‹ L'infanticideChapitre 24 sur 60 · TELLE FEMME EST-ELLE ACCOUCDÉE · texte numérisé non relu

TELLE FEMME EST-ELLE ACCOUCDÉE

3° Une femme 'peut-elle accoucher sans le savoir?

4° Une femme qui vient d’accoucher peut-elle être hors d' état de donner à son enfant les soins nécessaires? ou dans un état mental tel quelle soit inconsciente des actes de violence qu’elle peut commettre?

1. Telle femme est-elle accouchée? Et à quelle époque est-elle accouchée ? — Il est en général facile pour un expert de déterminer si une femme est accouchée, lorsqu’il est commis douze ou quinze jours après l’accouchement. Il y a parfois pour l’expert des circonstances inattendues. J’ai souvent été commis pour vérifier si des femmes inculpées d’avoir tué leur enfant, étaient accouchées, et pour déterminer la date de l’accouchement : Deux fois, je me suis trouvé en présence de filles qui non seulement n’avaient jamais accouché : mais qui étaient vierges (1).

Ces méprises du début d’une enquête ont le plus souvent pour point de départ la dénonciation d’une commère, d’une concierge, qui, pour une raison quelconque, a pour une jeune fille des sentiments malveillants. Parfois, les preuves semblent s’accumuler contre l’inculpée, à tel point qu’on a vu, il y a quelques années, le substitut d’un tribunal de province faire arrêter une jeune femme le jour de son mariage, à la sortie de l’église; cette jeune femme était vierge. L’accusation avait été formulée, en fournissant des preuves ou commencements de preuves en apparence très probantes, par l’amie d’une maîtresse abandonnée par le mari.

D’autres fois, la femme refuse catégoriquement de se laisser examiner. Vous devez prendre acte de son refus, vous pouvez la prévenir que ce refus peut être mal interprété, mais vous ne devez pas insister. Le Code d’instruction criminelle ne contient aucun article qui force un individu à se laisser examiner par un médecin légiste.

(1) Obs. 89.

148 QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Vous préviendrez le juge d’instruction du refus de la femme. C’est à lui qu’il incombe d’éclairer celle-ci sur la gravité de sa détermination et de tirer du refus d’examen telles conclusions qu’il jugera convenables.

Lorsqu’une femme est récemment accouchée, les parois du ventre sont flasques et relâchées, on remarque sur la peau de l’abdomen des plis, des éraillures rougeâtres, qui au bout de quelques semaines blanchissent et deviennent des vergetures naci'ées, enfin une ligne noirâtre ou brune allant de l’ombilic au pubis.

L’examen des organes génitaux révélera l’écoulement des lochies, qui dure de quinze jours à trois semaines.

Pendant les vingt-quatre heures qui suivent la délivrance, il ne s’écoule des parties génitales que du sang presque pur; après ce temps, l’écoulement sanguin se transforme en un écoulement de sérosité coloré en rouge. Cet écoulement continue pendant un jour ou deux. Au cinquième ou sixième jour, la sérosité perd de sa coloration, et vers le huitième jour il est constitué par un liquide blanchâtre, lactescent, muqueux. La durée totale, chez la femme bien portante, est de quinze jours à trois semaines. Les lochies répandent une odeur spéciale, variable suivant les femmes et leur état de santé.

Tardieu a emprunté à Wieland (1), au point de vue de la date de l’accouchement, des remarques intéressantes sur le volume de l’utérus et sa distance du pubis.

Le second jour après l’accouchement, le fond de l’utérus est à 11 centimètres au-dessus du pubis; le sixième jour, il n’en est plus éloigné que de 4 à 5 centimètres; le onzième jour enfin, il est au niveau du pubis.

Le col de l’utérus est cicatrisé au bout de huit jours envi-

(1) Wieland, Étude sur l'évolution de l'utérus pendant la grossesie et après V accouchement (Thèse de Paris, 1858). — H y a lieu de remarquer que les femmes qui ont accouché clandestinement n’ont pris, le plus souvent, aucun soin, aucune injection, qu’elles se sont levées, et que, par suite, la marche des lochies peut être singulièrement troublée.

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