Infanticide Examen des taches de liquide amniotique
Je soussigné, Paul Brouardel, consulté par M® Lacliaud, avocal, sur les deux questions ci-dessous, réponds ainsi qu’il suit :
1° Le cadavre d’un enfant nouveau-né peut-il passer par « un endroit qui n’a que 10 centimètres dans sa plus grande largeur d’entrée »?
2° L'examen de l’enveloppe de matelas d’un lit et du châssis du lit fait par MM. les D*'® E. Duthoya, François Cosson et par M. Francis Lenoir, pharmacien, démontre-t-il que cette enveloppe et ce châssis étaient tachés par du liquide amniotique?
Avant de répondre à ces deux questions, j’ai pris connaissance du procès-verbal de labrigade de Callac et du rapport de MM. les experts.
l*”® Question. — Un enfant nouveau-né peut-il passer par « un endroit qui n’a que 10 centimètres dans sa plus grande largeur d’entrée » ?
La partie de cette phrase, qui est textuellement empruntée au procès-verbal de la brigade de Callac, est assez obscure. Elle me semble pouvoir être traduite par celle-ci : L’endroit d’où la fille P... déclare avoir retiré le cadavre a un orifice dont la plus grande largeur mesure 10 centimètres. Cet, orifice est-il carré, arrondi, irrégulier, nous l’ignorons. Ce qui semble résulter de la phrase citée plus haut, c’est que les autres diamètres sont plus petits, de combien? Nous l’ignorons également. Il aurait pourtant été surtout nécessaire de connaître non pas le plus grand diamètre, mais le plus petit diamètre pour savoir si un enfant pouvait passer par cet orifice. Nous raisonnerons comme s’il s’agissait d’un orifice à peu près circulaire ayant environ 10 centimètres dans tous les sens.
Qu’on nous permelle de i-appoi ter le passage suivant emprunté au livre de Tardieu (l), on verra combien il est facile de l’appliquer au cas qui nous occupe : « On sait que le diamètre occipilofrontal de la tète du nouveau-né à terme mesure H centimètres. Et, par une coïncidence singulière, dans les conditions les plus ordinaires des constructions, du moins à Paiis, le diamètre de l’orifice inférieur des cuvettes des lieux d’aisances, ne dépasse pas habituellement 10 à 12 centimètres. 11 est évident que la tête de l’enfant ne peut s’engagerd’elle-mème et facilement dans une ouverture aussi étroite ; et après la tête, les épaules et le reste du corps qui ne sont plus alors comme dans les derniers temps du travail de l’accouchement, comprimés et poussés à travers les parties de la femme par les contractions de la matrice. L’enfant ne traversera donc pas par son propre poids l’ouverture rétrécie des latrines. Il faut de toute nécessité que la main de la femme infanticide aide à son passage par des pressions qui réduiront le volume du corps et le précipiteront dans le conduit. »
La violence nécessaire pour faire passer la tête de l’enfant par cet orifice trop étroit est telle que Tardieu (2) ajoute/. «La véritable
cause de ces fractures du crâne est la compression violente
de la tète, qui la fait passer de force à travers l’orifice trop étroit de la lunette. 11 y a là écrasement du crâne, et l’on ne peut douter que de pareilles lésions impliquent nécessairement l’intervention active, l’effort énergique d’une main meurtrière. »
Il faut remarquer que Tardieu raisonne dans cette hypothèse^ qu’il faut faire passer le corps d’un nouveau-né à travers un orifice qui mesure lü à 12 centimètres et que dans le cas particulier la violence aurait dû être encore plus grande, puisque l’orifice « n’a que 10 centimètres dans, sa plus grande largeur d’entrée ».
11 est clair d’ailleurs que pour faire sortir l’enfant par cet orifice la fille P... a dû faire un effort au moins aussi grand que s’il s’était agi de pousser le corps. Nous trouvons de plus dans ce procès-verbal, la déclai ation suivante de la fille P...: « J’ai remarqué prés de la porte entre la cloison et le pied du lit un petit paquet que j’ai retiré de là et dont j’ai cherché à voir le contenu après avoir retiré deux épingles, j’ai vu avec horreur qu’il contenait le cadavre d’un enfant doqt la bouche était remplie de vers, et dont la tête seule sur laquelle j’ai vu des cheveux était découverte. Le reste du corps était cousu dans deux morceaux de toile, etc. » Le volume du cadavre était donc augmenté de celui de
(t) Tardieu, Étude médico-légale sur l’infanticide, 1868, p. 167.
(2) Tardieu, Élude ryiédico-légale sur l’infanticide, 1868, p. 169
EXAMEN DE DÉBRIS DU PLACENTA, DU CORDON
cette double toile. Dans ces conditions d’étroitesse de l’entrée et du volume du corps, il n’est pas douteux qu’on n’aurait pu faire entrer ou sortir de cet endroit un enfant nouveau-né à terme ou à une époque voisine du terme normal de la grossesse.
Nous n’hésitons donc pas à dire qu’à moins que le corps de l’enfant n’ait été écrasé, on n’aurait pu lui faire traverser un si petit orifice.
Mais si le fait est impossible pour un enfant à terme, il est évident que le cadavre d’nn fœtus éloigné de l’époque normale du terme aurait passé sans difficulté par cet orifice étroit. Nous ne pourrions préciser à quel âge un fœtus aurait pu occuper ce petit espace. Nous ne connaissons que le grand diamètre de forifice. Mais en tenant compte du développement des diamètres du crâne aux différents âges de la grossesse on peut dire que le cadavre d’un enfant qui aurait pu être placé facilement dans ce petit espace et qui aurait pu en être facilement retiré ne devait pas avoir atteint le septième mois de la grossesse, surtout en tenant compte des linges qui augmentaient le volume de son corps.
Cette dernière hypothèse ne doit pas d’ailleurs nous arrêter longtemps, car, dans sa déposition, la fille P... dit qu’elle a vu des cheveux sur la tête, ce qui indique un fœtus déjà arrivé à une époque avancée de la vie intra-utérine (sept, huit ou neuf mois).
Réponse à la 1*'® question. — On ne peut faire traverser au cadavre d’un enfant à terme un orifice mesurant 10 centimètres dans son plus grand diamètre, à moins qu’au préalable on ne l’ait pour ainsi dire écrasé. Ces traces de violence porteront principalement sur la tète, partie la plus volumineuse du cadavre et la moins réductible.
On ne pourrait faire traverser facilement cet orifice qu’à un fœtus qui n’aurait pas encore atteint le septième mois de la grossesse.
2® Question. — « L’examen de l’enveloppe du matelas d’un lit et du châssis du lit fait par MM. les ü*’® E. Duthoya et François Cosson et par M. Francis Lenoir, pharmacien, démontre-t-il que cette enveloppe et ce châssis étaient tachés parle liquide amniotique? »
Pour répondre à cette question, il suffit de se reporter à la constitution du liquide amniotique lui-même. C’est un liquide dont la densité diffère peu de celle de l’eau. Celle de l’eau étant 1, celle du liquide varie de 1,006 à 1,011 (Ij. Le liquide amniotique est constitué par de l’eau, 991 à 975 parties sur 1000, des chlorures, des sulfates, des phosphates, de la soude, de l’urée, toutes subs-
(1) Robin, Des humeurs, p. 780.
P. Broüardel. — L’Infanticide.
tances identiques à celles que l’on trouve dans l’urine, plus de l’albumine et du mucus dans la proportion de 0,8 à 10 p. 1000. Ces deux dernières substances se rencontrent éfj;alenieiit dans certains liquides de l’organisme, notamment dans le sang. Par conséquent, aucun des éléments qui entrent dans la composition du liquide amniotique ne sert à le caractériser d’une façon indiscutable. Si on a le liquide lui-même à l’état frais, un chimiste habile pourra peut-être en préciser la nature, mais sur des taches desséchées, un chimiste pourra dire qu’il y a eu un liquide provenant d’un organisme, mais il ne lui sera pas possible d’en préciser la nature.
Nous sommes sur ce point absolument affirmatifs. Dans un mémoire resté célèbre, les deux auteurs qui se sont livrés aux recherches les plus sérieuses surles taches produites par le liquide amniotique, Devergie et Chevallier, ont conclu ainsi (1) :
« D’où nous concluons : que sans avoir pu démontrer chimiquement que ces taches soient formées par les eaux de l’arnnios, il a été reconnu : 1° qu’elles étaient de nature animale; 2° qu’elles ofîraient entre elles la plus grande analogie, (l.es experts avaient eu à comparer des taches faites sur différents linges, chemises, etc.) »
Il n’est pas contestable d’après le rapport des experts que ces taches ne fussent d’origine animale, puisqu’ils y ont trouvé des globules de sang, mais on ne saurait aller au delà.
Le caractère invoqué par MM. les experts et tiré « de cette propriété qui paraît contradictoire, que posséderait le liquide de l’amnios d’être souvent à la fois acide et alcalin » n’a pas de valeur : il est démontré aujourd’hui par les recherches de Chevallier que c’est à tort que Vauquelin et Buniva ont dit que ce liquide était acide. Chevallier l’a trouvé 8 fois alcalin sur 8 expériences et Gosse 7 fois sur 7 (2), Tschernow ne l’a trouvé neutre qu’une fois, et une fois légèrement acide au huitième mois de la grossesse.
On ne pourrait donc démontrer qu’une tache est d’origine amniotique par les seules expériences chimiques. Si l’examen microscopique décelait danscette tache des débris de l’enduit sébacé ou de l’épiderme d’un fœtus, cette circonstance ajouterait à la démonstration un élément important mais non absolu, il serait prouvé seulement qu’un fœtus a été en contact avec ce linge; mais non que le reste de la tache est constitué par du liquide amniotique.
(1) A. Chevallier, Annales dliygiène et de médecine légale. Cas d’avortement suivi de mort, l^o série, t. XLYIII, p. 408.
f2) Gosse, Des taches au point de vue médico-légal, Paris, 1869, p.57.
MORT SIMULTANÉE DE LA MÈRE ET DE l’eNFANT.
Réponse à la 2^ (lueslion. — Dans l’état actuel de la science, on ne saurait par l’analyse chimique démontrer qu’une tache est d’origine amniotique.
N. — Mort sîimiltauéc de la mère et de l’eufaut.
81. Infanticide par strangulation à la main. Mort de la mère. Symphyse cardiaque. Hémorrhagie. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Feuilloley, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du5 mai 1881, ainsi conçue:
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 5 mai 1881, par M. le commissaire dé police du quartier de Saint-Denis-Nord, constatant ;
« 1° La mort à la suite d’avortement de la femme V..., née B..., trente-huit ans, demeurant à Saint-Denis.
« 2° L’expulsion par cette femme d’un fœtus du sexe féminin.
« Commettons M. le D** Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie des cadavres, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette double autopsie le 6 mai 1881.
Autopsie de la femme V... — Aspect extér ieur. — Le cadavre est celui d’une femme bien constituée, un peu maigre. — La rigidité cadavérique existe encore; la putréfaction n’est pas commencée. La peau est partout très pâle. Les membres inférieurs sont couverts de sang desséché; les mains sont souillées par un mélange de terre et de sang.
L’abdomen présente de nombreuses vergetures. A la palpation, on sent lofond de l’utérus à quatre travers de doigt au-dessous de l’ombilic. — Les seins ne sont pas volumineux ; par la pression, on fait sortir un peu de colostrum des mamelons.
Les parties génitales sont ensanglantées, la fourchette est déchirée sur une étendue de 2 centimètres environ; quatre ulcérations superficielles de forme irrégulière, de 1 à 2 centimètres de diamètre, sont situées aux extrémités supérieure et inférieure de la face interne de chaque petite lèvre. Toutes ces plaies sont couvertes de sang coagulé.
Le reste du corps ne présente aucune trace de violences.
Ouverture du corps. — Le cuir chevelu est intact; les os du crâne ne sont pas fracturés ; le cerveau est sain.
Les poumons présentent quelques adhérences pleurales ; ils sont d’ailleurs sains, une peu exsangues.
OnSERVATIONS ET EXl'ERTISES MÉDICO-LÉGALES.
Le péricarde est adhérent au cœur dans toute sou étendue, de sorte qu’il n’existe pas de cavité péricardique ; des brides fibreuses relient la face externe du péricarde à la plèvre gauche. Les cavités du cœur renferment une petite quantité de sang liquide, mais pas de caillots. Les valvules tricuspide et mitrale, ainsi que leurs cordages tendineux, sont très épaissis ; il existe un rétrécissement notable de la mitrale. Les valvules sigmoïdes sont saines. Le tissu musculaire n’est pas hypertrophié, ni dégénéré.
L’estomac contient une petite quantité de matières alimentaires, parmi lesquelles on distingue des fragments de pâtes dites « alimentaires » (analogues à du macaroni). Les intestins sont sains; le gros intestin est vide et ses parois affaissées; il n’existe pas de rétrécissement.
Le foie est sain, pâle et exsangue.
La rate est normale.
Les reins sont petits et un peu durs ; la capsule s’enlève difficilement, en entraînant avec elle des fragments de la substance corticale.
La cavité du petit bassin renferme une petite quantité de liquide séreux. Les parois du vagin présentent un piqueté hémorrhagique abondant; une érosion superficielle existe dans l’un des culsde-sac. Le col de l’utérus est déchiré au niveau de chacune de ses commissures.
Le reste de l’utérus est sain et ne présente pas de piqûres, de déchirures ou d’autres traces de violences. Les sinus sont vides et les parois sont saines. L’insertion du placenta se trouve à la partie supérieure et droite.
Le poids de l’utérus débarrassé de ses annexes est de 900 grammes; ses dimensions sont : en longueur, 20 centimètres du fond à l’extrémité du col, 14 centimètres et demi du fond au commencement du col; en largeur, 12 centimètres de l’ouverture d’une trompe à l’autre (l’organe étant ouvert).
La vessie est vide, ses parois n’offrent pas de lésions.
Conclusions. — 1° Le cadavre de la femme V... porte les signes d’un accouchement récent, effectué au terme normal de la gestation.
2° Il n’existe pas dans les organes génitaux tant externes qu’internes, ni dans les autres viscères, de lésions qu’on puisse attribuer soit à l’ingestion de substances abortives, soit à des manœuvres mécaniques pratiquées dans le même but.
3° La mort est due à une syncope, dont la conséquence funeste a été favorisée par l’affection ancienne du cœur (symphyse cardiaque, lésions valvulaires) dont était atteinte la femme V...
MORT SIMULTANl'îE DE LA MÈRE ET DE l’eNFANT. 373
2° Autopsie de l'enfant. — Aspect eætdrieur. — f^e cadavre est celui d’im enfant du sexe féminin, pesant 3*^'',030 et mesurant 49 centimèires de longueur. Le cordon est divisé à 14 centimètres de l’ombilic; son extrémité libre présente plusieurs incisions irrégulières, mâchonnées, indiquant que rinstrumenl qui a opéré la section était tenu d’une main mal assurée, il n’y a pas de ligal lire. Le placenta est sain et pèse 320 grammes.
Le corps n’est pas putréfié ; il est couvert d’enduit sébacé, et souillé de sang. A la partie antérieure du cou, un peu au-dessus du larynx, on remarque cinq érosions linéaires, mesurant de 4 à 6 millimètres, dirigées verticalement, (ouïes légèrement curvilignes à concavité tournée vers la ligne médiane du cou; par leur forme, leurs dimensions et leur aspect, ces érosions correspondent exactement à des empreintes onguéales. Deux autres érosions analogues se trouvent un peu au-dessous de celles-ci, toujours sur le cou; une autre existe sur la face près de la commissure droite des lèvres. Au niveau de chacune de ces érosions, le derme est rouge dans toute son épaisseur, mais il n’y a pas d’ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-jacent. Sur la partie postérieure de l’épaule droite, on trouve trois autres érosions analogues, toutes doublées d’une ecchymose dans le derme et dans le tissu cellulaire sous-jacenî.
Le reste du corps ne présente pas d’autres marques extérieures de violences.
Ouverture du corps. — Le cuir chevelu est intact. Au-dessous’de lui, on trouve une petite bosse séro-sanguine sur la partie postérieure et droite de l’occipital; il existe de nombreuses ecchymoses épicraniennes disséminées sur toute la surface du crâne^ quelques-unes atteignent le diamètre d’une pièce de 1 franc. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les méninges sont congestionnées; on trouve o à6 centimètres cubes de sang liquide, épanché dans la cavité crânienne et collecté dans sa partie la plus déclive. Le cerveau est sain.
Le larynx et la trachée renferment de l’écume finement mousseuse.
Les poumons sont volumineux et remplissent la cavité thoracique ; ils présentent de nombreuses ecchymoses sous-pleurales, on remarque aussi à leur surface de larges plaques d’emphysème, occupant surlout la base des lobes inférieur et moyen. Plongés dans l’eau avec le cœur et le thymus, ils surnagent; isolés, ils surnagent également, ainsi que chacun de leurs fragments; en comprimant ces fragments sous l’eau, on en fait sortir du sang et une grande quantité de fines vésicules gazeuses qui viennent se
réunir en Groupes à la surface du liquide. Après avoir élé ainsi comprimés, les morceaux do poumons continuent à flotter sur l’eau.
Le cœur ne présente pas d’ecchymoses sous-péricardiques; ses cavités contiennent un peu de sang liquide, mais pas de caillots.
L’estomac contient des gaz et environ 10 grammes de sang mêlé à des mucosités.
La masse intestinale détachée dans son ensemble surnage dans l’eau, grâce à la quanlité d’air renfermée dans l’intestin grêle. Le gros intestin est rempli de méconium.
Le foie est très congestionné.
La rate et les reins sont sains.
Le maxillaire inférieur renferme de chaque côté quatre alvéoles nettement cloisonnés. Le point osseux de l’extrémité inférieure du fémur mesures millimètres de diamètre.
Conclusions. — 1° Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe féminin, parvenu au terme normal delà gestation.
2° Cet enfant a largement respiré.
3° La mort a été causée par une strangulation exercée par la compression du cou avec les doigts, dont les ongles ont laissé leur marque sur cette région.
82. Infanticide par strangulation par un lien. Mort de la mère. Hémorrhagie utérine, — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dupont, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 21 juin 1880, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 21 juin, par M. le commissaire de police du quartier de Saint-Merri, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre de la fille L... et de celui de son enfant nouveau-né.
« Commettons M. le D'' Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 23 juin 1880.
I. Autopsie du cadavre de la fille L... — Le cadavre est celui d’une femme de vingt-neuf ans, grasse, paraissant vigoureuse et bien constituée. La putréfaction est extrêmement avancée ; le ventre est très volumineux; ses parois sont vertes; l’épiderme a disparu en diveTs points de la surface du corps et il se détache partout au moindre frottement. Le tronc et les membres sont couverts d’arborisations vasculaires d’un rouge sale.
MORT SIMULTANÉE DE LA MÈRE ET DE l’eNFANT. 375
A la face, on remarque sur la branche montante droite du maxillaire inférieur une cicatrice ancienne adhérente à l’os.
L’orifice vulvaire est très dilaté; la fourchette présente une déchirure non cicatrisée d’une étendue d’environ un demi-centimètre.
Les parties génitales et la partie supérieure des cuisses sont couvertes de sang desséché, les vêtements, et notamment les bas, étaient aussi imprégnés de sang.
Le corps ne porte pas de traces de violences.
Ouverture du corps. — Le crâne ne présente pas de lésions.
Le cerveau, très putréfié, est très anémique.
Les poumons ne sont pas congestionnés; ils sont ramollis par la putréfaction, mais ne présentent pas d’altérations pathologiques; ils ne renferment pas de tubercules.
Les cavités du cœur ne contiennent ni caillot, ni sang liquide ; le tissu musculaire est pâle et exsangue.
L’estomac est vide.
Les intestins ne présentent pas de lésions.
Le foie est extrêmement putréfié ; des gaz se sont développés dans l’intimité de son tissu. ^
Les reins se décortiquent facilement; malgré leur putréfaction avancée, les substances corticale et médullaire se distinguent nettement.
L’utérus atteint le niveau des épines iliaques antérieures et supérieures. La muqueuse ramollie se détache facilement en petits lambeaux, quelques caillots sanguins lui sont encore adhérents au niveau du fond de l’organe.
La distance du sommet de l’utérus au col est de 23 centimèires, le diamètre transversal maximum est de 15 centimètres. Le poids de l’organe, débarrassé de ses annexes, est de 860 grammes.
Le vagin et la vessie ne présentent pas de lésions.
Conclusions. — 1° Le cadavre soumis à notre examen est celui d’une femme accouchée récemment et à terme.
2° L’état de Tutérus, la pâleur et l’anémie de divers organes prouvent que la moi test le fait d’une hémorrhagie abondante.
3° Sur aucun point du corps, on ne constate de traces de violence, notamment sur le col de l’utérus et les parties génitales externes.
IL Autopsie de V enfant nouveau-né de la fille L... — Aspect extérieur. — Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né, du sexe féminin, pesant 3’^‘*,380 et mesurant 54 centimètres de longueur totale, 29 de l'ombilic à la tête. La putréfaction est très avancée. Le cordon ombilical, desséclié, et qui a été déchiré, et non pas coupé
nettement, mesure 22 centimètres. Le placenta pèse 340 grammes; ses diamètres sont 20 centimètres et 15 centimètres.
La face est couverte de sang desséché ; les yeux putréfiés sont affaissés dans les orbites.
Un lien fait trois fois le tour du cou, il est attaché au-dessous de l’oreille gauche par un nœud simple, et la peau en ce point est excoriée, mais non ecchymotique. Entre les tours du lien, la peau est fortement œdémateuse et présente plusieurs ecchymoses ponctuées.
Au-dessous du menton, dans la partie droite de la région sushyoïdienne, on remarque deux petites érosions presque punctiformes, distantes entre elles de 3 centimètres et dont l’une seulement est doublée d’une légère ecchymose.
Le reste du corps ne porte pas de traces de violences.
Ouverture du corps. — Les téguments du crâne présentent de nombreuses ecchymoses épicrâniennes. Les os du crâne ne sont pas fracturés.
La pie-mère cérébrale présente en plusieurs points des extravasations de sang coagulé; la substance cérébrale est saine.
La bouche ne contient pas de corps étranger. La muqueuse du larynx est couverte d’ecchymoses ponctuées ; celle de la trachée est légèrement injectée.
Les poumons sont volumineux et remplissent la cage thoracique; ils sont pâles, anémiques, et présentent des ecchymoses sous-pleurales assez nombreuses. Ils surnagent dans toutes leurs parties; e(, pressés sous l’eau, leurs divers fragments laissent échapper de fines bulles d’air.
Le cœur ne porte pas d’ecchymoses sous-péricardiques, ses cavités renferment un peu de sang liquide avec des bulles de gaz de putréfaction.
L’estomac renferme un peu de mucus, mais pas de gaz; les intestins n’en renferment pas non plus ; le mésentère présente des suffusions sanguines en divers points.
Les autres viscères abdominaux ne présentent pas d’altérations autres que celles qui résultent de la putréfaction.
Le point d’ossification de l’extrémité inférieure du fémur mesure environ 2 millimètres d’épaisseur.
Conclusions. — 1° Le corps soumis à notre examen est celui d’un enfant nouveau-né à terme.
2° Cet enfant a largement respiré.
3° La mort résulte de la strangulation opérée par le lien qu’il portait autour du cou.
EPOQUE DE LA. MORT
O. — Époque de la mort.
83. Détermination de l’époque de la naissance et de la mort d’un nouveau-né, faite par la méthode entomologique. — Nous fûmes commis, le 15 janvier 1878, par M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre d’un nouveau-né trouvé dans un terrain vague de la rue Rochebrune. Le cadavre était entouré de quelques linges, imbibés par l’humidité et pourris dans les points qui élaient en contact avec la terre (1).
Voici quel fut le résultat de notre examen :
Le cadavre est celui d’un nouveau-né du sexe féminin. Il mesure 48 centimètres de long et pèse 250 grammes, la sixième partie du poids normal. 11 est absolument desséché et sonne comme du carton. Il est transformé en une vérilable momie. Il est recouvert par un linge torchon, qui a contracté avec la peau des adhérences tellement intimes qu’il est impossible de les séparer.
Le cordon ne porte pas de ligature, il mesure 25 centimètres et adhère à l’ombilic.
Les os sont intacts; il n’y a pas de fractures, notamment des os du crâne. Les viscères desséchés ne forment plus qu’une masse informe, dans laquelle on ne distingue plus les points où cesse le parenchyme pulmonaire, le cœur, le foie, etc. Tous les tissus, notamment les muscles, sont transformés en gras de cadavre.
Le crâne est vide, l’encéphale a disparu et on ne trouve plus sur la lente du cervelet qu’une masse de pulvérin de quelques grammes.
Il est impossible de reconnaître actuellement l’existence des lésions qui n’auraient atteint que les parties molles et de savoir si l’enfant a respiré.
Les condyles des fémurs ont leurs points d’ossification bien développés.
Le cadavre est donc celui d’un nouveau-né arrivé au terme de la vie inira-utérine.
Sur la peau et clans les cavités du crâne fourmille une rjucmtité d'acares que l'on distingue nettement à la loupe et de larves d'insectes.
L’état de dessiccation de cette petite momie ne permet pas de croire qu’elle ait séjourné longtemps dans le terrain vague où on Ta
(1) P. Broiiardel, Détermination de l’époque de la naissance et de la mort d’un nouveau-né faite à l’aide de la présence des Acares et des chenilles d’Agtosses dans un cadavre momifié [Anna'es d'hygiène pu^ blique et de médecin^ légale.^ 1879, t. II, p. 153).
trouvée exposée à l'humidité de l’air, il est certain que le cadavre a dû être conservé dans un lieu sec, dans une armoire, une malle ou derrière un lieu chaulTé, tel qu’une cheminée, et que c’est dans les derniers jours seulement qu’il a été déplacé et déposé dans le terrain de la rue Rochebrune.
Il resle à savoir si on pourrait utiliser les lois du développement des insectes que l’on trouve sur le corps de ce nouveau-né pour déterminer approximativement le moment de la naissance, ainsi que le D'' Berj^eret (d’Arbois) y était parvenu en 1850 (1). Nous nous sommes adressé àM. Edmond Perrier, professeur au Muséum d’histoire naturelle, et à M. Mégnin, vétérinaire de l’armée, qui ont mis, avec la plus grande complaisance, leurs connaissances spéciales à notre disposition.
Voici les notes qu’ils ont bien voulu nous remettre :
Note de M. Edmond Perrier. — « 1° L’enfant est entouré d’un tissu végétal assez grossier absolument adhérent au tégument.
« 2° Ce tissu n’est pas suffisant pour l’avoir mis à l'abri des larves de mouches qui auraient pu pondre à sa surface.
« 3° Les larves auraient certainement dévoré le tissu de l’enfant s’il avait été abandonné immédiatement après la mort.
« L’enfant a donc été enfoui profondément ou desséché avant d’avoir été abandonné. Celte dernière hypothèse est la plus probable, vu l’état de conservation du cadavre.
« 4° Les animaux qui se trouvent actuellement dansle tissu sont :
(( A. Des Acares d’espèces à déterminer par M. Mégnin, mais on en trouve dans tous les endroits humides et riches en matières organiques.
« B. Des chenilles d'Aglosses, papillons voisins des Teignes et se nourrissant de malières grasses.
« De cette dernière circonstance on peut inférer que le cadavre est relativement récent (de l’été dernier probablement).
« 5° On ne trouve pas de Dermestes cuivrés qui n’auraient pas manqué d’attaquer un cadavre plus ancien et débarrassé de malières grasses, comme les pelleteries, par exemple. »
Noie sur la formation et la durée de la colonie acarienne qui existe sur la momie d'enfant, par M. Mégnin. — « La momie d’enfant en question est couverte d’une couche de pulvérin brunâtre, qui est exclusivement composée de dépouilles d’Acariens et de leurs fèces. Cette couche est plus ou moins épaisse suivant les régions, mais on peut dire qu'elle a, en
(1) Bergeret, Infanticide, mo77iification 7iaturelle du cadavre (.4nn, d’hyg., 1855, 2® série, t. IV, p. 452).
ÉPOQUE DE LA MORT
moyenne, 2 millimètres d’épaisseur. A la surface du corps, je n’ai pas trouvé d’Acariens vivants, mais dans l’intérieur du crâne il y avait encore une colonie nombreuse, grouillante, et pleine d’activité, au milieu d’un pulvérin bien plus abondant qu’à la surface du corps. Tous ces Acariens appartiennent à une seule espèce, le Tyroglyphus longior Gervais, qui vit exclusivement des acides gras et des savons ammoniacaux qui se forment à la surface des matières animales en état de décomposition sèche comme les préparations anatomiques dites naturelles, les fromages secs, gruyère et aulres, etc.
« Pour calculer le nombre des Acariens et par suite déduire, connaissant la loi de leur développement, le temps qu’il leur a fallu pour former des colonies couvrant une surface que j’estime à 3 000 centimètres carrés d’après un calcul approximatif, j’ai opéré ainsi: je compte par millimètre cube au moins 4 Tyroglyphes ou leur dépouille et celle de leurs œufs, ce qui me donne, par centimètre carré sur 4 millimètres d’épaisseur, 800 Acariens, c’est-à-dire, pour toute la surface du corps, 800 X 3 000 = 24 000 000, c’est-à-dire, pour toute la surface du corps à l’intérieur du crâne, 2 400 000 Tyroglyphes morts ou vivants, morts surtout. La colonie a eu pour origine quelques nymphes hypopiales apportées par des Diptères, des Coléoptères ou des Myriapodes. C’est toujours ainsi que se forment les colonies de ce groupe d’Acariens, comme je l’ai démontré, et cela prouve que la momie, au moment où elle a été envahie par les Acariens, était accessible aux insectes venus de l’extérieur.
U On voit par les observations faites par M. Fumouze sur le Tyroglyphus longior (i), que j’ai faites moi-même sur des espèces voisines, entre aulres sur le Tyroglyphus mycophagus (2), qu’une femelle de ces Acariens est capable de pondre dix à quinze jours après sa naissance et qu’elle pond une quinzaine d’œufs, parmi lesquels les deux tiers donnent des femelles et l’autre tiers des mâles. On peut donc élablir le tableau suivant:
énération,
après 15 jours
10 femelles.
5 mâles
lÜOCOO
« C’est à peu près la même proportion que suivent tous les Sarcoptides.
(1) Fumouze, Journal d’anatomie de Ch. Robin, 18G5.
(2) .Mégnin, Journal d'anatomie de Ch. Robin, 1874.
« Ainsi, après trois mois il est né d’un seul couple dans la colonie, 1 500 00^) individus, si nous comparons le chiiïre de 2 400 000 obtenu plus haut, nous voyons ({u’il a mis à se former quelques jours de plus que trois mois et c’est un grand minimum, attendu que la colonie a pullulé moins à la surface du corps qu’à l’intérieur du crâne où elle a trouvé une provision de gras de cadavre plus abondante qu’ailleurs ; elle y était du reste encore en pleine activité et a formé une couche de pulvérin bien plus épaisse que celle qui sert de base à mon calcul.
« Le moment où la momie d’enfant a été exposée à l’air est donc éloigné du moment actuel de trois mois au moins, plus le temps nécessaire à la formation du gras de cadavre, ce qui porte cette exposition à l’air à six ou huit mois au plus. »
Ainsi, de l’avis de MM. Edm. Perrier et Mégnin, il s’est écoulé cinq à six mois environ depuis que ce cadavre de nouveau-né a été abandonné à l’air et qu’il a pu être envahi par les Aglosses et les Tyroglyphes. Mais il est probable, si l’endroit où il s’est desséché était absolument clos, sans communication avec l’extérieur, que le temps écoulé depuis la naissance a été plus prolongé et que l’invasion par les Acares, datant de trois mois au moins, s’est faite sur un cadavre déjà ancien.
Conclusion. — 1'^ Ce cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe féminin, arrivé à la fin du neuvième mois'dela vie inira-utérine.
2° Il n’est plus possible de constater s’il a subi des violences qui n’auraient atteint que les parties molles.
3° 11 est également impossible de dire si l’enfant a respiré.
4° Les colonies d’Acariens et les chenilles d’Aglosses trouvées sur le cadavre, prouvent que le moment de mise à l’air de la momie date de six à huit mois, mais la date de la naissance ne peut être précisée.
84. Détermination de l’époque de la mort par la méthode entomologique. — Le 26 janvier 1883, une ordonnance de M. Guillot, juge d’instruction, chargeait M. le D** Descoust et M. Mégnin, de rechercher, s’il était possible, les causes, ou tout au moins l’époque à laquelle remontait la mort d’un enfant nouveau-né qu’on venait de trouver desséché au fond d’un placard, dans une maison du faubourg du Temple.
Nous transcrivons ici la partie du rapport de M. Mégnin (1) ;
(( Le cadavre de l’enfant nouveau-né, en question, se présente
(1) Nous empruntons les obs. 84, 85, 8G, 87 à M. P. Mégnin, La Faune des cadavres.
EPOQUE DE LA MORT
avec les tégumenls elles organes soiis-jacents à peu près intacts, quoique complètement desséchés, mais encore très odorants ; les téguments portent l’impression des linges dans lesquels le cadavre a été enveloppé et comme ficelé, lesquels linges sont empesés par un liquide gélatineux qui a suinté du cadavre et dont ils ont été imprégnés ; ils présentent dans leurs plis quelques coques de nymphes de mouches Sarcophages, mais un bien plus grand nombre de coques de nymphes d’un tout petit Diptère, dont on a retrouvé quelques cadavres d’insectes parfaits, ce qui permet de déterminer son espèce : c’est la Phoraaterrima, petit moucheron noir, qui a, au plus, 3 millimètres de long.
« Le cadavre présente au cou, à gauche, une anfractuosité déchirée, bordée de petits pertuis en trous d’écumoire, communiquant avec l’intérieur du corps et exhalant une forte odeur de vieille cire rance. Celte anfractuosité paraît être le résultat du travail des larves de mouches et correspond à un point où l’enveloppe en tissu laissait un hiatus par où les insectes Sarcophagiens ont pénétré. Dans le voisinage de cette anfractuosité, nous trouvons une coque de nymphe d’un grand Sarcophagien, probablement la Calliphora vomitoria, et des myriades de coques de la Phora aterrima. Ces coques existent aussi en grand nombre dans les cheveux de l’enfant, qui sont très développés, comme ceux de beaucoup d’enfants nouveau-nés.
« Nos recherches, sur toute la surface de cette momie, nous font reconnaître la présence de très rares Acariens détriticoles des espèces Tyroglyphus longior et Glyciphagus spinipes, qui se promènent sur les téguments, mais n’ont pas encore établi de véritables colonies, car nous ne trouvons aucune trace de leurs cadavres ni de leurs déjections accumulées sous forme de pulvérin jaunâtre ; nous trouvons aussi dans les cheveux un spécimen vivant, mais unique, d’un petit Coléoptère des cadavres, du groupe des Histérides et de l’espèce Saprinus rotondatus.
« Nos recherches répétées et persistantes ne nous font découvrir aucune espèce dùnsectes ou leurs dépouilles ; les Dermestes et les Anlhrènes en particulier, brillent par leur absence.
« Les renseignements à tirer de nos recherches sont les suivants :
« L’extrême rareté de Diptères du groupe des Sarcophagiens indiquée par l’extrême rareté de leurs dépouilles, montre que l’époque de la mort remonte à une saison où ces insectes sont très rares, comme l’entrée ou la fin de l’hiver.
L’abondance des Phora qui n’envahissent les matières en décomposition que quand elles sont à moitié desséchées, in-
observations et expertises médico-légales.
di(jue que quand Ja belle saison où ils pullulent est arrivée, la dessiccation du cadavre de l’enfant était assez avancée et a continué pendant le reste de la saison sous l’influence de ces Diptères.
(( Enfin, la rareté des Acariens, l’absence de Dermesles et d’Antlirènes, qui sont, ces derniers surtout, des travailleurs de la seconde année, montrent que celte deuxième année n’était pas commencée encore.
« En conséquence, nous estimons que la mort de l’enfant remonte à environ un an et qu’elle a eu lieu avant le printemps de rannée 1882. »
La mère de cet enfant, qui était une servante, arrêtée depuis la rédaction de ce rapport, a avoué qu’il était effectivement mort au mois de février de la susdite année, et voici ce que M. Descoust écrivait à M. Mégnin, au mois de mars 1883 :
« ... Je vous annonce, en même temps, que l’appréciation que vous avez faite de la date de la mort de l’enfant est tout à fait exacte.
« La mère de l’enfant a été arrêtée depuis votre lettre et elle a avoué être accouchée le 3 février 1882. »
85. Détermination de l’époque de la mort par la méthode entomologique. — Il s’agit de trois momies de fœtus, dont deux étaient à terme et le troisième bien avant terme, trouvées enveloppées ensemble, dans un jardin où elles avaient été jetées pendant la nuit, au piintemps de l’année 1884.
Nommé expeil, avec M. le D'’ Descoust, pour examiner ces fœtus, M. Mégnin fit le rapport suivant rédigé le 14 mai 1883 :
« Trois fœtus, dont deux à terme (n°s 1G6 A et 167 M) et un plus jeune (no 168 P), entièrement momifiés et desséchés, trouvés enveloppés dans un même linge et dans un jardin où leur présence n’avait pas été constatée la veille, ayant] été soumis à notre examen, voici le résultat de nos recherches :
« (N° 166 A). — Ce grand fœtus, largement à terme, comme l’indique le développement de ses follicules dentaires et ses longs cheveux noirs, est du sexe féminin. Il est desséché, momifié, et ne dégage aucune mauvaise odeur, seulement une odeur de vieux livre, de bouquin, ou de rance assez faible; il est enveloppé en grande partie d’un linge fin, empesé par des liquides albumineux cadavériques depuis longtemps desséchés; il est parsemé de taches pulvérulentes jaunes de soufre, produites par un cryptogame microscopique {Isaria cilrina Robin). Dans les plis du linge, existent un grand nombre de coques de nymphes de Diptères, la plupart vides, mais dont quelques-unes contiennent encore des nymphes à un état de développement plus ou moins avancé.
Éi’OQUE DE LA MORT.
Le corps du fœtus, débarrassé des linges qui l’enveloppent, se montre '‘couvert intus et extra d’une poussière roussàtre, dans laquelle nous retrouvons des coques de nymphes semblables à celles des plis du linge et des myriades d’autres nymphes beaucoup plus petites et toutes vides, sauf quelques rares exemplaires qui contiennent encore de petits Diptères morts au moment où ils allaient s’envoler et dans lesquels on reconnaît la Pliora aterrima.
Dans la même poussière existent aussi, soit libres, soit encore renfermés dans des coques, soit à l’état de débris d’ailes ou de corps, de nombreux cadavres d’un Diptère dont on ne connaissait pas encore les mœurs à l’état larvaire, la Curtonevra pabulorum Rob. D.
Nous trouvons encore dans la poussière rousse des coques de nymphes remarquables par leurs prolongements rameux latéraux qui caractérisent des nymphes d'Anthomyies ; on trouve même des débris de ces Diptères et surtout des ailes.
Enfin, la poussière elle-même est entièrement composée de déjections et de cadavres d’Acariens des espèces Tyroglyphus siro et Tyroglyphus longior et de leurs larves hypopiales.
Les cavités splanchniques ne conservent plus aucun organe; elles sont remplies par une poussière analogue à celle de la surface du corps et de même composition.
U (N° 167 M). — Le second fœtus, un peu moins grand que le premier, mais paraissant aussi être à terme, est enveloppé d’un linge fin de même qualité que celui du précédent ; il est aussi au même degré de dessiccation et a la même odeur cadavérique.
Nous trouvons aussi à sa surface quelques coques de Diptères et des débris d’insectes parfaits des mêmes espèces que chez le précédent [Curtonevra pabulorum, Anthomyia, Phora atenima), mais en petit nombre et quelques-uns écrasés par les linges, ce qui paraît dû à ce que, après l’invasion des Diptères et de leurs larves, c’est-à-dire après les premières phases de la fermentation putride, une enveloppe de linge plus complète a été appliquée sur le fœtus et a enfermé des larves qui ont été arrêtées dans leur développement et écrasées. Néanmoins il existe aussi de la poussière sur certaines parties du corps, non en contact avec le linge d’enveloppe, et, dans cette poussière, plus grossière, on trouve quelques Tyroglyphes avec leurs larves hypopiales, mais partout et en grand nombre, un Acarien très différent, de la famille des Gamasidés, du genre Trachynotus, et d’une espèce non encore décrite par les Aptérologistes et que nous avons nommé Trachynotus cadaverinus.
(N° 168 P). — Le plus petit des trois fœtus et le moins âgé, car
il est tout au plus ii6 ù terme, est dans le même état de dessiccation que les précédents, il ne d'-gage pas plus d’odeur; mais il est si bien enveloppé de plusieurs doubles du même linge, que l’absorption des liquides cadavériques par ce linge a été assez active pour que la dessiccation ait pu s’ensuivre très rapidement en raison surtout de sa petitesse, — sans que les Insectes, non plus que les Acariens, y aient participé, ce qu’ils ne pouvaient, du reste, puisqu’il leur était impossible de pénétrer jusqu’au cadavre. Néanmoins, en raison de l’analogie de l’état de dessiccation, nous estimons que la mort de ce fœtus doit remonter à la même époque et à la même année que celle des précédents.
« Quelle est cette époque?
« Nous estimons’ que l’action des grands Diptères {Ciirtonevra, Ahthowyia) s’est exercée pendant toute une belle saison; que l’année suivante, les Phora qui ne recherchent que les cadavres à moitié desséches, ont continué, et que les Acariens ont terminé cette seconde année en brochant sur le tout; mais ceu.\-ci sont tous morts, et paraissent l’être depuis longtemps, ce qui nous autorise à porter à un minimum de trois ans le temps qui s’est écoulé depuis la mort des fœtus les plus grands. »
La connaissance des mœurs, et des habitudes des Insectes et des Acariens dont nous venons de parler nous permet de tirer d’autres inductions.
Les Diptères de l’espèce Curtonevrapabuloriim et ceux du genre Anthomyia sont entièrement ruraux; c’est donc dans une localité rurale ou voisine des champs que les petits cadavres des fœtus ont été exposés à l’action des insectes.
De plus, si le fœtus n° 166 a pu être conservé dans un grenier, comme l’indiquent les espèces acariennes qui ont achevé l’œuvre de dessiccation, le fœtus n° 167, après avoir séjourné un cerlain temps dans le voisinage du grenier, a élé réenveloppé de nouveau et transporté au voisinage d’un fumier ou d’un jardin, comme l’indique la présence de l’Acarien Gamaside, le Trachynohis, qui s’en est emparé et qui n’habite jamais l'intérieur des habitations, mais toujours les fumiers ou amas de détritus organiques.
Quant au plus petit des fœtus, il a pu rester sans inconvénient dans le voisinage du premier, mais nous n’avons aucun indice pour nous renseigner sur le lieu où il a été enfermé.
En somme, l’identité du linge lin qui a enveloppé chacun des trois fœtus à l’origine, indique qu’ils l’ont été sans doute par la même main et qu’ils se sont desséchés dans ditférents endroits d’une habitation rurale, bien qu’ils aient été trouvés à Paris.
ÉPOQUE DE LA MOUT
86. Détermination de l’époque de la naissance et de la mort faite par la méthode entomologique. — Un fœtus fut trouvé dans une caisse à Paris, caisse restée dans les rebuis de l’administration des Messageries par suite d’une fausse adresse intentionnelle.
Le fœtus, qui était à l’état frais, non encore entré en décoraposilion, ce qui s’explique par la rigueiii* de la saison (on élait en mars 1886), était entouré d’une matière tei'reuse à odeur de fumier, lorsqu’il fut remis par M. Socquet à M. Mégnin, le 31 mars, pour être examiné.
Dans celte terre grouillaient un certain nombre de larves blanches, petites, cylindro-coniques, dans lesquelles M. Mégnin reconnut les larves de la mouche des fenêtres {Miisca domestica), qui se développent d’habitude dans le fumier d’écurie. Ce développement ne se fait que si la température est favorable.
Au mois de mars, la température est tellement basse qu’aucune mouche n’était encore apparue. Or, on sait que les premières mouches qui apparaissent au printemps, ce sont des femelles fécondées qui passent l’hiver engourdies dans des trous de murs ou autres cachettes, et qui, en pondant, fournissent les premières générations de mouches de l’année. La présence de larves dans la terre qui entourait le fœtus, prouve que celui-ci vient d’un pays où le printemps régnait déjà au milieu de mars et ce pays ne peut être que le midi de la France.
Ce sont là les déductions tirées par M. Mégnin de l’étude de la pièce qu’il a eu à examiner,
87. Détermination de l’époque de la naissance et de la mort faite à l’aide de la méthode entomologique. — Appelé, le 20 mars 1883, à examiner le cadavre d’un fœtus envoyé au laboratoire de médecine légale de Paris, M. Mégnin a constaté que le corps était desséché et à peu près complètement momifié, enveloppé dans des débris de linges, dans les plis agglutinés desquels existait une poussière noirâtre qui couvrait aussi une grande partie du cadavre.
L’examen de cette poussière, dans laquelle se promenait im certain nombre de larves vivantes sous forme de vers blancs cylindriques, à tête rousse, lui a montré qu’elle était composée presque entièrement de petits corps sphériques, opaques, rugueux, noirs ou bruns, qui n’étaient autre chose que les déjections de larves d’insectes.
Dans cette poussière se trouvait aussi :
« 1° Un certain nombre de pupes de mouches carnassières, P. Broüardel. — L’Infanticide. 26
piipes toutes vides dont les occupantes étaient envolées depuis longtemps.
(c 2° Quelques fourreaux provenant des mues de larves de Lépidoptères du groupe des Tineites.
« 3° Quelques Acariens très vivants du genre Tyroghjphus, qui se promenaient dans la poussière.
« 4° Enfin un grand nombre de fourreaux tissés, encore habités par une Tinéile, qui n’est autre que la fausse teigne des cuirs de Réaumur, VAglossa cuprealis, qui vit de matières animales desséchées. Ce sont certaines de ces chenilles sorties de leur fourreau, ou n’en ayant pas encore construit, qui se promènent dans la poussière noire et qui frappent la vue par leur blancheur, tranchant sur le fond noirâtre de la première.
« Voyons maintenant quelles indications nous fournissent les
insectes ou débris d’insectes analvsés ci-dessus :
« Les débris qu’ont laissé les mouches carnassières et l'absence complète de leurs cadavres ou de leurs larves, débris, du reste, en petite quantité, correspondent à une première belle saison, entièrement écoulée ou qui était déjà avancée.
« Une deuxième période est indiquée par la présence des Aglosses, dont les larves passent l’hiver pour se métamorphoser au printemps. Au moment où nous les examinons, elles ont leur entier développement et ont confectionné leur fourreau pour se préparer à cette métamoi phose. Elles sont arrivées sur le cadavre en juillet dernier et c’est, par suite, l’automne précédent que se sont montrées les mouches carnassières. Ceci nous suffirait déjà pour faire remonter la mort du fœtus à l’automne de 1883 ; le calcul est confirmé par l’arrivée des Acariens et l’absence des Anthrènes qui appartiennent à la troisième période, laquelle est sur le point de commencer.
« Nous sommes donc autorisé à conclure que l’époque delà mort du fœtus remonte à dix-huit mois, c’est-à-dire à l’automne de 1883. »
(La mère, arrêtée plus tard, a avoué que son enfant était mort pendant l’accouchement en octobre 1883.)
88. Détermination de l’âge d’un cadavre par la méthode entomologique. — M. le Bouton, de Besançon, ayant envoyé une communication sur deux cas d’infanticide, à la Société de médecine légale, avec des pièces à l’appui, M. le Socquet fut chargé de faire un rapport (1). C’estce rapport que nous transcrivons ci-après :
(1) Socquet, Deux cas d'infanticide [Annales 1886, tome XllI,
ÉPOQUE DE LA MORT. 387
Une fille R..^ était arrêtée ci Besançon le 20 août 1881 sous riiiculpation d’infanticide.
Le 27 septembre de la même année, le D'’ Bouton fut commis par M. le juge d’instruction de Besançon ;
1° A l’elfet de rechercher si les ossements renfermés dans un ‘ pahier, saisi au domicile de l’inculpée, étaient ceux d’un enfant; de- déterminer l’époque de la naissance.
2° De faire connaître le nom des plantes se trouvant dans le même panier, en indiquant les propriétés vénéneuses ou abortives qu’elles peuvent avoir.
3° D’examiner le jupon noir à doublure bleue dans lequel l’in- ,culpée aurait mis l’enfant, dont les ossements sont dans le panier; de dire si ce jupon présente des traces de méconium, et, dans l’affirmative, préciser les conséquences qu’il y a lieu d’en tirer.
4° Enfin, de s’expliquer sur l’allégation de l’inculpée, qui prétend qu’après être accouchée dans la nuit du 27 au 28 août, elle s’est endormie, avec l’enfant entre les jambes, jusqu’au lendemain matin six heures moins le quart, alors qu’elle avait déjà eu deux enfants et qu’elle accouchait, par conséquent, pour la troisième fois.
Les conclusions du rapport de M. le Dr Bouton ont été les suivantes :
« 1° Nous avons, sous les yeux, les ossements de deux enfants
« Un de ces deux enfants était à terme, il est né au printemps de 1880, ainsi que l’indique la présence de coques vides de mouches carnassières. Le méconium, rencontré sur le jupon, indique qu’il a vécu, car nous pensons qu’il a rendu son méconium hors du sein maternel.
(( Il est possible que le deuxième produit n’ait que huit mois ou huit mois et demi, aucun indice ne nous permet d’établir exactement l’époque de sa naissance.
« 2*^ Les plantes contenues dans le panier ne sont ni vénéneuses ni abortives.
« 3° Le jupon est taché de méconium, indice à peu près certain . que l’enfant est né vivant et qu’il a succombé à une mort violente.
« 4® La rouille ne permet plus de reconnaître s’il y a eu des taches de sang.
« 5° Enfin, il ne nous est point possible d’admettre que l’inculpée, accouchant, pour la troisième fois, dans la nuit du 27 au 28 août, ait pu dormir jusqu’à six heures du malin, sans avoir été réveillée par des douleurs de coliques utérines. »
Nos conclusions étant conformes à celles de M. le D'* Bouton, pour
toutes les questions, à l’exception de la première, nous ne nous occuperons que de celle-là en indiquant les recherches auxquelles nous nous sommes livré.
Le D’’ Boulon s’exprime ainsi dans son rapport :
« Examen des os, des tissus et des insectes.
a Les os de l’un des produits sont en partie recouverts de tissus desséchés, momiQés, c’est-à-dire, qu’au lieu de se trouver en état de putréfaction ordinaire, placés dans un lieu sec, peu aéré, ces tissus se sont parcheminés et transformés en gras de cadavre. On y trouve des trous et de nombreux sillons, effets des larves qui ont rongé la matière. Ces larves nous ont laissé, non seulement les traces de leur passage, mais encore des chrysalides, des petits vers blancs de 6 à 8 millimètres de long. Quelques-uns se sont transformés en nymphes. Nous retrouvons quelques Coléoptères d’une extrême petitesse.
« 1° Les coques de nymphes sont toutes ouvertes par une extrémité ; elles ont 6 millimètres de long sur 3 millimètres de largeur; leur aspect est brun rouge, couleur acajou. Ces coques ont renfermé la mouche carnassière. C’est dans l’été de 1881, que la mouche est sortie de sa métamorphose. L’histoire naturelle nous apprend que la femelle pond ses œufs pendant l’été ; ces œu^s, devenus larves, conservent cette forme en se nourrissant de chairs pendant l’automne et l’hiver pour se transformer en nymphes au printemps, et en insectes parfaits au commencement de l’été. La chaleur hâte leur éclosion. Ainsi, il faut un an pour que la métamorphose s’opère et quand le 27 septembre, nous avons eu à examiner ces pièces, elles étaient ce qu’elles sont aujourd’hui, des coques ouvertes dont les mouches étaient sorties au commencement de l’été.
« 2° Les vers blancs et leurs chrysalides sont les produits de la mite ou petit papillon dont les larves attaquent les tissus aniinaux desséchés. La femelle fécondée pond des œufs en automne, d’où sortent des larves qui se transforment au printemps en donnant des chrysalides qui conservent la forme des vers en brunissant. Celte chrysalide mesure 9 millimètres de long sur 2 d’épaisseur; elle présente deux cornes à sa petite extrémité.
« Au printemps, le papillon sortira de sa coque. La femelle a déposé ses œufs en automne 1880. C’est au piintemps de 1882 que l’insecte se montrera sous sa forme de papillon.
« Nous avons soumis à M. Gaston Moquin-Tandon, professeur d’histoire naturelle à la Faculté des sciences de Besançon, un des petits Coléoptères trouvés dans les débris d'insectes, pour le déterminer, et ce savant nous a appris que c’est le Drilus flavescens.
ÉPOQUE DE LA MORT
« Conclusion de ce qui précède : d’après les transformations subies par les Insectes que nous avons rencontrés, nous pouvons aflirmer que Tun des fœtus soumis à notre examen venait de naître à la fin du printemps ou au commencement de l’été de 1880. »
M. Socqueî fait remarquer que la détermination de l’époque de la mort d’un enfant par l’examen de son cadavre plus ou moins desséché, s’est présentée assez rarement àrattention des médecins légistes, qu’il n’existe pas encore de règles fixes en cette matière et que la solution d’un tel problème devient fort délicate. Il y a lieu, en effet, de tenir compte des circonstances propres à chaque cas, suivant que le cadavre a été exposé dans un lieu sec ou humide, au contact ou à l’abri de l’air, enfin de posséder des connaissances enlomologiques approfondies.
M. Socquet, pour vérifier ce dernier point, a appelé à son aide M. Mégnin, lequel ne croit pas pouvoir accepter les conclusions de M.leD’^ Bouton, pour les raisons suivantes :
« 1° Après avoir reconnu que certaines coques brunes de 6 millimètres de long sur 3 millimètres de diamètre, sontbien des chrysalides vides de mouches carnassières, l’auteur dit :
« L’histoire naturelle nous apprend que la femelle pond ses « œufs pendant l’été, que ces œufs donnent des larves qui se nourrissent des chairs où elles sont déposées, pendant l’automne et « l’hiver pour se transformer au printemps suivant en chrysalide « et dans l’été en insectes parfaits. »
Ce n’est pas cela que nous apprend l’histoire naturelle, mais ceci : la mouche carnassière ne met qu’un à deux mois pour parcourir toutes ses phases, de l’état d’œuf à celui d’insecte parfait, et non un an comme dit l’auteur.
C’est vrai, en général, pour les papillons, mais nullement pour les mouches, lesquelles du reste ne travaillentjamais ensemble, comme paraît le croire le D’’ Bouton.
2° Les chrj^salides à petite extrémité munie de deux cornes, qu’il croit devoir appartenir à des teignes, et dont il joint des exemplaires à son rapport, sont au contraire des chrysalides d’un petit Coléoptère mangeur de gras de cadavre, le Dermestes larclariiis. C'est bien un travailleur de la deuxième année, qui met quatre mois à parcourir ses différentes phases, mais tout le passage consacré à cette piétendue mite est complètement erroné.
« 3° Les petits Coléoptères, qui, sur la détermination de M. Moquin-Tandon, sont des Drilus flavescens et se trouvaient dans les résidus des poumons des cadavres, constituent par leur présence dans ce milieu un fait nouveau et très intéressant, car jusqu’à présent on ne les avait rencontrés que dans les coquilles d’escargots
morts. Cette espèce sera donc à ajouter à la longue série des Insectes des cadavres déjà classés.
« L’examen microscopique de la poussière des petits cadavres n’a pas été fait par l’auteur.
« Nous l’avons fait pour celle qui accompagnait les chrysalides envoyées, et nous y avons trouvé des cadavres d’ Acariens et de leurs larves hypopiales, ce qui prouve que leur période d’activité était passée, et ce qui porte à plus de deux ans, très probablement à trois, l’âge du cadavre en question. » •
P. — Questions relatives à la mère.
89. Examen de l’inculpée. Constatation de virginité. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dupont, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance en date du 20 avril 1880 ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 21 février 1880 par M. le commissaire de police de Levallois-Perret, constatant qu’un fœtus a été trouvé dans le jardin de l’hospice GrefTulhe.
« Commettons M. le D’’ Brouardel, à l’effet de procéder à l’examen de la nommée D... (Joséphine), dix-huit ans, et de constater tous indices de crime ou délits. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 20 avril 1880.
Cette jeune fille, âgée de dix-huit ans, est petite, assez forte, vigoureuse. Elle paraît en bonne santé.
Elle affirme n’avoir jamais été malade, et on ne conslate pas de trace d’affection viscérale.
Les seins sont fermes, durs, la peau qui les couvre ne présente pas de vergetures.
La peau de Pabdomen est lisse, sans vergetures. Les parois ne sont pas relâchées.
La conformation des organes génitaux est à peu prè s normale, mais cependant les grandes lèvres atrophiées ne ferment pas la vulve en arrière.
Le clitoris, les petites lèvres ont leur couleur et leur forme à peu près normales. La fourchette est intacte, sans traces de déchirures, ou de cicatrice.
La membrane hymen a une forme labiale, elle est absolument intacte. Son ouverture étroite ne permet même pas d’introduire la partie onguéale de l’index.