I. —— La fréquence du tableau d’infarctus pulmonaire
chez les artério-scléreux.
Le tableau d’infarctus pulmonaire n’est pas rare chez l’artério-scléreux : C’est Bucquoy, qui en 1882 insiste le premier sur l'importance de l’apoplexie pulmonaire au cours de l’athérome : « L’apoplexie pulmonaire et les infarctus qui en sont la cause ordinaire s’observent plus particulièrement chez des sujets atteints de lésions athéromateuses de l’aorte et offrant des poussées inflammatoires auxquelles répondent les douleurs rétro-sternales et les accidents pseudo-angineux. J’ai noté en outre leur plus grande fréquence chez des malades relativement peu avancés en âge, c’est-à-dire à l’âge moyen de la vie, de 40 à 50 ans et un peu plus tard ».
Puis, dans sa thèse (1891), PÉRIVIER s’élève contre l'opinion classique soutenue par CRUVEILHIER, BouIL- LAUD, WALSCHE, DUGUET, JACCOUD, qui font des lésions mitrales, la cause essentielle des infarctus. Il insiste au contraire sur la notion de fréquence des infarctus pulmonaires des artério-scléreux : « Contrairement à l’opinion classique, l’apoplexie pulmonaire est plus fréquente dans les affections aortiques que dans les affections mitrales. Elle est particulièrement fréquente dans les affections aortiques liées à l’artériosclérose ». Et plus loin : « Nous sommes convaincu
que le nombre des apoplexies pulmonaires liées aux lésions mitrales serait infiniment plus restreint qu’on ne l’enseigne généralement si on distrayait de ces lésions celles qui sont fonction d’artério-sclérose. Si on compulse les observations éparses dans les auteurs, d’hémorragies pulmonaires survenues au cours d’affections mitrales, on s’aperçoit qu’il s’agit le plus souven de sujets âgés, porteurs d’une lésion artérielle ».
Deux ans plus tard, dans sa thèse, FABRE émet un avis contraire : « Tout en gardant aux artério-scléreux une prédisposition particulière à l’hémorragie pulmonaire par l’altération de leurs vaisseaux, nous ferons remarquer que tout en tenant compte de la fréquence relative des affections mitrales, celles-ci sont de beaucoup les plus nombreuses dans les observations que nous avons trouvées ».
Les discussions ont continué ensuite sur ce point et le résultat des travaux de BucQuoy et de PÉRIVIER a été qu’on a régulièrement introduit dans la plupart des traités l’artério-sclérose parmi les causes d’infarctus pulmonaire. Mais on n’insiste nullement sur son degré de fréquence; on se contente de la citer dans l’'énumération des causes cardiaques d’infarctus, à la suite des affections mitrales sur lesquelles se concentre l’intérêt. Et nous avons bien eu, l'impression que dans cette énumération l’artério-sclérose était citée comme élément de défaillance du myocarde, ce qui réduit l’infarctus pulmonaire des scléreux à"un accident d’asystolie confirmée, sans qu’il soit guère
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fait allusion à la possibilité de le voir survenir en dehors de toute décompensation cardiaque.
Cette possibilité pourtant, dans les conclusions de sa thèse, PÉRIVIER l’avait soulignée : « L’apoplexie pulmonaire peut se montrer au cours de l’artériosclérose en dehors de toute détermination cardiaque ». Il ajoute du reste qu’elle survient alors vraisemblablement sous l’influence d’une thrombose et « qu’elle est tout à fait comparable au ramollissement cérébral d’origine non embolique ».
VAQUEZ ne fait aucune allusion aux artério-scléreux dans ses articles sur les accidents pleuro-pulmonaires des cardiaques et sur les myocardites chroniques, alors qu'ici il s'étend sur d’autres accidents aigus : angor infarctus du myocarde, œdème aigu qui peuvent marquer le début de la défaillance cardiaque.
Il y fait une allusion à propos de l'insuffisance ventriculaire droite : « dans la forme pulmonaire progressive de l’insuffisance ventriculaire droite réalisée en cas de myocardite scléreuse ou de cardiopathie mitrale, les accidents procèdent à plusieurs semaines ou mois de distance, consistant en poussées de bronchite compliquées de congestion pulmonaire, puis d’infarctus avec expectoration sanglante, parfois même les premiers symptômes de défaillance cardiaque sont constitués uniquement par la présence de sang dans les crachats ».
Dans le même traité, au chapitre « Apoplexie pulmonaire », MÉRY et BABONNEIX ne parlent pas des artério-scléreux et disent que 98 fois sur 100 il s’agit d'affection mitrale.
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CLERC et Noël DEscHAMPs disent que les infarctus pulmonaires représentent un incident relativement banal au cours de toute insuffisance cardiaque, mais que le rétrécissement mitral y prédispose particulièrement. Ils ne citent pas linfarctus pulmonaire parmi les accidents du cœur des vieillards.
BEZANÇON et DE JoNG, dans le même ouvrage, ne parlent que très épisodiquement de l’infarctus pulmonaire pour dire « chez les vieillards athéromateux ou dans une intoxication grave, la symptomatologie en sera discrète ».
LauBry et ROUTIER parlent de l’infarctus pulmonaire dans les formes pulmonaires du cœur sénile et le rapprochent de l’œdème aigu « lié aux même causes de déficience cardiaque et à un certain degré d’altération de l'arbre circulatoire pulmonaire ».
Avec DouMER, LAUBRY ne fait que citer l’artériosclérose dans une très longue énumération des causes d'infarctus.
De même l’article de J. PreNor dans l'Encyclopédie Médico-Chirurgicale se borne à citer, à l’étiologie, la myocardite chronique des artério-scléreux.
Rappelons cependant que LERoUx (1921), après TRI- PIER est au contraire porté à considérer l’infarctus pulmonaire comme très fréquent chez le vieillard, et qu’il admet « l’identité de la broncho-pneumonie et de l’infarctus infecté au moins pour un nombre important de ces affections séniles ».
Le plus récent travail que nous ayions consulté $ur la question est une statistique de Roubier, de Lyon,
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qui sur 77 infarctus constatés au cours de 356 autopsie, en trouve : 7 dans les cardiopathies aortiques, 24 dans les gros cœurs, 12 dans les cardiopathies mitrales, 13 dans l’infarctus du myocarde,
et, soulignons-le, aucun dans l’asystolie droite des affections broncho-pulmonaires chroniques.
Il en conclut que « l’infarctus pulmonaire n’est pas plus fréquent dans les affections mitrales que dans les autres cardiopathies mais que contrairement à l’opinion de Bucquoy et de PÉRIVIER, il n’est pas plus fréquent dans les cardiopathies artérielles et les aortites chroniques que dans les cardiopathies valvulaires ».
Pour notre part, nous n’avons pas pu, sur le petit nombre d’infarctus pulmonaires qu’il nous a été donné de constater au cours de nos études, établir de façon précise si l’artério-sclérose est plus ou moins souvent en cause que d’autres, lésions.
Ce que nous pouvons dire et notre Maître DONZELOT y insiste fréquemment dans son enseignement, c’est que le tableau de l’infarctus pulmonaire non seulement est fréquent chez les artério-scléreux comme accident d’asystolie confirmée du cœur des scléreux, mais se rencontre aussi de façon non exceptionnelle comme premier accident notable de l’artério-sclérose.