‹ L'infanticideChapitre 56 sur 60 · QUESTIONS RELATIVES A LA MÈUE · texte numérisé non relu

QUESTIONS RELATIVES A LA MÈUE

' A l’exception de ce retard de quinze jours dans ses règles, qu’elle attribue à un commencement de grossesse, cette femme nous déclare avoir toujours été régulièrement réglée. Pendant son séjour à Paris, à l’hôlel de Bade, elle aurait eu ses règles, du 10 au 15 mars ou du 12 au 17. Elle aurait également eu ses règles le 5 avril dernier, et aujourd’hui elle pei d un peu de sang.

Nous constatons actuellement que les seins ne sont pas très volumineux, l’aréole est brune, et par la pression l’on fait sourdre un peu de sécrétion. La femme B... affirme qu’elle aurait toujours eu un peu de sécrétion laiteuse dans les seins depuis sa première grossesse. Cette allégation n’a rien de contraire aux données scientifiques.

Sur la peau du ventre, il existe quelques vergetures nacrées anciennes, mais pas une seule rougeâtre, récente.

La fourchette ne présente pas de traces de cicatrice ou de déchirure récente. L’utérus est petil, très mobile, en antéflexion. Le col de l’utérus est dur et petit, son orifice est transversal, il ne présente pas de déchirure récente;

Conclusions. — 1° La femme B... n’est certainement pas accouchée d’un enfant à terme ou voisin du terme normal de la grossesse depuis au moins trois mois.

2° L’enfant nouveau-né, trouvé mort le 19 avril 1884, dans la fosse d’aisances de l’hôtel de Bade, boulevard de Strasbourg, ol , n’est donc pas né de cette femme.

92. Détermination de la date de l’accouchement. Examen de l’inculpée. — Nous soussignés, Depaul, professeur de clinique d’accouchements à la Faculté de médecine de Paris, Brouardel, professeur de médecine légale à ladite Faculté, et Vibert, docteur en médecine, commis par ordonnance de M. Guichenot, juge d’instruction au tribunal de première instance de la Seine, en date du 24 janvier 1883, à l’effet d’examiner la fille P... (Marie) et de rechercher si elle est accouchée et à quelle époque.

Serment préalablement prêté, avons visité la fille P... à la prison de Saint-Lazare, les 29 janvier et 5 février, et après avoir pris connaissance des pièces de la procédure, répondons comme suit à la question posée par M. le juge d’instruction :

La fille P... nous a déclaré le 29 janvier qu’elle était dans une période menstruelle ; par suite elle n’a pu être examinée que le 5 février.

Celte fille, âgée de vingt-huit ans, serait habituellement bien portante, elle aurait eu dans le courant de l’aniiée 1878 une fièvre typhoïde qui aurait guéri sans laisser de troubles de la

santé. Elle serait accouchée au mois de décembre 1870 à Troyes, d’un enfant parvenu à six mois et demi environ de geslationel se serait promptement rélabliede cetle fausse couche. Elle nie avoir eu une seconde grossesse. — Elle aurait été l'églée à seize ans, et la menstruation aurait toujours été régulière jusqu’au mois de juin 1882, date de l’arrivée de la fille P... à Paris; depuis le mois de juillet, les règles auraient disparu pour ne reparaître qu’au mois de décembre. — Ces renseignements relatifs à la menstruation sont contradictoires avec ceux fournis par l’inculpée au cours de l’instruction, et avec les déclarations qu’elle a faites à l’un de nous lors d’un premier examen.

Actuellement on constate que la fille P... présente la pigmentation de la face qui constitue le masque des femmes enceintes ou récemment accouchées (chloasma). Les seins ne sont pas très volumineux, l’aréole des mamelons ôtîre une coloration brune ; par la compression on fait sortir des mamelons une petite quantité d’un liquide blanchâtre et opalescent. Le ventre est souple et non tuméfié; il ne présente pas de vergetures ; la ligne blanche offre une très légère pigmentation; les muscles droits de l’abdomen sont écartés et laissent entre eux un espace dans lequel on peut facilement introduire le doigt. — Les parties génitales externes sont normalement conformées ; la membrane hymen est détruite et n’est plus représentée que par des caroncules myrtiformos ; il n’existe pas de cicatrice delà fourchette. — Parle toucher et par l’examen au spéculum, on constate que le col de fulérus présente un orifice transversal entr’ouvert de façon, à permettre l’introduction de l’extrémité du doigt ; au niveau de la •commissure droite de cet orifice, se trouve une déchirure. Le corps de l’utérus est peu volumineux.

Les constatations qui viennent d’être exposées suffisent à établir nettement la réalité d’un accouchement antérieur, elles doivent même faire considérer comme très probable que cet accouchement ne remonte pas au mois de décembre 1879, et date seulement de quelques mois ; mais sur ce dernier point toutefois, une alfirmation absolue n’est pas permise. En effet, s'il est très rare que la pigmentation de la face et des seins, que la sécrétion du lait persistent plusieurs aimées après un accouchement, si l’écartement des muscles droits de l’abdomen, l’état du col de l’utérus entr’ouvert au point de laisser pénétrer l’extrémité du doigt, s’observent bien plutôt chez une femme qui est accouchée depuis quelques mois seulement que chez une autre dont l’accou- •chement remonte à plusieurs années, chacun de ces signes envisagé isolément peut à la rigueur être trompeur, et bien que le fait

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