appuyé, il n’est pas difficile de retrouver, sur la peau, la trace de l’application de l’instrument.

Une autre excuse alléguée par l’inculpée est celle-ci : « Au moment où la tête de l’enfant sortait de la vulve, le reste du corps étant encore dans le vagin, j’ai été prise de douleurs si vives que j’ai rapproché les cuisses : s’il y a des fractures du crâne, elles sont dues au rapprochement violent de mes cuisses. »

Ce rapprochement des cuisses n’a jamais été observé chez une femme qui accouche, assistée par une sage-femme ou par un médecin ; lorsque la tête est sortie de la vulve, la femme écarte fatalement les cuisses, elle ne peut pas les rapprocher. Les choses se seraient-elles d’ailleurs passées comme le dit l’inculpée, elle n’aurait pas broyé le crâne de son enfant : il y aurait eu non pas broiement de la tête, mais peut-être, et c’est bien douteux, une fêlure analogue à celles qui résultent du passage à travers un bassin rétréci.

C’est un fait à discuter, chaque fois que la mère alléguera cette excuse; vous interrogerez la femme, vous écrirez ses réponses, avec le plus grand soin, sous sa dictée; vous lui

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demanderez d’expliquer exactement comment les choses se sont passées : Dans la grande majorité des cas, la femme, convaincue qu’elle ne parviendra pas à tromper le médecin expert, renoncera à présenter les choses comme elle l’avait lait d’abord. ;■

La fille dira encore qu’elle est accouchée debout, parce qu’elle a été surprise par les douleurs de l’enfantement, que l’enfant est venu tout d’un coup, qu’il est tombé à terre et qu’il s’est ainsi fracturé le crâne.

On ne saurait nier qu’une femme puisse accoucher debout. Le D'‘ Klein, de Munich, au cours d’une enquête faite en Bavière à propos des accouchements précipités, a constaté que sur 183 accouchements précipités, 133 fois les femmes étaient accouchées debout; 22 fois, accroupies, et 6 fois, à genoux (1). Il est donc assez fréquent qu’une femme accouche debout. En effet, il est dans les habitudes de tous les pays que pour activer le travail, la femme se promène, puis au moment où elle veut entrer dans son lit, elle est prise des douleurs expulsives, et elle accouche.

L’enfant peut-il tomber à terre, et peut-il se fracturer le crâne? Jusqu’à ces dernières années. Messieurs, on a regardé la chose comme très improbable. On s’appuyait sur la statistique du D’’ Klein, qui n’a pas constaté une fracture du crâne chez les enfants des 133 femmes qui étaient accouchées debout; sur les expériences de Ghaussier et de Négrier : Ghaussier avait attaché un poids de 3 à 3 kilogrammes au bout d’un cordon ombilical; il laissait ensuite brusquement retomber ce poids. Le cordon se tendait, mais ne se brisait pas. Négrier a répété les mêmes expériences, en se servant d’un poids de 5''*^, 230 : le cordon ne se rompait pas davantage.

Aussil’excuse invoquée par l’inculpée n’était-elle pas admise. On ajoutait que le cordon n’ayant qu’une longueur de 0“,30, la tête ne pouvait toucher le sol, que le corps de l’enfant ne sortait pas tout d’un coup, qu’il était expulsé par (1) Hofmann, Éléments de médecine légale^ Irad. française, p. 676.

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portions successives, qu’alors que la tête était sortie, il y avait un temps d’arrêt, puis que le corps sortait à son tour, qu’il n’était pas possible qu’il tombât si rapidement. Enfin, Tardieu faisait observer que le plus souvent la femme n’était pas absolument droite, qu’elle était plutôt penchée en avant, qu’elle fléchissait les genoux, qu’elle se rapprochait ainsi du sol et que, par conséquent, le danger d’un choc violent et d’une fracture du crâne consécutive en était diminué d’autant.

On a prétendu que le cordon ne pouvait pas se rompre dans ces conditions. Il est vrai et nous nous en sommes souvent assuré, qu’il est difficile de déchirer un cordon sain; on y arrive en entourant les doigts de linges et en tirant de toutes ses forces ; ou en donnant un coup d’ongle au préalable sur un point du cordon : il se rompra à ce niveau, si on exerce une traction un peu violente. Ce sont des expériences de laboratoire; on a ajouté que Chaussier et Négrier avaient attaché l’une des extrémités des cordons, à l’autre extrémité desquels ils fixaient un poids de 5 kilogrammes, à une tige rigide; que l’insertion du placenta se fait dans l’utérus, que celui-ci n’oppose à une traction brusque qu’une résistance élastique, et que cette circonstance atténuait les chances de rupture.

En effet. Messieurs, le cordon ne se rompt pas dans ces expériences ; telle était l’opinion admise jusque dans ces derniers temps par les médecins légistes, et je l’ai soutenue moi-même en m’appuyant sur les épreuves que je répétais chaque année devant les élèves, malgré l’opinion contraire d’Hofmann. Messieurs, j’avais tort :

Toutes ces expériences s’écroulent devant les observations récentes, faites en particulier dans le service de M. Budin (i).

Le cordon peut se rompre, spontanément, et pour qu’il se rompe, il n’est même pas nécessaire que la femme accouche debout.

n) Budin, Rupture du cordon pendant l'accouchement [Ann. d'hjrj.^ 1887, tome XVll, p. 534).. .

Une femme accouchait, dans le service de M. Budin; l’interne était auprès d’elle. Le travail se poursuivait d’une façon normale, l’enfant allait sortir de la vulve, quand, tout à coup, une contraction utérine violente expulsa le nouveauné en l’envoyant à 30 centimètres environ de la vulve. Le cordon était brisé. Notez que la femme était couchée.

Nous ne pouvons donc plus affirmer que le cordon ne saurait se rompre spontanément, pendant l’accouchement; et nous devons dire, aux assises, que le fait est possible.

On n’a pas accepté, à la Société de médecine légale de France, la communication de M. Budin sans réserve, on a attendu pour se prononcer; mais depuis, il a publié un second fait; d’autres observateurs en ont cité deux ou trois.

Ces faits restent exceptionnels, mais il est possible que le cordon se rompe, alors que la traction exercée à ses deux extrémités est bien inférieure à 3 kilogrammes. On s’est demandé si dans ces cas le cordon était malade, ou si, comme l’a prétendu Casper dont on avait accueilli d’abord l’opinion avec un sourire, le cordon était plus fragile au moment de l’accouchement que plus tard. Je n’en sais rien; je ne sais qu’une chose, c’est que les allégations de la femme sont plausibles.

Enfin, l’enfant, en tombant sur le sol, peut-il se briser le crâne ?

Chaussier a essayé de faire tomber un certain nombre d’enfants d’une hauteur de 53 centimètres sur la tête ; jamais il n’a constaté une fracture du crâne. Je vous ai dit que le D*" Klein n’en avait pas vu non plus ; Négrier, M. Descoust, moi-même, nous n’avons jamais pu arriver, dans nos expériences, à faire des fractures du crâne; les petits cadavres tombent presque toujours sur le dos : il y a là une probabilité pour que les fractures du crâne ne se fassent pas très facilement et cependant nous lisons dans Hofmann; «nousmêmes nous faisons par an plusieurs fois des expériences de ce genre : nous faisons tomber sur le sol des cadavres de nouveau-né d’une hauteur égale à celle des parties génitales;

P. Bhouardel. — L’Infanticide. 8

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bien que nous ayons fait 60 expériences pareilles, nous n'avons jamais vu un cas où il ne se soit pas produit une fissure ou une fracture des os du crâne ».

Toutes les improbabilités sont contre les allégations de la mère ; mais il n’en est pas moins vrai qu’elle a pu accoucher debout, que son enfanta pu être expulsé d’un coup, que le cordon a pu se rompre, que le nouveau-né a pu tomber sur le sol et se fracturer le crâne, en dépit des expériences et des observations antérieures.

Hofmann reconnaît toutefois que dans les accouchements précipités les fractures du crâne sont très rares.

Dans les cas où un accouchement précipité suivi de rupture du cordon et de fracture du crâne de l’enfant est invoqué par la mère, comment l’expert devra-t-il mener son enquête? Pour admettre ces explications il faut que tout le travail ait été très rapide. C’est déjà une circonstance bien rare chez une primipare. Je vous rappelle que ce sont le plus souvent des femmes enceintes pour la première fois qui commettent un infanticide. Lorsque chez elles l’expulsion est rapide, il n’est pas rare d’observer une rupture du périnée. Il faut vérifier si le cordon a été déchiré, coupé, ou s’il est resté adhérent au placenta. Il faut noter s’il existe une bosse séro sanguine sur le crâne. La concordance ou la discordance de toutes ces constatations vous permettra d’accorder ou de refuser confiance aux allégations de l’inculpée.

Mais vous avez encore à vous préoccuper de deux autres questions. Il semble au premier abord que si la fracture a été assez grave pour entraîner immédiatement la mort de l’enfant, celui-ci n’a pas dû respirer. Je ne parle pas des faits dans lesquels il y a eu une fêlure, une fissure des os du crâne, nous savons que dans ces cas la vie peut se prolonger pendant des jours, que souvent la découverte de cette fracture a. été une surprise d’autopsie. Mais quand la fracture est assez grave pour entraîner la mort en quelques minutes ou en un temps très court l’enfant peut-il respirer? Sans faire une affirmation absolue, on peut dire que si les épreuves de

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la dücimasie sont négatives, le fait peut être invoqué en faveur de raffirmalion de la mère, mais si les épreuves docimasiques prouvent que l’enfant a respiré peut-on conclure contre? Non, Messieurs, dans des cas où les accoucbeiirs avaient dû pratiquer la crâniotomie, on a pu constater quelquefois quel’enfant avait fait un certain nombre d’inspirations.

Vous avez à tenir compte également, pour juger les probabilités invoquées par la mère, du volume de l’enfant, des diamètres de la tête. Ce qui est vraisemblable pour un enfant qui pèse 1 à 2 kilogrammes est plus difficile à accepter si fenfant pèse 3 kilogrammes ou 3^"'*, 500.

J’appelle enfin votre attention sur un dernier point. Les constatations sur les lieux où s’est fait l’accouchement, la présence de taches de sang, d’enduit sébacé sur le parquet, les meubles, les linges, permettront souvent de rectifier la version présentée par l’inculpée.

Infanticide par plaies et mutilations. — Plaies. — Les plaies sont en général faites par la mère, et à l’aide des instruments qui sont habituellement entre les mains de la femme ; elles consistent en piqûres, faites avec des aiguilles ou un poinçon, en coups de ciseaux ou en coups de couteau (1).

Les enfants sont souvent lardés de piqûres d’aiguille et de coups de couteau ; j’en ai compté une fois une quarantaine dans la région péricardique et abdominale, sans compter les plaies des autres régions (2). Quand les aiguilles souvent volumineuses empruntées aux outils de la cuisine traversent des gros vaisseaux ou le cœur, elles déterminent une hémorrhagie et l’enfant meurt.

Dans d’autres cas, une seule blessure pratiquée avec une grande énergie détache complètement ou incomplètement la tète du tronc (3).

(1) Obs. 57, 58.

(2) Obs. CO.

(:î) Obs. 57, 58.

Les piqûres ont quelquerois un siège qui indique une criminalité beaucoup plus savante.

Dans l’Aveyron, une sage-femme, qui n’hésitait pas à rendre à ses clientes tous les services qu’elles lui demandaient, piquait avec une aiguille la fontanelle antérieure et supérieure des nouveau-nés dont on voulait se débarrasser; elle ouvrait le sinus longitudinal supérieur et l’enfant mourait d’hémorrhagie méningée. Les médecins et les habitants du pays ont été longtemps sans s’apercevoir du crime; grâce à un défaut de parallélisme entre la piqûre externe et la piqûre interne, il n’y avait pas d’écoulement de sang au dehors ; la lésion, très petite, demeurait invisible. Celte femme a avoué avoir pratiqué ce genre d'infanticide une quarantaine de fois; elle a été condamnée.

A Paris, une sage-femme, très savante, pratiquait non pas la piqûre du bulbe, mais la déchirure de la moelle cervicale ; elle opérait par le fond du pharynx, passait avec son aiguille entre la troisième et la quatrième vertèbres cervicales et déchirait la moelle à sa jonction avec la moelle allongée.

Dans les autopsies, et c’est cette circonstance qui a assuré à cette femme une impunité qui a duré un certain temps, on n’ouvre pas toujours le canal vertébral pour s’assurer de l’intégrité de la moelle ; on ne cherche pas toujours l’ecchymose rétro -pharyngienne.

Il suffît que vous soyez prévenus de ces faits pour que vous veilliez à les découvrir, si vous êtes commis dans une affaire de ce genre.

A côté de ces cas que j’appellerai presque des cas scientifiques, au point de vue de la manière dont la mort est donnée, je puis vous citer, bien que les victimes ne fussent pas des nouveau-nés, celui d’une petite fille de seize ans, placée comme bonne d’enfant dans diverses familles. Au bout d’un certain temps l’enfant confié à ses soins mourait presque subitement ; il a été prouvé que cette fille tuait les enfants en leur enfonçant des aiguilles dans le cœur; elle

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en avait fait mourir ainsi trois ou quatre. Elle n’était pas la mère de ces enfants, elle n’était pas leur parente, elle n’avait aucun intérêt à leur disparition. Il y a là un état mental particulier que vous devez connaître et qui est analogue à celui que l’on constate chez les enfants qui allument des incendies.

Les coups de ciseaux sont généralement donnés par des couturières ou des cuisinières. Les caractères de ces lésions sont nets et faciles à reconnaître.

Dans le cuir chevelu, le coup de ciseau fait une plaie ressemblant à un V, dont la pointe, au lieu de se terminer par • un angle aigu, est au contraire arrondie. Souvent les coups sont doublés et la plaie prend alors la forme d’un double W.

M. Delens a publié un cas très curieux : En pratiquant l’autopsie d’un enfant nouveau-né, il constata dans le pharynx, une blessure faite par un coup de ciseaux. La mère, qui était cuisinière, avait tué son enfant comme elle avait l’habitude de tuer un pigeon, en introduisant ses ciseaux dans la gorge et en tranchant la carotide.

Les coups de couteau ou de rasoir siègent sur les membres, sur le thorax, sur le cou.

La femme qui pique son enfant avec des aiguilles, qui le lue avec des ciseaux ou avec un couteau, ne se borne pas, en général, à un seul coup, elle les double, elle s’acharne sur sa victime (1). J’ai autopsié un enfant qui portait 80 coups, faits avec une mauvaise lame de canif de 1 à 2 centimètres de largeur, grosse, ne coupant que d’un seul côté.

Pourquoi cet acharnement? Nous le trouvons bien souvent, au point de vue des crimes, surtout quand nous étudions les sévices commis sur les jeunes enfants. Les personnes qui donnent ces coups multiples sont ou des alcooliques ou des hystériques. Les coups tombent comme ceux d’un hache-paille, parallèlement, à très peu de distance les uns des autres ; ils sont donnés par quelqu’un qui

(1) Obs. 59, GO.

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n’est pas maître de lui, par une main qui est aveugle : si jamais cette expression fut juste, c’est dans ces cas-là.

Vous devez connaître cet acharnement, car quand il sera question, dans l’enquête médico-légale, de savoir à quel motif le criminel a pu obéir, même avant que ce criminel ne soit connu, vous pourrez dire que le crime a été commis par un épileptique, un alcoolique, une hystérique, un individu en fureur.

Mutilations . — A côté des infanticides par plaies, je place les mutilations (1).

Il est très rare. Messieurs, qu’on découpe un enfant vivant. Le dépeçage est un moyen de faire disparaître un cadavre et non pas de tuei’.

Toulmouche, ancien médecin légiste de Rennes, très distingué, a pensé que des enfants avaient été dépecés vivants; il a basé son opinion sur une constatation de Billard. Celui-ci avait très bien remarqué que, si on ouvre une artère avec un instrument tranchant, le sang jaillit suivant une forme particulière : on trouve, à l’endroit que le jet de sang a frappé, une grosse goutte de sang ovale, puis sur la même ligne droite une deuxième plus petite, une troisième encore plus petite, et ainsi de suite.

Le fait est vrai ; lorsque Marchandon assassina Cornet, le sang delà victime a jailli de cette façon à l“,o0 de distance.

Mais il ne faudrait pas conclure, de cette constatation, qu’un individu a été dépecé vivant.

Souvent à la Morgue nous avons essayé de reproduire le phénomène, avec un débris de cadavre. Si une partie du corps est congestionnée, si la putréfaction est commencée, surtout si le sang est liquide, lorsqu’on jette un morceau de chair découpé sur une table, on obtient une projection de sang analogue à celle qui résulte de l’ouverture d’une petite artère, chez l’individu vivant.

(1) Obs. 61, 62, 63.

INFANTICIDE PAR PLAIES ET MUTILATIONS

Je suppose que, dans l’examen de la chambre où rinfanticide a été commis, vous trouviez sur le mur ou sur le sol des gouttelettes de sang, dans le genre de celles décrites par Billard ; ne concluez pas, aux assises, que l’enfant a été découpé vivant, cette preuve seule ne suffit pas; les jurés sont déjà impitoyables pour les femmes qui découpent leur enfant, alors même qu’il est mort. Ils considèrent ce dépeçage comme une chose épouvantable.

Jurés et magistrats ont une horreur instinctive pour les opérations faites sur les cadavres, je ne suis pas bien sûr que parfois ce sentiment ne rejaillisse sur les médecins qui, eux, sont bien obligés de faire des dissections et des autopsies. Cette impression perce mêmeà travers l’hommage que le juge rend au courage du médecin expert, qui penché sur un cadavre, souvent immonde, cherche à en faire jaillir la vérité.

A moins d’expériences concluantes, faites par vous-mêmes, dans les conditions mêmes où le crime a été commis, gardezvous de dire que l'enfant était vivant lorsqu’il a été dépecé.

Ce sont surtout les cuisinières qui se livrent à ce découpage des enfants. Elles les dépècent comme elles feraient pour un lapin, ou comme elles l’ont vu faire pour les moutons ou les porcs (1), à la boucherie.

Elles coupent la tête de l’enfant, divisent le tronc en deux moitiés égales, en fendant le sternum et la colonne vertébrale, puis elles séparent le thorax de l’abdomen au niveau du diaphragme ; les membres ne sont pas désarticulés, ils sont sectionnés un peu au-dessous des jointures. Vous vous rappelez du reste que lorsqu’une cuisinière apprête un lapin, elle laisse toujours, adhérentes à l’omoplate, la tête et la partie supérieure de l’humérus.

La mutilation subie par le nouveau-né indique en quelque sorte la profession de l’individu qui l’a exécutée.

Il me reste à vous dire quelques mots de certains procédés d’infanticide plus fantaisistes.

(l) Obs. Cl, G2, G3, Go.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Reissesen raconte l’histoire d’une femme qui a fait bouillir son enfant avec des choux et l’a servi ensuite sur la table.

Thoinet, d’Ancenis, a cité le cas d’une femme qui a fait bouillir son enfant dans un chaudron, avec la lessive, et l’a enfermé ensuite dans un tonneau de vinaigre. Thoinet fait remarquer que la cochon avait fait disparaître les moyens de reconnaître que l’enfant avait respiré. Il fit des expériences avec des poumons de veau. Après la cuisson, les poumons plongeaient au fond de l’eau.

Un autre procédé est bien connu à la campagne et même àParis (1) : la mère découpe l’enfant, le jette dans l’auge aux ' porcs qui le mangent et en font disparaître toutes les traces.

Je vous ai dit que les mutilations sont presque toujours faites après la mort de l’enfant. Isnard et Dieu citent cependant une femme qui a avoué avoir coupé la tête de son enfant alors qu’elle venait de sortir de la vulve : il a fallu pour exécuter cet infanticide une passion extraordinaire.

Je vous ai sutrisamment éclairés sur la valeur de la présence des caillots sanguins; si des plaies ont été faites à l’enfant vivant, elles donneront lieu à des hémorrhagies qui détermineront la mort ; vous pourrez trouver dans ces cas du sang accumulé dans les cavités splanchniques, si l’hémorrhagie a été interne ; dans d’autres circonstances, le sang s’écoule au dehors.

Dans tous les cas, les viscères seront anémiques, exsangues.

Permettez-moi de vous dire un dernier mot. Messieurs, à propos de ces mutilations, sur un point qui par une inexpérience bizarre aurait donné lieu à une affaire criminelle. Vous savez tous ce qu’on appelle des amputations spontanées.

Pendant la grossesse, un des membres du fœtus peut èlre amputé et l’enfant vient au monde avec un moignon cicatrisé.

(1) übs. G4.

INFANTICIDE PAH COMBUSTION

Comment un médecin légiste a-t-il pu prendre une amputation spontanée pour une amputation criminelle ? Comment n’a-t-il pas vu la cicatrice du moignon? S’il l’a vue, comment a-t-il pu croire que cette cicatrice avait eu le temps de se faire entre l’accouchement et le moment où il est intervenu ? A-t-il pu croire que la mutilation avait été faite, par la mère, alors que le fœtus était encore enfermé dans la matrice ?

Je ne vous parlerais pas de cette question, qui est absurde, si le fait n’était rapporté dans les livres de médecine légale.

Je vous cite également pour mémoire les cas dans lesquels la mutilation a été le fait d’une intervention obstétricale, céphalotripsie, craniotomie, etc.

Infanticide par combustion. — Cette question en comprend deux : L'enfant a-t-il été brûlé vivant ou a-t-on voulu faire disparaître un cadavre?

La combustion n’est pas un procédé habituel d’infanticide, c’est un procédé pour faire disparaître un cadavre. Un nouveau-né peut pourtant être brûlé vivant volontairement ou par imprudence. Lorsqu’il s’agit d’un accident, le plus souvent on se trouve en présence d’un enfant brûlé dans son berceau, mais qui a dépassé depuis longtemps l’âge d’un nouveau-né. .Les conditions de l’enquête sont les mêmes dans les deux cas, si ce n’est que lorsque l’enfant était âgé de quelques jours vous n’avez plus à prouver qu’il a respiré.

Je suppose donc tout d’abord que vous êtes appelés à déterminer si le cadavre retrouvé dans un foyer d’incendie ou simplement de cheminée était ou non celui d’un nouveau-né.

Si vous vous souvenez de ce que j’ai dit, en vous parlant des incendies, vous savez que les parties molles du corps d’un individu qui meurt brûlé se recroquevillent. La tête diminue au point que celle d’un adulte de trente ans ne paraît pas plus grande que celle d’un enfant de quinze ans.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

S’agit-il d’un enfant de quelques mois, il revient sur luimême, les os du crâne chevauchent l’un sur l’autre ; un enfant de trois mois prend les apparences d’un fœtus à terme.

Mais il est très rare de trouver l’enfant entier dans le foyer ; on en retrouve des fragments seulement ; on détermine l’âge de l’enfant en recherchant les points d’ossification, mais il ne faut pas oublier dès le premier moment de l’enquête que la rétraction des tissus donne une apparence beaucoup plus jeune au petit cadavre.

Le juge d’instruction vous demandera si l’enfant était vivant au moment où il a été jeté dans le feu (1).

Rappelez-vous les caractères de la peau des individus brûlés. S’ils ont été- brûlés, pendant qu’ils étaient vivants, leur peau est couverte de phlyctènes contenant un liquide albumineux ; s’ils ont été brûlés, alors qu’ils venaient de mourir, leur peau est encore le siège de phlyctènes, mais celles-ci ne contiennent que de la sérosité (2).

Je vous donne un schéma, facile à retenir, mais je me hâte d’ajouter qu’il existe des causes d’erreur. Les phlyctènes produites par les brûlures sur un cadavre peu de temps après la mort peuvent contenir de l’albumine; les phlyctènes produiles par les brûlures sur la peau d’un individu respirant encore mais presqu’â l’agonie, peuvent ne pas en contenir.

Les expériences thérapeutiques ont confirmé ces faits. Vous savez ce que c’est que le marteau de Mayor et dans quelles circonstances on l’emploie. Lorsque, après avoir trempé un marteau dans l’eau bouillante, on l’applique sur la région précordiale d’une personne qui expire, il produit des phlyctènes et ces phlyctènes ont pu ne pas contenir d’albumine, alors même que la personne a encore respiré pendant quinze à vingt minutes. Dans d’autres cas, où le marteau de Mayor a été appliqué alors que la personne venait de mourir, les phlyctènes ont contenu de l’albumine.

(1) Obs. GO.

(2) P. Brouardel, La mort et ta mort subite, p. 52.

INFANTICIDE PAR COMBUSTION

iMessieurs, on a ajouté que lorsqu’une brûlure était faite pendant la vie, elle s’entourait d’une aréole, d'une zone congestive dans laquelle les vaisseaux capillaires deviennent plus apparents et que ce caractère persiste après la mort. C’est vrai. Mais il y a des exceptions.

Ouand la brûlure est faite à un moment très voisin de la mort, il n’y a plus d’aréole.

Lorsque je vous ai fait l'bistoire de la mort par les explosifs, je vous ai parlé de l’explosion de la rue Béranger (1) ; je vous ai dit que Mathieu, dans la boutique de laquelle l’explosion avait eu lieu, avait été soumise à une température excessivement élevée : son corps était couvert de phlyctènes, pas une ne contenait d’albumine, pas une n’avait une aréole.

Devergie vivait encore à ce moment : il avait défendu toute sa vie l’opinion contraire; je lui ai montré le corps de M'"‘" Mathieu; il a dû se rendre à l’évidence.

Pour moi, M“° Mathieu a été brûlée au moment même où la vie cessait.

Pendant une combustion, quels qu’en soient d’ailleurs la cause ou le mécanisme, il se fait un dégagement plus ou moins considérable d’oxyde de carbone. L’oxyde de carbone se fixe sur les globules du sang et on le retrouve facilement au moyen de l’analyse spectroscopique.

Enfin, quand un enfant a été brûlé, ses poumons deviennent durs et vont au fond de l’eau. Quand j’ai fait des recherches, avec M.Grancher, à propos de l’incendie des baraques de l’hôpital Saint-Antoine, avec M. Chantemesse, à propos de l’explosion de la rue Béranger, nous avons constaté que les poumons des individus brûlés allaient au fond de l’eau et que les vaisseaux étaient remplis de petits boudins formés par une matière sanguine compacte, comme si chaque ondée successivement envoyée au poumon, s’était chaque fois brûlée et épaissie par la chaleur.

(1) P. Brouardel, Les explosifs et les explosions au point de vue médico-légal. Paris, 1897.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Enfin le lissu tout entier a une coloration rouge carminée due à l’imbibition par la matière colorante du sang chargée d’oxyde de carbone.

Vous pouvez aussi vous trouver en présence d’un cadavre desséché parla chaleur. Tardieu a fait l’examen médico-légal d’un enfant momifié, qu’on avait trouvé derrière une cheminée dans un appartement que Ricord louait dans son hôtel, rue de Tournon. Cet enfant avait l’air d’être en carton ; il pesait l'"‘‘,300, et avait une fracture du crâne ; il pouvait avoir séjourné cinq ou six ans dans sa cachette.

Quand un enfant se dessèche, se momifie ainsi, il reprend au point de vue du poids et du volume une apparence de fœtus; un enfant à terme semble être un enfant au septième mois de la vie intra-utérine.

La combustion est bien plutôt un procédé employé pour faire disparaître un enfant que pour le tuer.

La seule affaire dans laquelle la question se soit posée dans son entier est celle de Lemoine, de Chinon, en 1859(1).

Lemoine occupait dans la ville une belle position ; sa fille fut séduite par son cocher, nommé Fétis ; elle devint enceinte et elle accoucha. Lemoine brûla l’enfant, pour cacher le déshonneur de sa fille.

Lemoine a dit qu’au moment où sa mère prit l’enfant déposé dans une cuvette, elle l’avait vu remuer les bras.

Lemoine niait le fait.

On a demandé à Danyau et à Lorain si un enfant qui remue les bras est vivant : ils ont répondu que des mouvements des bras, tels que Lemoine les décrivait, ne prouvaient pas que l’enfant était vivant, au sens où nous prenons légalement ce terme. Il pouvait être en état de mort apparente, et par suite ne pas respirer, ne pas crier. Je n’aurais pas osé répondre autrement.

• Dans des expériences, poursuivies par M. Tarnier dans

(1) Obs. G7.

INFANTICIDE PAR COMBUSTION

un but (lifîérent de celui qui m’occupe ici, et d’autre part par moi, nous avons plongé une fois dans de l'eau chaude à 40° deux jumeaux, venus au monde à quatre mois et demi. Ils n’avaient pas respiré, ils n’auraient pu vivie, ils ont remué bras et jambes. Des faits analogues avaient été observés déjà par d’autres auteurs.

Il est possible qu’un enfant ait remué, mais cela ne suffit pas pour que le médecin légiste dise qu’il a vécu et par suite qu’il y a eu un infanticide.

L’autre question posée aux experts, est celle-ci : Est-ce une opération bien longue et bien difficile que de brûler un enfant? On a demandé à Lemoine comment elle s’y était prise; l’accouchement avait eu lieu au mois de juillet ou d’août, il fallait donc se procurer une provision de bois. Lemoine ne paraît pas avoir dit la vérité ; elle a prétendu que trois bûches avaient suffi pour brûler le cadavre de l’enfant.

Cette même question m’a été posée à propos de Pel, qui était accusé d’avoir brûlé une femme. J’étais chargé de l’expertise avec M. Lhote (1). Nous avons acheté un fourneau identique à celui qui aurait servi à Pel, nous l’avons pris chez le même marchand. Il n’était pas possible de brûler un cadavre entier dans ce fourneau qui était petit; il avait une disposition particulière, sous le four, se trouvait un second foyer ; nous avons donc dépecé un cadavre, de la taille de la femme disparue. Pour brûler l’^‘*,500 de chair dans ce fourneau, il a fallu à peu près une heure. Il ne s’agit pas, en effet, d'une combustion de coke ou de charbon. Le cadavre commence par se dessécher et cette dessiccation se produit d’autant plus lentement que la peau est intacte. Cette période de dessiccation prend plus d’une demi-heure; puis vient celle de l’incinération, qu’il faut laisser faire complètement, sans ouvrir le four, afin que les os ne deviennent pas noirs,

(1) BrouarJel et Lhole, Affaire Pel, accusation d'empoisonnement {Ann. d'hyg., 188G, tome XV, p. 12).

mais restent friables et faciles à réduire en cendres.

On a objecté que cette incinération devait répandre de mauvaises odeurs. Nous nous sommes assurés, M. Lbote et moi, que l’odeur était insignifiante et pouvait très facilement passer inaperçue.

La question a été d’ailleurs presque expérimentalement résolue par une fille qui accoucha clandestinement à Saint-Lazare. Le fait est au moins extraordinaire. Elle avait proûté de l’absence d’une fille de salle pour mettre son enfant dans le poêle : il ne s’est dégagé aucune odeur.

Nous avons constaté, M. Lliote et moi, qu’un enfant pesant 3 kilogrammes se consumait en deux heures de temps. Hofmann,dans ses expériences sur les cadavres de nouveaunés, est arrivé aux mêmes conclusions.

Tout cela est vrai lorsqu’il s’agit d’un four bien organisé. Mais quand la combustion s’effectue à feu nu, comme dans une cheminée, les conditions sont différentes. Les phénomènes qui se produisent alors ressemblent à ceux que nous observons dans les incendies. La peau se racornit, elle se déchire, suivant des lignes de section bien nettes, et le tissu graisseux sous-jacent brûle comme un lampion. La combustion totale est donc bien plus difficile ; aussi est-il probable que la déclaration de Lemoine n’était pas

exacte et que la combustion a duré bien plus longtemps qu’elle ne l’a prétendu.

Si vous êtes appelés à faire une expertise dans une affaire de ce genre, refaites l’expérience en brûlant, dans la cheminée ou le poêle qui a servi, un morceau de cadavre du poids de 3 kilogrammes.

Comment mener cette expertise? Il y a des difficultés très grandes et très variables selon les circonstances.

Dans une affaire d’infanticide qui s’est déroulée en Vendée, Houssin et Tardieu ont eu à examiner 24 kilogrammes de cendres, ils ont trouvé, dans cette énorme masse, une quantité inimaginable d’os et de fragments d’os. A la campagne, vous ne l’ignorez pas, on jette dans le foyer, garni

INFANTICIDE PAR COMBUSTION

de cendres, les os des \iandes que l’on a mangées. Il y avait donc une faune extraordinaire à déterminer. Au milieu d’üs de lapins, de lièvres, de perdreaux, de poulets, de cochons de lait, Tardieu a trouvé un morceau d’os qui lui paraissait ressembler à un os humain. Il fit des recherches au musée Orfila et au Muséum, et ne trouva d’analogie avec l’os qu’il avait rapporté, que dans le sphénoïde des nouveau-nés.

Dans leur expertise, au sujet de l’infanticide commis par Lemoine, Danyau et Lorain ont trouvé un os qui ressemblait à un os frontal de nouveau-né. Dans ce cas spécial, ces reclierches n’avaient d’ailleurs qu’un intérêt secondaire, puisque Lemoine avouait avoir incinéré l’enfant.

Comment reconnaît-on qu’on se trouve en présence d’os ayant appartenu à des animaux ou d’os d’enfants nouveau-nés? Rappelez-vous que l'enfant nouveau- né n’a aucune de ses épiphyses soudées à la diaphyse. Quand il est brûlé, les épiphyses sont détachées des diaphyses; chez les petits animaux, au contraire, qui servent à l’alimentation, les épiphyses sont soudées aux diaphyses, car les animaux dont vous retrouverez les os dans un foyer sont des animaux adultes; on ne mange guère d’animaux trèsjeunes; cependant, chez les lapereaux et les perdreaux, les épiphyses et les diaphyses ne sontpeut-être pas toujours soudées.

Dans tous les cas, si au milieu des cendres vous découvrez des os longs et que les diaphyses soient bien jointes aux épiphyses, vous pouvez affirmer qu’ils n’ont pas appartenu à un enfant (1).

Si vous avez des doutes, placez les os dans un bocal, envoyez-les à un musée anatomique pour les faire examiner et demandez qu’on vous adjoigne un expert compétent en ostéologie comparée. Les pièces anatomiques conservées dans les musées sont, en ces cas, d’un précieux secours. Mais vous avez tous entre les mains un moyen de comparaison, une

(I) Obs. 74, 75, 70, 77.

128 QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

tête désarticulée, qui peut vous fournir des renseignements parfois sufûsanls. Une sage-femme, de Paris, voulant rendre service à une cliente, c’est l’excuse qu’elle a invoquée, avait brûlé son enfant dans la cheminée ; au milieu des cendres, les experts trouvèrent des fragments osseux qu’ils reconnurent, en les comparant aux diverses pièces d’un crâne désarticulé, comme ayant appartenu h la tête d’un nouveau-né.

Dans une de ses expertises, Houssin a retrouvé, dans les cendres, un morceau de charbon poreux dans lequel il pensa reconnaître un placenta.

J'arrive maintenant, Messieurs, à un point de l’enquête sur lequel je n’insiste pas (1). Orlîla avait cru que l’analyse des cendres pouvait donner d’utiles indications. Il avait pensé que l’on pouvait déterminer par l’analyse si l’on avait brûlé de la chair dans un foyer. Les cendres de bois contiennent de la potasse, du cyanure de potassium, de l’acide sulfurique, de l’acide sulfhydrique, et très peu de fer, les cendres de charbon contiennent en outre du soufre et pas de fer. Or, les produits animaux sont riches en fer. Si donc on trouvait dans les cendres une proportion anormale de fer, Orfila pensait qu’on pouvait en déduire que l'on avait incinéré une substance animale.

J’avoue que je n’ai pas grand enthousiasme pour ces analyses. A la campagne, on trouve toujours dans les cendres des débris d’animaux; il est possible que l’on ait jeté dans le feu des os, auxquels adhérait encore de la viande ou qu’on ait ajouté du charbon au bois.

Ne faites pas ces analyses. Si on vous demande d’y procéder, faites-les faire par un chimiste, mais ne vous attendez pas à pouvoir tirer une conclusion de leur résultat.

Messieurs, depuis quelques années, il est entré dans les habitudes de certains laboratoires de détruire les matières organiques par l’acide sulfurique. Si on plonge dans son

(1) Obs. 67, 78.

INFANTICIDE PAR EMPOISONNEMIÎNT.

poids d’acide sulfurique le corps d’un nouveau-né, l’acide le détruit à peu près en une heure. Un fœtus de quatre mois et demi pesant 300 grammes disparaît complètement en vingt minutes dans 1 kilogramme d’acide sulfurique. Il faut plus de temps pour détruire à poids égal d’acide sulfurique (1 kilog. pour 1 kilog. de chair) le corps d’un adulte.

Dans les écoles vétérinaires, dans les laboratoires d’anatomie ou de physiologie, on détruit de cette façon les débris organiques des animaux à qui l’on a inoculé des maladies qui pourraient se transmettre.

La chair, les os jeunes disparaissent rapidement, les os plus vieux résistent un peu plus longtemps.

11 est à craindre que, ces notions se vulgarisant de plus en plus, quelqu’un ne fasse un jour usage de ce procédé pour se débarrasser d’un nouveau-né.

Dans cette hypothèse, car ce n’est qu’une hypothèse, la difficulté n’est pas de se procurer une quantité suffisante d’acide sulfurique et d’y mettre le cadavre ; elle existe réellement pour faire disparaître ensuite cet acide sulfurique. Si on le jette dans les cabinets, les tuyaux et les conduites métalliques seront corrodés, abîmés jusqu’à la fosse ou jusqu’à l’égout; des réparations seront nécessaires et mettront rapidement la police sur la piste d’un crime.

L’adjonction de l’eau à l’acide sulfurique pour en faire une dilution qui n’abîme pas les matériaux avec lesquels elle est mise en contact n’est pas sans danger, quand elle est faite par quelqu’un d’inexpérimenté.

C’est donc, par ces deux circonstances, que l’enquête pourrait peut-être parvenir à approcher d’une probabilité d’infanticide, car la certitude serait difficile à obtenir.

Infanticide par empoisonnement. — L’empoisonnement criminel d’un nouveau-né est excessivement rare ; depuis Fodéré, on en cite trois ou quatre cas. Slingenberg rapporte, d’après Mende, deux cas d’empoisonnement commis par des mères sur leurs nouveau-nés; l’un par l’orpiment, P. Brouardel. — L’Infaûticide. 9

130 QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

l’aulre par du vert de gris (1). Tardieu a mentionné le cas d’une mère qui faisait téter à son enfant âgé de quelques semaines une éponge imbibée d’acide chlorhydrique. Dans un autre cas, Té|)onge avait été imbibée d’acide azotique; l’enfant avait déjà quelques jours.

Il est facile de reconnaître, en examinant les lèvres et la bouche de l’enfant, une tentative de ce genre ; ces sortes d’infanticide sont commis par des mères qui se trouvent dans un état mental analogue à celui des mères qui font cuire leur enfant ; rappelez-vous ce que je vous ai dit à ce propos.

L’empoisonnement accidentel, au contraire, est fréquent. Il arrive par erreur de la mère ou de la sage-femme. Je ne sais pour quelle raison les sages-femmes s’imaginent qu’il est nécessaire que les enfants entrent dans la vie en prenant une purgation ; aussi, donnent-elles, le second jour après la naissance, une cuillerée à café de sirop de chicorée au nouveau-né; ce sirop de chicorée n’est pas dangereux, mais quand une erreur est commise, c’est toujours la même. Au lieu de sirop de chicorée, on administre au bébé une- cuillerée à café de laudanum. J'ai eu à faire un certain nombre d’expertises de ce genre; la méprise est inexplicable, car le sirop de chicorée et le laudanum n’ont aucune ressemblance.

Si vous êtes appelés à procéder à une autopsie dans ces conditions, vous devez rechercher si le safran, contenu dans le laudanum, a laissé une coloration dans l’estomac. Vous vous convaincrez bien plus facilement qu’il y a ingestion de laudanum, si vous retrouvez la coloration du safran, que par une analyse. U y a en effet fort peu de morphine dans une cuillerée à café de laudanum, et lorsqu’on recherche un alcaloïde, il est bien difficile d’en retrouver dans les viscères une quantité suffisante pour permettre d’être affirmatif.

Dans les expertises que j’ai faites avec Boutmy, avec M. Ogier, il ne nous a jamais été possible de retrouver la morphine dans les viscères des enfants, et pourtant nous sa-

(1) Sliugeiiberg, Diss. medic. forens. de Infanticidio, Grœuingeo, 1834, p. Ü9.

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