ÉTAT PUYSIQUE ET MENTAL DE LA EEMME
Peut-être en France et en Allemagne ne donnons-nous pas la même valeur au mot syncope.
Il est certain que quelques-unes des femmes que j’ai été appelé à assister pendant leurs couches étaient dans un état de grande faiblesse, épuisées par les douleurs^ par la longueur et la violence des efforts, bien qu’aucune n’ait eu une syncope. Est-ce cet état de fatigue, d’épuisement, de défaillance que Freyer désigne sous le nom de syncope? S’il en est ainsi nous avons été témoins de faits semblables.
En tout cas, on conçoit qu’une femme qui est accouchée clandestinement, qui a eu le courage de ne pas révéler par un cri ni un gémissement la violence de ses douleurs, qui le plus souvent accouche pour la première fois, se trouve, plus souvent que les femmes qui accouchent en ville et à l’hôpital, dans un état d’épuisement qui les mette dans l’impossibilité de faire le mouvement qui sauvera leur enfant; on ne saurait évidemment le nier.
Malheureusement pour ces pauvres filles, l’enquête démontre le plus souvent que si elles n’ont rien fait après l’accouchement pour empêcher leur enfant de mourir, elles n’ont rien préparé pendant leur grossesse pour lui donner à ce moment des soins quelconques.
C’est sur cet ensemble de circonstances que vous aurez à vous prononcer et non sur la possibilité de tel fait hypothétique considéré isolement.
Une femme qui accouche peut-elle être prise au moment de son accouchement d’un délire passager qui provoque des impulsions homicides dont elle est inconsciente ?
Pour apprécier ces allégations, plaçons-nous, Messieurs, un instant en dehors de l’acte de l’accouchement. Nous savons que des individus malades ou intoxiqués, des épileptiques, des hystériques, des alcooliques sont parfois pris d’un délire avec impulsion homicide, que leur main délirante frappe sans compter les coups, aveuglement, avec acharnement. Nous en avons la preuve dans les crimes com-
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mis sur des adultes, mais surtout dans les sévices dont les jeunes enfants sont les victimes. Il y a donc une première catégorie d’inculpées pour lesquelles nous devons nous assurer que ces causes de fureur délirante existent ou n’existent pas.
A coté d’elles se trouvent les actes commis par les femmes atteintes de manie puerpérale. Mais ceux-ci, Messieurs, ne peuvent provoquer aucune hésitation chez l’expert. La manie puerpérale ne naît pas et ne disparaît pas instantanément, elle dure quelques semaines ou quelques mois, un médecin ne saurait se tromper dans ce diagnostic. Il en est de même si une aliénée vient à accoucher. .
J’emprunte, pour caractériser cette catégorie défaits, deux exemples à Tardieu (1) : « Une femme accouche à l’hôpital Necker. Quelques jours après, elle reçoit de son pays une lettre qui la plonge dans une profonde tristesse ; elle devient sombre et sa mélancolie augmentant elle coupe le cou à son enfant. Le délire lypémaniaque cède après l’accomplissement du meurtre. Mais il n’est pas rare dans ce genre de folie, de voir ainsi un acte de violence déchirer en quelque soi'te les voiles qui obscurcissent l’intelligence. L’halluciné qui a obéi à la voix qui l’obsédait, cesse ordinairement de l’entendre. Ce n’est pas là, à proprement parler, un exemple de folie transitoire ni de monomanie homicide passagère.
« Une étrangère, d’une famille princière et d’une merveilleuse beauté, vivait à Paris dans un des grands quartiers de la ville, se prostituant à des laquais, à des gens du plus bas étage. Elle avait été dans son pays natal séquestrée dans une maison de santé ; mais elle avait réussi à obtenir sa liberté et était venue se fixer en France avec une fortune qui lui eût permis l’existence la plus brillante. Le scandale de ses désordres avait de nouveau ému sa famille, qui s’était adressée aux autorités de notre pays pour faire examiner son état mental avant de prendre un parti à son égard.
(1) Tardieu, Étude médico-légale siu' rinfa?ilicide, p. 238.