Des fragments de bois non carbonisés
2. Des morceaux d’os calcinés à blanc, paraissant avoir appartenu à des os plats et se désagrégeant tout à fait lorsqu’on les touche.
A. Examen des os Irouvés. — Le petits os trouvés dans les deux baquets ont été, de notre part, le sujet d’un examen attentif qui a été fait comparativement avec des os de fœtus humains à divers âges, et de squelettes de lapin et de chien ; voici quel a été le résultat de cet examen :
Les os trouvés dans le baquet n° 1 nous ont présenté :
N° 3. — Deux vertèbres d’un petit poisson.
7. — Fragments d'os ayant appartenu à un animal domestique, ne pouvant pas être confondus avec des os humains.
N° 8. — Os complets métatarsiens ou métacarpiens d’un animal domestique.
N° 5. — Fragments d’os indéterminés.
Les os trouvés dans le baquet n° 2, nous présentent :
N° 1. — Deux lames vertébrales, ayant appartenu à la région lombaire d’un fœtus humain à terme.
N° 2. — Fragment d’un os triangulaii e, pouvant avoir appartenu au tiers inférieur de l’humérus d’un fœtus à terme.
N” 9. — Portions éplphysaires d’os, n’appartenant pas à l’espèce humaine.
4. — Fragments d’os des membres, pouvant avoir appartenu à un fœtus à terme.
6. — Extrémité d’os long, n’appartenant pas à l’espèce humaine.
N° 10. — Extrémité osseuse, pouvant appartenir à un fœtus humain.
N** 11. — Fragments d’os divers, ne pouvant pas appartenir à l’espèce humaine.
Tous ces os, renfermés dans deux boîtes avec les numéros que nous venons d’indiquer et les étiquettes qui y correspondent, sont joints aux pièces à conviction.
Les fragments d’os très petits, trouvés dans le vase en terre, quoique nous ayant paru avoir appartenu à des os plats, ne présentaient pas cependant des caractères assez tranchés pour qu’il nous soit permis de rien affirmer à cet égard.
Tous les os trouvés dans les cendres ont été soumis à une calcination à blanc; et si les deux lames vertébrales que nous trou-
VOUS ont échappé à une calcinalion compléle, cela doit être attribué à la solidité particulière de ces os chez le fœlusà terme.
B. Examen chimique des cendres. — L’examen chimique des cendres permet, dans le plus grand nombre des cas, de constater si un fœtus humain a été incinéié ; pour cela on cherche à établir la proportion du phosphate de chaux contenu dans les cendres, et la présence des produits de la combustion des matières organiques azotées, au contact des carbonates alcalins, tel est par exemple le cyanure de potassium. Enfin dans le cas actuel, nous avons cru devoir rechercher la proportion d’azote renfermé dans ces cendres, en raison de la carbonisation incomplète et même nulle des diverses matières dont nous avons constaté la présence.
On sait que les parties molles d’un fœtus humain sont celles qu’il est le plus difficile de détruire par le feu, les matières grasses surtout échappent souvent à ce genre de destruction, elles se ramollissent, fondent et imprègnent les cendres en leur donnant un aspect gras, en les agglomérant de manière à former des masses noirâtres d’une cei taine dureté, mais il peut arriver également que les matières grasses soient parfaitement incinérées, si le foyer de combustion est suffisamment alimenté.
Dosage du phosphate de choux. — Nous avons opéré isolément sur chacun des trois échantillons de cendres soumis à notre examen. 5 grammes de chacune de ces cendres ont été traités par de l’eau fortement acidulée par de l’acide chlorhydrique, lorsque l’effervescence a cessé, nous avons filtré, lavé à l’eau distillée le résidu, réuni les liqueurs et précipité par l’ammoniaque pure exempte de carbonate, le précipité obtenu a été réuni sur un filtre, lavé, desséché et pesé.
Voici les résultats obtenus :
Les cendres du baquet n“ 1 renfermaient 12,3 p. 100 de phosphate de chaux.
Les cendres du baquet 2 renfermaient 4, GG p. 100 de phosphate de chaux.
Les cendres du pot en terre u° 3 renfermaient 11,00 p. 100 de phosphate de chaux.
Le phosphate de chaux obtenu par la méthode que nous avons indiquée n’était pas parfaitement pur et contenait des traces de fer, mais cela était peu important pour le cas présent.
Quoique les proportions de phosphate de chaux trouvées dans les cendres examinées par nous soient de beaucoup supérieures à celles que l’on trouve dans les cendres des végétaux, on ne peut
à notre avis tirer de ce fait aucune induction favorable à l’accusation en raison du nombre très grand d'os d'animaux domestiques que nous avons trouvé dans les cendres.
Dosage de l'azote. — Le dosage de l’azote a été fait par la méthode de Peligot, qui consiste à chauirer un poids déterminé de matière avec de la chaux sodée qui dégage tout l’azote à l’état d’ammoniaque et à recevoir ce gaz dans une solution titrée d’acide sulfurique ; par la proportion d’acide saturé, on sait la quantité d’ammoniaque dégagée et conséquemment la proportion d’azote contenu dans la matière examinée : voici les résultals obtenus :
Gendres du baquet n® I renferment 0,375 p. 100 d’azote — — n» 2 — 0,25 — —
Gendres du pot de terre n® 3 renferment 2,268 p. 100 d’azote.
Ce que nous venons de dire à pi-opos des phosphates s’applique également aux matières azotées.
Recherche des cyanures. — Orfîla, se basant sur les relations qui existent entre les sels ammoniacaux et les composés cyaniques, et sur ce que toute matière organique azotée calcinée avec de la potasse ou du potassium produit un cyanure, a proposé de rechei cher dans les cendres la présence du cyanure de potassium, lorsqu’on soupçonne qu’un fœtus a été incinéré.
Quoiqu’il soit parfaitement démontré aujourd’hui que les cyanures peuvent se former par l’intervention de l’azote de l’air au contact d’un alcali et du charbon et d’une température élevée, et que d’un autre côté l’expérience nous ait appris qu’il pouvait se former des cyanures alcalins par la combustion de la houille, nous avons cru devoir procéder à la recherche des cyanures.
La méthode proposée par Ortila consiste à calciner fortement un mélange de cendres suspectes et de potasse caustique, à reprendre le produit de la calcination par l’eau, à filtrer, à traiter la solution par un sel ferroso-ferrique et à aciduler fortement par l’acide chlorhydrique, il doit rester pour résidu un précipité de cyanure ferroso-ferrique (bleu de Prusse) si les acides renferment du cyanure de potassium; en opérant de la sorte sur les trois cendres, les résultats obtenus ont été négatifs. Il en a été de même lorsque nous avons traité directement tes cendres suspectes par de l’eau acidulée par l’acide sulfurique et que nous avons obligé les gaz dégagés à traverser une solution de nitrate d’argent acide; nouf=' n’avons obtenu aucun précipité de cyanure d’argent, d’où nous pouvons conclure que les cendres examinées ne renfermaient pas d’acide cyanhydrique.
On voit d’après tout ce qui précède que si l’examen des cendres
nous a permis de conslater la présence de fragments d’os* pouvant avoir appartenu ou ayant appartenu à un fœtus humain à terme, les recherches chimiques nous ont donné des résultats négatifs quant à la présence des cyanures, et douteux si l’on se hase sur les proportions d’azote et de phosphate calcaire contenues dans ces cendres.
Co7iclusions. — De tout ce qui précède il résulte ;
1° Les fragments d’os trouvés dans le baquet n° 2, et compris dans les pièces à conviction sous les n®*" 1, 2, 4 et 10, présentent des caractères d’os dont les uns ont appartenu, et dont les autres fpeuvent avoir appartenu à un fœtus humain à terme.
2° L’absence de cyanure dans les cendres n’est pas suffisante pour qu’on puisse affirmer qu’elles ne résultent pas de l’incinération d’une matière organique azotée.
3° Les proportions de phosphate de chaux et d'azote contenues dans les cendres examinées ne peuvent donner aucune certitude pour la solution de la question, en raison du nombre d’os d’animaux domestiques trouvés dans ces cendres.
Paris, le 11 mars 1861.
M. — Examen de débris du placenta, du cordon. — Examen de taches amniotiques.
79. Examen de débris (placenta, membranes, cordon, intestins de poissons). — A. Examen de placenta, de débris organiques, etc. — Nous, soussignés, Paul Brouardel, Louis-Désiré L’Hôte, préparateur au Conservatoire des Aits et Métiers, et Émile Delens, agrégé à la Faculté de Paris, en vertu d’une ordonnance de M. Maraval, juge d’instruction de l’arrondissement de Carcassonne, serment préalablement prêté, avons procédé à l’examen de pièces à conviction saisies au domicile de la demoiselle Antoinette M..., à l’elTet de répondre aux questions suivantes:
<( 1° Le placenta (pièce ii° 1) donne-t-il la certitude que la grossesse à laquelle il se rattache soit arrivée à son terme ou à peu près? Peut-on admettre que la femme qui l’a produit n’ait eu, dans son sein, qu’un enfant tel ([u’il ait pu sortir sans qu’elle l’ait senti, ni aperçu?
« 2° Les débris organiques (pièce n° 2) sont-ils le produit de l’accouchement d’une femme ? El, dans le cas de l’affirmative, donnent-ils une preuve de l’existence de l’enfant; quelles conclusions faut-il tirer de ces matières oi-ganiques sur le développement, la viabilité, la cause de la mort de cet enfant; quelles parties du corps de l’enfant formaient ces débris organiques?
EXAMliN DE DÉIJHIS DU PLACENTA, DU CORDON.
(c 3° Les matières dont Toiiale (pièce n° 3), le mouchoir (pièce n® 4) et les fragmeuls qui en ont été détachés (pièce n° 5) sont imprégnés se rapportent-elles à un accouchement ?
« 4® Le pavé (pièce n® 6), les plairas (pièces n® 7), les copeaux (pièce n® 8), les cailloux (pièce n® 9), les morceaux de toile de la couette (pièce n® 10), portent-ils des traces de sang humain? Ce sang, ainsi que celui dont la présence pourrait être constatée sur l’ouate (pièce n® 3), donne-t-il la preuve, par les diverses matières qui pourraient y êtie mêlées, que ce sang a été perdu par une femme en couches ? »
Ap rès avoir retiré du greffe les différentes pièces énoncées cidessus, au nombre de dix, nous les avons examinées séparément. Nous avons pris préalablement connaissance des rapports de MM. Espallac et Jalaberl et de celui de M. Costes, qui ont procédé aux premières constatations.
Examen du placenta {pièce n° 1). — Ce placenta est contenu dans un bocal, cacheté de cire rouge et à moitié rempli d’alcool.
Il présente les apparences d’un placenta normal. Il est à peu près circulaire. Son diamètre varie entre 14 et 15 centimètres ; son épaisseur est de un à deux travers de doigt. Le séjour dans l'alcool lui a donné une teinte grisâtre et l’a visiblement rétracté. Exprimant en grande partie le liquide qui l’imprègne, nous constatons qu’il ne pèse plus que 260 grammes.
Sur l’une de ses faces et d’un point rapproché du centre, se détache un cordon long de 41 centimètres. Ce cordon n’a qu’un “volume inférieur à celui du petit doigt, ce qui est dû, en partie, à -son séjour dans l’alcool. A son exirémité libre, il paraît avoir été irrégulièrement coupé. L’autre face du placenta présente la division habituelle et complètement normale en cotylédons. Ceux-ci n’otfrent pas de traces d'épanchements sanguins, ni d’allérations d’aucune sorte.
Au pourtour du placenta les membranes qui s’y insèrent sont encore adhérentes, mais en les développant nous constatons qu’elles ne sont pas entières et qu’une partie en a été détachée, sur toute la circonférence, à une certaine dislance de leur insertion.
Examen des débris organiques {pièce n® 2). — Dans le flacon racheté de cire rouge qui contient ces débris organiques plongés dans l’alcool, nous trouvons deux sortes de débris bien distincts :
1® Des membranes minces, flottantes, irrégulièrement enroulées.
2® Un tube membraneux ayant une dizaine de centimètres de longueur et un diamètre moindre que celui du petit doigt.
Les membranes üoltanles sont de coloration gris noiràire, semitransparentes. Elles olTrent le même aspect que celles que nous avons trouvées adhérant encore à la circonférence du placenta et elles paraissent en avoir été détachées. En effet, après les avoir déplissées et étalées, nous constatons qu’elles forment une bande longue d’environ 44 centimètres et ayant, à peu près, la largeur de la main. Cette longueur se rapporte exactement aux dimensions de la circonférence du placenta et nous n’hésitons pas à déclarer que ces débris membraneux réunis aux restes de membranes qui adhèrent encore à la périphérie du placenta représentent une poche complète de l’amnios dont elles faisaient primitivement partie. Ce sont donc, non pas des débris fœtaux, mais des débris du placenta ou plus exactement de la poche des eaux, ce que confirme l’examen microscopique.
Le tube membraneux mince, de coloration gris noirâtre, offre par sa face interne les caractères d’une muqueuse. De cette face interne se détachent un certain nombre de petits corps vésiculaires, ovoïdes, ayant 4 à 5 millimètres de longueur, de couleur jaunâtre. Par une de leurs extrémités, ils adhèrent à la muqueuse, au moyen d’une sorte de pédicule qu’une légère traction suffit à détacher.
La détermination de ces débris, évidemment étrangers à l’appareil placentaire aussi bien qu’à l’organisme du fœtus, a été faite par M. Perrier, professeur au Muséum, qui a bien voulu se charger de cet examen.
Dans le tube membraneux, il a reconnu un intestin de poisson et dans les petits corps vésiculaires des cestoïdes d'Echmorynchus polymorphus.
Examen de l'ouate [pièce n° 3). — Ce scellé est si riche en poussières de toute nature que notre examen ne nous a fourni rien de très caractéristique. Nous avons trouvé quelques granules ovoïdes verdâtres donnant avec l’acide nitrique une coloration rougeâtre, mais peu intense et sur laquelle nous n’oserions pas nous baser pour affirmer que cette tache a été produite par contact avec du méconium.
Examen du moucho'ir [pièce 4) et des fragments qui en ont été détachés [pièce n° 5). — Nous avons découpé avec des ciseaux bien propres de petites parcelles prises dans les taches de ce mouchoir et nous les avons mises à macérer dans quelques gouttes d’une solution de sulfate de soude au i/40.
Après une macération suffisante, nous avons examiné au microscope quelques gouttes du liquide rougeâtre produit par la macération. Avec un grossissement de 500 diamètres, nous avons
EXAMEN DE DEBRIS DU PLACENTA, DU CORDON
nettemenl vu im grand nombre de petits corpuscules de forme circulaire, analogues comme forme et comme aspect à des globules de sang d’homme ou de mammifère.
Nous les avons mesurés un grand nombre de fois à l’aide du micromètre et nous leur avons trouvé un diamètre moyen de 1 /124 de millimètre.
Nous avons examiné au wicrospcctroscope quelques gouttes du liquide rougeâtre obtenu par la macération des taches. Nous avons nettement vu les deux bandes noires caractéristiques de l’hémoglobine oxygénée. Les deux bandes ont disparu sous l’influence du sulfhydrate d’ammoniaque et ont formé la raie unique de Slokes.
Après avoir laissé évaporer dans un verre de montre quelques gouttes du même liquide, nous lui avons ajouté un atome de chlorure de sodium et deux gouttes d’acide acétique cristallisable, nous avons fait évaporer le tout au-dessus de la flamme de la lampe à alcool. Le résidu détaché ne nous a pas permis de voir des cristaux d’hématine.
L’examen microscopique nous a montré en outre un certain nombre d’éléments épithéliaux pavimenteux.
Examen du pavé {pièce n° 6), des plâtras {pièce 7), des copeaux {pièce 8), des cailloux {pièce 9). — Nous avons constaté sur ces différents scellés des taches assez larges, d’apparence sanguine, semées de petites écailles à reflets brillants analogues à celles que produit le sang en se desséchant.
Nous avons détaché avec une aiguille très propre quelques-unes de ces petites écailles prises successivement sur chacun de ces différents scellés et soumises à l’examen séparément pour chacun des scellés. Nous avons mis ces petites écailles macérer dans quelques gouttes d’une solution de sulfate de soude au 1/40.
Après une macération sufflsante, nous avons examiné au microscope quelques gouttes du liquide rougeâtre produit par la macération. Avec un grossissement de 500 diamètres, nous avons nettement vu un grand nombre de petits corpuscules de forme circulaire, analogues comme forme et comme aspect à des globules sanguins d homme ou de mammifère.
Mesurés un grand nombre de fois à l’aide du micromètre, nous leur avons trouvé un diamètre moyen de 1/124 de millimètre.
Après avoir détaché avec soin une petite écaille rougeâtre prise successivement sur le pavé, les plâtras, etc., nous les avons placées sur une lamelle bien propre, en contact avec une goutte de térébenthine très pure, destinée à les rendre aussi transparentes que possible. Après avoir placé la lamelle sous l’objectif du
microspectroscope, nous avons vu deux raies noires exactement situées au lieu et place des deux bandes caractéristiques de l’hémoglobine oxygénée données par le spectre de comparaison.
Nous avons vu également ces deux bandes disparaître sous l’intluence du sulfhydrate d’ammoniaque et former la raie unique de Stokes.
D’autres écailles, prises sur chacun de ces scellés, furent détachées avec le même soin que les précédentes et placées dans une très petite goutte d’eau distillée contenant un atome de chlorure (le sodium pur, et le tout fut abandonné à l’évaporation spontanée. Le résidu de l’évaporation traité par une goutte d’acide acétique cristallisable et légèrement chauffé au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool nous permet de voir nettement des cristaux cVhématine.
Les cailloux tachés de sang (pièce n° 9) étaient couverts également de débris d’épithélium pavimenteux.
Examen des morceaux de toile de la couette {pièce 10). — Même procédé d’examen par le microscope, le microspectroscope et les réactions chimiques que pour le mouchoir (pièces n° 4 et 5). Mêmes résultats au microscope. Globules sanguins ayant en moyenne 1/124 de millimètre, débris d’épithélium.
Au microspectroscope, raies caractéristiques de l’hémoglobine oxygénée.
Par les réactifs chimiques, nous n’avons pu obtenir de cristaux d’hématine.
Conclusions. — I. a) Le placenta (pièce n° 1) donne-t-il la certitude que la grossesse à laquelle il se rattache soit arrivée à son terme ou à peu près ?
Le placenta, lorsque la grossesse est arrivée à son terme, mesure en général 16 à 20 centimètres de diamètre, il pèse de 600 à 600 grammes,
MM. les D'’® Maurice Espallac et Théodore Jalahert dans leur rapport ont constaté que le placenta trouvé chez la fille M... mesurait 16 centimètres dans son plus grand diamètre et pesait 460 grammes.
Après son imprégnation par l’alcool, ce placenta mesurait lors de notre examen, de 14 à 15 centimètres dans ses différents diamètres et pesait 260 grammes. Cette dilférence dans les résultats obtenus par nos confrères et par nous s’explique par la rétraction que le placenta a subie par son séjour dans l’alcool.
En comparant le poids et les dimensions trouvés par les 'D'’® Espallac et Jalahert aux poids et aux dimensions des placentas normaux, nous constatons que les diamètres atteignent à peine
EXAMEN DE DEBRIS DU PLACENTA, DU CORDON
ceux du placenla à terme. Le poids est un peu inférieur. Mais les variations de cet organe chez les différentes femmes ne permet pas de tirer de ces différences des conclusions absolues. On peut dire seulement que ce placenta a le poids et les dimensions des placentas que l’on trouve lors(]ue la gestation est arrivée sinon à terme, du moins à un moment voisin du terme normal.
b) Peut-on admettre que la femme qui l'a produit n'ait eu dans son sein qu'un enfant tel qu'il ait pu sortir sans qu'elle l'ait senti ni aperçu ?
Le placenla appartient, disons-nous, à un enfant ayant atteint les derniers jours de la vie intra-utérine. Ce fait résout pour nous la question qui nous est posée. Une femme saine de corps et d’esprit ne peut accoucher d’un enfant sans avoir conscience des douleurs qui accompagnent la parturition, alors même que le nouveau-né serait loin du terme normal de la giossesse.
IL Les débris organiques (pièce n° 2), sont-ils le produit de l'accouchement d'une femme? Et dans le cas de l'affirmaiive, donnent-ils une preuve de l'existence de l'enfant; quellts conclusions faut-il tirer de ces matières organiques sur le développement , la viabilité, la cause de la mort de cet enfant ; quelles parties du corps de V enfant formaient ces débris organiques ?
Dans le flacon qui contient ces débris, nous trouvons:
1° Un intestin de poisson contenant des cestoïdes d’ Echinorynchus polymorphus, recueilli accidentellement dans le puisard, sans rapport avec les produits d’un accouchement.
2° Des membranes minces, flottantes, irrégulièrement enroulées. Ce sont non des débris fœtaux, mais des débris de la poche des eaux, de l’amnios.
III. Les matières dont l'ouate (pièce n° 3), le mouchoir (pièce n° 4), elles fragments qui en ont été détachés (pièce n°o) sont imprégnés, se rapportent -elles à un accouchement?
Le mouchoir et ses fragments sont couverts de taches qui au microscope et au spectroscope présentent tous les caractères des taches de sang. Ges taches sont parsemées également de quelques éléments d’épithélium pavimenteux.
Nous pouvons affirmer que ces taches sont formées par du sang, mais nous ne saurions voir dans ces quelques éléments épithéliaux la preuve que ce sang se soit écoulé pendant l’accouchement.
Les taches trouvées sur l’ouale, bien qu’elles aient fourni quelques réactions analogues à celles du méconium, ne sont pas caractéristiques de sa présence.
IV. Le pavé (pièce n° 6), les plâtras (pièce n° 7), les copeaux {^ièce n° 8), les cailloux (pièce n® 9), les morceaux de toile de la couette
(pièce 10), 2^ortent-ils des traces de sang humain? Ce sang ainsi que celui dont la présence pourrait être constatée sur l'ouate (pièce n° 3) donne-t-il la preuve, par les diverses matières qui pourraient y être mêlées, que ce sang a été perdu par une femme en couches?
Les taches du pavé, des plâtras, des copeaux, des cailloux, de la toile de la couette sont formées par du sang. Les cailloux présentaient également des débris d’épithélium pavimenteux.
Nous ne saurions trouver dans ces derniers éléments la preuve que ce sang ait été perdu par une femme en couches.
B. Examen du cordon. — Nous soussignés, Paul Brouardel, Émile Delens, Louis-Désiré Lhote, en vertu d’une ordonnance de M. G. Maraval, juge d’instruction de l’arrondissement de Carcassonne, serment préalablement prêté, avons procédé à l’examen d’une pièce formée par la partie adhérente à l’ombilic d’un cordon ombilical à l’effet de faire connaître si :
« Le morceau de cordon soumis à notre examen n’est pas la continuation du cordon adhérent au placenta qui nous a été présenté. La manière dont la section a été faite peut-elle donner aux experts le moyen de répondre à cette question qui résoudrait le point de savoir si le corps de l’enfant retrouvé est celui dont l’inculpée est accouchée? »
Nous avons retiié du greffe la pièce indiquée, renfermée dans un petit flacon rempli d’alcool. Elle est constituée par un morceau de cordon ombilical aplati, tordu sur son axe, mesurant 3 centimètres et demi, sa couleur est noirâtre. Ce cordon est sectionné obliquement à ses deux extrémités. L’une de ces sections est très nette, l’autre est inégale et si oblique que la surface de section mesure plus de 1 centimètre. C’est probablement la section nette qui a été faite par MM. les experts, et la seconde représente la portion libre du cordon ombilical.
Le cordon encore adhérent au placenta que nous avons eu à examiner antérieurement présente une surface de section à deux plans, les deux tiers environ sont coupés perpendiculairement à l’axe du cordon, et l’autre partie a été déchirée obliquement, de telle sorte qu’une des artères ombilicales est séparée du tronc et pend latéralement.
Les deux surfaces de section du bout de cordon récemment envoyé ont été successivement comparées à la surface de section du bout placentaire. Elles ne se correspondent pas franchement. L’extrémité placentaire est encore cylindrique, plus volumineuse et ferme, celle que nous appelons ombilicale est noirâtre, aplatie, elle a subi un commencement de putréfaction, et est plus petite. Même en dépliant la surface de la section de cette dernière, on n’arrive
EXAMEN DE DÉBRIS DU PLACENTA, DU CORDON
pas à lui rendre le volume de Texlrémité placentaire. Les plans de section diffèrent, celle qui correspond à la portion ombilicale semble beaucoup plus oblique, mais ces différences peuvent tenir seulement aux conditions dans lesquelles se sont Irouvés ces deux fragments, run soigneusement placé dans l’alcool, l’autre au contraire putréfié dans un puisard de latrines publiques.
Conclusions. — 1° On ne saurait affirmer que la portion du cordon ombilical qui nous a été adressée, soit la continuation du fragment de cordon encore adhérent au placenta.
2° Il est possible que ce soient les conditions diverses dans lesquelles ces deux fragments ont été placés qui aient entraîné ces différences essentielles dans l'aspect et la forme des surfaces de section; mais une conclusion positive ou négative, tirée de ces examens, ne nous semblerait pas justifiée.