ANNÉES
ALGÉRIE et TUNISIE Cas Décès
On a vu plus haut la ténacité avec laquelle elle s'attache à certains régiments, à certaines garnisons ; on verra de plus la prédilection avec laquelle elle porte ses coups sur les jeunes soldats.
Enfin elle fait suite le plus souvent à des importations soit par les permissionnaires, soit par des soldats nouvellement incorporés, soit par des réservistes ou des territoriaux qui en ont contracté le germe dans leurs foyers où il s'était implanté.
Bref, dans l'armée, en temps de paix, la méningococcie ne diffère en aucune façon au point de vue épidémiologique de ce qu'elle est dans la population civile.
En temps de guerre^ on ignorait jusqu'en 1914 les caractères qu'elle pouvait revêtir, soit qu'elle ait été peu observée, soit qu'en raison du peu de notions alors acquises à son sujet, elle ait été confondue avec d'autres infections ou soit restée relativement méconnue.
Pendant la grande guerre, elle s'est manifestée dans la zone des armées françaises avec un caractère de morbidité très faible :
En 1915: 1075 cas, En 1916 : 451 cas, En 1917 : 409 cas, En 1918: 305 cas.
Il est remarquable de constater un chiffre aussi peu élevé de malades au milieu de l'agglomération humaine massée dans la zone des armées,
ÉPIDÉMIOLOGIE
alors que parmi les troupes de l'intérieur, où les effectifs étaient plus réduits, la morbidité a atteint les chiffres suivants :
En 1915 : 2.495 cas, En 1916 : 1.002 — En 1917 : 621 —
Ces différences, qui se sont traduites par une morbidité de 4 à 5 fois plus forte que dans la zone des armées, tiennent sans doute à l'encombrement parfois considérable dont les dépôts et les camps ont été fréquemment l'objet.
La mortalité a oscillé, suivant les années, entre 22,5 et 31,50 p. 100.
Comme en temps de paix, la méningococcie a subi l'influence favorisante de la saison froide ; on l'a vue s'accroître chaque année dans les derniers jours de décembre pour atteindre progressivement son maximum au mois de mars, et son minimum en été et au début de l'automne. Mais contrairement à ce qu'on observe en temps de paix, elle a continué à se manifester nettement pendant la période estivale (fig. 5).
Elle s'est montrée proportionnellement plus fréquente dans les ba-
Fig. 5.
Courbe de la morbidité méningococcique mensuelle dans la zone des armées pendant la guerre 1914-1918.
taillons d'instruction, où elle a pu se manifester de temps à autre à la suite de l'arrivée de renforts provenant de dépôts de l'intérieur où quelques cas avaient été observés. La fatigue du voyage, le froid ressenti pendant le transport en ont certainement été les causes occasionnelles.
Parmi les troupes qui occupaient les tranchées, en densité généralement peu marquée, les atteintes ont été exceptionnelles.
L'allure générale qu'elle a revêtue a été celle d'une maladie endémique ; les atteintes se sont montrées très disséminées, se réduisant, pour chaque régiment intéressé, à l'éclosion de quelques cas survenant en des points relativement distants les uns des autres, comme si la contagion leur était restée étrangère. Toutefois, sur ce fond d'endémie, se sont greffés plusieurs petits foyers de 6 à 8 cas survenus brusquement dans une même compagnie, s'étendant même à dés unités voisines en relation évidente avec les groupements initialement infectés ; en pareils cas la contagion a pu être
laisie sur le vif, assurée soit par les malades avant leur hospitalisation, soit par de simples porteurs de germes (page 60) .
On verra plus loin (p. 42) que ces derniers se sont faits remarquer par leur rareté générale, parmi les troupes occupant les tranchées, constatation qui concorde avec la rareté des manifestations de l'infection méningococcique dans cette partie du front.
Dans Varmée anglaise^ la morbidité présentée par la méningococcie a été relativement peu accusée, bien que beaucoup plus élevée qu'avant la guerre. Elle a commencé à apparaître en 1915, peut-être à la suite de l'arrivée des troupes canadiennes.
Une différence essentielle doit être cependant établie entre les troupes ayant combattu sur le front français et les troupes du territoire britannique proprement dit : les troupes de l'intérieur, en effet, ont payé à l'infection un tribut plus important que celles de la zone des armées. La méningococcie y a sévi de préférence dans les dépôts, les camps d'instruction et les camps de concentration où l'encombrement était à son maximum.
De plus, le contage s'est répandu avec une certaine extension dans la population civile, qui a fini par être très éprouvée pendant les années de guerre. Les chiffres suivants le démontrent :
1913 305 cas.
Au point de vue épidémiologique, c'est encore l'allure endémo-épidémique qui a été la règle. On y a observé les mêmes faits d'importation et de réceptivité des recrues, au même titre qu'en France.
En Italie^ les statistiques actuellement connues ont révélé des faits identiques, et en particulier une morbidité plus élevée qu'avant la guerre. Comme en Angleterre, la population civile fut plus éprouvée que dans les années antérieures. En 1914 les atteintes avaient été exceptionnelles ; en 1915, on compta 2.700 cas ; en 1916, 6.000 ; en 1917, 3.9C0.
En Allemagne, l'armée fut atteinte assez faiblement et sans épidémie à proprement parler : la méningococcie n'évolua, comme dans l'armée française, que sous le mode sporadique avec quelques petits foyers disséminés sans importance.
Quoi qu'il en soit, et malgré la morbidité assez élevée constatée dans les armées anglaise et itahenne, la méningococcie peut être considérée en temps de guerre comme d'importance minime à côté des autres maladies infectieuses, surtout d'origine digestive, qui s'y manifestent à un degré si accusé. Sans constituer toutefois un élément négUgeable, elle semble charger assez peu le bilan des pertes des armées en campagne.
26 ÉPIDÉMIOLOGIE
ÉTIOLOGIE
L'étiologie de la méningococcie est conditionnée par divers facteurs : 10 Des causes secondes ou occasionnelles, qui favorisent la pullulation
et la virulence du germe infectant et lui permettent d'exercer son pouvoir
patliQgène.
2° Une cause déterminante, spécifique : le méningocoque.