Infanticide par plaies du cou. Section de la moelle
Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Feuilloley, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 8 janvier 1883, ainsi conçue ;
(( Vu les aiticles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 7 janvier 1883, par M. le commissaire de police du quartier de la Porte-Saint-Martin, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre de l’enfant dont est accouchée la fille A... (Catherine), actuellement consignée à l’hôpital Saint-Louis.
« Commettons M. le D'’ Brouaidel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort, de procéder également à la visite de la fille A..., et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablemunt prêté, ai procédé à cette autopsie le 11 janvier et à l’examen de la fille A... le 16 janvier.
I. Autopsie du cadavre de V enfant le 11 janvier 1883. — Cet enfant nouveau-né du sexe masculin pèse 2^*', 230. Il mesure comme longueur totale 48 centimètres et du vertex à l’ombilic 26 centimètres. Le cordon, adhérant à l’ombilic, mesure 39 centimètres. Son extrémité libre ne présente aucune trace de ligature et la section paraît avoir été faite par ari'achement ou avec un instrument ne coupant pas très bien. Le placenta mesure 14 centimètres de diamètre.
La portion de cordon qui lui est adhérente mesure 15 centimètres de longueur. Le poids du placenta et de ce morceau de cordon est de 300 grammes.
INFANTICIDES PAR PLAIES
La putréfaclioii n’esL pas commencée.
Les iris sont bleus. Il ii’exisLe pas d’ecchymoses sous-conjoiiclivales.
Sur la partie latérale droite du cou se trouve une plaie linéaire, transversale, oblique de haut en bas et d’arrière en avant et mesurant 5 centimètres de longueur.
Au-dessous de celte plaie et un peu en arrière, se trouve une autre plaie analogue, parallèle à la précédente et mesurant 5 centimètres et demi de longueur.
La région latérale gauche du cou porte une plaie présentant les mêmes caractères que les précédentes et mesurant 6 centimètres. Cette dernière plaie est séparée des deux premières, sur la ligne médiane postérieure, par un pont de peau de 3 ou 4 millimètres de largeur.
Les extrémités libres de ces plaies sont parfaitement nettes et ne se terminent pas en queue.
Tontes les parties molles qui doublent ces plaies sont sectionnées.
Les deux artères carotides primitives, droite et gauche, sont intactes.
La colonne vertébrale et la moelle sont complètement sectionnées en deux points; les parties ne sont maintenues en contact que par le ligament vertébral antérieur. La plaie gauche se prolonge jusque dans la colonne vertébrale, sectionnant la moelle et séparant complètement le corps de la quatrième vertèbre de la cinquième.
La plaie de droite a sectionné le corps de la cinquième vertèbre et pénétré Jusque dafîs le canal médullaire, mais n’a pas complètement séparé les parties.
On ne constate pas de traces de violences sur les autres partie du corps.
Sous le cuir chevelu, au niveau du sommet de la tête, se trouve une bosse séro-sanguine volumineuse. Le cuir chevelu est doublé par de nombreuses ecchymoses sous-épicràniennes. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est exsangue, mais sain.
Il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales ni sous-péricardiques. Les poumons sont exsangues, les bronches contiennent un peu de spume bronchique. Plongés dans l’eau avec le cœur et séparément, les poumons surnagent ainsi que leurs fragments. Ces derniers, pressés sous l’eau, laissent sourdre de fines bulles de gaz qui vien nent se réunir en plaques de mousse à la surface du liquide. Ces fragments ainsi pressés continuent à nager.
Le cœur est complètement vide de sang. Les valvules sont saines.
L’estomac contient un peu de mucus aéré.
Le foie, les reins et la rate sont sains.
Le gros intestin est rempli de méconium.
Les condyles de l’extrémité inférieure des deux fémurs ne présentent pas de point d’ossification.
Le maxillaire inférieur est divisé en cinq alvéoles nettement cloisonnés.
Les dernières vertèbres du sacrum sont ossifiées. Le calcanéum présente son point d’ossification et le sternum porte trois points d’ossification.
Conclusions. — 1° Le cadavre soumis à notre examen est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin arrivé au terme ou près du terme normal de la gestation. La vie intra-utérine a certainement été de plus de huit mois et demi.
2° Cet enfant a largement respiré.
3° La mort a été la conséquence des plaies siégeant dans la région du cou, de l’hémorrhagie consécutive et de la section de la moelle. Ces plaies ont élé faites avec un instrument piquant et tranchant, tel qu’un couteau de cuisine.
4° Les coups ont été portés avec une grande énergie, comme le démontrent les sections nettes des corps des vertèbres.
IL Yisite de la fille A... [Catherine), le 16 janvier 1883. — La fille A... (Catherine), couchée au numéro 8 de la salle Saint-Ferdinand, à l’hôpital Saint-Louis, est âgée de trente-deux ans. Elle paraît assez vigoureuse et déclare avoir habituellement une bonne santé. Elle n’aurait jamais été malade. Elle n’aurait pas eu de grossesse antérieure. Ellé aurait toujours eu régulièrement ses règles jusque vers le 22 avril 1882, époque de leiir dernière apparition.
Pendant sa grossesse, elle n’aurait pas été malade et elle serait accouchée le 6 janvier vers neuf heures du soir, n’ayant eu des grandes douleurs que pendant environ un quart d’heure.
Actuellement nous constatons sur la peau de l’abdomen la présence de quelques vergetures rougeâtres. Par la pression, les seins laissent écouler quelques gouttes de lait. Par la palpation abdominale, on sent le globe utérin qui atteint le niveau du pubis. A l’examen extérieur des organes génitaux, on constate une petite déchirure récente de la fourchette et un léger écoulement de lochies. Le col de l’utérus présente une déchirure récente à gauche.
Conclusions. — 1° La fille A... (Catherine), présente les traces d’un accouchement récent datant de dix à douze jours.
INFANTICIDES PAR PLAIES
2° Cette femme déclare que ses règles ont paru pour la dernière fois vers le 22 avril. La grossesse semlile donc remonter à peu près à celte date.
Celte déclaration, les conslatations faites pendant l’examen de la fille A... et celles faites à l’autopsie de son enfant sont concordantes et on doit admettre que la grossesse était arrivée à huit mois et demi environ.
3° La présence de la bosse sanguine constatée sur la tête de l’enfant nouveau-né ne permet pas d’accepter comme exacte la déclaration de celte femme que le travail de l’accouchement aurait duré un quart d’heure. Le iravail a été certainement beaucoup plus prolongé.
59. Infanticide par plaies nombreuses. Coups de couteau donnés avec acharnement. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Bitte, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 5 novembre 1884, ainsi conçue:
U Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 3 novembre 1884, par M. le commissaire de police de Vincennes, constatant le transport à la Morgue du cadavre d’un enfant nouveau-né du sexe masculin.
« Commettons M. le D’’ Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de cr ime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le O novembre 1884.
Le poids du cadavre de cet enfant du sexe masculin est de 3’^f,ol0.
La longueur du cadavre est de 52 centimètres.
Le poids du placenta est de 420 grammes.
Le cordon ombilical de l’enfant paraît avoir été déchiré.
Les cheveux sont bien développés. Les ongles affleurent l’extrémité des doigts.
Sur le visage, au niveau de l’aile droite du nez, est une petite plaie de 4 ou 5 millimètres, traversant toute l’épaisseur de la peau en cet endroit et pénétrant dans la cavité buccale.
Au côté droit du cou, existent neuf plaies dans la région sternomastoïdienne. Ces plaies de dimensions un peu variables sont comprises entre 16 millimètres pour les plus grandes et 2 à 3 pour les plus petites.
Sur la partie médiane du cou, en avant du cricoïde, est une autre petite plaie.
Au-dessus de la clavicule gauche, on trouve une plaie de 3 à 4 millimètres; une autre de 2 à 3 millimètres au-dessous.
Sur la paroi abdominale antérieure dans la région du creux épigastrique à gauche, et au niveau de la rate, existent deux plaies de 4 millimètres.
Au-dessus de l’ombilic, plaie pénétrante mesurant 3 centimètres en hauteur. L’intestin fait hernie par cette plaie, mais n’est pas perforé. A droite, sur la paroi abdominale, quelques érosions onguéales.
Sous le cuir chevelu il y a quelques ecchymoses sous-épicràniennes.
Sur le pariétal droit, à la partie antérieure et supérieure, existe une bosse séro-sanguine qui présente les caractères des bosses sanguines produites dans les accouchements difficiles.
Quelques ecchymoses entre les sillons de l’encéphale.
Pas Je fracture des os crâniens.
La trachée ne contient ni mousse ni corps étranger.
Les poumons donnent un peu d’écume bronchique à la coupe et surnagent parfaitement lorsqu’on les plonge dans un vase rempli d’eau.
Il y a des suffusions sanguines sur le bord des lobes pulmonaires.
Il y a quelques ecchymoses sous-péricardiques.
Le foie, la rate, les reins sont sains. Les intestins ne sont pas perforés.
Il existe encore du méconium dans le gros intestin.
La 6® vertèbre cervicale présente sur sa face latérale droite une entaille faite par la pointe de l’instrument tranchant qui a pénétré jusqu’à ce niveau.
Le fémur présente les points d’ossification normaux chez les fœtus à terme. Le maxillaire inférieur est divisé en quatre alvéoles nettement cloisonnés.
Conclusions. — 1° L’enfant est un nouveau-né arrivé au terme normal de la grossesse ou à une époque voisine du terme.
2° Il a largement respiré.
3° La mort est la conséquence des coups portés avec un instrument piquant et tranchant tel qu’un couteau.
4® Ces coups ont été redoublés avec acharnement, quelques-uns sont doublés. On en compte seize répartis sur diverses régions, notamment dans celle du cou,
60. Infanticide par plaies nombreuses faites avec un canif (40 coups) et une aiguille à tricoter (20 piqûres). — Je soussigné, Paul Ih’ouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substi-
INFANTICIDES PAR PLAIES
tut de M. le procureur de la République, à l’efTet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un nouveau-né, trouvé rue Barthélemy, serment préalablement prêté, ai procédé le 7 juin 1878 à cetle autopsie, à l’effet de rechercher les causes de la moi-t et de constater tous indices de crime ou délit.
Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe féminin.. Il pèse 2 ^‘*,500 et mesure 51 cenlimètres dans sa longueur totale. Le cordon est adhérent, il est déchiré à o centimètres environ de son insertion ombilicale ; celle-ci se trouve à peu près à la moitié du corps.
Le cadavre est recouvert de saletés, et dans un état de décomposition assez notable; la face est tuméfiée, les yeux ont perdu leur élasticité' et leur couleur.
Après l’avoir nettoyé, on trouve sur ce petit cadavre des lésions extrêmement nombreuses :
1° Sur la région antérieure du corps, depuis le pubis jusqu’à la région temporale, on compte plus de quarante plaies paraissant toutes avoir été faites avec un même instrument. Chacune d’elles mesure plus de 1 centimètre et un peu moins de 2, chacune d’elles* a d’un côté, et toujours d’un seul côté, une queue, ou prolongement dans lequel la section de la peau a été incomplète. Elles semblent avoir été faites par ponction avec un instrument piquant et coupant d’un seul côté, un canif par exemple.
Un grand nombre de ces plaies sont doublées, et la main qui a frappé s’est surtout acharnée au niveau de la région du cœur et de l’estomac, aussi le sternum est criblé de coups, les cartilages des côtes sont presque tous coupés. En ce point la cavité du thorax est largement ouverte et la peau se trouve sectionnée en petites lanières fermant irrégulièrement tes bords de cette plaie.
2° Sur la région postérieure du corps, on note quinze plaies capillaires, ayant le diamètre de ponctions faites avec une aiguille à tricoter par exemple.
Autour du cou et de la face, on ne constate pas de trace de sillon ou de plaques parcheminées, telles que celles que laissent les tentatives de suffocation ou de strangulation.
Examen des parties profondes. — Les os du ci-âne et des membres ne sont pas fracturés.
L’encéphale est réduit par putréfaction en une bouillie informe.
Les poumons sont perforés par plusieurs blessures faites, les unes en avant par l’instrument piquant et coupant, les autres en^ arrière par la pénétration de l’aiguille. Les deux goutlieres costovertébrales sont criblées ’par des pi(|ùres au nombre de plus de vingt dans chaque gouttière. Une seule ouverture à la peau.
OBSEUVATIONS ET EXPEUTISES MÉDICO-LÉGALES.
semble avoir permis, sans retirer complètement l’aiguille, de la plonger à diverses reprises dans des direclions mulliples différentes.
Le péricarde et le cœur présentent six plaies, les cavités du cœur sont toutes les quatre ouvertes par l’instrument piquant et tianchant.
Le diaphragme a reçu cinq ou six piqûres faites avec l’aiguille, elles ont traversé les plèvres, le diaphragme, pour se tei-miner dans les organes de l’abdomen.
L’estomac a cinq plaies pénétrantes, trois l’ont traversé départ en part.
Le foie est labouré par des coups d’aiguille au nombre de quatre ou cinq; en avant, il s’est formé une sorte de clapier par la réunion de plusieurs des coups qui ont traversé la paroi de l’abdomen.
La rate n’a pas été touchée.
Tous les organes sont exsangues, l’état de décomposition du cadavre ne permet pas de déceler d’une façon indubitable la présence du sang dans les lèvres de la plaie.
Les poumons sont le siège d’un emphysème à grosses bulles, dû à la putréfaction. Plongés dans l’eau, ils surnagent avec le cœur. Coupés en morceaux, les fragments des poumons pressés sous l’eau laissent dégager des grosses bulles et de fines bulles en très grande quantité. Celles-ci se suivent en fusées, qui viennent mousser à la surface de l’eau.
Les condylesdu fémur ont leur point d’ossification bien développé.
Conclusions. — 1° L’enfant nouveau-né trouvé rue Barthélemy élait arrivé à la fin du neuvième mois de la vie intra-utérine.
2° Il a respiré.
3° Il a été frappé par une main qui s’est acharnée, multipliant les coups sans mesure et sans direction :
1° A la face antérieure du corps, de plus quarante blessures faites avec un instrument piquant et tranchant tel qu’un canif;
2° A la face postérieure du corps, avec un instrument piquant telle qu’une aiguille à tricoter. Celle-ci a perforé les poumons, le foie, etc., de plus de vingt piqûres.
4° La mort a été le résultat de ces blessures.
5° L’état exsangue des organes doit faire admettre que ces blessures ont été faites pendant la vie.
G° La naissance paraît remonter à cinq ou six jours avant le moment de l’autopsie (7 juin 1878).
61. Infanticide avec mutilations. Immersion dans une fosse d’aisances. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Feuilloley, substilul de M. le procureur de la Républicjue près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 27 janvier 1882, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 27 janvier 1882 par M. le commissaire de police du quartier de l’Odéon, constalant l’envoi à la Morgue du cadavre d’un enfant nouveau-né du sexe féminin trouvé dans la fosse d’aisances de la maison située 76, laie de Seine.
« Commettons M. le D'’ Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 27 janvier 1882.
Le cadavre est celui d’un enfant du sexe masculin (c’est par erreur que M. le commissaire de police l’a désigné comme appartenant au sexe féminin). 11 est dans un état de putréfaction très avancé et la tète est complètement séparée du tronc. En rapprochant la tête du tronc et en lui donnant la position qu’elle devrait occuper, nous constatons que la longueur totale du cadavre, des pieds jusqu’au vertex, est de 51 centimètres et son poids est de 2»^*‘,580.
Le corps est couvert de larges plaques rouges, et en d’autres points tels que la face interne des cuisses, le bras droit, la face externe du bras gauche et la partie supérieure du thorax, la peau frappée avec un corps dur tel que le manche d’un couteau ou le dos de la lame, donne un son comparable à celui qu’on produirait en frappant sur du carton. Cette coloration et cette dessiccation ne s’éten lent pas à toute l’épiisseur du derme.
D’autres régions telles que la partie postérieure du corps, les jambes, et les replis articulaires qui n’ont pas été exposés à l’air, mais qui devaient être immergés, sont restés souples et ne présentent pas de coloration.
La paroi antérieure de l’abdomen a complètement disparu et l’on constate une section assez irrégulière paraissant avoir élé faite avec un instrument ne coupant pas très bien, ou par des ciseaux. La section part au-dessous de l’ombilic près de la racine de la .verge et s’étend des deux côtés latéraux de l’abdomen
298 OBSEliVATIOiN’S ET EXPEUTISES MÉDICO-LÉGALES.
jusqu’à la pointe de l’omoplale. sur une longueur de 16 centimètres environ.
Les bourses sont ouvertes.
La partie externe de la cuisse gauche, la partie externe et postérieure du poignet gauche et la face inlerne de la partie supérieure du thorax pai-aissent avoir été rongées par des vers ou par des rats.
Le sternum à sa partie supérieure est dissocié d’avec les côtes et les cartilages costaux.
La ligne de section qui sépare la tête du tronc présente un certain nombre de sections secondaires ou de lambeaux au niveau du cou. La section principale part en arrière un peu au-dessous de l’axis, se dirige obliquement d’arrière en avant et de haut en bas et se termine en avant au niveau de la racine du sternum. Au niveau de l’axis, la section est très nette et paraît avoir été pratiquée avec beaucoup d’énergie, car le corps de cette vertèbre a été sectionné.
Un peu au-dessous de cette section et en arrière, on constate une section du corps de la 2° vertèbre dorsale, atteignant le canal l’achidien.
Le côté latéral gauche de la tête présente une coloration noire très nette, et au niveau de cette région la peau est parcheminée et résonne sous le choc comme celle désignée plus haut.
Au niveau de la joue droite, on constate trois petites érosions parcheminées, un peu curvilignes et sans ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-jacent. Une aulre petite érosion, présentant les mêmes caractèi-es que les précédentes, siège sur le côté droit du menton.
Le cuir chevelu est infiltré par la matière colorante du sang.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau entièrement putréfié est réduit à l’état de bouillie.
La section que nous avons constatée sur l’axis, devait correspondre exactement à rextiémité du bulbe.
Les poumons sont très putréfiés ; jetés dans l’eau, ils surnagent ainsi que certains fragments, mais il en est d'autres qui vont au fond de l’eau. Ces différents fragments, pressés sous l’eau, laissent échapper quelques bulles gazeuses de putréfaction et quelques fines bulles d'air qui viennent se réunir sous forme de petites plaques de mousse à la surface du liquide.
Sous la plèvre on constate quelques bulles de gaz.
Le cœur est vide.
L’estomac ne contient pas de gaz.
Le fuie est gros et putiéfié.
lNFANT[CTni<:S AVFC MUTILATIONS ET DÉPEÇAGES. 2*J9
Les reins sont également li'ès putréfiés.
La rate est très difüueule.
I.es dernières parties du gros intestin et le rectum sont remplis de méconium.
l.es points d’ossification des extrémités inférieures des fémurs sont développés.
Le maxillaire inférieur contient quatre alvéoles, dont un n’est pas complètement cloisonné.
Conclusions. — 1° Le cadavre soumis à notre examen est celui d’un enfant du sexe masculin, ayant pi'obablement atteint le terme de la vie intra-utérine et ayant cei taiuement dépassé le terme de huit mois et demi.
2° L’état de putréî'action dans lequel se trouvent les poumons ne permet pas d’affirmer sans réserve que cet enfant a respiré.
3® La putréfaction aurait également fait disparaîti’e les traces de violences superficielles, telles que coups d’ongles, ecchymoses, etc., pouvant indiquer quelle a été la cause de la mort.
4° Cet enfant ne paiaît pas avoir macéré dans le sein de sa mère.
0° Le cadavre a dCi séjourner trois ou quatre semaines environ dans les fosses d’aisances, si l’on admet que la fosse dans laquelle il a été trouvé reçoit des eaux ménagères en même temps que des matières fécales et de rurine.
6® Le cadavre semble avoir flotté à la surface du liquide de la fosse, les parties noires et parcheminées étant exposées à l’air.
7° La section du cou et celle de la partie antérieure de la poiti'ine paraissent avoir été faites avec un instrument coupant assez mal. Celle du cou a été pratiquée par une main cnergicjue, par sections répétées, comme en témoignent les différenls lambeaux,, la section complète de la 2® vertèbre cervicale (axis) et la section incomplète de la 2° vertèbre dorsale.
62. Dépeçage. Immersion dans une tonne de vidanges mobile. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dilte, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seiiip, en vertu d’une ordonnance, en date du 29 novembre 1883, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’insiruclion criminelle et le procès-verbal dressé le 28 novend)re 1883 par M. le commissaire de police d’Aubervilliers, constalant le transport à la Morgue du cadavre d’un enfant coupé en morceaux, trouvé ledit jour dans une tonne de vidanges mobile.
« Commettons M. le D'’ Brouardel, à l'effet de procéder à Pau-
topsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à celle autopsie le 30 novembre 1883.
Les débris soumis à notre examen présentent un poids total de 2’^*',130; ils sont nu nombre de dix, se décomposant ainsi:
La tête est divisée en trois parties.
Quatre fragments représentant les membres thoraciques et abdominaux.
Le tronc divisé en deux parlies.
Le dixième débris se compose des organes contenus dans le thorax et l’abdomen; poumons, cœur, foie, intestins, etc.
Pour rendre plus facile la description de chacun de ces débris, nous les avons fait photographier, en leur conservant leur position respective (fig. 12 et 13), et nous avons donné à chacun d’eux un numéro se rapportant à celui de noire rapport. Nous suivrons ainsi l’ordre des numéros.
Tête. — La tête est divisée en (rois morceaux (n°® 1,2 et 3). Le n° 1 comprend le dessus de la tête; il est recouvert par le cuir chevelu sur lequel se trouvent de petits cheveux. Ce fragment, détaché à l’aide d’un instrument coupant, tel que des ciseaux, se compose du frontal, des deux pariétaux et de l’occipital. Ces os ne présentent pas de lignes de fractures.
La tête séparée de la calotte crânienne a été divisée en deux parties par une ligne de section verticale parfaitement nette, suivant la ligne médiane. A sa partie inférieure, on voit la ligne de section horizontale qui sépare la tête du tronc; cette ligne est assez nette et se termine presque en pointe, derrière la tête, à la base de l’occipital.
Le n° 2 représente la moitié droite de la tête. Dans cette portion est comprise la totalité de la langue.
Le 11° 3 représente la moitié gauche; sur ce côté on remarque que la ligne de section qui a séparé la tête du tronc, n’est pas aussi nette que celle du côté correspondant, elle présente des encoches dont une assez profonde sépare un lambeau de peau adhérent seulement par sa base.
Les iris sont bleus.
Tronc. — Le tronc et l’abdomen ont été divisés en deux parties parfaitement nettes (u°* 4 et 5), suivant presque la ligne verticale.
Le 11° 4 représente la moitié droite du thorax et de l’abdomen, la section est très nette. Cette division en deux rappelle celle que les charcutiers et les bouchers ont l’habitude de pratiquer sur les animaux.
INFANTICIDES AVEC MUTILATIONS ET DÉl’EÇAGES.
Le morceau ii“ 4 comprend toute la colonne vertébrale et le sternum. La section a passé sur le bord gauche des vertèbres et coupé les côtes à ce niveau. Les surfaces articulaires du bras et de la cuisse sont nettes, ces membres ont été désarticulés. Sur la face antérieure de cette portion, on constate que le cordon ombilical est adhérent à l’ombilic, il a une longueur de 10 centimètres etdemi, il esta peine desséché. La ligne de section qui le termine est allongée, il semble qu’il a dû être rompu par arrachement. Il n’y a aucune trace de ligature.
Le 11° 5 représente l’autre moitié du thorax et de l’abdomen. Sur celte moitié les articulations de l’épaule et de la cuisse n’ont pas été désarticulées. Les parties supérieures de l’humérus et du fémur sont encore adhérentes; ils ont été fracturés au niveau de leur tiers supérieur.
Les n°® 6, 7, 8, 9 représentent les deux premiers, les deux membres supérieurs; elles deux derniers, les deux membres inférieurs; les ii°® 6 et 8, bras et jambe droits, ont été désarticulés, les n°® 7 et 9 ont été fracturés et les extrémités supérieures de l’humérus et du fémur font saillie et présentent des lignes de fractures obliques. Sur les membres supérieurs on constate que les ongles sont parfaitement développés et qu’ils affleurent l’extrémité des doigts. Les condyles des extrémités inférieures du fémur présentent chacun un point d’ossification parfaitement net et très bien développé.
Le n° 10 comprend les organes contenus dans les cavités thoracique et abdominale. On y remarque un utérus et deux ovaires. La dernière partie des intestins est encore remplie de méconium.
Les poumons et le cœur jetés dans l’eau nagent parfaitement. Les plèvres pulmonaires sont mouchetées par des ecchymoses sous-pleurales assez abondantes. Les fragments de poumons nagent également; ceux-ci pressés sous l’eau laissent dégager de fines bulles de gaz qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du liquide.
L’estomac est complètement vide.
Le foie est putréfié.
Sur aucune partie du corps et notamment autour de la bouche, on ne trouve de traces de violences telles que des coups d’ongles. Les surfaces de section sont toutes parfaitement nettes. On ne constate aucune suffusion sanguine au niveau des lambeaux, démontrant que ces sections ont été pratiquées pendant la vie ou de suite après la mort. ^
Le maxillaire inférieur présente quatre alvéoles nettement cloisonnés.
Fig. 12. — ^Dépeçage d’iin enfant iiouvean-né, liouvé dans une tonne
de vidanges mobile.
Fig. 13. — Dépeçage d’iiii enfant nouvcaiMié, trouvé dans une tonne
de vidanges nioljile.
Le point d’ossification du calcanéum est parfaitement développé.
Conclusions. — 1° Les morceaux soumis à notre examen sont ceux d’un enfant nouveau-né, du sexe féminin, arrivé au terme normal de la gestation ou ayant certainement dépassé le huitième mois de la vie intra-utérine.
2° Cet enfant a largement respiré.
3° L’absence de suffusions sanguines au niveau des lignes de section ne nous permet pas de conclure que ces sections aient été faites pendant la vie ou dans les quelques minutes qui ont suivi la mort. Elles semblent plutôt avoir été faites après la mort.
63. Dépeçage. Immersion dans une fosse d’aisances (1). — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Augustin Adam, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 10 mai 1881, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre la fille S... (Marie), en fuite, inculpée d’avoir en avril 1881, à Paris, donné la mort à son enfant nouveau-né.
« Vu le procès-verbal ci-joint, constatant la découverte dans la fosse d’aisances de la maison sise avenue Trudaine, 35, des membres coupés d’un enfant.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouvent les morceaux de ce cadavre qui ont été déposés à la Morgue.
(( Ordonnons qu’il y sera procédé par M. le D*’ Paul Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouvent les restes dudit enfant, procédera à l’autopsie, déterminera les causes de la mort et déduira de son opération toutes les conséquences utiles à la manifestation de la vérité. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le H mai 1881.
Les fragments soumis à notre examen sont au nombre de dix, comprenant la totalité du corps, sauf une partie du crâne et du cou, le cerveau, les reins et une portion du tube digestif. Chacun des quatre membres forme un seul fragment; les six autres morceaux résultent de la division du tronc et de la tête et de la réunion en deux paquets de divers viscères. Les surfaces de section sont peu nettes et paraissent avoir été faites par un instru-
(1) Le séjour probable des fragments dans la fosse a étéde vingt jours. La fille S... a disparu le 21 avril 1881, les fragments ont été trouvés le 10 mai 1881.
INf’ANTICiDES AVEC MUTILATIONS ET DÉI'EÇAGES.
ment relativement peu coupant. Le placenta, avec le cordon, long de 48 centimètres et coupé nettement, forme un onzième morceau ; son poids est de 280 grammes. On retrouve sur la paroi abdominale l’autre bout du cordon, coupé nettement à 2 centimètres de l’ombilic, et ne portant pas de ligature. Les organes génitaux se trouvent avec l’un des membres inférieurs; ils comprennent le scrotum, contenant les deux testicules et la verge qui est intacte. Enfin un dernier morceau, se trouvant au milieu des autres, n’appartient pas au corps de l’enfant ; il est constitué par du gras de bœuf bouilli.
La putréfaction des diverses pariies du corps est assez avancée ; le derme est coloré en vert, le tissu cellulaire elles cartilages sont imbibés par la matière colorante du sang; l’épiderme s’enlève facilement aux membres et sur le tronc ; cependant aux mains et aux pieds, où il est macéré, il ne peut être enlevé par traction. Il en est de même des ongles, qui dépassent l’extiémité libre des doigts.
Sur la joue gauche, on remarque une large plaque parcheminée sans ecchymose sous-jacente; une autre plaque parcheminée se trouve sur le bras droit, et ne paraît pas non [plus doublée d’ecchymose. Le pariétal droit est fracturé dans toute son étendue, cette fracture part de la bosse pariétale ; les bords ne sont pas imbibés de sang.
Sur les autres parties du corps, et notamment sur la face, il n’existe pas d’érosions ni d’ecchymoses actuellement appréciables.
Les poumons, qu’on trouve réunis entre eux et au cœur, sont peu volumineux, presque complètement décolorés dans leur partie profonde, leur surface restant d’un brun sale ; sur celle-ci, on remarque quelques rares bulles gazeuses de putréfaction du volume d’un grain de millet. Plongés dans l’eau, ces poumons surnagent ; divisés en fragments, ,ils surnagent également, sauf ceux qui proviennent de la base de l’organe. En comprimant ces fragments sous l’eau, on en fait sortir quelques bulles gazeuses du volume d’un grain de millet, et d’autres beaucoup plus nombreuses, très fines, qui viennent se réunir en grappes à la surface du liquide. Après cette opération, les morceaux de poumou continuent à surnager.
Les cavités du cœur sont complètement vides.
Le point osseux de l’extrémité inférieure du fémur mesure 4 millimètres de diamètre.
Conclusions. — 1® Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, parvenu au terme normal delà gestation.
2° Bien que les épreuves de la docimasie pulmonaire donnent P. Brouarüel. — L’Infanticide. 20
des résullals absolument identiques à ceux que l’on obtient lorsque des poumons ont respiré, l’état de putréfaction dans lequel ils se trouvent ne nous permet pas d’affn mer sans réserve que cet enfant a respiré.
3° Il n’existe pas sur les divers fragments du corps, et notamment autour de la bouche et du nez, de traces de violences actuellement appréciables. Mais la macération de cet enfant dans les lieux d’aisances a pu faire disparaître des érosions superficielles, elle a décoloré les tissus et on ne pourrait retrouver maintenant des ecchymoses ou des suffusions sanguines.
64. Dépeçage. Les fragments du cadavre ont été donnés à manger à un porc. — A. Examen de la mère. — Autopsie des RESTES DU CADAVRE DE l’enfant. — Je soussigué, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 24 janvier 1888, ainsi conçue :
« Vu la procédure suivie contre la femme P..., née V..., inculpée d’infanlicide, consignée à l’hôpital Tenon.
« Attendu que Marie V..., femme P..., actuellement consignée à l’hôpital Tenon, serait accouchée clandestinement dans la nuit du 17 au 18 janvier courant, rue des Vignolles, n° 13, à Paris.
« Attendu que le 19 janvier, son patron, le sieur B..., a trouvé, dans'Tétable, son porc dévorant le corps d’un enfant nouveau-né.
« Attendu que les débris de ce cadavre ont été envoyés à la Morgue, par le commissaire de police du quartier Saint-Fargeau, qui les a [saisis, et les a fait examiner sommairement par le- D'‘ Delarue.
« Attendu que, dans son interrogatoire, l’inculpée a reconnu qu’elle avait jeté le corps dans l’étable du porc, en soutenant toutefois qu’elle était accouchée avant le terme et que l’enfant était mort-né.
«Commettons M. le D*" Brouardel, à l’effet :
« 1° De visiter la femme P..., — de constater si elle offre les symptômes d’un accouchement à terme.
«2° De procédera Tautopsie des restes du cadavre et de vérifier les indices de nature à révéler si l’enfant est mort-né, ou s’il était à terme. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à ces divers examens ^
I. Examen de la femme P..., née V..., le 29 janvier i88S. — La femme P..., née V..., est âgée de vingt -sept ans. Cette femme nous déclare avoir un enfant vivant actuellement, âgé de six ans îelle en aurait perdu deux : un, il y a deux ans et demi, serait mort
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en noarrice, âgé Je quinze jours ; l’autre, il y a cinq ans, aurait égalemetit vécu une quinzaine de jours. Elle nous déclare ne pas se rappeler l’époque à laquelle, pour la dernière grossesse, ses règles auraient cessé de paraître. Le 18 janvier, ajoute-t-elle, elle serait accouchée très rapidement.
Nous constatons actuellement que les seins sont développés; l’aréole des seins est brunâtre ; par la pression, on fait sourdre du lait.
La peau du ventre présente de nombreuses vergetures ancien nés et nacrées ; on ne constate pas de vergetures récentes.
Le col de l’utérus est en arrière, sur le rectum ; il est bien reformé et admet encore assez facilement l’extrémité du doigt.
L’utérus est en rétro-Üexion et dépasse d’un travers et demi de doigt le rebord du pubis.
La fourchette et la partie antérieure du périnée sont déchirées.
Il s’écoule par la vulve une certaine quantité de mucosités purulentes (lochies).
IL Autopsie des restes du cadavre de l’enfant. — Les différents fragments soumis à notre examen sont au nombre de six, provenant du corps d’un nouveau-né, plus un placenta. Tous ces fragments appartiennent au même enfant, et par leur réunion on constate qu’il manque pour reconstituer le cadavre la moilié droite de la tête, le membre inférieur droit, le cerveau, le poumon droit.
L’ensemble de ces différenis fragments pèse 2^”*, 120 ; si nous supposons que le membre inférieur droit pèse autant que le gauche, et si on ajoute le poids de ce dernier, qui est de 280 grammes, nous avons comme poids minimum 2*^‘^,400. Pour avoir le poids exact, il faudrait avoir la moitié droite de la tète, le cerveau et les autres viscères qui font défaut; nous arriverions probablement à 3 kilogrammes et peut-être plus.
En mettant ces fragments en place, nous avons comme longueur totale 49 centimètres, mais comme le crâne est fracturé, cette longueur est inférieure à la réalité.
Sur les fragments du cuir chevelu qui recouvre le crâne, on voit de nombreux petits cheveux. Les ongles des mains affleurent l’extrémité de la pulpe des doigts.
La portion du cordon ombilical adhérente à un des fragments du tronc, mesure 59 centimètres de longueur, la section du cordon est très nette.
Le placenta pèse 303 grammes et mesure 15 centimètres de diamètre. La longueur du cordon adhérent au placenta est de 8 centimètres.
La peau qui recouvre les fragments n’est ni violacée, ni altérée,
l’épiilerme ne se détache pas et rien n’indique que cet enfant ait macéré dans l’intérieur de l’utérus.
Les six fragments se composent :
1® De la moitié gauche de la lête ; celle-ci a été sectionnée longiludinalemenl, mais la section n’a pas été faite exactement sur la ligne médiane. La section a été faite un peu à gauche de cette ligne, le nez manque dans la moitié de tête retrouvée. L’œil gauche est absolument intact. Les os du crâne sont fracturés en plusieurs morceaux. Dans le fragment du maxillaire inférieur qui fait partie de celte demi-tête, on constate très nettement la présence de trois alvéoles cloisonnés; il est probable que dans la partie qui manque, près de la ligne médiane, se trouvait encore au moins un alvéole.
2° Les deux bras ont été assez nettement désarticulés. Sur le bras droit, la lête humérale a été légèrement sectionnée. Nous avons dit précédemment que les ongles affleuraient l’extrémilé de la pulpe des doigts.
3° Le membre inférieur gauche a été désarticulé dans l’ai liculation coxo-fémorale. Le point d’ossification de l’extrémité inférieure du fémur est bien développé ; il mesure 5 millimètres de diamètre et n’est pas réuni à la diaphyse de l’os.
4° Le tronc a été divisé en deux parties, sur la ligne médiane. Le poumon droit fait défaut. Dans la moitié gauche du tronc, nous trouvons le cœur et le poumon. Le poumon gauche présente de nombreuses suffusions sanguines; plongé dans l’eau, avec !e cœur, il surnage. Les fragments du poumon pressés sous l’eau laissent sourdre des bronches de fines bulles d’air qui viennent se réunir sous forme de plaques de mousse à la surface du liquide. Ainsi pressés et dilacérés sous l’eau, ces fragments continuent à surnager. Il n’y a pas de bulles de putréfaction à la surface du poumon.
A la partie inférieure de l’un des fragments du tronc, se trouvent les organes génitaux indiquant que cet enfant était du sexe féminin.
Le méconium occupe les dernières parties du gros intestin. Cellesci plongées dans l’eau vont au fond duvase (épreuve de Breslau).
Les points d’ossification du calcanéum et de l’astragale sont très développés.
Toutes les lignes de section sont parfaitement nettes, régulières, elles ont été faites, pour la plupart, sans reprises et sans traces d’hésitation. Au niveau de ces sections, il n’y a pas trace d’épanchement sanguin dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Conclusions, — 1° La femme V... présente actuellement les
traces d’im accouchement récent paraissant remonter à une dizaine de jours environ. La date de raccouchement indiquée par cetle femme, 18 janvier, peut être considérée comme exacte.
2° Les difTérents fragments soumis à notre examen sont ceux d’un enfant nouveau-né, du sexe féminin, arrivé au terme normal de la gestation ou à une époque voisine du terme, mais ayant certainement atteint huit mois et demi de vie intra-ulérine.
3° Il a respiré.
4° Il nous est impossible de dire quelles sont les causes de la mort de cet enfant.
0° La netteté des sections, l’absence d’épanchement sanguin au niveau des lignes de section, indiquent que celles-ci ont été faites après !a mort, avec un instrument parfaitement tranchant, fort, bien emmanché, tel (|u’un couteau de cuisine.
B. Examen d’une paire de ciseaux. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 7 février 1888, ainsi conçue :
« Vu la procédure suivie contre la femme P..., inculpée d’infanticide.
« Attendu qu’en exécution de notre commission rogatoire, une nouvelle perquisition a été faite, le 27 janvier dernier, dans la chambre de la femme P...
c« Attendu que le procès-verbal du commissaire de police, constate la saisie d’une paire de ciseaux et indique que les lames seraient tachées de sang.
« Attendu que cette appréciai ion demande à être vérifiée.
« Commeltons M. le D'’ Brouardel, à l’effet d’examiner les ciseaux, de vérifier s’ils sont tachés de sang et s’ils ont pu servir à dépecer l’enfant. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen.
« Procès-verbal des 27-31 janvier et 1^^ février 1888. — Scellé n° 1. — Une paire de ciseaux maculés de sang, saisis dans la chambre de l’inculpée.
« Le commissaire de police.
« Illisible. »
Ces ciseaux ont une longueur totale de 12 centimètres. Ils sont à bouts pointus, de qualité ordinaire, en bon état. Ils paraissent avoir été repassés récemment. Les lames ne coupent pas très bien, mais elles ne présentent aucune ébréchure. La parlie inférieure (entre l’axe des lames et les anneaux) est beaucoup plus terne que les lames et ne semble pas avoir subi de nettoyage récent.
11 existe sur les ciseaux un certain nombre de taches, d’ailleurs peu apparentes, et ayant un aspect analogue à celui des taches de sang. On distingue notamment une traînée rougeâtre le long du biseau de chaque lame (partie voisine du tranchant). En grattant avec un scalpel, on détache de faibles parcelles d’une matière sur laquelle nous avons essayé de reconnaître les divers caractères du sang: Au microscope, cette matière est généralement opaque, il y a cependant par places quelques parties rouges, transparentes : nous en délayons une partie dans une goutte de liquide de Roussin : l’examen microscopique ne révèle pas la présence de globules sanguins. — Traitée par le chlorure de sodium et l’acide acétique cristallisable, cette matière ne fournit pas de cristaux d’hémine. En somme, elle ne présente pas les caractères du sang et offre au contraire les caractères de la rouille.
Nous détachons encore quelques parcelles à la surface d’une des lames, au niveau d’une tache longue de 2 à 3 millimètres, au voisinage de la vis qui unit les deux lames. Bien que la matière ■de cette tache ait assez nettement l’aspect du sang desséché, il nous est impossible d’y caractériser la présence de globules sanguins, ni de la transformer en cristaux d’iiémine : elle présente ■d’ailleurs, comme les taches précédentes, les caractères chimiques des taches de rouille.
Nous examinons enfin quelques parcelles raclées à la partie inférieure des ciseaux, entre la vis et les anneaux ; nous n’y constatons aucun des caractères du sang.
Conclusions. — 1® Il n’y a pas de taches de sang sur les ciseaux que nous avons examinés.
2° Il n’est pas impossible que ces ciseaux aient servi pen- ■dant le dépeçage de l’enfant pour couper certains petits fragments, mais les lignes de section sur le corps sont nettes, elles ont été faites par un couteau bien affilé. Les lames de ces ciseaux sont de plus trop courtes pour avoir pu servir à pratiquer les grandes divisions que nous avons notées dans notre précédent rapport.
G. Examen d’un couteau. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillol, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 16 féviûer 1888, ainsi conçue :
« Vu la procédure suivie contre la femme P..., détenue.
« Aitendu que la femme P... déclare qu’un petit couteau qui avait échappé aux recherches du commissaire de police, et qui depuis a été retrouvé dans la malle de l’inculpée, déposée au greffe de Saint-Lazare, lui a servi â couper le corps de l’enfant.
« Commettons M. le D'’ Brouardel à l’efl’et d’examiner ce couteau,
dont le maiicbe paraît avoir été taché de sang, et de dire s’il a pu servir au crime. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen.
Scellé. — « Couteau saisi dans la malle de l’inculpée à Saint- Lazare et désigné par celle-ci comme ayant servi à couper l’enfant.
« Le juge d’instruction, a Adolphe Guillot. »
Ce couteau de poche mesure 17 centimètres de longueur totale. La lame mesure 78 millimètres de longueur et 12 millimètres de largeur. Le tranchant n’est pas très coupant, il est ébréché sur plusieurs points et ne porte pas de traces d’un aiguisage récent. L’extrémiité libre est arrondie et terminée en pointe. Sur les deux faces de cette lame se trouvent plusieurs petites taches constituées par de la rouille, mais sur aucun point nous n’avons pu constater la présence de taches sanguines.
Le manche est en os et ne présente également aucune trace sanguine appréciable.
Conclusions. — 1° Nous ne constatons aucune tache sanguine sur les différentes parties de ce couteau.
2® La netteté des sections constatées sur les fragments du cadavre soumis à notre examen, indique que l’instrument avec lequel elles ont été pratiquées était parfaitement tranchant. Or, avec le couteau placé sous scellé, il est impossible de faire dos sections aussi nettes; de plus, la lame nous paraît également trop courte, et le manche trop faible.
Un couteau de cuisine, à lame un peu longue, a plus probablement servi à pratiquer ce dépeçage.