QUESTIONS RETATIVES A LA MÈRE
Conclusions. — 1° La nommée D... (Joséphine), âgée de dixhuit ans, n’est pas déflorée.
2° Elle ne porte aucune trace d’une grossesse, d’un avortement ou d’un accouchement antérieur.
90. Examen de la mère. Détermination de la date de l’accouchement. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en daet du 18 octobre 1881, ainsi conçue :
« Vu la procédure contre W... (Louise), inculpée d’infanticide.
(( Attendu qu’il importe de savoir si l’inculpée estaccouchée à terine-
« Attendu que le cadavre de l’enfant n’a pas été retrouvé.
« Attendu que l'inculpée aurait été acheter de l’absinthe quelque temps avant son accouchement.
(( Attendu qu’il a été saisi à son domicile trois fioles et une boîte ayant contenu des médicaments (scellé n° 3).
« Commettons M. le D*" Brouardel, à l’effet :
« 1° De rechercher, par l’examen de l’inculpée actuellement à Beaujon, salle Saint-Paul, si elle est accouchée récemment et à terme (des linges tachés de sang ont été saisis, et sont au greffe sous scellé n° 4).
« 2° D’examiner les médicaments saisis et de constater s’ils étaient de nature à déterminer un avortement. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à ces divers examens.
l. Examen de la nommée W... [Louise] le 2't octobre 1881. — La fille W... (Louise) est âgée de vingt et un ans. Elle est assez grande et ne paraît pas très vigoureuse.
Elle aurait toujours joui d’une bonne santé, jusqu’il y a trois ans, époque à laquelle elle aurait perdu son père; depuis cette époque, elle aurait toujours été un peu souffrante, mais n’aurait cependant jamais fait de maladie grave.
Elle n’aurait jamais eu d’enfant ni fait de fausse couche, et ses règles auraient été régulières, jusqu’au mois de janvier ; à partir de ce moment, ses règles ne seraient plus apparues.
Cette jeune fille nous déclare que le 10 octobre elle aurait pris un peu d'huile de ricin pour se purger, et le soir elle aurait ressenti des coliques. Elle aurait pris une infusion de tilleul, puis à minuit et demi elle serait accouchée d’un enfant qui n’atirait pas crié et serait venu mort-né. Elle aurait gardé le lit jusqu’au jeudi suivant, c’est-à-dire deux ou trois jours, puis aurait repris son travail. Elle nous déclare avoir toujours ignoré sa grossesse et n’avoir jamais senti son enfant remuer.
Aujourd’hui 24 octobre nous constatons que les aréoles mammaires sont brunes et que les seins contiennent un peu de colostrum qu’on fait sounlre par la pression.
Sur les cuisses se trouvent quelques vergetures blanches; la paroi abdominale est flasque, dépressible, sur la peau de cette région on voit des vergetures rougeàti-es.
Le vagin est large. La fourchette présente une déchirure médiane, incomplètement cicatrisée. Par le toucher vaginal combiné avec le palper abdominal, on constate que l’ulérus’est encore un peu gros, qu’il arrive presque au niveau du bord supérieur du pubis. Son col est rnou et présente une déchirure à gauche.
La membrane hymen est représentée par quelques caroncules rymtiformes.
La fille W... perd par les organes génitaux un liquide mucopurulent ayant l’odeur des lochies.
Conclusions. — 1° La fille W... (Louise) porte les traces d’un accouchement récent.
2° La date de l’accouchement peut remonter à une quinzaine de jours environ.
3*^ D'après l’examen des organes génitaux, des seins et du ventre, on peut dire que si la grossesse de la fille W... n’a pas atteint son terme normal, elle ne devait pas être loin de celui-ci, elle avait certainement dépassé le huitième mois.
II. Examen des scellés. Scellé n° 3. — « Trois fioles vides ayant contenu des médicaments, trouvées et saisies au domicile de l’inculpée. »
Nous trouvons sous scellé n° 3 trois fioles.
1° Une fiole bleue et vide, portant l’étiquette de la pharmacie Marvillet, à Colombes (Seine), avec la mention « Pilules 34967 ». ‘Cette fiole a la forme et la couleur de celles dans lesquelles on vend les pilules de Vallet.
2° Une fiole blanche également vide, portant l’étiquette de la pharmacie précédente, avec la mention « Huile de ricin extraite à froid ». Cette fiole renferme encore quelques gouttes d’un liquide blanc, incolore, huileux, ayant tous les caractères apparents de l’huile de ricin.
3° Une fiole blanche, portant l’étiiiuette de la même pharmacie que les précédentes, avec lamenlion « Magnésie calcinée ». Cette fiole est à peu près pleine d’une poudre blanchâtre paraissant être de la magnésie calcinée, c’est à peine si on en a extrait une pincée.
Conclusions. — 1° Des trois fioles que nous avons eu à examiner, deux sont complètement vides et la troisième à peu près pleine.