OBSERVATION III
(Archives de Médecine expérimentale, 1892.)
X.., de Vaubruz (canton de Fribourg), trente-trois ans, cultivateur, est porteur, depuis l’âge de dix ans, d'un goitre contre lequel les médications ont été sans effet. Vers la fin d'août 1891, le malade contracte une fièvre {yphoïde qui dure jusqu'à la fin de septembre et se guérit bien.
Le 16 octobre se produit une fièvre violente et subite précédée d'un grand frisson Le malade éprouve des douleurs au cou; le goitre se tuméfie et devient douloureux.
Le malade entre à l'hôpital le 3 novembre. On constate qu'il est atteint de thyroïdite suppurée. Le lendemain, M. le professeur Roux incise la tumeur. Il s’en écoule une grande quantité
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de pus dont l'odeur rappelle celle de la péri-fyphlite. On retire ensuite de l'intérieur de la cavité de grands lambeaux de tissu névrosé. Guérison complète sans incidents post-opératoires.
Dans le pus de ce malade on trouve de nombreux petits bacilles isolés ou formant quelquefois des groupes plus ou moins nombreux. Ces bactéries se colorent par le violet de méthyle, le bleu de méthylène (solution de Kuhne) et la solution de Ziehl. Ils se décolorent par la méthode de Gram.
On ne retrouve nulle part la structure alvéolaire du corps thyroïde.
On ensemence des plaques d'agar et de gélatine. Sur agar à 28 degrés on trouve le lendemain des colonies, les plus jeunes donnant à la surface un voile léger blanchâtre, à bords festonnés, bleu par transparence, opalescent par réflexion, celles de la profondeur donnent des points ovoïdes, jaunâtres, à bords très nes, non sinueux.
De même sur gélatine, cinq jours après l’ensemencement les bacilles ne liquéfient pas la gélatine, sont animés de mouvements très rapides de giration et de reptation, ont la même morphologie que dans le pus examiné directement au microscope ; pas de réaction de l’indol; se développent moins rapidement que le Baterium coli.
Sur gélose fuchsinée ils se comportent comme celui de la fièvre typhoïde. Ces espèces sont aussi plus sensibles que le Balerium coli commune à l'action de l'acide phénique. Enfin, ils ne font pas fermenter la lactose et ne font pas coaguler le lait.
Inoculé au lapin, le pus a donné, au lieu de l'injection, une collection purulente où on a retrouvé les mêmes bacilles.
Dans cette observation comme dans celles de Colzi, Bertarelh et Schudmack, la présence du bacille d'Eberth seul est indéniable et nous devons considérer la thyroïdite non pas comme une affection paratyphoïde, mais bien comme une affection relevant, au
ei moins dans certains cas, directement de l'infection éberthienne.
Quelle est donc la source de l'infection du corps thyroïde ? En dehors des maladies infectieuses, pour que cet organe s'enflamme, 1l faut qu’une plaie Le fasse communiquer avec l'extérieur. Mais, dans la dothiénentérie, le corps thyroïde, sans canal excréteur, sans communicalion avec la peau n1 les muqueuses, ne peut évidemment pas être infecté de proche en proche comme cela a lieu probablement pour la vésicule biliaire, par exemple, dans les cas de cholécystite typhique. Il ne peut être contaminé que par voie sanguine.
Kocher, considérant en général toutes Îes thyroïdites infectieuses, insiste sur le rôle prépondérant du canal intestinal comme source d'infection. Il n’est donc pas étonnant qu'une des formes les plus fréquentes de thyroïdites infectieuses soit la thyroïdite typhique. Les germes pathogènes pénètrent dans le torrent circulatoire à la faveur de la brèche intestinale causée par la matière pour aller, de là, infecter à distance le corps thyroïde. Kocher ajoute même qu'il n’est pas nécessaire qu’une infection entraîne des lésions intestinales destructives. Le simple catarrhe intestinal, le simple : embarras gastrique peuvent permettre le passage des microbes virulents dans le torrent circulatoire.
2° Thyroïdites suppurées à bacille d'Eberth avec infection secondaire. — Si le bacille d'Eberth peut se rencontrer à l'état pur dans les abcès thyroïdiens, on trouve, aussi, souvent à côté de lui des