‹ L'infanticideChapitre 51 sur 60 · L. — Examen de débris isolés et de squelettes de · texte numérisé non relu

L. — Examen de débris isolés et de squelettes de

nouveau-nés.

71. Examen d’un fragment de nouveau-né. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditte, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 2 décembre 1884, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le l®** décembre 1884 par M. le commissaire de police du quartier de Saint-Denis Nord, constatant le transport à la Morgue de la cuisse d'un enfant du sexe féminin trouvé en Seine, à Épinay.

(( Commettons M. le Brouardel, à l’effet de procédera l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 5 décembre 1884.

Ce fragment humain est constitué parle membre inférieur gauche d’un jeune enfant nouveau-né. Il est dans un état de putréfaction très avancé, et ne présente aucune partie des organes génitaux tant internes qu’externes permettant de constater le sexe de l’enfant

auquel appartenait le membre inférieur. Il pèse 178 grammes, et €st en dégénérescence graisseuse, saponifié en assez grande quanlilé.

Les ongles affleurent l'extrémité des orteils.

Le calcanéum et l’astragale présentent chacun un point d’ossification très développé.

Les condyles de l’extrémité inférieure du fémur présentent un point d’ossification mesurant environ 2 millimètres de diamètre.

La partie supérieure de ce membre ne présente pas une ligne de section parfaitement nette, elle est un peu dilacérée.

Conclusions. — 1° Le fragment humain soumis à notre examen constitue le membre inférieur gauche d’un jeune enfant.

2° L’enfant auquel appartenait ce membre était arrivé au terme normal de la gestation ou à une époque voisine du terme, mais avait certainement dépassé huit mois et demi de vie intra-utérine.

3° D’après l’état de putréfaction, et la transformation, en partie, en gras de cadavre de ce fragment humain, on peut conclure qu’il a séjourné plusieurs mois dans l’eau.

72. Examen d’un fragment de nouveau-né. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Galary, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Sein^’, en vertu d’une ordonnance, en date du 17 février 1880, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 16 février 1880, par M. le commissaire de police de Gharenton-le-Pont, constatant la découverte dans la Seine d’une main d’enfant avec son avant-bras, et son transport à la Morgue^

(( Gommettons M. le D*' Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie de ce dél>ris humahi, de rechercher les causes de la mort et de constater Ions indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 18 février 1880.

Ge fragment se compose d’une main et d’un avant-bras droits; il est détaché de la pai tie supérieure du membre au niveau de l’articulation du coude et l’apophyse olécrànienne de l'os cubitus manque tolalement.

La longueur de la portion restante du cubitus est de 62 millimètres et celle du radius, qui est intact, de 63. Ges deux os ne présentent de point d’ossification qu’à leur partie moyenne.

La peau qui récouvre cette main et cet avant-bras est complètement transformée en gras de cadavre; les muscles sous-jacents

sont moins altérés, la structure de leur tissu est encore très reconnaissable, et ils se laissent décomposer en fibres. Entre eux et la peau, se trouvent plusieurs larves d’insectes.

Sur la peau on ne constate aucune lésion ou trace de violence.

Conclusions. — 1° Le fragment de membre supérieur examiné est composé de l'avant-bras et de la main droite d’un enfant nouveau-né, ou de celui d’un fœlus arrivé au terme de la grossesse.

2° Ce fragment a séjourné dans l’eau pendant un temps qui peut être évalué à six semaines ou deux mois.

73. Examen d’os de nouveau-né à terme. Infraction aux lois sur les inhumations. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par le tribunal de première instance du département de la Seine, onzième chambre, en vertu d’un jugement du 28 août 1888, ainsi conçu :

« M. le procureur de la République, plaignant et demandeur, d’une part.

« Et D... (Charles-Hyacinthe), quarante-quatre ans, directeur d’usine, demeurant à Boulogne-Billancourt.

« Infraction à la loi sur les inhumations.

« Le tribunal après en avoir délibéré conformément à la loi.

« Attendu qu’il importe de recourir à une expertise. — Avant faire droit. Commet le D*" Brouardel, qui serment préalablement prêté entre les mains du président de cette chambre, examinera les ossements placés sous scellés, et dira s’ils composaient un fœtus ou constituaient déjà un corps formé. De tout quoi, ledit expert dressera procès-verbal de rapport qu’il déposera au greffe de cetie chambre, pour être statué ensuite ce qu’il appartiendra. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à l’examen du scellé.

Scellé unique. — « Deux os provenant du cadavre d’un enfant nouveau-né et dont l’un, le plus gros, mesure 63 millimètres do longueur et l’autre, 60 millimètres seulement. Ces ossements ont été trouvés dans un terrain dépendant de l’usine Lesage, où ils avaient été enterrés par ordre du sieur D,...

« Le commissaire de police.

« Illisible. »

Les deux os, placés sous scellés, sont en partie recouverts d’une petite couche de terre adhérente. L’un de ces os, le plus gros, mesure 63 millimètres de longueur, il est dépourvu de ses épiphyses. L’autre os ne mesure que 60 millimètres de longueur, il est long et grêle et également dépourvu de ses épiphyses.

Comparés à des os d enfants nouveau-nés conservés dans le P. Brouardel. — L’Infanticide. 22

musée médico-légal, ces deux os sont identiques, comme longueur, à ceux des enfants nouveau-nés arrivés au terme ou à une époque voisine du terme de la vie inlra-ulérine. Le premier de ces os, le plus gros, est un tibia dépourvu de ses deux extrémités; le second est un péroné.

Conclusions. — Les deux os placés sous scellés représentent le tibia et le péioné d’un enfant nouveau-né à terme ou à une époque voisine du terme normal de la gestation.

74. Examen de quatre squelettes trouvés dans des fosses d’aisances. — Nous soussignés, Paul Lrouardel, et P. Mégnin, président de la Société entomologique de France, commis par M. Habert^ juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 14 octobre 1885, ainsi conçue :

« Vu la commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Chàteaudun, en date du 12 octobre courant, dans la procédure en instruction contre la femme D..., née N..., inculpée d’infanticide, détenue.

« Avons appelé par-devant nous MM. Brouardel et Mégnin, experts nommés par le juge d’instruction de Chàteaudun, aux fins de son ordonnance à même date, à l’efïet de recevoir leur serment.»

La commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Gliàteaudun, en date du 12 octobre 1885, est ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre N... (Léonie), femme D..., âgée de quarante-trois ans, demeurant à Chàteaudun, détenue, inculpée d’infanticide.

(( Attendu que la femme D..., qui, le 8 septembre dernier, a donné la mort à son enfant nouveau-né, ainsi d’ailleurs qu’elle l’a reconnu, aurait, d’après les renseignements recueillis dans l’information, commis d’autres infanticides dans le courant des années précédentes;

« Attendu que des recherches faites : 1° dans la fosse d’aisances de la maison sise rue de la Madeleine, n° 12, à Chàteaudun, dans laquelle elle a occupé un appartement pendant un peu plus de quatre ans, du 24 juin 1881 au 5 septembre 1885; 2° dans la fosse d’aisances de la maison rue de la Madeleine, n° 27, dans laquelle elle a demeuré antérieurement, pendant trois ans, du 24 juin 1878 au 24 juin 1884, ont amené la découverte, dans la première de ces fosses, d’un certain nombre d’ossements dont la réunion paraît pouvoir constituer les squelettes ou une partie des squelettes de plusieurs enfants et, dans la seconde, d’ossements d’un ou de plusieurs enfants.

« Attendu que la femme D... a reconnu qu’elle était accouchée, le 1®'’ mars 1882, après une grossesse de sept à huit mois, de deux enfants; mais qu’elle prétend que ces enfants étaient mort-nés; qu’en outre elle a déclaré qu’au mois d’août 1883, « elle était accouchée d’un enfant vivant, qui était tombé dans le vase de nuit sur lequel elle était assise et qu’elle avait fait mourir par immersion, en le laissant volontairement plongé dans le sang qui remplissait le vase de nuit »; qu’elle soutient enfin que, du 24 juin 1878 au 24 juin 1881, elle n’a pas été enceinte; attendu que la découverte d’ossements dans la fosse de la maison qu’elle a occupée pendant cet intervalle de temps, rue de la Madeleine, n° 27, semble indi(iuer qu’elle ne dit pas la vérité.

« Commettons M. le D’’ Brouardel et M. Mégnin.

« Lesquels, serment préalablement prêté, examineront les ossements dont il est parlé ci-dessus; donneront leur avis sur les points suivants :

« 1° Quelle est la nature des ossements trouvés dans chacune des fosses d’aisances? Leur réunion peut-elle former un ou plusieurs squelettes d’enfants?

« 2° Quel est le nombre des enfants qui ont été jetés dans chacune des fosses?

« 3° Ces enfants étaient-ils nés à terme ou avant terme? Et, dans ce dernier cas, quelle a été la durée de la grossesse?

« 4° Quelle est, au moins approximativement, la date de la mort de chacun des enfants? Deux d’entre eux ont-ils été jetés à la même époque dans l’une des fosses?

« 5° La mort des enfants est-elle survenue : 1° pour ceux dont les ossements ont été trouvés rue de la Madeleine, n® 12, depuis quatre ans au plus? 2° pour ceux dont les ossements ont été trouvés rue de la Madeleine, n° 27, depuis sept ans au maximum?

« 6° Enfin, pour le cas où certains ossements auraient disparu, ceux qui restent paraissent-ils avoir été placés dans le feu, circonstance qui indiquerait que l’inculpée a détruit une partie des cadavres, en les soumettant à l’action du feu?

« MM. les experts voudront bien fournir en outre toutes les indications qui leur paraîtraient utiles à la découverte de la vérité. De quoi il sera dressé un rapport qui nous sera envoyé le plus tôt possible.

(.1 Ghâteaudun, le 12 octobre 1883.

« L. -Fernand Ghesney. »

Une deuxième commission rogatoire, en date du 21 octobre 1885,

est ainsi conçue :

« Nous, L. -Fernand Cbesney, juge d’inslruclion près le Iribunal de Gbâteaudun.

« Vu la procédure suivie conlre :

(( 1° Léonie N..., femme D..., demeurant à Gbâteaudun ;

« 2° Roméo R..., professeur de musique, id.

« Détenus, inculpés d’infanticide et complicité :

« Pour faire suite à notre précédente ordonnance, dans laquelle nous avons commis MM. Brouardel et Mcgnin, à l’effet d’examiner des ossements trouvés dans les fosses d’aisances des maisons sises rue de la Madeleine, n° 12, et rue de la Madeleine, n° 27, et de fournir toutes indications utiles au point de vue de l’inculpation d’infanticide.

« Attendu que les ossements ont également été trouvés dans la fosse d’aisances d’une maison, sise rue du Guichet, à Gbâteaudun, et dans laquelle la femme D... a demeuré pendant six ans, de 1871 au mois de juin 1876.

« Attendu qu’il y a lieu de soumettre ces ossements à l’examen des mêmes experts.

« Gommettons MM. Brouardel et Mégnin, à l’effet d’examiner les ossements trouvés dans la maison sise rue du Guichet; dire si ces ossements peuvent former un ou plusieurs squelettes d’enfants, et donner, au surplus, leur avis, sur tous les points indiqués dans notre précédente ordonnance. »

Serment préalablement prêté, avons procédé à cette expertise.

Les scellés nous ont été remis en deux fois : le premier, remis à la suite de l’ordonnance du 12 octobre 1885, était constitué par une boîte en bois mesurant 40 centimètres de longueur sur 27 centimètres de largeur et 22 centimètres de hauteur; le deuxième, remis à la suite de l’ordonnance du 21 octobre 1885, était constitué par une boîte en bois de 35 centimètres de longueur, sur 22 de largeur et 20 de hauteur.

Ghacune de ces boîtes, munie d’une poignée en cuivre, placée à la partie médiane du couvercle, et d’une serrure, portait une étiquette avec l’adresse de M. le procureur de la République de Paris et la mention « très fragile ». Les scellés étaient intacts.

Dans chacune de ces boîtes, nous avons trouvé un certain nombre de petits os et nous pouvons dès maintenant dire que les os qui se trouvaient dans la plus petite boîte, deuxième envoi, appartenaient exclusivement à des volailles, des lapins, des moutons et des poissons.

Les ossements qui composent le scellé principal (P*" envoi) sont séparés en deux catégories : 1° ossements trouvés dans la fosse d’aisances du sieur Roméo R..., rue de la Madeleine, n° 27, et

2° ossements trouvés dans la fosse de la rue de la Madeleine, 12. Ces différents ossements sont séparés par une jurande feuille de papier d’emballage; les premiers, ceux trouvés rue de la Madeleine, 27, occupent la partie supérieure de la boîte, et les autres la partie inférieure.

Ossements trouvés rue de la Madeleine, 27.

Les ossements trouvés dans cette fosse appartiennent pour le plus grand nombre à des animaux domestiques : lapins de choux, de garenne, volaille, chat, débris de homard, quelques os de porc et de mouton, dont une dent de porc.

Au milieu de tous ces os, nous trouvons des os ayant appartenu à un fœtus humain, on distingue très nettement :

1° Un pariétal droit.

2° Un occipital.

3® Un frontal droit.

4° Un temporal droit.

0° Un rocher droit.

6° La moitié gauche d’un maxillaire inférieur, présentant quatre alvéoles nettement cloisonnés.

7° Un fémur gauche.

8° Un tibia gauche.

9° Un péroné.

10° Un humérus gauche.

11° Deux radius (un droit et un gauche).

Tous les os longs sont dépourvus de leurs épiphyses, leurs dimensions sont celles des os d’un enfant nouveau-né arrivé au terme normal de la grossesse ou à une époque voisine du terme. Le cloisonnement en quatre alvéoles distincts de la moitié du maxillaire inférieur, permet d’affirmer que cet os appartenait à un nouveau-né arrivé à une époque voisine du terme de la grossesse sinon à terme.

2° Ossements trouvés rue de la Madeleine, 12.

Les ossements trouvés rue de la Madeleine, 12, sont beaucoup plus nombreux. Le plus grand nombre de ces os appartenaient à des animaux, d’autres sont des os de fœtus humain.

Parmi les premiers, on trouve des os de lièvres, de lapins, de volailles, d’agneau ou cabri, des os de boucherie, des débris de poissons et de homard.

Les os de fœtus humains sont nombreux, nous les avons classés par régions et nous avons trouvé :

1° Six pariétaux (trois droits et trois gauches).

2° Trois occipitaux.

3° Six frontaux (trois droits et trois gauches).

OBSERVATIONS ET EXPERTISES Ml'lDlCO-LÉGALES.

4° Deux temporaux et rochers (un droit et un gauche).

5° Deux grandes ailes du sphénoïde (droite et gauche).

0° Deux moitiés droites du maxillaire supérieur, dont l’une présente cinq alvéoles nettement cloisonnés.

7° Deux arcs vertébraux.

8o Cinq côtes (trois gauches et deux droites).

9'’ Un iléum droit.

10° Quatre fémurs (trois gauches, un droil).

11° Quatre tibias (trois gauches, un droit).

12° Trois péronés.

13° Deux humérus (un di'oit et un gauche).

14° Trois cubitus (deux gauches et un droil).

15° Deux radius (droits).

Sur aucun de ces ossements nous n’avons constaté de fractures. Ils ne pi'ésentent aucun des caractères des ossements qui ont subi une incinération plus ou moins prolongée et ces différents os semblent avoir été dépouillés des parties charnues qui les entouraient par suite d’une macération plus ou moins longue dans un liqu ide quelconque, tel que celui qui se trouve dans les fosses d’aisances .

Conclusions. — 1° Parmi les ossements soumis à notre examen, un certain nombre appartiennent à des squelettes de fœtus humains.

2° La nature et le nombre des os (sept pariétaux, quatre occipitaux, etc.) démontrent qu’ils proviennent de quatre squelettes de fœtus humains.

3° De ces quatre squelettes, trois ont été trouvés parmi les os recueillis dans la fosse de la rue de la Madeleine, 12, le quatrième rue de la Madeleine, 27.

4° La présence d’une moitié du maxillaire inférieur ayant quatre alvéoles nettement cloisonnés, parmi les os trouvés rue de la Madeleine, 27, permet de conclure que le fœtus auquel appartenait ce maxillaire était arrivé au terme ou à une époque voisine du terme normal de la grossesse (huit mois et demi).

5° Les dimensions des autres os sont ceux des os de nouveauné à terme, mais ils ne présentent en dehors de leur longueur aucun caractère assez certain pour autoriser une affirmalion absolue; on peut seulement dire que ces fœtus avaient certainement plus de sept mois et demi.

6° Aucun des ossements que nous avons eu à examiner n’a subi l’action du feu.

7° Ils ont été soumis à une macération prolongée, la durée de cette niacéralion ne peut être précisée avec une certitude complète;

la rapidité de la pulréfaclion varie en etlet suivant la nature des liqu ides emmagasinés dans la fosse (matières fécales et urines seules ou mélangées avec nue grande quantité d’eau, ou encore mélangées avec de l’eau de savon, etc.), et avec le plus ou moins de facilité du renouvellement de l’air.

Nous pouvons déclarer seulement que nous n’avons trouvé un dépouillement aussi complet des os d’avec les parties molles, muscles et tissus fibreux que lorsque la macération avait duré plus d’un an.

75. Examen d’un squelette. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Auguste Adam, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 9 juillet 1881, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre la nommée B... (Marie- Célina-Ursule), inculpée d’infanticide.

U Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouvent les débris du cadavre d’enfant déposés à la Morgue.

« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. le D'’ Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouvent les restes de l’enfant B..., déduira de cet examen toutes conclusions utiles à la manifestation de la vérité. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen.

Après avoir soumis les différents os du cadavre de cet enfant à un nettoyage complet, nous avons pu constater que sur la longueur de ces os on ne trouve pas d’encoche, de traits laissés par un couteau ou tout autre instrument analogue, prouvant que le corps de cet enfant ait été dépecé, que les divers fragments aient été séparés par un instrument tranchant. Ajoutons que les os du crâne ne sont pas fracturés.

Pour déterminer et rendre évident que ces os appartiennent au squelette d’un nouveau-né ou d’un fœtus, et déterminer son âge., nous avons placé les différents os qui avaient été recueillis à leur place normale et nous les avons mesurés.

Il manque pour que le squelette soit entier !

L’os hyoïde. Trois côtes gauches

Cinq corps vertébraux. Une côte droite.

Dix-sept pédicules des vertèbres. La clavicule droite.

Le sacrum. Les deux omoplates.

Le coccvx. L’humérus droil.

Le sternum. Les deux radius.

Les cartilages costaux. Les deux cubitus.

Les OS du carpe.

Les mélacarpiens.

Les pha'anges des mains.

Le tibia gauche.

Les deux rotules.

Les os du tarse (à l’exception d’un).

Les métatarsiens.

Les phalanges des orteils (saut trois).

Un péroné.

Le condyle gauche de l’occipital.

Le temporal droit.

La moitié gauche des deux maxillaires.

Les os propres du nez.

Les grandes ailes du sphénoïde.

Un rocher.

La comparaison entre les dimensions de ces os et celle fournie par Gasper, comme représentant la moyenne, donne les résultats suivants :

Moyenne d’après Caspcr.

Hauteur de la partie verticale de l'os frontal mm. mm.

depuis la racine du nez GO 5G

Largeur 42 • 45

Longueur de la partie orbitale du même os.. 27 25

Profondeur de la section orbitaire du frontal. 26 25

Os pariétal depuis l’angle antérieur et supérieur jusqu’à l’angle inférieur et postérieur. 79 76

Os pariétal de l’angle antérieur et inférieur jusqu’à l’angle postérieur et supérieur.... 84 76

Longueur de la partie occipitale du pariétal. 52 50

— de la partie squameuse de l’os tem-

poral 34 27

Longueur du maxillaire supérieur depuis les apophyses alvéolaires jusqu’au bord antérieur s’articulant avec les os propres du nez. 26 25

Longueur de chaque moitié du maxillaire

inférieur 51 45

Hauteur du maxillaire inférieur 21 14

Longueur de la clavicule 49 36

— de l’humérus 70 75

— du fémur SO 87

— du tibia 68 79

du péroné (i5 77

Quelques-unes des différences notées dans ces résultats s’expliquent facilement par ce fait que les mensurations de Gasper et Gunlz ont été prises sur des squelettes dont les os longs, humérus, fémur, tibia, etc., avaient encore leurs épiphyses, tandis que sur les os qui nous ont été remis, ces épiphyses ont disparu.

Il n’en résulte pas moins qu’en tenant compte surtout des dimensions des os de la tête, pour lesquels cette cause d’erreur n’intervient pas,

On peut conclure :

1° Que ces os sont ceux, d’un enfant nouveau-né arrivé au ternie normal de la gestation, et l’ayant peut-être dépassé.

En eiïet, les dimensions de ces os relevées dans le tableau précédent prouvent que leur grandeur est constamment supérieure à la moyenne acceptée par les auteurs allemands.

2° On ne peut plus déterminer si cet enfant a ou n’a pas respiré, ni quelle est la cause de sa mort.

76. Examen de débris et d’ossements trouvés dans les cendres. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Haberl, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 21 juillet 1881, ainsi conçue :

« Vu la commission rogatoire de M. le juge d’instruction du Blanc, en date du 20 juillet courant, dans la procédure contre la nommée R..., inculpée d’infaniicide,

« Ordonnons que M. le D'’ Brouardel exécutera ladite commission, serment préalablement prêté, et déposera son rapport. »

Commission rogatoire.

« Nous L.-A.-Gh. Demadières, juge d’instruction de l’arrondis^ sement du Blanc (Indre).

« Vu la procédure en cours d’instruction contre la nommée R... (Marie-Louise), vingt-sept ans, journalière, demeurant à la Vigerie, commune de Tournon, inculpée d’infanticide.

« Attendu que les restes informes et complètement séparés d’un enfant nouveau-né ont été trouvés enveloppés dans deux linges, cachés dans un tas de cendres.

« Que les D*’® Doucet et Brun, appelés à les examiner et à reconstituer le cadavre pour nous donner leur opinion sur l’âge de l’enfant et répondre, si cela est possible, aux questions qui leur ont été posées, nous ont déclaré ne pou voir pas procéder à cet examen.

« Donnons mission à M. le juge d’instruction de commettre tels experts qu’il lui plaira, à l’effet de procéder à un examen microscopique des restes du cadavre, contenus dans le pot de grès cijoint, et nous donner, si cela leur est possible, leur opinion sur les questions suivantes ;

Si l’enfant est né viable ?

« Si l’enfant est né vivant ?

« Si l’enfant est né à terme ?

U A quelle époque remonte la mort ?

« A quelle cause elle peut être attribuée ?

« Ci-joint le rapport des Doucet et Brun.

Serment préalablement prêté, ai pris connaissance du rapport médico-légal des Ü’’'’ Doucel et Brun, et ai procédé à l’examen des lin ges et débris organiques.

I. Examen des linges et des matières qui y adhèrent. — Ces pièces à conviction sont renfermées dans un pot de grès fermé d’un bouchon de liège, scellé à la cire et recouvert d’un papier portant l’inscription suivante :

« Pièces à conviction, adaire R... (Marie-Louise), inculpée d’infanticide.

« Le juge d’instruction,

(( Illisible. »

Ce vase nous a été remis par le greffe ; après avoir constaté que les scellés étaient intacts, nous l’avons ouvert et en avons tiré deux linges couverts de nombreuses taches et d’une assez grande quantité de terre.

L’un de ces linges est en tissu épais et grossier; en raison de la plus grande quantité de terre dont il est couveit sur toute son étendue, il paraît avoir servi d’enveloppe extérieure et recouvert l’autre linge.

Sur ce linge extérieur, on remarque près de l’im des bords, de nombreuses taches d’un vert noirâtre ; la matière de ces taches est épaisse, et en plusieurs points elle a agglutiné les faces du tissu de manière à former des plis ; en écai tant ces plis, on trouve une substance ayant la consistance d’une pâte très épaisse, une coloration vert foncé, mais non pas noirâtre, et une odeur ammoniacale ; après un jour d’exposition à l’air, elle a pris en se desséchant complètement, la même couleur presque noire et le même aspect que les taches aperçues tout d’abord sur le linge. — Ln peu de la matière de ces taches a été enlevé avec un scalpel et porté sur une lame de verre. Les croûtes noirâtres provenant des taches desséchées se sont dissoutes dans, l'eau en lui donnant une couleur verte; en ajoutant un peu d’acide azotique, on a vu cette couleur devenir d’abord d’un rouge franc, puis bientôt et définitivement violacée; la même réaction s’est produite en opérant sur la matière non encore desséchée des taches. — L’examen microscopique a été pialiqué tant sur cette substance recueillie encore à l’état pâteux, que sur les taches desséchées, diluées dans un peu d’eau ; il a donné dans les deux cas les mêmes lésultats. On aperçoit dans les préparations un grand nombre de corpuscules d’une couleur verte, de forme sphéroïdale ou le plus souvent ovoïde, dont les dimensions varient de 0*"™,005 à 0““,035 et ümm,()4o. Ces corps sont très abondants et remplissent une grande

partie du champ microscopique. On aperçoit aussi plusieurs cristaux de cholestérine, netlement caractérisés par leur forme eu minces lamelles transparentes à contours en escaliers et très régulièrement rectangulaires ; ces cristaux sont de petites dimensions, en moyenne 0““,020 à 0““,030; bien qu’ils soient relativement peu abondants, on en rencontre presque toujours un ou deux par champ. — On distingue aussi une assez grande quantité de globules de graisse. Le reste des éléments figurés de la préparation est constitué par des myriades de bactéries et par quelques corpuscules irréguliers d’une coloration grise ou noire provenant de la terre ou de la poussière extérieure.

Le second linge est un peu plus fin et est moins chargé de terre. Il présente des taches analogues à celles qui viennent d’être décrites. On y trouve en outre un grand nombre de poils d’une très grande finesse, d’une couleur blonde et légèrement courbés en arcs de cercle. — Quelques touffes de ces poils ont été retirées de la matière qui les agglutine, en usant de précautions pour ne pas les briser; ils ont été ensuite lavés à l’éther, puis examinés au microscope. Ils se sont montrés alors d’une couleur jaunâtre, recouverts d’une couche de minces cellules quadrangulaires, dépourvus de canal central ; la plupart sont entiers, c’est-àdire qu’on peut les suivre depuis leur racine ou bulbe qui est intact jusqu’à leur extrémité terminale; celle-ci présente la forme d’une pointe extrêmement ténue qui résulte de l’amincissement graduel et parfaitement régulier de la tige du poil qui offre ainsi l’aspect d’une sorte de cône très allongé. La longueur de ces poils varie de 15 millimètres à 2 centimètres ; un petit nombre seulement dépasse cette dernière dimension. — Les caractères précédents établissent que ces poils sont des cheveux de fœtus presque à terme ou d’enfant nouveau-né.

Sur ce même linge, on trouve un ongle détaché dans son entier et parfaitement conservé avec sa forme concave, sa lunule à la base, et son extrémité amincie ; il mesure 9 millimètres de longueur. On trouve aussi un petit morceau de tissu osseux de forme trop irrégulière pour qu’on puisse reconnaître quel est l’os dont il provient.

Les deux linges sont encore couverts d’une couche de matière d’un brun noirâtre ayant la consistance d’une pâte très épaisse et comme savonneuse. C’est au milieu de celte substance que l’on trouve fixés les cheveux, l’ongle et le morceau d’os. Examinée au microscope, elle n’a montré en fait d’élément anatomique appréciable que des cellules épithéliales pavimenteuses soit réunies en groupe, soit isolées et enroulées sur elles-mêmes. Cette substance

paraît provenir ou paraît être le reliquat de la décomposition putride de I issus divers.

Conclusions. — 1° Les linges soumis à notre examen sont tachés de méconium. On y trouve adhérents des cheveux, un ongle et un morceau d’os.

2° Ces linges ont donc servi à envelopper le cadavre d’un enfant nouveau-né ou d’un fœtus. La présence du méconium et surtout la forme, la structure et les dimensions des cheveux et de l’ongle démontrent que s’il s’agit d’un fœtus, celui-ci était arrivé à peu près au terme normal de la gestation.

II. Examen des débris organiques contenus dans le même vase. — Ces débris comprennent des os, que nous recueillons et que nous plaçons à part, des lambeaux de peau, de tissu cellulaire et de muscles. L’un de ceux-ci est un morceau de lard de porc.

a. Le lambeau de paroi abdominale, auquel adhère un cordon long de 12 centimètres et demi, est dur, le tissu cellulaire souscutané est en dégénérescence de gras de cadavre. Cette décomposition, commune aux autres morceaux de chair, rend infructueuses les recherches microscopiques entreprises pour répondre aux questions posées par M. le juge d’instruction. Toutefois, leur examen à l’œil nu et leur examen microscopique ne permettent pas d’admettre que ces morceaux de chair aient été au contact d’un feu flambant, qu’ils aient brûlé en partie, ou même qu’ils aient été exposés à un feu rayonnant, aucune des parties soumises à notre examen ne présente les caractères qui appartiennent à la combustion des tissus.

(3. Les os qui nous ont été remis forment deux groupes.

L’un d’eux est constitué par des os provenant d’un fœtus ou d’un nouveau-né humain. Ils ne présentent dans leur aspect rien qui les distingue des os qui ont subi la décomposition dans les conditions habituelles.

L’autre groupe est constitué par quelques-uns des os des membres abdominaux d’un fœtus ou d’un nouveau-né. Ces os sont fracturés et incomplets, ils sont un peu noirâtres. A ces os humains sont joints des débris osseux blancs, dont la matière organique a complètement disparu par l’action du feu. Ils ne sont plus constitués ({ue par les sels inorganiques. Ils sont plus volumineux que les os de nouveau-né humain. Ils ont l’apparence des-os de lapin, de lièvre ou d’autres animaux à peu près de même taille. Ils sont séparés de leurs extrémités articulaires et brisés en trop petits fragments pour que l’on puisse déterminer exactement leur origine, mais on peut affirmer sans réserve qu’ils n’ont pas une origine humaine.

Les os des membres abdominaux de fœtus ou de nouveau-né joints à ce paquet sont un peu noirs et semblent avoir été soumis à une chaleur assez vive, mais dans des conditions où la matière organique n’a pu être brûlée. Il s’est formé une faible proportion de noir animal qui les imprègne et leur donne leur couleur, mais ils n’ont pas été placés dans un foyer de chaleur à air libre. Dans ces conditions ils auraient pris l’apparence des os blancs, friables, que nous avons décrits plus haut et qui n’appartiennent pas à l’espèce humaine.

De ces observations et de l’examen des parties molles décrites plus haut, on peut conclure que le corps de ce fœtus ou nouveauné n’a pas été détruit par le feu.

Sur la longueur des os soumis à notre examen, on ne trouve pas d’encoche, de traits laissés par un couteau ou tout autre instrument analogue, prouvant que le corps de cet enfant ait été dépecé, que les divers fragments aient été séparés par instrument tranchant. Ajoutons que les os du crâne ne sont pas fracturés.

lll. Reconstitution du squelette. — Pour déterminer et rendre évident que ces os appartiennent au squelette d’un nouveau-né ou d’un fœtus, et déterminer son âge, nous avons placé les différents os qui avaient été recueillis à leur place normale et nous les avons mesurés.

11 manque pour que le squelette soit complet:

L’os hyoïde.

16 corps vertébraux.

18 pédicules des vertèbres.

Le sacrum.

Le coccyx.

Le sternum.

Les cartilages costaux.

3 côtes droites.

2 côtes gauches.

Les parties inférieures de l’os iliaque.

Les deux rotules.

1 péroné.

Les os du carpe et du tarse.

Les métacarpiens.

Les métatarsiens sauf un.

Les phalanges des pieds et des mains sauf une.

La comparaison entre les dimensions de ces os et celle fournie par Gasper, comme représentant la moyenne, donne les résultats

suivants :

Moyenne d’après Gasper.

Hauteur de la partie verticale de l’os frontal mm. mm.

depuis la racine du nez 61 56

Largeur 47 45

Longueur de la partie orbitale du même os. 26 25

Profondeur de la section orbitaire du frontal. 23 25

Os pariétal depuis l’angle antérieur et supé-

350 OBSERVATIONS ET EXl’ERTlSES MÉDICO-LÉGALES.

Moyenne d’après Casper.

mm. mm.

rieur jusqu’à l’angle inférieur et postérieur. 75 6

Os pariétal de l’angle antérieur et inférieur jusqu’à l’angle postérieur et supérieur.... 82 76

Longueur de la partie occipitale du pariétal. 55 50

— de la partie squameuse de l’os tem-

poral... ^ 3') 27

Longueur du maxillaire supérieur depuis les apophyses alvéolaires jusqu’au bord antérieur s’articulant avec les os propres du nez. 22 25

Longueur de chaque moitié du maxillaire inférieur 48 45

Hauteur du maxillaire inferieur Il 14

Longueur de la clavicule 45 36 (1)

— de l’omoplate 34 32

Largeur de l’omoplate 28 27

Longueur de l’humérus 67 75

— du cubitus 62 70

— du radius 56 66

Quelques-unes des dilïérences notées dans ces résultats s’expliquent facilement par ce fait que les mensurations faites par Casper et Guntz, l’ont été sur des squelettes dont les os longs, humérus, cubitus, radius, etc., avaient encore leurs épiphyses, tandis que sur les os qui nous ont été remis, les épiphyses ont disparu.

Il n’en résulte pas moins qu’en tenant compte surtout des os de la tête, pour lesquels cette cause d’erreur n’intervient pas, on peut conclure que ces os sont ceux d’un enfant nouveau-né, arrivé au terme normal de la gestation, ou à une époque très voisine de ce terme. En effet les dimensions de ces os relevées dans le tableau précédent prouvent que leur grandeur est constamment supérieure à la moyenne adoptée par les auteurs allemands.

Réponse aux questions posées par M. le juge d'instruction. — i° L'enfant est-il né viable ? à terme ?

Cet enfant est né au terme normal de la gestation ou à une époque très voisine. Il avait certainement plus de huit mois et demi de vie extra-utérine et très probablement neuf mois.

Les dimensions des os, l’examen du maxillaire inférieur muni de quatre alvéoles bien cloisonnés, les caractères des cheveux, de l’ongle, la présence du méconium sur des linges, ne laissent aucun doute sur ce point.

(L Ce chiffre est erroné et provient très vraisemblablement d’une erreur typographique.

Tontes les parties qui nous ont été remises semblent indiquer que ce nouveau-né était bien constitué et ne présentait aucune (lifformité incompatible avec la vie extra-utérine.

2° Vcnfant est-il ne vivant?

Aucun des débris organiques qui nous ont été remis ne peut servir à démontrer que cet enfant a respiré ou n’a pas respiré.

3° A quelle époque remonte la mort?

Cette date ne pourrait être établie que par l’état de la putréfaction. Celle-ci suit une marche extrêmement variable, suivant qu’elle s’effectue à Tair libre, dans un espace confiné, dans un lieu humiJe ou sec.

En admettant que le cadavre de ce nouveau-né ait toujours été dans un même lieu, c’est-à-dire dans le las de cendres où il a été trouvé, c’est-à-dire dans un lieu que je suppose sec, et dans lequel l’air n’arrive que difUcilement, il faut admettre que la mort date de plus de trois mois- et probablement de beaucoup plus longtemps.

Celte conclusion n’a d’ailleurs qu’une valeur très relative, car outre les circonstances relatées plus haut, si le cadavre n’a été enfoui dans le las decendres que quelques jours après la naissance, c’est-à-dire après que la décomposition à l’air libre était déjà commencée, la date de la naissance devrait probablement être un peu rapprochée.

4° A quelle cause la mort peut-elle être attribuée?

Sur ce point tous les renseignements font défaut.

Nous ne pouvons que constater l’intégrité des os du crâne qui exclut l’hypothèse de mort par fracture du crâne.

77. Examen d’ossements trouvés dans des cendres : ossements d’animaux. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Blanquart des Salines, juge d’instruction prés le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 17 décembre 1884, ainsi conçue :

« Vu la procédure suivie contre femme C..., née G... (Madeleine), et P... (Eugène), trente-cinq ans, terrassier.

(( Vu la commission rogatoire de M. le juge d’instruction du Blanc, en date du 15 de ce mois.

« Commettons M. le docteur Brouardel, à l’effet de procéder à l’expertise demandée. »

Serment préalablement prêté ai procédé à cette expertise, après avoir pris connaissance de la commission rogatoire de M. le juge d’instruction du Blanc, ainsi conçue :

« Nous, Auguste Riché, juge d’instruction de l’arrondissement du Blanc (Indre).

« Vu la procédure en cours d’inslruclion contre :

« 1° G... (Ma ’eleine), femme G..., trente-cinq ans, journalière, demeurant au Blanc ; inculpée de suppression de part ;

« 2° P... (Eugène), trente-cinq ans, terrassier, demeurant au Blanc; inculpé de complicité de même fait.

« Attendu qu’au cours de perquisitions opérées en vertu de commissions rogatoires, par M. le commissaire de police de la ville du Blanc, il a été Irouvé un placenta dans les fosses d’aisances dépendant de la maison habitée par les inculpés.

« Attendu que les cendres trouvées tant au foyer que dans des boîtes et corbeilles au domicile de la femme G..,, contiennent des ossements d'une origine et d’une nature suspectes ;

« Attendu qu’il y a intérêt pour la manifestation de la vérité, à vérifier les aveux de l’inculpée, rechercher si ce placenta se réfère à un accouchement qui semble avoir eu lieu le 9 novembre 1884.

« Attendu qu'il y a d’autre part intérêt à rechercher quelle est la nature et l’origine des ossements carbonisés trouvés au domicile de l’inculpée ;

« Vu les articles 84, 85 et suivants, 44 du Gode d’instruction criminelle.

« Gommettons rogatoirement M. le juge d’instruction de la Seine, à l’effet de désigner tel expert qu’il lui plaira. Lequel après s’être fait remettre par M. le juge d’instruction du tribunal de la Seine une boîte par nous scellée et contre-signée contenant le placenta et les ossements dont s’agit; voudra bien:

« 1° Dire si ce placenta appartient à un enfant né à terme ou, dans le cas contraire, indiquer à quelle période de grossesse il se réfère.

« 2'’ Faire connaître la date probable de l’expulsion.

« 3" Dire quel a été, approximativement, le temps de séjour dans les fosses d’aisances.

« En ce qui concerne les ossements contenus dans la même boîte, M. 1’ expert désigné voudra bien :

« 1° Dire si ces ossements sont humains.

« 2° Dire s’ils appartiennent à un enfant nouveau-né et les décrire.

« 3® Dire vers quelle époque ils ont été carbonisés.

<i Nous faire connaître tous renseignements de nature à établir si l’enfant semble être né à terme ou avant terme.

« L’expert voudra bien également nous donner son avis sur tous les points qu’il jugera utiles.

« Le juge d’instruction,

« A. Riche. «

DÉimiS ISOLÉS ET SQUELETTES DE NOUVEAU-NÉS. 353

Le scellé qui nous a été remis se compose d’une boîte en bois blanc sur le couvercle de laquelle se trouve une étiquette portant l’inscription suivante :

(( Pièces à conviction. •

«Affaire de suppression de part, suivie contre 1° G... (Madeleine), femme G..., 2° l\.. (Eugène).

« à Monsieur,

« Monsieur le Procureur de la République près le tribunal de la Seine,

« Paris.

« Le juge d’instruction du tribunal du Blanc (Indre).

« A. Riche. »

Les scellés de celte boîte sont parfaitement intacts. Après avoir défait les scellés, nous trouvons à l’intérieur de cette caisse : 1° un bocal scellé et 2“ une boîte scellée.

Puis pendant le cours de notre expertise, nous avons reçu de M. le juge d’instruction du Blanc, une lettre en date du 17 décembre 1884, accompagnant une petite boîte, aux scellés intacts, contenant également des ossements.

Le placenta que nous étions chargé d’examiner était placé dans un bocal d’une contenance de 1 litre et demi environ. Il baignait dans quelques grammes de liquide ne paraissant pas être de l’alcool. A l’ouverture du bocal, il se dégage une odeur de putréfaction très avancée et nous avons dû laisser couler, pendant quelques minutes, un filet d’eau qui n’a pas tardé à se troubler. Aussitôt que l’eau que nous faisions couler dans ce bocal, dans le but de laver le placenta, a commencé à sortir claire, nous l’avons décantée; le placenta était complètement désagrégé, dissocié en petits fragments, ceux-ci réunis formaient un gâteau, dont le poids et le volume se seraient rapportés à une grossesse terminée vers six ou sept mois de gestation. Mais la putréfaction avait tellement altéré cette pièce que toute affirmation serait téméraire.

La première caisse qui portait des scellés intacts et l’étiquette « ossements saisis chez la femme G... » et le cachet du commissaire de police de la ville du Blanc (Indre), contenait trois paquets renfermant chacun un certain nombre d’ossements et de cendres.

La seconde petite boîte, qui nous a été adressée quelques jours plus lard, contenait également un petit paquet de cendres et d’ossements.

P. Broüardel. — L’Infanticide.

Chacun de ces paquets a été numéroté et les débris qu’il contenait ont été examinés un à un. Après une première sélection, qui a consisté à prélever dans chacun des pa(|uets, les os qui nous paraissaient, à première vue, devoir être l’objet d’un examen plus minutieux, nous avons formé quatre nouveaux petits paquets ne contenant chacun que quelques ossements.

Dans le paquet n° 1, nous avons trouvé un certain nombre d’os calcinés appartenant à ditîérents animaux domestiques. La plupart de ces os étaient fracturés en plusieurs morceaux, et au milieu de tous ces fragments se trouvait un petit fragment d’os sculpté ayant appartenu à un ouvrage en os.

Dans le paquet n° 4, se trouvait une dent incisive provenant d’un rongeur, tel qu’un lapin.

Dans tous ces paquets nous trouvons une certaine quantité de cemlres et des os calcinés ne présentant plus, pour un certain nombre, de formes bien nettes et bien définies et rendant pour ainsi dire impossible l’examen par comparaison avec les os des squelettes du Musée médico-légal. Mais leur forme, leurs dimensions volumineuses, et ce fait que les épiphyses étaient soudées à la diaphyse, permettent d’affirmer qu’ils ne proviennent pas du squelette d’un enfant nouveau-né. En effet, chez l’enfant nouveau-né une grande partie du système osseux n’est encore qu’à l’état cartilagineux, notamment les extrémités sont unies au corps de l’os par un tissu encore cartilagineux. Une incinération aussi active que celle qui a permis de calciner les os relativement gros, qui ont été soumis à notre examen, aurait réduit en cendres les parties cartilagineuses.

Conclusions. — De ce qui précède nous croyons pouvoir conclure ce qui suit ;

1° Le placenta qui était enfermé dans un bocal était dans un état de putréfaction (el qu’il nous a été impossible de déterminer avec précision quelle a été la durée de la grossesse à la suite de laquelle il a été expulsé.

2° Les os soumis à notre examen sont calcinés et ont subi une incinération assez prolongée.

3° La plupart de ces os appartiennent à des animaux, de petite taille, probablement domestiques, lapin, lièvre, chat, etc. Nous ne pourrions préciser leur espèce, mais nous pouvons affirmer qu’ils ne proviennent pas d’un être humain ou animal nouveau-né.

4° Il ne pourrait y avoir doute que pour quelques petits os, phalanges ou phalangettes, mais en l’absence de tout signe distinctif, une affirmation n’est pas possible.

78. Infanticide. Combustion dans les cendres ? Détermination d’ossements Examen chimique des cendres. — Nous soussignés, Paul Lorain, professeur agrégé à la Faculté de médecine, et Pierre-Oscar Réveil, professeur agrégé à la Faculté de médecine et à rÉcoIe supérieure de pharmacie, en vertu d’une commission rogatoire de M. Philippe Bellier de la Chavignerie, juge d’instruction de l’arrondissement de Rambouillet; et d’une ordonnance de M. Deserville-Desmortiers, juge d’instruction au tribunal de la Seine, qui nous commet à l’effet d’exéculer la commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Rambouillet qui a pour but de faire rechercher si parmi des cendres saisies, ne se trouveraient pas des os ou des fragments d’os de nature à pouvoir déterminer si l’enfant de la fille C... est né à terme ou avant terme.

Après avoir prêté serment entre les mains de M. Deserville Desmortiers, de remplir en honneur et conscience la mission qui nous est confiée, nous avons reçu de ce magistrat l’ordonnance qui nous commet.

Nous avons reçu en outre de M. le greffier de la police correctionnelle les objets suivants :

1° Une grande caisse en bois blanc de 61 centimètres de haut, large de 81, longue de 81 ; sur la caisse, nous trouvons une carte clouée portant les mots suivants : Monsieur le Procureur impérial Paris. Pièces à conviction. Affaire de la fille C... Dessus. Fragile, avec le timbre de M. le juge d’instruction de Rambouillet.

2° Une seconde caisse en tout semblable à la précédente, présentant les mêmes dimensions, et portant les mêmes étiquettes.

Ces deux caisses, d’un poids considérable, ayant été placées sur une charrette, nous les avons fait transporter dans le laboratoire de l’un de nous, rue de Sèvres, 149.

L’une des caisses ayant été ouverte, nous constatons qu’elle renferme :

1° Baquet formé par une barrique coupée en deux, entouré de toile maintenue par un ruban de fil portant un cachet de cire rouge, avec l’empreinte du sceau de M. le juge d’instruction du tribunal de Rambouillet ; nous assignons à ce baquet le n° 1.

2° Un pot à anse en terre, en forme de vase de nuit, recouvert d’un linge maintenu par un ruban de fil cacheté; nous lui assignons le n° 3.

Dans la seconde caisse, nous trouvons un baquet entouré et conditionné comme le précédent, clos comme lui et portant les mêmes scellés; nous lui assignons le n° 2.

Après avoir constaté l’intégrité des scellés, nous avons constaté que chacun des baquets était recouvert d’un couvercle en bois,

et qu’ils renfermaient des cendres, mêlées de cbarbon et de diverses matières; le pot en terre renfermait également un mélange de cendres et de charbon.

Pour rechercher les fragments d’os dans ces cendres, nous avons agi séparément sur chacune d’elles de la manière suivante: 1® Les cendres ont été passées à travers un crible très gros, de manière à séparer les parties les plus grossières; 2° elles ont été ensuite tamisées à travers un tamis en crin de manière à obtenir d’un côté les cendres fines et d’un autre les petits fragments plus grossiers; ces deux opérations nous ont donné par conséquent trois sortes de matières :

1° De gros fragments de charbon et autres substances.

2° Des fragments plus petits des mêmes matières.

3® Des cendres fines qui ont été soumises à un examen chimique, comme nous le dirons dans quelques instants.

Les fragments gros et petits ont été examinés ensuite avec le plus grand soin, de manière à procéder à un triage [qui nous a donné les résultats suivants :

1° Dans le baquet n° 1, nous avons trouvé outre les fragments de charbon de bois, les objets suivants :

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